‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 69 sur 165 · LX1V · texte numérisé non relu

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lourdes hématoblastes un nuage granuleux (déjà signalé p. 90), produit par la précipitation de la petite quantité de matière déjà abandonnée par les hématoblastes. Cette précipitation augmente quand ces éléments sont plus altérés, et nous verrons plus tard qu'elle devient relativement considérable dans l'état phlegmasique, lorsque les hématoblastes sont gonflés et plus riches en matière d'exsudation.

Cette réaction parait établir que le fibrinogène abandonné par les hématoblastes n'est pas le même que celui qui est dispersé dans le plasma sanguin.

La lymphe la plus pure renferme au contraire à l'état de dissolution une matière qui est immédiatement précipitée par le liquide A, sous la forme d'un précipité granuleux.

Cette réaction ne démontre pas qu'il existe à l'état libre dans la lymphe un corps semblable à la matière fixée, dans le sang, sur les hématoblastes ; mais elle permet d'affirmer que le fibrinogène de la lymphe n'est pas le même que celui qui est dissous dans le plasma sanguin.

Voilà sans doute la raison pour laquelle la lymphe, tout en restant liquide comme le sang, dans les segments vasculaires, devient coagulable à l'air sous l'influence probable d'une altération des globules blancs (1).

Les sérosités non spontanément coagulables, telles que le liquide du péritoine du cheval, ne se coagulent pas, au contraire, malgré la présence de globules blancs assez nombreux.

La formation de la fibrine paraît donc se faire aux dépens de matières albuminoïdes voisines, mais différentes les unes des autres et sous l'influence de principes coagulateurs variables, qui sont vraisemblablement en rapport avec les qualités particulières des matières fibrinogéniques.

D. Des diverses espèces de fibrine. — 0. tlammarsten, d'accord en cela avec Denis, ne décrit pas moins de trois variétés de fibrine, en se fondant sur divers caractères d'ordre chimique.

Ces variétés d'un même corps paraissent dépendre, d'une part, des conditions de milieu dans lesquelles il se produit, telles que

(1) Nous ferons remarquer, en outre, que la lymphe conservée à l'état liquide à la température de 0° ne laisse se produire aucun précipité. Il en est d'ailleurs de même du plasma sanguin non peptonisé, de sorte qu'il est permis de se demander si le fibrinogène de Wooldridge préexista réellement dans le plasma sanguin normal.

l'alcalinité du liquide, la nature des matières génératrices (variété de fibrine-gène), la plus ou moins grande richesse de la solution en paraglobuline; d'autre part, delà pureté plus ou moins grande du produit, et notamment de son adultération par l'entraînemenl des globules blancs.

Les faits mis en relief par Hammarsten sont très intéressants au point de vue des rapports entre la fibrine et son fibrinogène ; ils montrent toute la complexité du problème soulevé par les transformations et dédoublements des matières albuminoïdes précipilables. Mais nous ne suivrons pas cet habile observateur sur ce terrain essentiellement chimique. Nous nous bornerons à quelques remarques sur les apparences et les qualités physiques différentes de la fibrine, suivant que le liquide qui la produit est plus ou moins riche en hématoblastes. Hammarsten ne s'est préoccupé que des globules blancs comme cause des modifications de la fibrine. Les hématoblastes jouent sous ce rapport un rôle plus important, qui actuellement ne doit plus être pour nous un sujet d'étonnement.

Le caillot du sang est toujours plus ferme, plus compact que la gelée formée par les autres liquides coagulables. Ce n'est pas

Fi£. 57.

Fie. 58.

seulement parce qu'il est plus riche en filaments iibrillaires ; c'est aussi parce qu'il a une constitution anatomique particulière résultant de l'adjonction aux filaments de fibrine proprement dits de la partie résistante, non soluble des hématoblastes.

Quand le plasma sanguin a été filtré à 0°, afin d'être débarrassé le plus complètement possible des hématoblastes, il donne

naissance, on se coagulant, à un réticulum à fibrilles nombreuses, fines, entre-croisées et qui paraissent se diviser dichotomiquement. Ce réticulum ne diffère guère de celui du sang complet que par l'absence des carrefours hématoblastiques (fig. 57). Mais les sérosités pathologiques qui laissent précipiter peu de fibrine donnent lieu à la formation d'une trame fibrillaire sensiblement différente. Celle-ci est constituée par des filaments non divisés, presque tous droits^ se terminant en général en pointe et enchevêtrés d'une manière tout à fait irrégulière (fig. 58).

Le réticulum fibrineux observé au microscope n'offre donc pas toujours la même disposition. Mais le fait le plus important consiste dans la présence ou l'absence de débris d'hématoblastes. Il existe donc au point de vue anatomique deux variétés de fibrine.

