FAITS RELATIFS AUX GLOBULES ROUGES
entre les réactions des hématies du sang complet et celles du sang défibriné. Ce fait a été consigné précédemment (dans la deuxième partie) à propos de la structure des globules rouges (p. 79).
En traitant ces éléments d'une certaine manière, j'ai réussi à me convaincre que les hématies du sang complet laissent transsuder des corpuscules particuliers (corpuscules d'exsudation). Il n'est pas douteux que ces corpuscules prennent part à la coagulation du sang, car on n'en observe plus de semblables dans les hématies du sang défibriné, traitées par les mêmes procédés.
Je crois donc pouvoir dire aujourd'hui que les globules rouges, sans se détruire, livrent au plasma une matière corpusculaire prenant part à la coagulation fibrineuse (1). Quelle est la nature de ces corpuscules d'exsudation?
En traitant des préparations de sang frais par une solution peu colorée de violet de méthyle, et en ayant soin défaire pénétrer le liquide par capillarité, on obtient la réunion de ces petits éléments sous la forme d'amas plus ou moins volumineux desquels partent de petits filaments très analogues à de la fibrine. Ils paraissent donc être constitués par une variété de fibrinogène.
Wooldridge a comparé les petits disques d'apparence organisée qui composent son fibrinogène A aux éléments que j'ai décrits sous le nom d'hématoblastes. Sur les préparations qu'il a bien voulu me soumettre, j'ai constaté que ces disques n'ont pas de structure propre ; qu'ils ressemblent à de simples vésicules et ne sont pas, comme les hématoblastes, de véritables éléments anatomiques. Ils m'ont paru, au contraire, fort analogues aux corpuscules d'exsudation. Les uns et les autres ont une tendance remarquable à se rassembler et à se transformer sur place en une
(1) La coagulation fibrineuse normale se faisant en présence des globules rouges, il est intéressant de consigner ici une remarque faite par M. Winter, touchant l'obstacle que les globules rouges ou simplement leur matière colorante apportent à la séparation du fibrinogène d'Hammarsten. On a vu que la précipitation de cette matière par le chlorure de sodium s'obtient facilement lorsqu'on opère sur du plasma séparé des globules rouges. Quand on essaye de précipiter le fibrinogène par le chlorure de sodium en présence des globules, cette précipitation avorte ou se réalise très incomplètement : les globules gênent sa séparation. Les globules rouges ou simplement leur matière colorante paraissent donc fixer énergiquement le fibrinogène d'Hammarsten.
Aussi, lorsqu'après la séparation du plasma on détruit les globules rouges par l'eau, on peut encore retirer de la solution du fibrinogène d'Hammarsten. Ces faits sont favorables à l'opinion précédemment exprimée touchant la non préexistence dans le sang du fibrinogène sous la forme où l'obtient Hammarsten.
substance fibrillaire. Si cette analogie est réelle, il en résulterait ce fait important que les globules rouges laissent transsuder du fibrinogène A. Ce fibrinogène se dissoudrait dans le plasma à la température ordinaire et en serait précipité par le froid sous la forme de corpuscules (1).
Toujours est-il que les hématies à noyau des ovipares ne produisent pas de corpuscules d'exsudation et que précisément, d'après Wooldridge, le sang peptonisé des oiseaux ne se comporte pas de la même façon que celui des mammifères.
Il est très probable que chez ces derniers la peptonisation, tout en maintenant le sang liquide, n'empêche pas les globules rouges sortis des vaisseaux, de perdre leur matière d'exsudation. Comme ils subissent cette modification sans qu'il y ait aucun changement apparent dans leurs caractères anatomiques, on comprend fort bien que Wooldridge prétende que les générateurs de la fibrine sont indépendants des éléments figurés.
On voit, au contraire, que les globules rouges paraissent jouer un rôle important et resté jusqu'à présent méconnu dans la formation des générateurs de la fibrine.
§ 2. — Faits relatifs aux globules blancs.
Obligé de faire intervenir dans l'acte de la coagulation la désagrégation d'au moins un des éléments du sang, A. Schmidt, en s'appuyant sur des expériences diverses, a cru devoir incriminer les globules blancs. D'après cet auteur, la coagulation fibrineuse coïnciderait avec la destruction d'un nombre considérable de leucocytes, ainsi qu'on pourrait s'en convaincre de visu sous le microscope.
Le fait anatomique invoqué par A. Schmidt, de la rapide destruction des globules blancs, est facile à réfuter. Tous les anatomistes s'accordent, en effet, à reconnaître que les globules blancs sont les éléments les plus résistants du sang, ceux qui conservent le plus longtemps hors de l'organisme leurs caractères anatomiques et leurs propriétés physiologiques. En examinant au microscope, avec la rapidité la plus grande possible, une goutte de sang sortant des vaisseaux, par le procédé indiqué pour l'étude des hé-
(1) Il importerait de savoir si les disques du fibrogène A se comportent de la même manière Que les corpuscules d'exsudation en présence des réactifs colorants.