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pour les médecins ayant adopté cette opinion, des modifications dans la structure et dans le fonctionnement des reins. Pour d'autres médecins l'origine de ces albuminuries chroniques serait tout à fait différente; elle se rattacherait à une altération des matières albuminoïdes du sang. Ces matières qui. à l'état normal, ne peuvent franchir la barrière rénale, pourraient à l'état pathologique subir des modifications rendant possible leur passase dans les urines. Au bout d'un certain temps cette filtration anormale d'albumine provoquerait des lésions rénales.
L'albuminurie brightique aurait, dans cette hypothèse, une origine humorale: elle représenterait le type ordinaire de l'albuminurie hématogène.
La théorie de l'albuminurie par altération des matières al bu mi ooïdes du plasma présente d'assez nombreuses variantes. Gubler a fait de grands efforts pour la rattacher à une augmentation relative de l'albumine du sans chez les brightiques. Son opinion n'a pas prévalu. On doit accorder plus d'attention aux travaux très intéressants de Semmola. Ce distingué confrère, dan- une série de publications dont la première remonte à 1850, a cherché à établir que le mal de Bris ht est une • hémo-albuminurie dont la lésion rénale n'est en quelque sorte que le post-scriptum anatomique ■< i). D'après Semmola l'albumine du plasma • Jt à travers le
rein par suite d'une altération qualitative qu'il n'a pas pu caractériser autrement que par une augmentation dan- son pouvoir de di (fusibilité.
C'est dans l'inertie fonctionnelle de la peau, déterminée par l'impression du froid extérieur, qu'il faudrait chercher la cause originelle de l'altération du sang.
Les troubles cutanés agiraient en amenant une sorte de désharrnonie entre l'activité oxvdante de l'organisme et les matièi albuminoïdes en circulation.
Tous les médecins qui admettent l'origine hématique du mal de Bright s'appuient non seulement sur des faits cliniques, mais aussi sur des expériences de laboratoire. Il existe, en effet, de très nombreux moyens de provoquer une albuminurie temporaire en
1 Semmola. Nuove ricerche sull'albuminuria Comptes rendu» de Y Académie, mé- "urgicale de Naples, 1850. — Nouvelles! recherches sur la pathogénie de l'albnminui .'. de l'Acy.d. de méd. de P -1). — Pathogénie et traitement
albuminuries ibid., 1807 . — Sur le mal de Bright broch. Paris. G. Bailliére, 18* — Nouvelles recherches sur l'albuminurie brightique Paris. Masson, 18-
altérant la composition du sang à l'aide d'injections intra-vasculaires ou en faisant pénétrer dans le sang- par d'autres voies des matières albuminoïdes. Ces expériences très variées, faites dans des conditions souvent mal précisées, ne me paraissent pas avoir toujours été interprétées d'une manière exacte.
J'ai eu l'occasion de répéter la plupart d'entre elles, et je crois utile d'en faire une sorte de revue critique, en cherchant à les grouper d'une manière méthodique et à assigner à chaque genre d'expériences sa véritable signification.
a. Il faut tout d'abord envisager à part les recherches dans lesquelles on a introduit dans la circulation générale des matières albuminoïdes étrangères au sang et d'une constitution tout à fait différente des albuminoïdes du plasma.
Ces sortes d'expériences ont été faites avec de l'albumine d'oeuf, de la caséine ou du lait, de la gélatine. Calmettes, après avoir donné un bon résumé des faits connus en 1870, a entrepris quelques recherches nouvelles sur le lapin en utilisant le procédé de Vulpian qui permet de reconnaître dans l'urine l'albumine provenant du lapin et de la différencier de la matière albuminoïde injectée (1).
Yoici les conclnsions qu'il a formulées :
« Les substances organiques azotées, solubles, introduites dans les voies circulatoires par injection dans les veines tendent, en général, à sortir de l'économie par les voies ordinaires.
« Ce passage à travers le rein détermine une irritation passagère de l'organe.
