FORMATION DES CONCRÉTIONS SANGUINES ET HÉMOSTASE
§ 1. — Concrétions sanguines.
Les nombreux efforts faits par les physiologistes et les chimistes pour éclaircir le mystère de la coagulation du sang n'ont pas uniquement un intérêt de curiosité scientifique.
En effet, le sang ne se coagule pas exclusivement lorsqu'il est issu du corps ou de ses voies naturelles ; il peut également former pendant la vie, et à l'intérieur des vaisseaux, des concrétions plus ou moins solides qui jouent un rôle important en pathologie.
Tantôt ces concrétions sanguines constituent par elles-mêmes des lésions graves, lorsqu'elles oblitèrent par exemple une artère terminale; tantôt elles sont l'origine de désordres divers plus ou moins éloignés lorsqu'elles se fragmentent pour produire des embolies. Mais souvent, au contraire, elles concourent fort heureusement à un processus de préservation en déterminant l'arrêt d'hémorragies spontanées ou traumatiques, ou bien encore en obturant certaines poches anévrysmales, de manière à permettre la guérison d'une maladie redoutable.
(1) Dans les nombreuses expériences que j'ai pratiquées sur le chien à l'occasion de mes recherches sur les émissions sanguines et sur la mort par hémorragie, j'ai été frappé des différences individuelles assez grandes qu'on observe dans la résistance de ces animaux aux pertes de sang. Très évidemment ces différences sont dues à ce que la masse sanguine n'est pas dans un rapport constant et parfaitement fixe avec le poids du corps. Certains animaux et particulièrement ceux de race pure m'ont paru plus riches en sang que les animaux bâtardes, vulgaires ; en tout cas, ils se sont montrés remarquablement résistants aux pertes de sang.
A tous ces points de vue leur étude est une des plus intéressantes de l'anatomie pathologique. Aussi la plupart des auteurs qui se sont occupés spécialement de cette branche de nos connaissances ont-ils donné des descriptions très exactes des concrétions sanguines. On connaît leurs caractères anatomiques, leurs lieux d'origine, leur mode d'extension, les transformations qu'elles subissent, les diverses causes qui peuvent les morceler et les rendre migratrices ; en un mot l'histoire des thromboses et des embolies est aujourd'hui une des plus complètes de l'anatomie pathologique.
Parmi les questions qui se rapportent à ce sujet, il n'en est guère qu'une qui soit restée relativement obscure; c'est celle de leur mode de formation.
Quoi de plus naturel, puisque le problème delà coagulation n'a pas encore reçu de solution complète?
Je me suis appliqué à faire progresser cette question de physiologie pathologique, et c'est à ce point de vue que nous allons nous, occuper ici des concrétions sanguines.
On peut en distinguer sur le vivant trois variétés principales, qui correspondent presque absolument à celles qu'on peut obtenir par différents moyens à l'aide du sang issu de l'organisme ou maintenu dans les segments vasculaires.
Ces trois variétés sont : 1° les concrétions hématoblastiques ou par battage; 2° les concrétions par stase; 3° les concrétions par précipitation (1).
A. Concrétions hématoblastiques ou par battage. — A propos de la coagulation du sang (p. 222) nous avons rappelé les expériences déjà anciennes à l'aide desquelles on a démontré que les corps étrangers introduits dans un segment vasculaire ou dans un vaisseau dont la circulation n'est pas interrompue, deviennent l'origine d'une concrétion sanguine. On avait remarqué que le caillot, qu'on attribuait à un dépôt de fibrine, restait limité et qu'en cas d'altération d'un point de la paroi vasculaire d'un segment, la concrétion répondait uniquement à la portion lésée du vaisseau.
Ces faits très intéressants étaient restés incompréhensibles. Nous avons vu qu'ils sont aisés à expliquer à l'aide des propriétés des hématoblastes. Nous allons en donner de nouvelles preuves