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FAITS RELATIFS AUX GLOBULES BLANCS

d'une matière fournie par les globules blancs. J'ai eu, en effet, l'occasion d'opérer sur un liquide du péritoine du cheval qui renfermait d'assez nombreux globules blancs. Ce liquide est resté cependant incoagulable par addition, soit de ferment de la fibrine, soit de fibrine fraîche lavée. Il n'a fourni un caillot que par addition de sérum sanguin (1).

Ce dernier fait est également de nature à jeter des doutes sur l'origine leucocytaire du ferment de la coagulation fibrineuse.

Tous les échantillons de liquide du péritoine du cheval que j'ai examinés renfermaient des globules blancs et sont restés cependant parfaitement incoagulables.

D'après la théorie de Schmidt, le fait est inexplicable, puisque tous les générateurs de la coagulation fibrineuse sont ici en présence : fibrinogène, paraglobuline et leucocytes, producteurs du ferment. Aussi A. Schmidt a-t-il admis l'existence de leucocytes ne donnant pas de ferment.

Je ferai remarquer que cette incoagulabilité des liquides paraissant renfermer tous les générateurs est particulière aux cas où ces liquides contiennent un fibrinogène non précipitable à-f-56°. Il se pourrait donc que cette variété de fibrinogène (précipitable par NaCl et non à -|-56°) ait besoin, pour fournir de la fibrine, d'un autre facteur que le fibrinogène précipitable à 56° (2).

Quoi qu'il en soit, les faits observés avec ces liquides ne paraissent pas pouvoir être appliqués rigoureusement aux sérosités contenant du fibrinogène précipitable à — j— 56°.

D'où résulte que les globules blancs, tout en ne paraissant pas fournir le principe de la coagulation de certaines sérosités, pourraient jouer ce rôle clans le sang et dans la lymphe.

Toutes les expériences faites par A. Schmidt pour démontrer l'origine leucocytaire du ferment de la fibrine dans le sang sont de nulle valeur à cause de l'impossibilité de distinguer dans ce liquide ce qui revient aux leucocytes et aux hématoblastes.

La lymphe pure, dépourvue d'hématoblastes, est la seule sérosité qui permette d'attribuer aux leucocytes la propriété de provoquer la coagulation fibrineuse. Elle renferme tous les générateurs

(1) La production de paraglobuline par les globules rouges ou par les globules blancs a, d'ailleurs, perdu beaucoup de son intérêt depuis que cette substance parait devoir être considérée comme étrangère à la formation de la fibrine.

(2) Ce facteur indéterminé existerait dans le sérum du sang.

G. Hayem. — Du Sang. 19

290 ïaOISIÈME PARTIE. — PHYSIOLOGIE.

de la fibrine et entre autres du fibrinogène coagulable à -f- 56°, et cependant elle reste liquide dans les vaisseaux lymphatiques, même lorsqu'on l'y maintient à l'état stagnant. Il est donc bien évident qu'un nouveau facteur intervient quand elle se coagule à son issue hors des voies naturelles.

Il est assez naturel d'admettre que ce principe provient d'une modification quelconque des globules blancs. Nous avons vu, en effet, dans nos expériences sur les segments vasculaires, que l'influence de la paroi ne peut s'exercer sur un liquide contenant en dissolution tous les générateurs de la fibrine (p. 228).

J'ai tenté inutilement, avec M. Barrier, d'en obtenir une preuve directe par des filtrations de lymphe pure à 0° sur un triple papier Berzelius. Dans tous nos essais, un certain nombre de globules blancs ont traversé le filtre, et la lymphe obtenue est restée spontanément coagulable. Néanmoins elle s'est comportée comme le plasma sanguin filtré dans les mêmes conditions, c'est-à-dire que sa coagulation a été sensiblement retardée. Nous avons également vu que l'addition de peptone méthylique à la lymphe, suivant le procédé employé par Afanassiew pour le sang, n'amène aucun retard dans la coagulation (1).

Les globules blancs ne se détruisent donc pas pendant la coagulation, et ils ne paraissent pas produire une matière albuminoïde génératrice de la fibrine. Mais les faits relatifs à la lymphe permettent d'admettre qu'ils fournissent, en dehors de l'organisme, un principe coagulateur (2).

