PRINCIPE OU FERMENT DE LÀ COAGULATION FIBR1NEUSE
Ces précurseurs de la fibrine, comme il les appelle, ne sont pas des albuminoïdes purs; mais des substances renfermant de la lécithine et de l'albumine. Au contact du plasma sanguin elles se transformeraient en fibrine concrète et ce processus pourrait s'accomplir aussi bien à l'intérieur des vaisseaux qu'en dehors d'eux.
L'auteur a particulièrement étudié les fibrinogènes provenant des testicules, du thymus et des stromas des globules rouges. Il obtient les deux premiers à l'aide du procédé indiqué à propos des coagulations intra-vasculaires (p. 254).
Une série de propriétés communes montre la parenté évidente de ces matières albuminoïdes plus ou moins riches en lécithine ; mais quelques caractères particuliers permettent de les différencier (1).
Nous indiquerons bientôt la part que prennent, d'après l'auteur, ces divers fibrinogènes à la formation de la fibrine.
§ 3. — Principe ou ferment de la coagulation fibrineuse.
Nous connaissons maintenant les faits principaux relatifs aux caractères chimiques des matières albuminoïdes du plasma et du sérum.
Au point de vue de la coagulation fibrineuse nous n'avons à considérer que la paraglobuline et le fibrinogène. La première existe à* la fois dans le plasma et dans le sérum, la seconde dans le plasma seul (2).
Pour Denis, la paraglobuline était la fibrine dissoute du sérum, provenant du dédoublement de la plasmine contenue dans le plasma sanguin.
Lors de ses premières recherches, après avoir donné à cette fibrine dissoute le nom de sérum-globuline et reconnu sa présence dans le plasma sanguin, A. Schmidt eut d'abord l'idée d'attribuer à cette substance le rôle d'agent coagulateur. Mais bientôt Briïcke attira l'attention sur la disproportion évidente qui se manifeste entre la quantité de sérum-globuline employée pour précipiter la substance fibrinogène d'un liquide coagulable et la quantité de
(1) Voir sur ce point le travail déjà cité des Arc h. /'. Anat. u. Phys.
(2) Il est intéressant de noter ici que L. Fredericq a signalé cependant dans le sérum du cheval une petite quantité de fibrinogène (Matières albuminoïdes du sérum sanguin. Archives de biologie, t. ï, 1880).
fibrine qui se forme. Il fit voir que le poids de la fibrine concrète obtenue dépend , non pas du poids de la sérum-globuline employée, mais du degré de concentration du sérum qui la tient en suspension. Ainsi le sérum du sang acquiert un pouvoir coagulant d'autant plus énergique qu'il est plus concentré, quelle que soit la quantité de globuline qu'il renferme dans sa masse.
Après avoir reconnu l'exactitude de ces faits, A. Schmidt fut frappé de voir que la coagulation fibrineuse est entravée par les mêmes influences qui paralysent les fermentations : par la température d'ébullition, par les solutions alcalines et acides étendues, par les solutions de sels neutres à base alcaline.
Le principe actif de la coagulation fibrineuse lui apparut dès lors comme un ferment chimique, idée qui, nous l'avons vu, avait été déjà formulée nettement par Buchanan. Depuis cette époque la plupart des physiologistes étrangers ont adopté l'hypothèse d'un ferment intervenant dans l'acte de la coagulation fibrineuse.
Hammarsten lui-même, après avoir réformé sur des points essentiels les recherches chimiques de son devancier, A. Schmidt, admet l'existence de ce ferment.
D'après ce dernier observateur, le sang en circulationne contiendrait pas de ferment ou n'en contiendrait que des traces. Ce principe prendrait naissance hors de l'organisme et sa formation augmenterait pendanttout le cours de la coagulation fibrineuse. Après la séparation de la partie liquide du caillot, il reste imprégné dans le cruor et le sérum, et de là découleraient les propriétés coagulatrices du caillot lavé et du sérum sanguin. Pour isoler ce principe, il fallait donc aller le chercher soit dans la fibrine, soit dans le sérum. C'est ce dernier que Schmidt a utilisé.
Pour l'isoler, il ajoute à du sérum et préférablement à celui du bœuf qui en est particulièrement riche, 18 à 20 fois son poids d'alcool absolu, de manière à précipiter le plus complètement possible les matières albuminoïdes qu'il contient. On ne filtre la masse qu'au bout de quatre semaines au plus tôt, afin que le précipité soit aussi insoluble que possible. Ce précipité qui retient le ferment est desséché dans le vide à la température ordinaire, puis réduit en poudre qui peut être ainsi conservée et qui servira à préparer la solution aqueuse de ferment.
