FAITS RELATIFS AUX GLOBULES BLANCS
matoblastes, il est absolument impossible de voir un globule blanc se détruire sous les yeux. Au contraire, les plus grands de ces éléments, d'abord sphériques, et en quelque sorte tétanisés, ne tardent pas à prouver leur vitalité en changeant de forme et en se déplaçant.
Dans le sang phlegmasique, ces corpuscules rampent à travers les filaments du réticulum épaissi, et n'y adhèrent qu'accidentellement, et d'une façon temporaire. Cependant, en préparant, dans ces cas, le réticulum par lavage et coloration, on obtient parfois des globules blancs, étalés en plaques anguleuses, irrégulières, des angles desquelles paraissent partir des filaments fibrineux. Mais il faut bien savoir que ces filaments ont une tendance remarquable à adhérer à tout corps étranger.
A. Schmidt reconnaît que le froid, en retardant la coagulation, empêche également la destruction des globules blancs. Or, en examinant du sang porté à 0°, à la sortie du vaisseau, et dans lequel il ne se produisait aucune trace de coagulation, je n'ai pas trouvé plus de globules blancs que dans le même sang examiné à une température de 16° à 18°.
Mes expériences sur le cheval confirment pleinement les données précédentes.
Une jugulaire externe pleine de sang ayant été laissée suspendue verticalement dans une éprouvette entourée de glace fondante pendant dix-huit heures, on retire, en ponctionnant la veine au niveau de la couche plasmatique, un liquide citrin, clair, qui, examiné immédiatement au microscope, ne laisse voir que de très rares globules blancs. Au bout d'environ une heure (température extérieure 17° G.), la préparation contient un riche réseau filamenteux, et cependant les globules blancs ne sont ni détruits ni altérés. Autour de quelques-uns d'entre eux, les filaments de fibrine sont plus serrés, mais pareil fait se remarque souvent autour d'un corps étranger quelconque.
Dans une autre expérience, le liquide plasmatique ainsi obtenu est filtré sur un triple papier Berzelius en plein air par une température de 0°. On obtient ainsi un liquide parfaitement clair et transparent qui ne montre au microscope que de très rares globules rouges (1 sur 25 à 30 champs microscopiques). La préparation, conservée dans le laboratoire à une température de il0, laisse apercevoir, au bout d'environ deux heures et demie, un ré-
ticulum fibrineux, bien qu'il soit impossible d'y rencontrer un seul globule blanc.
Retenus sur le filtre, les globules blancs y ont conservé leurs caractères normaux.
Il est donc bien certain que la formation de Ja fibrine n'a pas pour origine une destruction des globules blancs. Mais peut-on dire également que ces éléments ne laissent transsuder aucune matière capable de modifier chimiquement le plasma? D'après A. Schmidt, ils fourniraient, à la fois, de la sérum-globuline (paraglobuline) et du ferment.
Examinons brièvement les principaux faits relatifs à la possibilité de leur intervention.
A. Schmidt a reconnu que le liquide de l'hydrocèle et la sérosité du péricarde du cheval ne se coagulent pas quand on y ajoute seulement de l'extrait aqueux de ferment (1). D'après lui, ces liquides ne renfermeraient que du fibrinogène, et par conséquent il leur manquerait , pour former de la fibrine, de la sérum-globuline (paraglobuline) et du ferment. Comme ces liquides fournissent un caillot quand on y ajoute du sérum sanguin, ce résultat serait la conséquence de la présence dans ce liquide à la fois de sérumglobuline et de ferment. Cela posé, le même auteur s'efforce de démontrer que la sérum-globuline du sérum sanguin provient des leucocytes. Mais les expériences qu'il a exécutées dans cette direction ont perdu toute leur signification depuis qu'Hammarsten nous a appris à préparer la sérum-globuline à l'aide du sulfate de magnésium.
Le liquide d'hydrocèle et celui du péricarde n'ont pas toujours les mêmes propriétés, le premier surtout. Cependant, alors même que ces liquides ne se coagulent pas par l'addition de solution aqueuse de ferment pur, on peut toujours y déceler une proportion assez importante de paraglobuline. Lorsqu'ils forment de la fibrine en présence du sérum sanguin, ce n'est donc pas parce que ce liquide renferme à la fois de la sérum-globuline et du ferment, puisque ces sérosités contiennent déjà de la paraglobuline (sérumglobuline).
L'action qui se passe dans ces conditions reste obscure ; mais elle ne dépend pas, en tout cas, de l'absence ou de la présence
(1) A. Schmidt, Pfluger's Arçhiv. Bd. VI, 1872 et Bd. XI, 1875.