PLÉTHORE
On a longtemps admis par opposition à l'anémie un état désigné par le nom de pléthore. Il serait caractérisé par une richesse exagérée du sang. Le mot peut s'entendre dans le sens d'une abondance insolite de globules rouges et dans celui d'une augmentation anormale de la masse du sang. Dans aucun cas, pour qu'il y ait pléthore, l'augmentation des hématies ne doit pouvoir être rapportée à la déshydratation du sang et par suite à un épaississement du sang. Au contraire, on a souvent supposé qu'il y avait en même temps accroissement de la masse sanguine et augmentation du chiffre des globules.
Je me suis déjà prononcé sur la difficulté de considérer la richesse du sang en hématies comme un véritable état pathologique. Mais je serai plus réservé en ce qui touche l'augmentation delà masse du sang. Il est probable, en effet, que les individus robustes, à vaisseaux larges et nombreux, qui ont la face colorée et sillonnée de capillaires dilatés, les muqueuses très vasculaires et foncées, en un mot tous les attributs du tempérament sanguin, ont une masse sanguine plus considérable, relativement au poids du corps, que les individus ayant les attributs du tempérament nerveux ou même du tempérament lymphatique.
On peut objecter à cette opinion que nous n'en avons aucune
preuve directe. Mais le fait est rendu très probable par la facilité avec laquelle les individus présentant les signes de la pléthore supportent les pertes spontanées de sang ou les émissions sanguines, par le bien-être qui succède souvent à ces spoliations, même lorsqu'elles ont lieu en dehors d'une période de molimen hemorragicum, et enfin par la marche rapide delà réparation sanguine.
Les faits de cet ordre ont été observés trop fréquemment par des médecins attentifs pour qu'il soit possible d'en nier absolument la valeur (1).
SOUS-CHAPITRE III