(1) Il est important de noter ici que Fano (loc. cit.) a vu la lymphe perdre sa coagulabilité chez les chiens peptonisés. Le même auteur est en désaccord avec Wooldridge sur certains faits concernant le plasma sanguin peptonisé. Tandis que ce dernier obtient la coagulation de ce plasma à l'aide de l'acide carbonique et pense qu'il renferme, nous l'avons vu, tous les générateurs de la fibrine, malgré la séparation complète des éléments anatomiques, Fano prétend que lorsque la séparation du plasma des éléments anatomiques est aussi complète que peut la réaliser l'appareil centrifuge, l'acide carbonique ne fait plus coaguler le plasma que si l'on y ajoute des leucocytes frais. Ces éléments joueraient dans la coagulation du plasma peptonisé le même rôle que dans le plasma normal. On voit que les auteurs qui ont étudié le plasma sanguin peptonisé ne sont pas encore d'accord sur les particularités qu'il présente.

(2) Il faut être prévenu que ces éléments sont entraînés presque tous dans les précipitations qui s'effectuent dans les liquides les tenant en suspension. Ils adhèrent au fibrinogène précipité par la chaleur ou par le chlorure de sodium, et restent en partie compris dans le réticulum fibrineux formé spontanément ou par battage.

Ils sont donc une source d'adultération des principes albuminoïdes fournis par

§ 3. — Faits relatifs aux hématoblastes.

Nous voici sur un tout autre terrain. Les hématoblastes s'altèrent, en effet, profondément pendant le processus de coagulation. Nous savons déjà qu'ils se modifient dès leur issue des vaisseaux, et par conséquent avant la coagulation. La prise du sang en gelée par suite de la production du réticulum fibrineux est donc, en quelque sorte, préparée par les premières modifications de ces corpuscules et ce qu'on appelle à proprement parler la coagulation du sang n'est qu'une des phases d'un processus déjà avancé au moment où la solidification du sang a lieu. Il en résulte que l'époque à laquelle le sang se coagule, après être sorti des vaisseaux, doit être variable suivant la rapidité plus ou moins grande avec laquelle marchent les altérations des hématoblastes. C'est précisément ce qui a lieu et nous devons rappeler que la coagulabilité du sang est en raison directe de la vulnérabilité de ces éléments chez les différents animaux.

Nous n'avons pas à revenir ici sur la description des modifications des hématoblastes pendant le cours de la coagulation normale du sang pur. Mais nous voulons encore donner de nouvelles preuves de la participation de ces éléments à la production du réseau fibrineux.

La dessiccation rapide du sang étant un des meilleurs moyens de fixer les hématoblastes dans l'état où ils se trouvent à la sortie des vaisseaux, pour démontrer que l'altération de ces éléments marche très rapidement et précède la prise du sang en gelée, il suffit de préparer le sang par voie sèche en opérant avec plus ou moins de lenteur.

Suivant la manière dont la dessiccation sera conduite, on obtiendra les hématoblastes sous les divers aspects qu'ils offrent à chacune des phases de leurs altérations.

Lorsqu'on agit sur le sang de l'homme, qui est moyennement coagulable, nous savons que la préparation, même la mieux réussie, contient cependant toujours des corpuscules crénelés ; mais habituellement ces corpuscules sont bien isolés et bien distincts les uns des autres.

les différents liquides séreux, et un des obstacles à la préparation de ces produits à l'état. de pureté absolue.

Quand on examine la portion de sang qui a été étalée la dernière, on remarque que les hématoblastes s'y présentent déjà sous la forme de groupes. Cette tendance à former des amas est, en effet, le résultat des premières altérations de ces petits éléments, de sorte que dans les préparations qui n'ont pas été faites avec une très grande promptitude, on trouve plus de groupes d'hématoblastes que d'éléments isolés. Si l'altération des corpuscules n'est pas encore très avancée, ces petits groupes sont formés par des éléments nets, faciles à distinguer les uns des autres, bien qu'ils soient confondus par une partie de leur périphérie.

La préparation a-t-elle été exécutée plus lentement encore, les hématoblastes sont immédiatement beaucoup plus altérés : les isolés sont rares, presque tous sont disposés par groupes volumineux, mais diffus; revenus sur eux-mêmes, isolés ou en groupes, ils sont à peine un peu colorés et ressemblent à de petites pellicules irrégulièrement plissées retenant par places un peu d'hémoglobine. Evidemment les hématoblastes, après avoir perdu une partie de leur contenu, sont alors réduits à une sorte de stroma rétracté.