A cet effet, une partie de cette poudre est délayée dans l'eau distillée et malaxée pendant une dizaine de minutes. On filtre.
Le liquide qui passe contient le ferment, des matières salines et une certaine quantité de paraglobuline qui s'est redissoute dans l'eau à la faveur des sels. Pour purifier la solution de ferment on précipite les traces de sérum-globuline à l'aide d'un courant d'acide carbonique. On filtre de nouveau sur deux ou trois doubles de papier suédois et on obtient ainsi l'extrait aqueux de ferment.
Lorsqu'on veut être plus sûr de se débarrasser entièrement de la sérum-globuline, on peut suivre le conseil donné par A. Schmidt, de laisser digérer le précipité dans l'alcool pendant plusieurs mois avant de préparer la poudre d'où l'on retire le ferment.
A. Schmidt a donné de nombreuses preuves de Faction de ce principe. La plus importante est celle qui est fournie par la provocation de la coagulation du plasma salé.
On a vu que le froid et les sels neutres conservent les éléments anatomiques du sang et retardent la coagulation. C'est à ces agents que Schmidt s'est adressé pour obtenir un plasma incoagulable.
Il opère de la manière suivante :
On mélange une partie de solution de sulfate de magnésie avec trois parties de sang s'écoulant de la veine et préférablement de celle d'un cheval ; on agite et on laisse ensuite le mélange au repos dans un endroit frais, jusqu'à ce que les éléments gagnent le fond du vase. On décante le liquide surnageant, on le filtre et on obtient ainsi un plasma incoagulable. Comme le sulfate de magnésie, à un certain degré de concentration, empêche la formation de la fibrine, pour démontrer les propriétés de ce plasma, on l'étend d'eau et au bout de trente-six à quarante-huit heures, il n'est pas encore coagulé. Il se forme cependant au sein du liquide de légers flocons dont le nombre augmente plus tard avec une extrême lenteur, jusqu'à ce que la putréfaction mette fin à cet effort avorté de coagulation. Mais si dans ce plasma dilué on verse, avant de l'avoir laissé s'altérer, une certaine quantité d'extrait aqueux de ferment de la fibrine, la masse entière se convertit au bout de quelques minutes en une gelée caractéristique.
On peut encore procéder autrement. Après avoir décanté et filtré le plasma salé, on le déshydrate en le plaçant dans le vide en présence de l'acide sulfurique. Le résidu de la déshydratation, réduit en poudre fine, est repris par 7,5 parties d'eau. On filtre le liquide et on obtient ainsi un excellent réactif pour mettre en évi-
dence les propriétés coagulatrices de l'extrait aqueux de ferment.
Comme le plasma salé a été obtenu à l'aide du sulfate de magnésium qui, nous le savons, a la propriété d'empêcher la coagulation en agissant sur les générateurs mêmes de la fibrine, on doit, pour se rendre compte de ses propriétés, chercher aie débarrasser de ses sels.
Lorsqu'il a été bien préparé (et pour cela j'ai reconnu la nécessité de laisser la décantation s'opérer dans une glacière), on peut l'étendre d'eau sans qu'il se coagule ; on peut aussi le soumettre à la dialyse et constater que lorsqu'il ne renferme plus que des traces de sulfate de magnésium, le liquide reste néanmoins spontanément incoagulable. Il ne donne naissance à un coagulum qu'après l'addition de ferment. Ces essais maintes fois répétés m'ont toujours donné le même résultat, lorsque j'ai pris soin d'opérer à une température voisine de 0° la précipitation des éléments du sang; mais j'ai vu parfois se former une assez notable proportion de fibrine pendant la dessiccation du plasma.
J'ai fait un certain nombre de recherches sur les propriétés coagulatrices du ferment de Schmidt et du sérum. Pour le moment je me bornerai à exposer les principaux faits que j'ai observés sans chercher à en tirer des conséquences.
Le liquide du péritoine du cheval, dont il est facile d'avoir constamment une certaine quantité à sa disposition, est un type de liquide non spontanément coagulable, mais coagulant toujours d'une manière notable quand on y ajoute du sérum du sang.
En se servant des procédés d'Hammarsten, il est facile de se convaincre qu'il renferme à la fois de la paraglobuline et du fibrinogène. Théoriquement donc, d'après les données admises en ce moment, lorsqu'on y ajoute du sérum du sang, on n'y fait pas pénétrer de matière albuminoïde nouvelle.
Il était donc intéressant de voir si réellement il en est ainsi ou du moins si les albuminoïdes du sérum n'entrent pas dans la constitution de la fibrine qui se forme dans le mélange. J'ai donc fait faire par M. Winter le dosage de la fibrine qu'on obtient en ajoutant au liquide du péritoine des proportions variables de sérum du sang. C'était là un moyen de vérifier les faits signalés par Briicke et précédemment rappelés.
