DU ROLE DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG
presque immédiatement le liquide se prend en gelée. Le numéro 4 reste liquide.
Postérieurement aux précédents travaux, Wooldridge a fait connaître un nouveau procédé de préparation du plasma qui permet d'obtenir un liquide renfermant tous les éléments nécessaires à la coagulation (p. 259). D'après cet auteur ces principes de la coagulation fibrineuse seraient indépendants des éléments figurés. Mais c'est là une simple hypothèse et nous montrerons bientôt que sur ce point Wooldridge paraît s'être fait illusion.
En définitive, on voit qu'il est très difficile d'extraire du sang complet un plasma absolument incoagulable, et que cette difficulté paraît provenir de la grande vulnérabilité des éléments du sang. On voit, de plus, que l'altération de ces éléments paraît donner naissance à des principes indispensables à la production de la coagulation fibrineuse.
Quelle modification ce liquide peut-il clone subir de la part des éléments anatomiques pour devenir coagulable ?
D'autre part, la quantité de fibrine formée ne peut-elle dépendre en partie de l'altération des éléments anatomiques ?
Le sang est de tous les liquides coagulables celui qui fournit la plus forte proportion de fibrine. Celle-ci est très sensiblement supérieure à celle qu'on trouve dans la lymphe qui vient cependant renouveler constamment le plasma sanguin (1). Ce fait n'est-il pas la conséquence de l'intervention des éléments anatomiques?
Enfin, le sang peut fournir diverses variétés de concrétions sanguines, et cette particularité, si importante en anatomie pathologique, n'est-elle pas sous la dépendance de sa constitution anatomique ?
(1) Les dosages comparatifs de la quantité de fibrine contenue dans le sang et dans la lymphe d'un même animal, sont peu nombreux.
Voici les chiffres donnés dans deux analyses de ce genre : 1° sang pour 1000T fibrine 3er,31 ; lymphe pour 1000, fibrine 2er, 17 (Schmidt, cité par Gorup-Besanezr Traité de chimie physiol., trad. française, t. I, p. 553); 2° plasma sanguin : fibrine pour 1000, 8&r,06 ; lymphe : fibrine pour 1000, 2er,18 (Beaunis, Traité de physiol., t. lr p. 326).
J'ajouterai à ces renseignements les résultats que j'ai obtenus il y a quelques années avec M. Féry. On a dosé la fibrine dans le sang provenant d'une saignée faite à la jugulaire d'un cheval et dans la lymphe pure du même animal prise a l'aide d'une canule dans un des gros lymphatiques satellites delà carotide. L'animal était épuisé et amaigri. Le sang contenait, pour 1000, fibrine 2&r,585; la lympher 0?r,526 [Archives de physiologie, 2e série, t. X, p. 274, 1882).
On a impliqué tour à tour dans l'acte de la coagulation les globules rouges, les globules blancs et enfin les hématoblastes.
§ 1. — Faits relatifs aux globules rouges.
La coagulation du sang s'accompagne d'une modification sensible dans les propriétés normales des hématies. Ces éléments deviennent, pendant le cours de ce phénomène, moins adhésifs, et en quelque sorte plus fermes, ce qui permet d'en opérer plus facilement le désempilement et la dispersion dans les préparations de sang pur (1). D'autre part, la défibrination du sang par le battage diminue considérablement la vitalité des hématies, car, lorsqu'après cette opération on les réintègre dans leur milieu normal, elles ne tardent pas à se détruire (2).
Cependant les hématies conservent après la coagulation spontanée, de même qu'après la défibrination par le battage, leur diamètre et leur volume normaux, et lorsqu'on a soin de recueillir le sang dans des conditions convenables, le sérum qui se sépare du caillot ne renferme que des traces d'hémoglobine. Les globules rouges, tout en subissant une certaine modification pendant la formation de la fibrine, ne paraissent donc pas se dissoudre.
Mais il est évidemment permis de penser que, sans perdre leur individualité en tant qu'éléments, ils fournissent au plasma une matière capable de favoriser la formation de la fibrine ou même d'y participer. Parmi les auteurs qui ont admis ce genre d'action des hématies, je citerai M. A. Gautier. En s'appuyant principalement sur des observations de Denis, il a été conduit à supposer que la coagulation se produit par suite de l'exosmose hors des globules rouges de paraglobuline, dont le pouvoir de diffusion est considérable (3).
Toutefois, jusqu'à présent il avait été impossible de fournir une preuve directe de l'adultération des hématies pendant la coagulation fibrineuse.
J'ai récemment, depuis la publication des recherches exposées dans le numéro LXII, constaté une différence essentielle
(1) J'ai décrit ces particularités en détail dans le travail n° LXII.
(3) A. Gautier, Chimie appliquée à la physiologie, à la pathologie et à l'hygiène. Paris, 1874.