CHAPITRE II Anatomie pathologique
On trouve au niveau de la choroïde des tumeurs qui
peuvent être épithéliales ou conjonctives.
À. — TUMEURS ÉPITHELIALES
Elles sont très rares, elles constituent en réalité des métastases de cancers développés au niveau de la peau et des viscères.
Les métastases les plus fréquentes proviennent des cancers de la glande thyroïde, du sein, de l’utérus ou du tube digestif.
B. — Tumeurs CONJONCTIVES
Ce sont, au contraire, des tumeurs primitives et de beaucoup les plus fréquentes.
Elles affectent les types suivants :
I. — Mélano sarcome. — C'est la forme la plus fréquemment observée. Ces sarcomes sont tous caractérisés par leur pigmentation. « [ls sont comme saupoudrés de suie », suivant l'expression de M. Paviot. Ces mélano sarcomes peuvent être ou globo cellulaires ou fuso cellulaires.
IT. — Les types leuco sarcomes qui peuvent revêtir des modalités cellulaires très variables, mais dont la caracté-
ristique est d'être privée de pigment.
mi
III. — Nous abordons un dernier groupe de sarcome mélanique ou blanc, dans lequel la disposition des vaisseaux ou l'apparition d’une substance intercalaire donne lieu à un type spécial de tumeurs.
Ce sont alors les angiosarcomes où la polifération cellulaire dérive toute entière des éléments des vaisseaux sanguins et plus particulièrement de leur endothélium ou plus exactement de leur périthélium
Ces angiosarcomes eux aussi peuvent être globo ou fuso cellulaires. Si, par exemple, il's’agit d’un sarcome à petites cellules fusiformes, ces cellules sont toutes dirigées parallèlement aux vaisseaux et forment autour de chacun de ceux-ci des manchons cohérents qui s’anastomiosent entre eux comme les vaisseaux mêmes qu'ils entourent et la tumeur toute entière est formée exclusivement par la réunion de ces agrégats cellulaires périvasculaires.
S'il s’agit d’un sarcome globo cellulaire, les capillaires donnent insertion à un système de fibres délicates qui loge des groupes de cellules rondes.
° Dans ce même groupe rentrent encore les tumeurs télangictasiques.
3° Les endothéliomes dont le développement s’effectue électivement aux dépens des endothéliums des radicules lymphatiques et des capillaires sanguins.
4° Les chondrosarcomes caractérisés par ce fait que du cartilage apparaît au sein des masses sarcomateuses : la substitution se fait d’une manière très simple, par l’apparition, entre les cellules sarcomateuses, de substance fondamentale de cartilage ; les cellules dissociées et emprisonnées deviennent cellules de cartilage. + 5° Enfin les sarcomes ostéoïdes.
+ Quels sont donc les caractères morphologiques de cette tumeur ?
À. — SARCOME OSTÉOÏDE EN GÉNÉRAL
Cornil et Rauvier, au chapitre du sarcome, écrivent en cinquième lieu le sarcome ostéoïde. Cette tumeur ne forme pas d’os vrai, mais des plaques ossiformes.
Les cellules sarcomateuses primitives se laissent englober par une matière amorphe bientôt infiltrée de sels calcaires. Les cellules passent ainsi par la phase d’ostéoblastes et d’ostéoplastes. Elles sont tantôt rapprochées, tantôt distantes. Mais les blocs ossiformes ne contiennent jamais des cavités centrales ou excentriques analogues ‘aux canaux de Havers.
© Par suite, les cellules osseuses ne sont pas contenues dans des systèmes lamellaires disposés régulièrement autour des vaisseaux. A cela près, elles ont tout à fait le caractère des cellules osseuses.
A côté de ces plaques osseuses, il y a des parties qui sont simplement calcifiées. Elles sont alors formées par une substance imprégnée de granulations calcaires, creusée de petites cavités ovoïdes ou rondes sans prolongements. Ces petites cavités servent de loges aux cellules du sarcome. Il n’y a rien là qui puisse simuler les corpuscules osseux ou leurs caveaux anastomatiques. Comme on le voit, ces tumeurs rappellent la formation de l’os aux dépens du tissu conjonctif.