Les quantités de fibrine trouvées ont été proportionnelles à la
quantité de liquide du péritoine employé et sans rapport aucun avec la quantité de sérum.
Le sérum du sang parait donc bien renfermer une matière intervenant dans la coagulation fibrineuse par sa présence et non par sa masse. Mais pour en être absolument certain il faudrait répéter ces expériences sur de plus grandes quantités de liquide, car la proportion de fibrine formée dans ces sortes de sérosités est toujours assez faible et, comme on trouve une légère différence dans les chiffres des dosages respectifs, on ne sait s'il faut rapporter ces écarts à une erreur d'analyse ou à l'intervention d'un autre facteur. Quoi qu'il en soit, sans préjuger la nature de la substance active du sérum, en poursuivant ces recherches, nous avons observé M. Winter et moi un fait nouveau dont l'importance ne saurait échapper, à savoir, que cette substance est sensible comme le fibrinogène à la température de -|- 56 à 57°,
Lorsqu'on ajoute à du liquide du péritoine une certaine proportion de sérum de bœuf préalablement maintenu pendant quelques minutes à la température de -j- 56-57°, le mélange reste^ indéfiniment liquide, alors qu'un mélange fait dans les mêmes proportions avec du sérum non chauffé se prend en gelée au bout d'un certain temps. Cependant le sérum chauffé à -f- 56-57° n'est le siège d'aucun trouble appréciable ; il reste parfaitement transparent.
On obtient le même résultat avec le sérum de sang de chien, mais à la condition d'en élever la température jusqu'à 59°; il y a sous ce rapport des différences qui tiennent à l'espèce animale. Le même fait se retrouve d'ailleurs lorsqu'il s'agit de précipiter ou de modifier le fibrinogène par le chauffage.
Ainsi donc, quand un des deux liquides a été porté à la température critique de -(- 56 à 59°, la coagulation fibrineuse n'a plus lieu, bien qu'aucun des liquides ne soit en apparence modifié.
Le mélange des deux liquides préalablement chauffés reste également dépourvu de coagulum. Pour voir si l'action de la chaleur s'exerce sur une des matières albuminoïdes du sérum ou, comme semblent l'indiquer les dosages qui viennent d'être cités, sur une matière n'intervenant que par sa présence et jouant réellement le rôle de ferment, il était indiqué de soumettre à la température de -|-560 une solution de ferment pur. Mais jusqu'à présent il m'a été impossible d'obtenir ce principe. Lorsqu'on
procède par la méthode d'A. Schmidt, on voit que la digestion du sérum dans l'alcool, même lorsqu'elle est prolongée, ne rend pas complètement insolubles les matières albuminoïdes. On retrouve donc dans la solution de ferment de la paraglobuline. Schmidt s'en débarrasse à l'aide d'un courant d'acide carbonique. Mais nous avons vu qu'après ce traitement le sulfate de magnésium donne encore un précipité. Si l'on enlève ce précipité par le filtre, la solution reste saturée de sulfate de magnésium qui peut gêner la coagulation. Il est impossible d'employer le dialyseur pour l'en débarrasser, car le principe appelé ferment passe alors à travers la membrane.
Mon collègue M. A. Gautier (1), après avoir préparé du plasma salé par son procédé (à l'aide de chlorure de sodium), Ta filtré, desséché, puis porphyrisé. Il a ainsi obtenu une poudre qui peut être portée pendant une heure àl'étuve, à la température de 110° sans perdre la propriété, après redissolution dans une quantité suffisante d'eau, de fournir une coagulation fibrineuse. Ce fait intéressant ne paraît pas être une preuve de la non existence d'un ferment. Voici, en effet, les renseignements que j'ai pu recueillir sur l'action qu'exerce la chaleur sur le principe coagulateur du sérum sanguin.
Lorsqu'on fait dessécher du sérum du sang en présence du vide et de l'acide sulfurique, on obtient une matière cornée qui peut être facilement réduite en poudre. Cette poudre de sérum peut alors être portée àl'étuve à une température d'environ — f- 110° sans s'altérer sensiblement. En la faisant digérer dans l'eau pendant plusieurs heures, puis en filtrant, on obtient une solution albuminoïde dont le pouvoir coagulateur est analogue à celui du sérum du sang. Mais si l'on porte, avant de s'en servir, cette solution à la température de -|-560, elle perd comme le sérum luimême son pouvoir coagulateur. La poudre de sérum ne peut cependant pas supporter impunément une température supérieure à-f-H0°. A la température d'environ 120° elle perd la propriété de donner une solution ayant un pouvoir coagulateur. Cette solution paraît cependant contenir les mêmes principes albuminoïdes que la précédente.