« La conséquence de cette irritation est la présence clans l'urine, d'une manière passagère, de l'albumine du sang de l'animal, albuminurie qui peut persister encore quelque temps après l'élimination complète de la substance injectée. »
Ces matières étrangères à la constitution du sang se comportent donc comme les matières toxiques ou médicamenteuses dont le passage à travers le rein provoque un certain degré de néphrite temporaire.
L'albumine d'œuf paraît être moins bien tolérée que les autres matières albuminoïdes et son passage à dose suffisante à travers
(1) G. Calmettes, Recherches expérimentales sur l'albuminurie produite par l'injection de substances organiques azotées dans le sang (Archives de physiol., t. III, p. 26, 1870). On pourrait également reconnaître l'albumine d'œuf dans l'urine d'après son pouvoir rotatoire. Il serait en moyenne de + 40, tandis que celui du sérum serait de -f- 62 (M. Réchamp).
le rein s'accompagne d'une néphrite plus ou moins intense qui entraîne parfois la mort de l'animal (1).
Il n'est pas nécessaire que cette albumine soit introduite directement dans la circulation pour que l'albuminurie survienne. Nous savons que l'ingestion d'une quantité suffisante de blancs d'œuf provoque chez l'homme une albuminurie passagère. L'injection d'albumine d'œuf clans le tissu cellulaire produit, même à faible dose, le même résultat.
Dans diverses expériences de contrôle que j'ai exécutées chez le chien avec de l'albumine pure, préparée par le procédé de Wurtz, j'ai toujours constaté de l'albuminurie temporaire. Il suffit d'injecter dans les vaisseaux 1 gramme de cette matière en solution dans un peu d'eau salée, chez un chien de 8 à 10 kilos pour que les urines deviennent albumineuses. Cette albumine se comporte exactement comme un corps étranger dont l'organisme cherche à se débarrasser hâtivement, car l'albuminurie apparaît presque immédiatement, au bout de 10 minutes à un quart d'heure. Elle est d'abord relativement abondante, puis diminue tout en persistant cependant habituellement environ quarantehuit heures. Quand l'injection est pratiquée dans le péritoine, l'albuminurie apparaît un peu tardivement, environ une demi-heure après l'injection.
Creite a constaté qu'après les injections d'albumine d'œuf la quantité d'albumine éliminée par les urines est moindre que la quantité injectée (2).
La plupart des autres observateurs sont d'accord sur ce point, qui a été également confirmé dans mes expériences. Dans un cas j'ai trouvé deux grammes d'albumine sur quatre injectés dans la saphène et, dans un autre, où la quantité d'albumine injectée dans le péritoine s'élevait à dix grammes (chez un chien de 11 kilos), la totalité de l'albumine urinaire n'a pas dépassé 2gr,09. Dans plusieurs expériences il s'est produit une polyurie remarquable.
Que conclure de ces faits, sinon que les matières albuminoïdes
(1) Voir encore sur ce sujet : J. Biîchamp et Baltus [Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1878) ; Grîiztner (Pfliiger's Archiv. Bd. XXIV, p. 441) ; Knipers {Dissert. Amsterdam, an. in Centratblatt f. med. Wissens., 1882, p. 267).
(2) A. Creite, Versuche liber die Wirkung des Serumeiweisses nach Injection iu das Blut {Hente's und v. P feu fer' s Zeitschr., XXXVI, 90-103 et Centratblatt f. me d. Wisse?is.t 1869, p. 780).
o24 QUATRIEME PARTIE. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES.
sensiblement différentes des substances normales du plasma se comportent comme de véritables agents toxiques ?
On devrait évidemment dans la discussion de la pathogénie de l'albuminurie par altération des principes du sang laisser absolument de côté les expériences de ce genre et ne leur accorder aucune valeur.
b. Examinons maintenant les résultats obtenus avec les liquides albumineux extraits du sang ou avec les sérosités pathologiques.