Ces deux sortes de fibrine présentent des propriétés différentes qui peuvent être appréciées alors même qu'elles ont été toutes deux retirées du sang. C'est du moins ce qui résulte d'expériences faites avec le sang du cheval.

Lorsqu'après avoir détaché la jugulaire externe pleine de sang, on suspend cette veine verticalement, on obtient trois couches qui nous sont déjà connues. Rappelons seulement que la couche intermédiaire est la plus riche en hématoblastes et en globules blancs. En les recueillant séparément, il est facile d'observer comparativement la marche de la coagulation dans chacune d'elles. Deux faits intéressants peuvent être ainsi mis en évidence, l'un relatif à la coagulabilité différente de ces trois liquides, le second à la rétractilité variable du caillot.

La portion la plus coagulable est celle qui contient le plus d'hématoblastes et que je désigne sous le nom de couche intermédiaire. Vient ensuite la couche supérieure ou plasmatique, et enfin la couche inférieure ou des globules rouges.

Dans une expérience faite à la température extérieure de lo° C, après maintien de la veine pendant plusieurs heures à 0°, on a recueilli séparément les trois couches. La couche intermédiaire s'est prise complètement en gelée au bout d'une demi-heure; la couche plasmatique ne s'est solidifiée qu'au bout de deux heures; enfin la couche des globules rouges s'est coagulée lentement et très imparfaitement, en acquérant au bout de trois heures la consistance d'une gelée de groseilles à demi prise. Dès que les deux premiers liquides ont été coagulés, on a pu retourner les verres sans qu'il s'écoulât de sérosité; on n'aurait pas pu obtenir le même résultat avec le troisième.

A peine la coagulation du liquide de la couche intermédiaire a-t-elle été

achevée, que le caillot a commencé à se rétracter; sa surface est restée latéralement adhérente au verre et il a pris une forme de cône à sommet inférieur, dans lequel se trouvaient les globules rouges. On aurait dit, au bout de quelques heures, un champignon à tige rouge, placé à la surface d'un bain de sérum, relativement très abondant. Puis la rétraction s'est poursuivie lentement sans faire de progrès très notables; cependant elle a semblé atteindre son maximum dans les vingt-quatre premières heures.

La rétraction de la couche plasmatique a commencé environ quatre heures après la coagulation; elle a augmenté lentement et atteint son maximum au bout de quarante-huit heures. Pendant ce temps le caillot a conservé la forme du vase en s'écartant seulement de sa paroi, et il est resté adhérent par son fond; la quantité de sérum qui en est sortie, a été relativement beaucoup moins considérable que celle qui a été fournie par le caillot de la couche intermédiaire.

Quant au caillot cruorique, sa rétraction n'a commencé qu'au bout de vingt-quatre heures environ; elle n'est devenue sensible que par l'apparition d'une petite quantité de sérum à la surface du caillot. Celui-ci n'a quitté plus tard sur aucun point la surface du vase, et la couche de sérosité, après avoir atteint environ en quarante-huit heures son maximun, est restée excessivement faible.

La coagulabilité et la rétractilité des caillots dépendent donc dé leur richesse relative en hématoblastes. La comparaison entre le caillot du plasma filtré et celui du plasma non filtré lève d'ailleurs tous les doutes qu'on pourrait conserver à cet égard.

On recueille dans un verre à expériences une certaine quantité de plasma filtré à 0°et dans un autre une portion du même plasma non filtré, et on suit la marche des phénomènes qui se produisent dans un milieu dont la température est de 17°G. Nous savons déjà que dans ces conditions le plasma non filtré se coagule avant le filtré. Dans ce cas, le premier s'est coagulé complètement au bout d'environ deux heures, le second au bout de trois heures. A ce moment, les deux caillots ressemblent à une masse de gélatine; puis, tandis que le caillot du plasma complet se rétracte assez rapidement en prenant la forme conique que nous connaissons, et en abandonnant une quantité relativement considérable de sérum, le caillot du liquide filtré ne subit aucune modification sensible. La rétraction du caillot plasmatique a été ici plus considérable que dans l'autre expérience parce que le plasma contenait en suspension un plus grand nombre d'hématoblastes. M. Barrier a suivi, pendant plus d'une semaine, ces deux caillots sans voir sourdre de celui qui provenait du plasma filtré une quantité sensible de sérum. Dans d'autres expériences analogues, les résultats ont toujours été les mêmes; une fois seulement le caillot du sérum filtré a laissé sourdre une quantité appréciable, mais très minime de sérum qui a formé une mince couche à sa surface (fig. 59).

Pour compléter ces renseignements, j'ajouterai que la fibrine

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