Il y a là, croyons-nous, des faits qui permettront peut-être de
(1) A. Gautier, Sur la formation de la fibrine du sang {Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. LXXX, p. 1360, 1875).
préciser à l'aide de recherches ultérieures la nature du principe coagulateur. Mes travaux n'étant pas encore terminés, je ne veux pas en tirer de conclusion relativement à l'existence ou à la nonexistence d'un ferment de la coagulation fibrineuse.
Hammarsten, qui admet l'opinion d'A. Schmidt, prépare ce principe de la manière suivante (1).
Le sérum est précipité par le sulfate de magnésium à saturation. On filtre, puis on sature de sulfate de sodium. On filtre de nouveau, puis on étend la partie filtrée de 9 fois au moins son volume d'eau, et on y ajoute peu à peu et en agitant une solution de soude caustique jusqu'à formation d'un précipité stable, assez abondant. Ce précipité est assez riche en ferment. On le lave rapidement, on l'exprime fortement, on le divise dans l'eau et on le neutralise par l'acide acétique jusqu'à réaction sensiblement neutre ou faiblement acide. On dyaiise rapidement et on recueille sur le dyaliseur un liquide jaunâtre qui peut servir directement. On peut encore précipiter la solution jaunâtre par l'alcool, et séparer immédiatement le précipité qui perdrait sa puissance coagulatrice par un séjour prolongé dans l'alcool.
M. Winter, qui a reproduit cette préparation du ferment, Fa trouvé assez difficile à réaliser. Il a plusieurs fois observé qu'une dyaiise prolongée détruit le ferment ou le fait passer à travers la membrane.
§ 4. — Théorie de la coagulation fibrineuse.
Nous sommes aujourd'hui en présence de deux théories nettement formulées, celle d'A. Schmidt et celle d'O. Hammarsten. La première (voir p. 212) est devenue surannée depuis qu'Hammarsten a fait voir que les procédés de Schmidt pour obtenir la sérum-globuline (paraglobuline) ne fournissaient qu'une partie de cette matière.
Mais on va voir que la théorie de ce dernier auteur est devenue également difficile à soutenir dans l'état actuel de nos connaissances sur les divers fibrinogènes.
D'après Hammarsten, le fibrinogène serait la seule matière albuminoïde génératrice de la fibrine ; il se transformerait en fibrine
(1) O. Hammarsten, Ueber den Fasserstoff u. seine Entstehung aus dem Fibrinogen [Arch. f. die gesamm. Physiol. Bd XXX, p. 437).
sous l'influence d'un ferment spécial. lien existerait un excès dans le plasma, et la partie superflue passerait, pendant la coagulation, à l'état de globuline et se retrouverait sous cette forme dans le sérum (globuline de coagulation). Examinons cette théorie au point de vue de ses deux principaux termes : le fibrinogène et le ferment.
La quantité de fibrinogène préexistant dans les liquides coagulâmes est-elle réellement supérieure à la quantité de fibrine formée?
Pour démontrer les propriétés de son fibrinogène Hammarsten prépare une solution ne renfermant que de l'eau, des sels et du fibrinogène pur, exempt de paraglobuline. Cette solution, additionnée de ferment, exempt lui aussi de paraglobuline, donne une quantité de fibrine variant de 60 à 94 p. 100 du fibrinogène employé. L'inconstance des résultats serait la conséquence, soit de la richesse inégale des solutions en ferment de la fibrine et en sels, soit plutôt d'une redissolution plus ou moins abondante de la fibrine formée. Mais il s'agit de savoir ce qui se passe dans le plasma sanguin et non dans le mélange d'une solution de fibrinogène pur avec une solution de ferment. C'est ce que L. Fredericq a compris en dosant le fibrinogène dans l'intérieur même de la veine, par le procédé précédemment indiqué (p. 261).
Il a trouvé un poids de fibrine inférieur à celui du fibrinogène (4).
(1) On pèse dans un large tube fermé une cinquantaine de grammes de plasma filtré à 0°, recueilli par décantation dans un segment veineux de cheval; on plonge ce tube dans un bain d'eau chauffée au préalable à une température voisine de 60°. On doit ajouter au liquide une certaine quantité de solution magnésienne pour empêcher la coagulation spontanée de la fibrine. Le précipité obtenu est lavé à l'eau ou mieux avec une solution de chlorure de sodium à 1 demi p. 100, afin d'éviter le dépôt de la paraglobuline.