Dans les amas il est le plus souvent impossible, dans ces conditions, de distinguer et de compter les éléments constituants. On voit néanmoins assez nettement que chacun de ces amas est composé d'un certain nombre de petits éléments juxtaposés et non encore fusionnés en une masse commune.

Lorsque les hématoblastes sont fixés après avoir subi des altérations encore plus avancées, ils sont presque détruits en tant qu'éléments anatomiques et seraient tout à fait méconnaissables si on n'avait pas pris soin de suivre pas à pas leurs modifications progressives. Ceux qui sont isolés se présentent sous l'apparence de granulations grisâtres, irrégulières, peu visibles; les amas devenus tout à fait irréguliers sont formés par des granulations plus ou moins réfringentes, grisâtres ou à éclat métallique, anguleuses ou arrondies, presque complètement confondues en une masse commune. Souvent autour de ces amas il s'est produit une sorte d'atmosphère légèrement jaunâtre due à la dissolution de l'hémoglobine que contenaient les hématoblastes.

En répétant les mêmes observations avec le sang très coagulable du chien, du lapin, du chat, la plupart des hématoblastes se présentent sous l'apparence de corpuscules céroïdes, déformés,

n'ayant plus la réfringence spéciale et la forme des hématoblastes intacts. De plus, presque toujours, ces éléments sont groupés et tendent à se confondre en une masse commune. Enfin, lorsque la préparation n'a pas été faite avec une grande promptitude et que la température extérieure est un peu élevée,, quelques-uns de ces groupes laissent apercevoir entre eux ou autour d'eux des traînées filamenteuses de fibrine.

Les mêmes faits peuvent être observés chez les animaux à globules nucléés. Il suffit de laisser le sang d'un ovipare se dessécher un peu lentement sur une lame de verre pour trouver la plupart des hématoblastes groupés sous la forme d'amas plus ou moins volumineux dans lesquels les éléments ont une tendance manifeste à se confondre en une masse commune.

On peut faire plus encore à l'aide de la dessiccation, c'est-à-dire fixer les éléments du sang au moment même de la coagulation et les étudier ensuite à l'aide de réactifs, pour bien établir que seuls les hématoblastes ont participé au processus.

On étale le sang de l'homme, par exemple, en couche peu épaisse et aussi continue que possible sur une lame de verre et, au lieu de le faire sécher, on met la lame sous une cloche dont la paroi est doublée d'un papier à filtre humecté (chambre humide). Au bout de quelques minutes le sang est coagulé. Après avoir retiré la cloche on laisse la couche de sang coagulé se dessécher et on fixe ainsi sur la lame de verre tous les éléments avec le réticulum fibrineux. Cette préparation peut ensuite être colorée à loisir. Il suffit pour cela de laver le caillot complet ainsi étalé d'abord avec de l'eau pure, puis avec de l'eau iodée ou une solution de rosaniline et l'on obtient de bonnes préparations qui permettent de reconnaître l'état des éléments au moment de la coagulation. On constate ainsi que les globules blancs et les globules rouges sont normaux, tandis que le réticulum fibrineux avec ses carrefours hématoblastiques, coloré par l'iode ou la fuchsine, apparaît avec les caractères que nous lui connaissons.

Ce mode de préparation est applicable également au sang des ovipares (nos XLIV, LXXII).

En résumé, le sang renferme des éléments extrêmement vulnérables dont les modifications morphologiques marchent de pair avec la formation du réticulum fibrineux. Ce fait se retrouve dans toute la classe des vertébrés et il est d'autant plus intéressant

chez les animaux à globules nucléés qu'il concerne chez eux, non pas un petit corpuscule difficile à définir, mais bien un élément relativement volumineux et possédant un noyau.

Après l'avoir bien établi , il importe maintenant d'examiner s'il est nécessaire ou constitue seulement une simple coïncidence.

Pour atteindre ce but, il faut rechercher ce que deviennent les hématoblastes dans toutes les conditions où le sang se coagule et dans celles où il est possible de le maintenir à l'état liquide.