La plupart des observateurs n'ont établi aucune distinction entre ces divers liquides. Nous ne suivrons pas cet exemple, car il nous paraît évident que les expériences de ce genre comprennent les trois variétés suivantes : injections de sérum sanguin emprunté à l'animal lui-même ou à un animal de la même espèce ; injections de sérum emprunté à un animal d'une espèce différente ; enfin injections faites avec des sérosités normales ou pathologiques n'ayant pas les propriétés coagulatrices du sérum.
— Cl. Bernard ayant produit une albuminurie passagère après avoir injecté du sérum de la même espèce explique le fait en disant que la substance albuminoïde qui existe dans le sang n'est pas la même après la coagulation que la substance qui, hors de l'organisme, constitue pour nous l'albumine.
Cependant, d'après l'analyse chimique, le sérum sanguin contient précisément les mêmes matières albuminoïdes que celles de l'urine albumineuse (sérum et paraglobuline) Mais le sérum du sang n'est pas simplement une dissolution saline de ces matières. Alors même qu'il est emprunté au propre sang de l'animal, il possède des propriétés particulières, et après sa réintroduction dans le torrent circulatoire, il modifie plus ou moins profondément le sang de l'animal transfusé. C'est là pour nous un fait de la plus haute importance.
Dans toutes les expériences de ce genre on doit tenir compte non seulement de la nature des matières albuminoïdes injectées, mais encore et peut-être surtout des altérations que le sérum peut faire subir au sang de l'animal mis en expérience. Nous savons maintenant que les injections de ce liquide rendent le sang stagnant immédiatement coagulable ; elles altèrent plus ou moins notablement les éléments figurés du sang et par suite elles changent non seulement la proportion des albuminoïdes du plasma, mais encore les propriétés du sang. Et cependant elles ne déter-
minent pas à coup sur d'albuminurie. Pavy et d'autres expérimentateurs ont observé des faits négatifs, et, dans les expériences que j'ai exécutées, ceux-ci ont été plus fréquents que les positifs. De plus, en cas d'albuminurie, ce phénomène est toujours transitoire, et l'albumine éliminée ne représente qu'une très minime partie de celle qui a été injectée.
— L'emploi d'un sérum emprunté à une espèce différente produit dans le sang de l'animal transfusé des altérations bien autrement grandes, ainsi que nous en avons eu la preuve dans les expériences faites avec le sérum de bœuf chez le chien. On peut prétendre d'abord qu'il introduit dans le sang des matières albuminoïdes en quelque sorte spécifiques et notablement différentes des matériaux du sang de l'animal transfusé.
Ainsi, l'hémoglobine différant d'un animal à l'autre et présentant des caractères en quelque sorte spécifiques, on peut supposer qu'il en est de même des autres matières albuminoïdes, la serine et la paraglobuline. Cependant s'il existe réellement une différence entre ces matières albuminoïdes, d'une espèce à l'autre, nous verrons bientôt que ce facteur ne paraît pas pouvoir être mis en cause. Il n'en est pas de même de l'altération que les éléments anatomiques du sang de l'animal transfusé éprouvent de la part du liquide injecté.
On sait, en effet, d'après les recherches de Landois, que les éléments figurés du sang sont très impressionnables au contact d'un sérum étranger. À propos de mes recherches sur la transfusion péritonéale, j'ai cité des faits bien curieux sous ce rapport. J'ai vu, par exemple, les globules rouges du chevreau se dissoudre presque immédiatement dans le sérum du sang du chien, tandis que les globules rouges du chien se conservent pendant assez longtemps dans le sérum du sang de chevreau (1). L'action d'un sérum d'une espèce sur l'autre n'est donc pas réciproque, et il faut s'inquiéter, dans chaque genre d'expérience, des effets particuliers du sérum employé sur le sang de l'animal transfusé.
Enfin les sérums étrangers n'agissent pas uniquement en dissolvant plus ou moins rapidement les globules rouges, ils modifient la coagulabilité du sang et provoquent plus ou moins facile-