On laisse le précipité se rassembler au fond du vase avant de le recueillir sur un petit filtre de papier de Suède taré avec soin (desséché à 10° et pesé entre deux verres de montre). On épuise sur le filtre par l'eau distillée, puis par l'alcool bouillant pour éloigner les graisses et la lécithine; on dessèche pendant plusieurs heures dans un courant d'air chauffé entre + 110 à 120; on laisse refroidir dans un exsiccateur, et on pèse à différentes reprises jusqu'à ce que le poids ne subisse plus de diminution.
D'autre part, on fait le dosage de la fibrine dans 50 grammes du même plasma. Dans les deux cas, on doit calciner la substance recueillie et le filtre pour pouvoir tenir compte du poids des cendres.
Le papier ne doit laisser à la calcination qu'une trace imperceptible de résidu non volatil.
Dans ces conditions, le plasma qui contenait 0,4299 p. 100 de fibrinogène ne fournit que 0,375 de fibrine (L. Fredericq, loc. cit.).
Un de mes préparateurs, M. Varenne, a répété un dosage du même genre et obtenu un résultat analogue. Mais M. Winter, en opérant sur du plasma sanguin obtenu dans des éprouvettes entourées de glace, a toujours trouvé que la quantité de fibrinogène précipité par le chauffage à -j- 56-57° était inférieure à la quantité dé fibrine correspondante. D'après lui ces résultats ne seraient pas concluants à cause des modifications que le fibrinogène éprouve au fur et à mesure de son échauffement.
Ayant porté pendant dix minutes entre 48 et 50° une solution de fibrinogène pur, précipitant à 56° et très coagulable par addition de ferment, il a vu que cette solution, additionnée de sérum sanguin, ne donnait plus qu'un coagulum insignifiant. Il a repris alors une portion de la solution chauffée à 48-50° et, après y avoir ajouté de l'eau, il Ta maintenue pendant quelques minutes à la température de 56°. Au lieu d'un précipité net, il n'a obtenu qu'un trouble à peine sensible. Il en conclut que réchauffement graduel et peut-être aussi la dilution modifient le fibrinogène.
Quand on opère sur les autres liquides coagulables, on observé des différences beaucoup plus grandes entre la quantité de fibrinogène fournie par la précipitation à 56° et la proportion de fibrine.
Dans un échantillon de lymphe de cheval M. Winter a trouvé :
Pour 1000.
Fibrinogène précipitable à + 56° 0,776
Fibrine formée spontanément par repos 2,40
Dans le liquide de la pleurésie les quantités de fibrinogène précipité par la chaleur sont encore plus inférieures relativement à la proportion de fibrine.
Yoici les résultats obtenus par M. Winter :
Liquide pleurêtique du 30 janvier 1884.
Pour 1000.
Matière albuminoïde coagulée à 56° ... , 0,365
Fibrine produite spontanément 1,15
Liquide pleurêtique du 2 février 1884.
Matière albuminoïde coagulée à 56-57° 0,016
Fibrine produite spontanément 0,096
Liquide pleurêtique du 25 janvier 1884.
Matière albuminoïde coagulée à 56-57° 0,013
Fibrine produite spontanément 0,372
Liquide pleurétique du 4 avril 1884.
Pour 1000.
Matière albuminoïde coagulée à 56-57° 0,0128
Fibrine produite spontanément 0,179
Liquide pleurétique du 17 juillet 1884.
Matière albuminoïde coagulée à 56-57° indosable .
Fibrine produite spontanément -\ 0,576
Liquide pleurétique du 20 février 1885.
Matière albuminoïde coagulée à 56-57° 0,007
Fibrine produite spontanément 0,190
On voit que le poids de la fibrine est toujours très supérieur à la très faible quantité de matière précipitabie à la température de 56 à 57°. La différence est même moins accusée qu'elle ne devrait l'être, car il est probable que l'on n'a pas toujours recueilli la totalité de la fibrine susceptible de se former dans ces sortes d'exsudats inflammatoires. Nous en avons eu, en tout cas, la preuve pour le dernier liquide examiné. En effet, débarrassé du coagulum qui s'était formé spontanément au bout de vingt-quatre heures, ce liquide a été dialyse et, dans ces conditions, en perdant une partie de ses sels, il a encore laissé précipiter des caillots fibrineux pendant l'espace de trois jours.
Enfin, on se souvient que dans les liquides non spontanément coagulables, tels que le liquide d'hydrocèle, la sérosité du péricarde ou du péritoine, le chauffage à -(- 56° ne donne aucun précipité.
Il faudrait voir sur tous ces liquides ce que fournirait le dosage du fibrinogène, préparé par voie humide, comparativement à la proportion de fibrine.