A. Conditions favorables à la coagulation. — La température de 39 à 45°, la plus favorable à la coagulation du sang, est précisément celle qui hâte le plus les modifications des hématoblastes. On ne peut pas dire cependant que ce soit là la cause de l'augmentation de la coagulabilité du sang, caries liquides dépourvus d'hématoblastes (la lymphe par exemple) sont impressionnés par la température. De même les solutions des générateurs de la fibrine subissent également cette influence. Celle-ci est donc d'ordre physico-chimique. Il n'en est pas moins intéressant d'observer que les mutations chimiques excitées par une certaine élévation de température portent sur les hématoblastes lorsqu'on opère sur le sang complet.

Le sang à sa sortie de l'organisme peut subir, avons-nous dit, deux modes de coagulation : la coagulation par stase lorsqu'il est laissé au repos dans un vase, la coagulation par battage quand on l'agite avec des corps étrangers.

D'après la description que nous avons faite de la coagulation du sang au repos, on voit que le point de départ de la formation fîbrineuse a lieu au contact même de la paroi du vase. Elle est un peu moins sensible au niveau du contact avec la couche atmosphérique.

L'observation précise de ce simple fait semble donc indiquer que la modification subie par le sang, en dehors de l'organisme, a pour origine l'adultération éprouvée au contact d'un corps étranger.

Par quel intermédiaire cette influence indéniable se produitelle? On peut incriminer les globules blancs, les hématoblastes ou le liquide lui-même. Cette question offre un intérêt que l'on peut déjà entrevoir, mais qui sera de plus en plus apprécié dans la suite de ces études.

L'examen des faits produits par le battage va nous fournir des

renseignements intéressants. Dès mes premières recherches sur les hématoblastes, j'ai remarqué qu'à peine sortis des vaisseaux, ces éléments, déjà modifiés, adhèrent entre eux et aux corps étrangers. L'altération qu'ils subissent immédiatement les rend visqueux et adhésifs. C'est là l'origine des amas formés dans le sang pur, amas dont l'étendue dépend du nombre des éléments qui se rencontrent et se soudent entre eux. Pour la même raison, les hématoblastes sont les premiers éléments qui s'attachent à la lame de verre dans les préparations faites par dessiccation ou bien encore aux corps étrangers quelconques que l'on plonge dans le sang pour le défibriner. Il en résulte que le battage du sang, lorsqu'il est bien complet, fournit aux hématoblastes l'occasion d'adhérer entre eux et aux corps étrangers employés à cette opération et qu'il dépouille ainsi le sang de tous les corpuscules hématoblastiques.

Cette action des corps étrangers ne s'exerce pas seulement sur le sang issu du corps.

C'est elle, en effet, qui intervient d'une manière prépondérante, sinon exclusive, dans la formation des concrétions sanguines par introduction d'un corps étranger dans les cavités sanguines et les segments vasculaires, ainsi que dans la formation des concrétions pariétales par altération de la paroi vasculaire jouant le rôle de corps étranger.

Le phénomène du battage intra-vasculaire porte, nous l'avons vu, en premier lieu sur les hématoblastes et aboutit même à la production de concrétions presque exclusivement formées par l'entassement de ces éléments. Aussi ce genre de coagulation appartient-il exclusivement au sang (1).

(1) Il ne faudrait pas conclure de ces faits que les hématoblastes sont seuls sensibles à l'action des corps étrangers.

Lorsqu'on recueille de la lymphe aussi pure que possible et dépourvue d'hématoblastes dans un tube entouré de glace fondante, on en empêche la coagulation. Qu'on transporte ensuite ce tube dans une chambre, on remarquera, avant que le liquide soit coagulé, qu'il tient en suspension quelques impuretés.

Au microscope, elles sont constituées par des toiles fibrineuses, ayant entraîné des globules blancs et des corps étrangers tombés de l'atmosphère. Au contact de ces corps, il s'est fait une petite coagulation circonscrite, précédant notablement la prise en masse.

Enfin, si l'on opère sur un plasma coagulable et filtré, on verra la marche retardée de la coagulation se faire encore de la même manière, c'est-à-dire des parois du vase au centre, les filaments de fibrine ayant pour ainsi dire besoin de s'accrocher à un corps étranger. Il ne s'agit dans ces conditions que d'une action toute

Dans les nombreuses expériences que j'ai rapportées sur la coagulation dans les segments vasculaires ou clans le sang circulant, j'ai toujours constaté également que, dans toutes les conditions où le sang se coagule, les hématoblastes s'altèrent, et souvent même j'ai pu établir que l'altération des hématoblastes est le premier fait observable, tout aussi bien que dans le sang issu du corps.