Lagrange ajoute que les sarcomes à cellules fusiformes seules donnent du tissu osseux de même que ceux à cellules rondes peuvent donner la dégénérescence
muqueuse.
Ur
Enfin ce même auteur dit que les sarcomes s’accompagnant de formations osseuses sont en général dépourvus de pigment.
Dans son traité des tumeurs, Virchow attribue aux sarcomes ostéoïdes la même morphologie.
Brière, dans sa thèse, décrit comme quatrième variété de sarcome ostéoïde, un sarcome ossifiant analogue à la sixième de Virchow et à la cinquième de Cornil et Rauvier.
En résumé, le sarcome ostéoïde est caractérisé par la présence de blocs ossiformes sans canaux de Havers, d'origine généralement fuso-cellulaire et par l’absence de systèmes lamellaires disposés régulièrement autour des vaisseaux. Nous trouvons, en outre, dans ces tumeurs, des parties simiplement calcifiées avec de petites cavités renfermant les cellules sarcomateuses. Enfin le sarcome ostéoïde est dépourvu de pigment.
B. — SARCOME OSTÉOÏDE AU NIVEAU DE LA CHOROÏDE
De telles tumeurs sont rares, très rares au niveau de la choroïde.
M. Bussy en avait retrouvé 8 cas dans la littérature avant 1913. En vain avons cherché de nouvelles observations dans les Archives d'Ophtalmologie, dans la Revue Générale d'Ophtalmologie, etc., etc., et enfin dans les remarquables thèses de Dollet, Kassapian, Flous et Crépet. Nous n'avons pu ajouter à ces observations que celle très probante de M. le professeur Rollet.
Partant de cette dernière observation, nous avons cherché à reviser les conclusions de M. Bussy, mais nous
avons été obligé de reconnaître après et comme lui, qu'il
n’y avait pas là de véritables sarcomes ostéoïdes de la choroïde. Gette tumeur, en effet, a été souvent confondue avec un sarcome banal développé äu voisinage d’une ossification inflammatoire, de la choroïde. L'étude critique que nous avons faite de l'examen histologique des observations montre cette erreur, erreur d'autant plus difficile à éviter que le sarcome ostéoïde de la choroïde ne frappe que des yeux atteints antérieurement d'ossifications inflammatoires. Car c'est une condition nécessaire au développement de cette tumeur que la formation antérieure d'organisations osseuses consécutives à d'anciennes suppurations. Ces notions sont remarquablement conienues dans notre observation princeps.
Nous avons, antérieurement à la production du sarcome, une affection de l'angle interne de l'œil gauche que la malade ne peut pas préciser, puis, à la suite de cette affection, un ulcère de la cornée avec ouverture du globe. Get ulcère guérit avec leucome adhérent. Mais la malade a alors des poussées d’irritation avec rougeur de la conjonctive, douleurs, larmoiements ; nombreuses poussées d’oridocyclite. Puis c’est le développement du sarcome qui de deux points noirs de la grosseur d’une tête d’épingle, devient gros comme une petite noix.
Comme il est dit plus loin dans l’examen microscopique « la tumeur paraît développée aux dépens de la choriocapillaire. La périphérie de la tumeur, partout où elle est en contact avec la sclérotique, est constituée par une longue lame de tissu osseux vrai, avec ébauche de canaux de Havers et lamelles osseuses concentriques contenant des ostéoblastes.
« Gette lame osseuse ressemble absolument aux ossifica-
tions inflammatoires si fréquentes dans les vieux moignons. É
« Mais il existe de plus, au sein même de la tumeur, de petits îlots de tissu ostéoïde sans canaux de Havers, ni disposition lamelleuse., Et ce sont bien là les blocs ossi-
formes du sarcome ostéoïde ».