C'est là une lacune à combler. Mais, en attendant, les faits connus jusqu'à présent nous conduisent à nous demander si le fibrinogène d'Hammarsten est un corps simple et nettement défini.
Il est certain, en effet, que la précipitation par le chlorure de sodium peut s'opérer sur plusieurs matières albuminoïdes à la fois et, en tout cas, il est bien curieux de voir que cette précipitation donne un résultat sensible dans des liquides qui ne précipitent pas par la chaleur à 56°. Il semble donc y avoir, comme nous l'avons déjà dit, dans les liquides albumineux coagulables, sinon plusieurs corps différents, précipitables par le chlorure de sodium, tout au moins plusieurs états de la matière désignée sous le nom de fibri-
nogène. L'examen microscopique du fibrinogène d'Hammarsten nous a fait reconnaître d'ailleurs qu'il semble constitué par deux substances, l'une granuleuse, l'autre fibrillaire. Il ne se présente pas sous l'apparence simple et uniforme des matières nettement définies.
Les remarques faites par M. Winter relativement aux effets de réchauffement graduel montrent de plus que le fibrinogène d'Hammersten est très altérable et semble d'une constitution peu stable. D'autres faits, relevés également par M. Winter, viennent à l'appui de cette opinion.
Une solution étendue de fibrinogène faite avec du fibrinogène de quatrième précipitation est abandonnée dans un flacon bouché pendant plusieurs jours. La solution est blanche et limpide. Au début elle est coagulable et précipitable à -f- 56° et par son volume de chlorure de sodium saturé. Au bout de quelques jours, tout en n'étant pas putréfiée, elle ne précipite ni par le chlorure de sodium, ni par la température de -+- 56°; elle ne commence à se troubler qu'à -j- 65°.
Cette altérabilité du fibrinogène paraît d'autant plus prononcée que les solutions sont plus pures.
Lorsque le fibrinogène a été desséché dans le vide, il conserve à l'état sec la propriété de se coaguler; mais seulement pendant quelques jours. Plus tard il devient incoagulable. Après avoir été desséché il se dissout difficilement, se gonfle d'abord, s'attache fortement aux agitateurs et généralement sa dissolution est incomplète même au bout de vingt-quatre heures.
La putréfaction au début paraît cependant hâter la formation du fibrinogène ou au moins hâter sa précipitation. Ainsi, les liquides d'hydrocèle abandonnés pendant plusieurs jours à l'air laissent déposer des flocons fibrill aires ayant la constitution du fibrinogène, dès qu'ils exhalent la moindre odeur de putréfaction. Si l'on filtre, le liquide passe clair, mais peu après de nouveaux flocons se forment.
M. Winter a encore vu qu'en cherchant à redissoudre le fibrinogène du plasma sanguin après plusieurs précipitations, on obtient un dépôt formé par une substance granuleuse insoluble ayant les caractères de celle qui se produit dans les solutions de fibrinogène altérées spontanément. Il pense que cette matière pourrait bien être une modification insoluble de globuline.
En somme, il n'est pas encore parfaitement établi que le fibrinogène d'Hammarsten soit un corps pur, nettement défini ; il peut se présenter sous des différents états ou bien encore résulter de la combinaison de plusieurs corps voisins et, par suite, il serait prématuré d'affirmer qu'il préexiste sous la forme où cet auteur l'a obtenu dans les liquides coagulables.
Examinons maintenant les questions relatives au ferment.
Le procédé d'Hammarsten livre un ferment qui est, avons-nous dit, à peu près exempt de toute matière albuminoïde; mais il ne fournit aucune notion sur la nature du corps désigné sous le nom de ferment. Laissons de côté ce point de vue et voyons simplement si du fibrinogène pur réagit en présence de ferment pur.
Le fibrinogène est d'autant plus coagulable qu'il est fraîchement préparé et encore impur.
Lorsqu'on le purifie à l'aide de précipitations successives, en même temps qu'il blanchit il devient moins soluble, il est également moins coagulable. Il se rapproche d'ailleurs ainsi peu à peu de la fibrine, et il arrive un moment où ses solutions restent incomplètes et sont presque incoagulables par addition de ferment.
Au contraire, lorsque le fibrinogène n'a pas été absolument purifié, il reste très coagulable et M. Winter a même vu, une fois, une solution de fibrinogène abandonnée dans un tube ouvert se prendre en gelée spontanément sans l'addition de ferment.
Si donc il est possible de retirer du sérum un principe coagulateur, il n'est pas encore démontré que ce principe agisse sur le fibrinogène pur d'Hammarsten, ni même que son intervention soit nécessaire quand cette matière n'est pas parfaitement pure.
Il est certain, en tout cas, que d'autres facteurs exercent une influence sur l'acte de la coagulation.