Ainsi tous les liquides qui, injectés dans le sang, provoquent la formation de caillots, soit seulement dans le sang stagnant, soit aussi dans le sang circulant, altèrent plus ou moins profondément les éléments anatomiques de ce liquide et tout au moins les hématoblastes. Le sérum sanguin emprunté à un animal de la même espèce est particulièrement intéressant sous ce rapport, car j'ai maintes fois constaté que son action nocive sur les éléments du sang se localise exclusivement sur les hématoblastes. Lorsque le sang compris dans un segment vasculaire se coagule, son plasma est donc altéré de manière à ce que les hématoblastes se modifient, alors même que les autres éléments anatomiques restent non influencés. De même quand un liquide, comme un sérum ou un sang d'une espèce différente, produit des précipitations dans le sang circulant, les éléments anatomiques et notamment les hématoblastes sont plus ou moins altérés.

Les concrétions dites par précipitation qui prennent naissance dans ces dernières circonstances réprésentent, en effet, simplement une variété des concrétions hématoblastiques, variété dans laquelle les concrétions sont libres et entraînées par le cours du sang au lieu d'être fixées par un corps étranger comme les coagulations par battage.

On peut évidemment conclure de ces faits : 1° que dans toutes les conditions où le sang se coagule les hématoblastes sont altérés; 2° que, par suite, la coagulation du sang exige la participation des hématoblastes, puisque nous n'avons jamais vu un sang coagulé avec des hématoblastes intacts ; 3° que le sang est d'autant plus coagulable que les hématoblastes s'altèrent plus rapidement.

Reste à savoir si l'altération des hématoblastes entraîne forcéphysique, et en mélangeant un tel plasma de poudre inerte, on ne hâte pas sensiblement la coagulation .

L'action physique des corps étrangers paraît donc pouvoir s'exercer sur des substances dissoutes dans les liquides coagulables ; mais elle n'en est pas moins par ticulièrement remarquable dans ses effets sur les hématoblastes.

ment la coagulation du sang, c'est-à-dire si dans toutes les conditions où le sang reste liquide, les hématoblastes sont inaltérés.

B. Conditions dans lesquelles le sang reste liquide. — 1° Action du froid. — Le froid qui permet de conserver le sang liquide est précisément un des meilleurs moyens d'observer les hématoblastes sous leur apparence normale (p. 86).

De — 1° ou — 1°,5 à -(-4 ou 5° environ, les hématoblastes restent intacts, ou se modifient à peine.

Voici, par exemple, une de mes observations sur le sang de l'homme.

Sang de V homme par une température extérieure de — 1°,5.

Les hématoblastes isolés ou disposés par petits groupes restent environ un quart d'heure parfaitement intacts. Puis ils pâlissent légèrement et deviennent épineux à la façon des globules rouges dits mûriformes. Peu à peu, sans qu'il y ait de courant intérieur appréciable dans la préparation d'ailleurs bien close, les hématoblastes se rapprochent les uns des autres comme s'ils étaient attirés par la rétraction de filaments invisibles les reliant les uns aux autres. Au bout d'une demi-heure ils sont à peine modifiés; mais une demi-heure plus tard, la température étant descendue à — 0°,5, le groupement en amas est plus prononcé et les éléments deviennent un peu moins distincts. En conservant la préparation plus longtemps au froid, ces modifications s'accentuent, mais marchent avec une grande lenteur; les éléments se flétrissent, se vident pour ainsi dire en laissant à leur place une sorte de stroma plissé, anguleux, dont il est impossible, même au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, de voir partir le moindre filament de fibrine. Ces petits corpuscules ainsi modifiés sont presque tous disposés par groupes ou petits amas, mais ils restent distincts les uns des autres et même arrivent rarement à se toucher, encore moins à se souder.

On peut faire des observations analogues sur le sang du cheval maintenu fluide dans une éprouvette entourée de glace. La conservation des hématoblastes par le froid n'est donc pas parfaite ; on ne peut obtenir à l'aide de cet agent qu'une atténuation ou plutôt même un grand ralentissement des phénomènes.

D'autre part, le froid agit encore sur les globules blancs en les tétanisant et en paralysant pour ainsi dire leur protoplasma cellulaire.

