‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 94 sur 165 · LX1X, LXXIV · texte numérisé non relu

LX1X, LXXIV

PROCESSUS DE L'HÉMOSTASE. 443

dents du même genre; mais jusqu'alors les moyens hémostatiques généraux et locaux avaient réussi à arrêter les hémorragies.

Au moment où je le vis, la perte sanguine durait depuis trois semaines et se renouvelait dès que le tamponnement des fosses nasales, devenu très douloureux, était suspendu pendant quelques heures. L'anémie était intense, le sang très pâle se coagulait lentement et donnait un caillot mou et imparfait ; on pouvait craindre à chaque instant, sous l'influence d'une nouvelle perte de sang, une syncope mortelle.

A l'examen du sang je fus frappé de la rareté des hématoblastes et de la lenteur de leur altération hors de l'organisme.

Dans l'espoir de modifier l'état du sang plus encore que de combattre l'anémie, je proposai la transfusion de bras à bras et l'opération fut décidée. Il était d'ailleurs urgent de prendre un parti.

On injecta au malade environ 120 grammes de sang complet, veineux, et malgré cette faible dose l'épistaxis fut immédiatement et définitivement arrêtée. Quelques heures avant l'opération, il s'était encore produit un écoulement sanguin pour lequel on avait dû recourir au tamponnement. Après l'opération, on put retirer les tampons, laisser de côté tous les moyens hémostatiques ; le malade ne perdit plus une goutte de sang.

Il a paru évident à mes éminents confrères, comme à moi, que la transfusion avait agi immédiatement comme un moyen hémostatique des plus remarquables et que la guérison du malade devait lui être attribuée.

En raison du haut intérêt de ce fait, il est important de bien préciser les conditions dans lesquelles l'opération a été pratiquée.

Les épistaxis avaient pour origine, chez ce malade, un traumatisme ancien, un coup de poinçon, qui avait lésé la partie supérieure des fosses nasales du côté gauche. Aussi l'écoulement du sang se faisait-il toujours par la narine gauche. Frappé de ce fait, M. Perier, après avoir constaté des altérations très étendues de la muqueuse nasale de ce côté, a été amené depuis à pratiquer à son malade des injections caustiques avec une solution de chlorure de zinc au 12°, et depuis cette époque (18 mois) les hémorragies qui s'étaient reproduites quelques mois après la transfusion paraissent aujourd'hui complètement taries (1).

Les épistaxis n'étaient donc pas liées, chez ce malade, à un état constitutionnel plus ou moins analogue à l'hémophilie ; elles reconnaissaient une cause locale.

Mais la répétition des hémorragies amenait, comme cela est de règle dans les cas du même genre, une altération du sang, dont

(1) Elles ont reparu encore en 188G et ont nécessité de nouveau une injection caustique.

un des caractères consistait en une diminution de la coagulabilité. Il en résultait une sorte d'état hémophilique temporaire, posthémorragique.

Au fur et à mesure que les épistaxis se renouvelaient, l'état du malade devenait de plus en plus périlleux, non seulement à cause de l'anémie progressive, mais encore par suite de la difficulté d'obtenir un coagulum sanguin.

C'est dans ces conditions que la transfusion s'est montrée d'une utilité incontestable. Elle n'a pas sauvé le malade en fournissant au sang quelques éléments globulaires ; elle a agi en modifiant brusquement la coagulabilité du sang et en favorisant par suite la production de bouchons obturateurs dans les vaisseaux qui étaient la source de l'écoulement sanguin.

Au moment où j'ai proposé la transfusion pour ce malade, je pensai que l'introduction dans ses vaisseaux de sang humain normal, c'est-à-dire contenant des hématoblastes actifs, remédierait à la diminution de la coagulabilité du sang.

Les expériences que j'ai faites depuis cette époque et qui ont été rapportées précédemment conduisent à une autre interprétation. Elles permettent de considérer la transfusion comme un moyen de produire l'hémostase en augmentant la coagulabilité du sang stagnant; mais, en même temps, elles font voir que le sang complet est le moins actif de tous les liquides qui pourraient être dans ce but injectés dans les vaisseaux. On pourrait donc, dans des cas où la coagulabilité du sang paraîtrait plus effacée encore, se servir de sang défibriné ou de sérum; peut-être réussirait-on parfaitement avec la solution chlorurée-sodique (à 0,70 p. 100) (1).

Par ces diverses espèces de transfusion on obtiendra immédiatement une augmentation considérable dans la coagulabilité du sang, et je rappelle — ce qui est extrêmement important — que la coagulation n'aura lieu qu'au niveau des points où le sang est stagnant, c'est-à-dire précisément dans les vaisseaux du tissu malade, où la compression, les applications hémostatiques locales auront déterminé une stase plus ou moins étendue.

Depuis l'époque où j'ai recueilli la précédente observation, j'ai eu l'occasion de voir un fait analogue avec mon collègue, M. Le-

(1) Un grand nombre de malades anémiques chez lesquels ces injections ont paru produire une réparation du sang ont éprouvé simplement les effets hémostatiques de ces opérations.

corché. On peut conclure de ces observations cliniques et des expériences sur les injections intra-vasculaires considérées dans leur rapport avec la coagulabilité du sang, qu'en semblables cas la transfusion est formellement indiquée.

Cette opération doit être certainement comptée au nombre des moyens hémostatiques les plus puissants.

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