LX1I
putréfaction. Et cependant, nous avons vu que dans certains cas le sang peut rester liquide dans ces conditions.
Cette contradiction apparente peut s'expliquer, soit par la transsudation à travers les vaisseaux d'un des générateurs de la fibrine, soit plutôt par la destruction du principe de la coagulation par l'effet de la putréfaction. On doit, en effet, se rappeler que le sang devient alors complètement incoagulable : il reste liquide après être issu des vaisseaux.
L'étude de l'état des hématoblastes dans les conditions où le sang reste liquide montre donc, en définitive, que cette éventualité coïncide habituellement avec la conservation de ces éléments. Elle nous fait voir, en outre, que les cas plus exceptionnels où les hématoblastes s'altèrent, sans que le sang se coagule, sont uniquement ceux dans lesquels on peut invoquer l'intervention de mécanismes divers, propres à empêcher l'accomplissement des mutations chimiques aboutissant à la formation de la fibrine (maintien à l'état soluble ou disparition d'un des générateurs de la fibrine).
Ces faits rapprochés des précédents permettent donc de conclure que non seulement toute coagulation du sang exige le concours des hématoblastes ; mais encore que l'altération de ces éléments entraîne la coagulation du sang.
Nous voici conduit, tout naturellement, à nous occuper de la nature chimique de l'intervention des hématoblastes dans la production de la fibrine.
G. Matière fournie par les hématoblastes. — Les faits anatomiques précédemment décrits démontrent que les hématoblastes laissent exsuder autour d'eux en s'altérant une matière dont ils sont pour ainsi dire imprégnés et qui paraît en partie se dissoudre, en partie se transformer en fibrine fibrillaire.
Nous avons pu suivre ce processus dans le sang pur, particulièrement dans celui de la grenouille, et nous l'avons mis également en évidence dans les préparations faites d'une certaine manière par dessiccation.
Ces observations permettent déjà d'affirmer que les hématoblastes contiennent une matière génératrice de la fibrine. Un certain nombre d'autres faits paraissent démontrer que cette matière concourt à la production du fibrinogène isolé par Hewson et Hammarsten.
Nous savons déjà qu'elle est visqueuse et adhésive comme lui; que comme lui aussi elle passe facilement à l'état fibrillaire en devenant de plus en plus analogue à la fibrine. J'ajouterai qu'elle présente aussi la remarquable propriété d'être précipitée à + 56°.
Lorsqu'on examine les résultats de cette température sur le sang', on observe, en effet, une coïncidence parfaite entre la précipitation du fibrinogène et la destruction instantanée des hématoblastes, en tant qu'éléments anatomiques.
Ce fait, que j'ai maintes fois observé, me paraît mériter une rapide description.
Après avoir séparé par une ligature la portion plasmatique d'une jugulaire, on plonge le vaisseau dans un tube chauffé au bain-marie; l'extrémité du tube est fermée par un bouchon, traversé par un thermomètre dont le cylindre arrive presque au fond du tube. On mène l'opération de manière à ce que la colonne de mercure reste entre 56 et 57°.
Si l'on retire la veine au bout de quelques minutes seulement, on constate que le plasma n'a subi aucune modification, car il lui faut un temps assez long pour atteindre dans ces conditions la température voulue. On perfore donc la veine en soulevant un instant le bouchon sans retirer le tube du bain-marie, ni le thermomètre du tube. Dès que le plasma s'épanche et vient au contact du thermomètre, la température s'abaisse de plusieurs degrés. A ce moment, le plasma sanguin est parfaitement liquide et les éléments anatomiques y sont tous encore intacts. Lorsqu'on laisse monter le thermomètre jusqu'à + 55° et qu'on retire immédiatement le tube plein de plasma, celui-ci n'est pas encore trouble bien que sur les parois du tube il y ait un commencement de dépôt visqueux. A l'examen microscopique, pratiqué immédiatement dans une pièce froide, on reconnaît les faits suivants : les globules rouges sont altérés quoique non détruits, les hématoblastes parfaitement reconnaissables et à peine plus altérés que dans du plasma ordinaire, les globules blancs parfaitement intacts. Le liquide extrait du tube se coagule en masse, mais au bout d'un temps beaucoup plus long qu'à l'ordinaire (\).
Mais dès que le plasma arrive dans toute sa masse à la température de j 56°, les hématoblastes sont complètement détruits, tandis que les globules blancs sont simplement empâtés dans la matière visqueuse précipitée. Ces derniers conservent leurs caractères propres et donnent avec l'acide acétique leur réaction habituelle. Il est probable que le phénomène commence par une destruction des hématoblastes ou mieux encore par une sorte de liquéfaction de ceux-ci, car dans une expérience où tout le plasma n'était pas encore arrivé à +56°, il était déjà impossible d'y trouver des hémato-
(1) Dans tous ces essais, en portant rapidement les plasmas (sang ou autres liquides) à une température voisine de -j- 56°, je n'ai jamais obtenu de coagulum en masse comme dans la précipitation fibrineuse. Le dépôt de fibrinogène se fait par flocons visqueux et marche progressivement.
blastes reconnaissables. Dans ce cas, le liquide à peine un peu refroidi s'est pris en masse comme dans la coagulation fibrineuse.
La matière précipitée par la température de -[- 56° a bien les caractères du fîbrinogène ; elle ne peut être confondue avec la masse d'apparence gélatineuse sous laquelle se présente la fibrine formée spontanément. On voit qu'elle comprend dans sa masse toute la substance provenant de la destruction des hématoblastes.
Mais, très évidemment, elle n'est pas produite par les hématoblastes seuls. En calculant, d'après le volume et le nombre de ces éléments, la quantité de matière qui peut entrer dans la constitution de ces corpuscules, on trouve que la masse entière des hématoblastes est très inférieure à la quantité de fibrinogène qui se précipite à -f- 56°. Ce fibrinogène doit donc être produit à la fois par une matière incorporée aux hématoblastes et une substance dissoute dans le plasma.
L'influence des hématoblastes sur la formation de ce fibrinogène et par suite sur celle de la librine est encore mise en évidence par le dosage de la fibrine dans les diverses couches du sang de cheval laissé au repos dans une éprouvette entourée de glace. Dans ces conditions, le sang forme trois couches : une supérieure claire, contenant relativement peu d'éléments, une intermédiaire très riche en hématoblastes et en globules blancs, surtout à sa partie inférieure ; enfin, une troisième, renfermant presque exclusivement les globules rouges.
La somme totale de la fibrine fournie par le sang ainsi décanté est sensiblement égale à celle du sang complet. Mais la répartition de cette fibrine est extrêmement inégale suivant les couches.
Yoici les chiffres obtenus.
Fibrine pour 1000.