Il paraît donc exercer une sorte d'influence d'arrêt sur les échanges qui se produisent entre les éléments et le plasma. Mais là ne se borne certainement pas son action. En effet, lorsqu'on cherche à se servir du froid pour séparer le plasma des éléments cellulaires, on constate que la coagulation est simplement retardée.

Le plasma conserve dans ces conditions la propriété de se coaguler, malgré l'atténuation du conflit qui a lieu en dehors de l'organisme entre ce liquide et les éléments qu'il tient en suspension. Mais, si au lieu d'abandonner le plasma filtré à la température ordinaire, on le maintient à une basse température, il reste liquide tout en étant cependant coagulable.

Un segment veineux de cheval est placé le matin à huit heures dans l'éprouvette entourée de glace; sept heures et demie après on filtre le plasma à l'air par une température de 4°. Une portion de ce plasma est mise dans un verre à expérience et portée dans une pièce dont la température est de 16° ; la dernière portion filtrée est recueillie dans un vase entouré de glace fondante.

Le premier échantillon se prend en masse, environ au bout de deux heures. Le second échantillon est porté dans une cave dont la température est de 7°. Au bout de quatre jours, le liquide est encore parfaitement limpide. Le cinquième jour, il commence à adhérer un peu aux parois et au fond du vase et il prend une consistance analogue à celle de l'humeur vitrée. La température de la cave s'est élevée à 8°-9°. Huit jours plus tard, laissé dans les mêmes conditions, le liquide est encore très imparfaitement coagulé. Le lendemain, c'est-à-dire le quatorzième jour, la coagulation s'est un peu accentuée. On remonte alors l'éprouvette dans le laboratoire pour voir si la coagulation se complétera à une température de 16° à 17°. Elle se poursuit très lentement en partant du fond et des parois. Le liquide, examiné au microscope, ne contient aucun organisme étranger. Enfin, le lendemain seulement, c'est-à-dire le quinzième jour, le liquide se prend en masse; on peut retourner l'éprouvette sans qu'il s'écoule. Toutefois la partie supérieure du coagulum est encore moins consistante que le fond.

Cette expérience montre très nettement que le froid n'agit pas uniquement sur les éléments anatomiques, qu'il a une action non moins évidente sur les générateurs de la fibrine ou plutôt qu'il semble s'opposer à l'action chimique dont le résultat se traduit par la formation du coagulum fibrineux. On remarquera, de plus, que le séjour prolongé au froid d'un liquide coagulable en modifie tellement la coagulabilité, que porté ensuite dans un milieu à température ordinaire, il ne s'y coagule plus qu'avec une extrême lenteur.

Il est très probable que si le plasma filtré était resté à une température plus basse, il se serait conservé indéfiniment sans se coaguler.

Les liquides dépourvus d'hématoblastes, tels que la lymphe, le liquide pleurétique se comportent sous ce rapport comme le plasma sanguin.

2° Effets des liquides qui fixent les éléments anatomiques. — Les sels neutres exercent une action plus complexe. Les mêmes sels peuvent, suivant leur proportion dans le sang ou dans le plasma, dissoudre les matières albuminoïdes ou les précipiter. Us influencent leur point de coagulation et certainement aussi leurs actions réciproques (dédoublement, combinaison ou transformation). Il résulte de tout ce que nous connaissons sur leurs effets que la constitution saline du milieu dans lequel se trouvent les éléments anatomiques et les matières albuminoïdes du plasma peut s'opposer à l'apparition de certains principes et entre autres à celle de la fibrine ou au contraire la favoriser.

Nous avons déjà eu l'occasion de nous en rendre partiellement compte.

Il est donc très intéressant de constater qu'en mélangeant le sang en certaines proportions avec des solutions salines, on peut empêcher d'une manière plus ou moins complète l'altération des hématoblastes.

Lorsqu'à du liquide amniotique on ajoute une faible quantité de sang, on n'observe pas de coagulation; dès que la proportion de sang dépasse une certaine limite, la coagulation peut être plus ou moins retardée, mais elle a lieu néanmoins.

Les modifications des hématoblastes sont influencées dans le même sens.

