‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 67 sur 165 · II. Couche supérieure · texte numérisé non relu

II. Couche supérieure

Couche moyenne 6,50

Couche inférieure 0,44

Le poids de la fibrine est donc à peu près deux fois plus élevé dans la couche moyenne que dans la supérieure, bien que les éléments en suspension dans le liquide diminuent d'autant celui du plasma. Ce résultat me paraît attribuante surtout à l'abon-

G. Hayem. — Du Sang. 20

dance des hématoblastes tassés à ce niveau. Il est vrai que les globules blancs y sont également accumulés ; mais dans la fibrine obtenue par le battage, on reconnaît facilement que ces éléments ne sont pas détruits et qu'ils ont été simplement entraînés par les filaments fibrineux; on y fait naître leur réaction caractéristique à l'aide de l'acide acétique. Les globules blancs ne font donc pas plus partie de la coagulation fibrineuse que les globules rouges retenus par les filaments de fibrine dans le cruor.

D'ailleurs, dans les manipulations qu'on fait subir à la fibrine avant de la peser, on se débarrasse en grande partie des matériaux apportés par les globules blancs, tandis que les débris d'hématoblastes font corps avec la fibrine et restent absolument confondus avec elle. On remarquera que dans ces analyses le poids de la fibrine est tellement élevé dans la couche intermédiaire qu'il semble difficile d'attribuer ce résultat uniquement à la substance produite par les hématoblastes, ce qui porte à penser que ces éléments retiennent autour d'eux la matière préformée dans le plasma et l'entraînent au moment de la formation de la fibrine.

En se débarrassant aussi complètement que possible des hématoblastes par une filtration à 0°, on trouve des différences analogues entre les poids de fibrine et de fibrinogène fournis par le plasma filtré et celui qui ne l'est pas.

Après avoir laissé du sang de cheval dans une éprouvette entourée de glace, pendant plusieurs heures, les globules rouges sont parfaitement tassés au fond de l'éprouvette et surmontés par une petite couche rosée renfermant la presque totalité des globules blancs. Le plama clair qui surnage n'est guère adultéré que par des hématoblastes. On le décante et on le divise en deux parties.

L'une d'elles sert à faire un dosage de fibrine et de fibrinogène. Ce dernier est précipité par la chaleur à -f- 56°. La deuxième partie est filtrée à 0°, et soumise après filtration aux mêmes analyses.

Ces manipulations faites par M. Winter, dans de bonnes conditions, par un temps froid (février 1886), ont donné les résultats suivants :

Pour 1000.

Plasma filtré : fibrinogène 4,56

— fibrine 6,80

Plasma non filtré : fibrinogène 7,20

— fibrine 9

Dans une autre analyse du même genre, on a trouvé :

Plasma filtré : fibrinogène 2,2

— fibrine 4,7

Plasma non filtré : fibrinogène 4,68

— fibrine 5,70

Les analyses chimiques démontrent donc également que les hématoblastes fournissent une matière concourant directement à la formation du fibrinogène et par suite de la fibrine.

Elles paraissent même établir que cette matière agit sur un autre fibrinogène du plasma pour l'entraîner en proportion de sa masse dans la coagulation fibrineuse.

Il est également démontré que le précipité produit par la température de-f-56° est formé à la fois par ces deux variétés de fibrinogène.

Peut-on maintenant se prononcer sur la qualité du fibrinogène provenant des hématoblastes?

Les expériences que nous avons précédemment rapportées touchant les effets des injections intra-vasculaires de sérum ou de sang étrangers, montrent que la précipitation immédiate des hématoblastes rend le sang incoagulable. Elles sont extrêmement curieuses, en ce sens qu'elles permettent de produire sur le vivant la séparation immédiate des hématoblastes des autres facteurs de la coagulation fibrineuse.

Mais je n'ai pas encore fait l'étude des diverses matières albuminoïdes qui restent en dissolution dans le plasma après ces sortes d'injections intra-vasculaires.

Adressons-nous donc aux expériences faites par Wooldridge avec le sang peptonisé. Nous avons vu que dans ce sang les hématoblastes sont précipités sous forme d'amas, tandis que les fibrinogènes A et B restent à l'état de dissolution. Il ne faudrait pas cependant en conclure que les hématoblastes sont complètement étrangers à la production de ces générateurs de la fibrine. En effet, les amas hématoblastiques du sang peptonisé sont composés par des éléments altérés qui peuvent très bien laisser exsuder, comme les hématies, une matière se dissolvant dans le plasma. Toujours est il qu'à la longue, bien que le sang continue à rester liquide,

on voit sous le microscope les amas hématoblastiques se comporter comme après les injections de sérum ou de sang- étrangers, c'est-à-dire former des masses de plus en plus confuses, se transformant sur place en une substance fibrillaire tout à fait analogue à la fibrine.

Les hématoblastes sont donc essentiellement constitués par une ou plusieurs matières fibrinogéniques et, sans trancher la question de savoir s'ils concourent à la production du fibrinogène A de Wooldridge, on peut affirmer qu'en se fusionnant et en se transformant, ils produisent une sorte de fibrine à laquelle on pourrait donner le nom de fibrine hématoblastique. C'est cette fibrine qui forme le noyau central des concrétions par précipitation grumeleuse et la masse principale des coagulations par battage, produites sur le vivant au contact des corps étrangers.

Rappelons ici, du reste, que dans la coagulation normale du sang la partie insoluble (stroma) des hématoblastes fait corps avec le réticulum fibrineux et se confond par suite avec la fibrine concrète du sang complet.

Il nous reste encore à examiner si les hématoblastes fournissent, outre du fibrinogène, une certaine quantité de ferment.

Après avoir reconnu aux hématoblastes les propriétés que j'ai signalées bien avant lui (vulnérabilité, viscosité, agglutination aux corps étrangers), Bizzozero a tenté de démontrer que ces corpuscules sont les producteurs du ferment de la coagulation fibrineuse (1).

Il a cru pouvoir isoler les hématoblastes par le battage du sang avec des fils et en plongeant ces fils recouverts, d'après lui, exclusivement d'hématoblastes, dans du plasma salé de Schmidt, il a obtenu des coagulations. Il a conclu qu'on doit attribuer aux hématoblastes la production du ferment.

J'ai fait voir dans un travail spécial qu'il est en réalité impossible d'isoler ainsi les hématoblastes sans entraîner d'autres éléments du sang et même une certaine quantité de fibrine (2). Les expériences de Bizzozero ne comportent donc pas les conclusions qu'il en a tirées ; mais elles ne prouvent pas, non plus, que les hématoblastes ne sont pas impliqués dans la production du fer-

(1) J. BrzzozERO, D'un nouvel élément morphologique du saDg et de son importance dans la thrombose et dans la coagulation {Archives ital. de biol., t. III, fasc. I).

Page 1