L'hémoglobine paraît y jouer un certain rôle signalé déjà par A. Schmidt, et l'on sait que le plasma sanguin renferme toujours des traces d'hémoglobine. Parmi les échantillons de liquide d'hydrocèle que nous avons eu au laboratoire, M. Winter en a trouvé un qui ne fournissait aucun coagulum lorsqu'on y ajoutait du sérum humain décoloré et qui, au contraire, donnait de la fibrine quand on le traitait par du sérum légèrement coloré.
Le fibrinogène d'Hammarsten très coagulable, lorsqu'il n'a pas été complètement purifié par un certain nombre de précipi-
tations, retient toujours dans ces conditions une certaine quantité d'hémoglobine.
Le rôle des sels paraît également évident, en ce sens que la coagulation n'est possible qu'en présence d'une certaine proportion de ces principes, toutes choses égales d'ailleurs. Nous en avons déjà eu des preuves multiples. Une des plus intéressantes est fournie par les coagulations successives obtenues avec certaines sérosités hydro-phlegmasiques soumises à la dialyse.
On abandonne ces sérosités à elles-mêmes et lorsqu'elles ont fourni tout le coagulum qui peut se former spontanément, on filtre et on dialyse le sérum restant ; il se forme souvent ainsi pendant plusieurs jours de suite de nouveaux dépôts fibrineux.
Lorsqu'au lieu d'opérer avec une solution de ferment sur des liquides non spontanément coagulables, on se sert pour provoquer la coagulation fibrineuse de sérum du sang, les conditions sont plus complexes. Nous avons vu que le sérum chauffé à -f- 56° perd sa propriété coagulatrice.
Comment expliquer ce fait curieux, le plus saillant de tous ceux que nous avons relevés. Cette température de -J- 56° est précisément celle qui précipite le fibrinogène ou tout au moins lui fait perdre sa coagulabilité.
Plusieurs hypothèses se présentent.
On peut admettre qu'il existe dans le sérum un ferment de la coagulation perdant à -f- 56° sa propriété caractéristique. Cela n'est pas impossible d'après ce que nous savons des ferments chimiques.
Mais on peut encore tenir le raisonnement suivant : La matière fibrinogène étant très voisine de la fibrine et paraissant pouvoir se présenter sous des états différents, il est possible que la coagulation fibrineuse provienne de la mise en présence d'une même matière albuminoïde sous deux états différents, d'où résulterait l'apparition d'un troisième état.
La question se complique ainsi singulièrement, mais il ne peut en être autrement tant que nous resterons insuffisamment renseignés sur les diverses formes de la matière fibrinogène et sur la nature du ferment.
C'est précisément sur cette question de l'intervention probable de divers fibrinogènes que les travaux de Wooldridge ont appelé particulièrement l'attention.
Plusieurs expériences de cet observateur tendent à prouver que la coagulation résulte de l'action réciproque du fibrinogène A sur le fibrinogène B (voir p. 264 la valeur de ces termes). Ces deux corps existeraient normalement dans le plasma sanguin. Lorsque celui-ci a été obtenu peptonisé il contient tous les générateurs de la fibrine. On sait, en effet, d'après Fano, que ce plasma se coagule soit par addition de CO2, soit par dilution avec de l'eau, soit encore après filtration à travers une cloison de biscuit. Ces différents moyens détruiraient l'effet suspensif déterminé par la peptone. La coagulation aurait lieu sous l'influence du fibrinogène A, car le plasma peptonisé ne se coagule plus, après l'action de ces moyens, lorsqu'au préalable on le maintient pendant quelque temps à 0° de manière à faire précipiter le fibrinogène A.
Tant que le plasma peptonisé contient une certaine quantité de ce fibrinogène il conserve la propriété de se coaguler par addition de CO2. Pendant cette coagulation, il se forme du ferment de la fibrine et d'autant plus qu'il y a plus de fibrinogène A. Dès qu'il n'existe plus dans le plasma peptonisé de fibrinogène A, la coagulation devient impossible ; mais la coagulabilité du liquide peut être restituée par addition artificielle de fibrinogène A.
On voit que d'après la théorie de l'auteur il est mutile de faire intervenir un ferment. C'est le fibrinogène A qui exerce sur le fibrinogène B l'action coagulatrice, mais non à la façon d'un ferment, car il se passe ici une sorte de combinaison. Toutefois, fauteur admet que pendant cet acte chimique il se dégage un ferment ayant les propriétés de celui de Schmidt et d'Hammarsten et par suite capable de faire coaguler le fibrinogène B. Cependant sur ce point le travail de Wooldridge présente une certaine obscurité. Nous voyons, en effet, que lorsque le plasma peptonisé a été débarrassé du fibrinogène A par le sulfate de magnésium, il peut être coagulé par addition de ferment, tandis que lorsqu'il est débarrassé du même corps par le froid, il ne se coagule plus par addition de ferment ou même de sérum. Il semble donc se dégager de ces observations que le fibrinogène A normal de Wooldridge renferme deux ou plusieurs substances, puisque le résidu de ses précipitations varie suivant la méthode employée pour l'obtenir.