En ajoutant au sang une très petite quantité de sérum iodé, ces altérations évoluent plus lentement que dans le sang pur et l'on peut suivre alors plus facilement les phénomènes que nous avons décrits. La plupart des hématoblastes se réunissent en amas, les uns très pâles, peu distincts, les autres plus franchement granuleux et plus réfringents, amas d'où partent, au bout d'un temps variable, un réticulum fibrineux assez net, mais moins distinct que celui du sang pur. Pendant ce temps les globules blancs paraissent rester intacts.

Lorsque le mélange est fait avec une quantité plus grande de sérum, on ne voit plus se former trace de réticulum fibrineux; mais au bout de quelques heures, les hématoblastes, d'abord homogènes et lisses ou légèrement anguleux, portent de petits prolongements courts, parfois ramifiés, qui sont comme une ébauche de la formation" du réseau fibrineux (fig. 25, B).

Dans le sang dilué avec du liquide ascitique ou avec une autre

sérosité hydropique, on observe des faits analogues : les globules ronges, plus ou moins déformés, ont encore une tendance à former des piles, les hématoblastes s'altèrent assez rapidement, mais moins vite et moins profondément que dans le sang pur; puis, au bout de quelques heures, ils présentent des filaments fibrillaires plus longs et plus nombreux que ceux qui prennent naissance dans le sérum iodé.

Quand, au contraire, le sérum iodé et le liquide ascitique sont ajoutés au sang en quantité suffisante pour s'opposer à toute trace de coagulation, les hématoblastes ne se déforment plus et ne présentent plus aucun prolongement fibrillaire.

On peut faire sur le sang des ovipares des observations analogues, ce qui prouve bien que les hématoblastes ont les mêmes propriétés générales dans toute la classe des vertébrés.

Les sulfates de soude et de magnésie (voir Anat.) ne s'opposent que d'une manière imparfaite à l'altération des hématoblastes et lorsqu'on les fait intervenir sur le sang ou le plasma pour empêcher la coagulation fibrineuse, ils paraissent exercer cette action anticoagulatrice sur les générateurs mêmes de la fibrine. En voici une preuve :

Dans une de nos expériences sur la filtration du plasma à 0°, une portion du plasma filtré fut mélangée avec une solution concentrée de sulfate de magnésium dans la proportion d'un centimètre cube de la solution pour \0 centimètres cubes de plasma. Ce mélange, conservé pendant quinze jours dans le laboratoire à la température de -f- 16° environ, s'est maintenu complètement incoagulable, tandis que le plasma pur s'est pris en masse au bout de deux heures environ. Il est probable qu'on obtiendrait des effets analogues avec le sulfate de sodium.

Dans ces divers cas les solutions salines peuvent être considérées comme des dissolvants des principes albuminoïdes qui se concréteraien-t sans l'intervention des sels. Et c'est pourquoi la dilution ou la dyalise amènent des précipitations (1).

(1) M. J. Renaut a opposé à la théorie de l'intervention des éléments du sang dans le phénomène de la coagulation une expérience qui lui paraît décisive.

Il dépose sur une lame de verre une goutte d'acide osmique à 1 p. 100, découvre le cœur d'une grenouille, l'essuie et l'approche à un centimètre de la plaque. Un aide retranche la pointe du cœur, et immédiatement une goutte de sang vivant tombe dans la solution osmique. Avec une aiguille de verre, le mélange est rapidement rendu homogène. Il en prend une goutte sur une lame, la recouvre d'une lamelle et abandonne la préparation pendant vingt minutes dans la chambre humide. Au bout

L'action des injections de peptone est une des plus intéressantes. Ici encore, la perte de la coagulabilité coïncide avec une modification des éléments anatomiques et en particulier des hématoblastes. En effet, dans le sang maintenu liquide par injection de peptone, les hématoblastes ne s'altèrent plus de la même manière que dans le sang pur. Dans une goutte étalée en lame mince, on en voit quelques-uns paraissant presque absolument intacts ; mais la plupart sont réunis en amas formés d'éléments épineux ou vésiculeux conservant leur forme corpusculaire pendant longtemps et parfois pendant plusieurs heures. Ces amas cependant finissent presque toujours au bout d'un certain temps par se couvrir de filaments fibrineux. Il est facile de voir qu'un grand nombre de globules blancs font corps avec ces petites précipitations hématoblastiques, de sorte que les globules blancs isolés sont rares (1).

On remarque aussi que les globules rouges eux-mêmes paraissent modifiés par la peptonisation du sang ; ils s'empilent

de ce temps, l'examen fait voir un coagulum parfaitement normal, avec les rosettes décrites par M. Ranvier au niveau des points nodaux.

Comme d'après lui les éléments du sang ont été fixés définitivement dans leur forme par l'acide osmique, il en conclut « que le sang frappé de mort dans ses éléments globulaires se coagule exactement comme le sang vivant, au sein de la solution osmique, milieu incompatible avec le maintien de toute vitalité ; que, par suite, les globules et les hématoblastes ne jouent aucun rôle actif clans la production du phénomène de la coagulation ». (Contribution à l'histoire de la phlegmatia alba dolens. Revue de médecine, p. 345, 1880.)

Dans un de mes premiers travaux sur les hématoblastes des ovipares, j'ai fait remarquer que, contrairement aux assertions de M. Pouchet, les solutions osmiques ne fixent que d'une manière très imparfaite ces éléments. Le résultat annoncé par M. J. Renaut n'avait donc pas lieu de m'étonner. J'ai tenu cependant à répéter sa petite expérience sur le sang de la grenouille, et j'ai constaté qu'effectivement le mélange à part égale d'acide osmique au 100e et de sang sortant du cœur laisse bientôt apparaître un coagulum.

Mais il n'est pas exact de dire que les éléments du sang sont immédiatement tués et fixés dans leur forme par la solution osmique. Un assez grand nombre d'hématoblastes sont, il est vrai, à peu près intacts et moins profondément modifiés que dans le sang pur coagulé; mais beaucoup d'autres, surtout au niveau des points nodaux, sont manifestement altérés et déformés. D'autre part, en fixant un moment les yeux sur les globules blancs, on voit que ces éléments ont conservé, malgré le milieu dans lequel ils baignent, leur contractilité et sont animés de mouvements amœboïdes très actifs. L'acide osmique n'a donc pas les propriétés fixatrices que M. J. Renault lui attribue ni le pouvoir de faire disparaître immédiatement toute vitalité.

(1) C'est peut-être pour ce motif que A. Schmidt et ses élèves ont attribué à la pepsine et à la pancréatine, qui entravent également la coagulation, la propriété de détruire les globules blancs.

moins régulièrement et deviennent plus facilement épineux.

Les injections de peptone fixent donc les hématoblastes d'une manière incomplète en les précipitant sous forme d'amas qui s'altèrent moins sensiblement et beaucoup plus lentement que dans le sang pur.

Ce genre d'effet est très analogue à celui qu'exercent les sérums et les sangs étrangers qui ont également la propriété de retarder la coagulation du sang (injection à haute dose de sang de cheval chez le chien).

3° Action de la paroi vascnlaire. — Dans les segments vasculaires où le sang peut rester liquide pendant longtemps, les hématoblastes sont parfaitement conservés.

Lorsqu'au bout de plusieurs heures on pique le vaisseau pour recueillir quelques gouttes de sang qu'on dilue immédiatement à l'aide d'une sérosité artificielle ayant la propriété de fixer les éléments du sang, on constate facilement que les hématoblastes paraissent inaltérés. Dans le cas où l'expérience est faite sur la jugulaire externe du chien, au bout de deux heures environ, les globules rouges se sont déposés à la partie inférieure du vaisseau et on peut examiner séparément le plasma et la couche des globules rouges. Dans l'un et l'autre liquide on retrouve des hématoblastes ; mais dans ces conditions il m'a été impossible de faire de bonnes préparations par voie sèche et par suite de décider si ces éléments restent absolument intacts. Cette expérience ne m'a donné de résultats décisifs que chez le cheval. Pour la rendre plus démonstrative, je l'ai faite à l'aide d'un segment de veine détaché et conservé plein de sang pendant plusieurs heures clans une éprouvette entourée de glace.

Ces recherches ont fait voir que les hématoblastes ne s'altèrent pas sensiblement dans la veine pendant que le sang y reste fluide, mais qu'ils s'y trouvent en quelque sorte dans un état d'altération imminente, puisqu'ils se modifient dès qu'ils sortent du vaisseau, plus rapidement que dans le sang frais recueilli sur le vivant (1).

Le maintien de la liquidité du sang dans les segments vasculaires coïncide donc avec la conservation des hématoblastes. Il est probable cependant que ces éléments s'altèrent plus ou moins dans les vaisseaux conservés à l'abri de la dessiccation jusqu'à

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