Quoi qu'il en soit, le point le plus important du travail de Wooldridge porte sur la possibilité de remplacer le fibrinogène A dans son action sur l'autre fibrinogène par de la lécithine. La prove-
nance de la lécithine (cerveau, testicule, ganglions lymphatiques, sang, levure) est indifférente pour le succès de l'expérience ; cependant la lécithine du jaune d'œuf ou des œufs de poisson est inactive.
D'autre part, les fibrinogènes riches en lécithine et décrits sommairement (p. 265) peuvent intervenir dans la production de la fibrine.
En faisant réagir ces diverses matières les unes sur les autres, en les soumettant à l'action du sérum ou du ferment, Wooldridge est arrivé à se convaincre que la coagulation fibrineuse est le résultat de l'action de deux fibrinogènes l'un sur l'autre. Cette action consisterait surtout en un changement dans les relations qui existent entre la lécithine et les albuminoïdes. L'une des conditions préliminaires de l'accomplissement du processus paraît être la précipitation de l'un des deux fibrinogènes.
Il est important de savoir, pour la compréhension des faits que nous avons observés de notre côté, M. Winter et moi, que le sérum sanguin renferme à la fois, d'après Wooldridge, du ferment et du fibrinogène.
Il serait très intéressant, dans le même but, d'étudier l'action de la température de + 56-57 sur la lécithine et sur les matières albuminoïdes désignées sous le nom de fibrinogènes des tissus (1).
En résumé, Wooldridge a fait connaître bon nombre de faits qui montrent, aussi bien que nos propres recherches, l'insuffisance des théories admises jusqu'à présent sur la coagulation ; mais il ne se dégage pas encore de ses travaux une théorie générale et complète de la coagulation.
Concluons donc que nos connaissances ne sont pas encore assez avancées sur la constitution du plasma et du sérum pour qu'on puisse formuler une théorie chimique inattaquable de la coagulation fibrineuse. La solution de cette question réellement difficile ne sera obtenue qu'au prix de nouveaux efforts.
(t) Nous nous proposons de faire ces recherches dès que nous posséderons un outillage convenable.
SOUS-CHAPITRE III
DU RÔLE DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG DANS LE PROCESSUS DE LA COAGULATION
Il est probable que la théorie chimique de la coagulation fibrineuse aura une portée générale et sera applicable à tous les liquides normaux ou pathologiques, capables de fournir de la fibrine. Néanmoins, quand cette théorie sera découverte, les différents liquides coagulables n'en resteront pas moins distincts les uns des autres à certains égards. La coagulation du sang sera toujours un cas particulier de faits plus généraux, ayant pour caractère essentiel de s'effectuer normalement dans un liquide tenant en suspension de très nombreux éléments anatomiques. Cette circonstance permet, en effet, de supposer que ces éléments peuvent fournir au plasma sanguin une ou plusieurs matières capables d'intervenir dans la production de la fibrine.
Aussi divers auteurs, et particulièrement A. Schmidt, ont-ils invoqué la participation de certains corpuscules du sang dans ce phénomène.
Pour bien comprendre l'intérêt de cette question, il importe de faire remarquer qu'il ne s'agit pas de savoir si l'on peut retirer des éléments anatomiques du sang, par des procédés de laboratoire, des matières albuminoïdes plus ou moins analogues à la fibrine ou susceptibles de donner naissance à de la fibrine. Le but que doivent se proposer le physiologiste et le médecin est plus délicat. Il doit consister à déterminer les phénomènes qui se produisent spontanément pendant la formation des diverses variétés de concrétions sanguines. En d'autres termes, il faut examiner si les éléments du sang concourent, en se modifiant et en livrant quelque chose d'eux-mêmes au plasma sanguin, à l'apparition de la fibrine ou des diverses espèces de caillots qui ont été précédemment décrits.
Tel que nous le circonscrivons, ce sujet est assez complexe et nous avons dû y consacrer déjà un certain nombre de travaux. Nous nous bornerons ici à en faire un exposé succinct, en renvoyant le lecteur, pour plus de détails, à quelques-unes de nos publications antérieures (1).
(I) Voir particulièrement XL, XLI, XLIV, LIX, LXII, LXXII, LXXUI