‹ Du sens vrai de la doctrine de la rédemptionChapitre 7 sur 27 · DU FOND ET DE LÀ FORME · texte numérisé non relu

DU FOND ET DE LÀ FORME

cerveau de Jupiter; mythe profond et caractéristique de? époques subversives, pour lesquelles le génie symbolique a identiflé ainsi la Vérité avec le€ombat, en faisant de la Pensée de Jupiter, de la Fille de Dieu, de la Sagesse (dans la large acception antique de ce mot) une divinité armée et belliqueuse.

La fatalité, que nous signalons en la déplorant, est tellement impérieuse et si fortement inhérente aux premiers développements de toute Doctrine rénovatrice, que Jésus, qui était la douceur même et qui prêchait une religion d'amour et de charité, est allé souvent jusqu'à se montrer fort hostile. Tantôt il frappait à grands coups de cordes les marchands établis sous le portique du temple, et culbutait leurs étalages et leurs marchandises (4); tantôt il traitait de sépulcres blanchis, de races de vipères, etc., etc., les ennemis de sa Parole. Il maudissait et ordonnait à ses apôtres de maudire, en secouant contre elles la poussière de leurs sandales, les villes où l'on se montrait un peu lent à accepter sa Doctrine. Si Jésus lui-même et ses apôtres ont donné ces exemples, on doit pardonner quelque chose à des hommes qui, avec une foi égale à la Divinité, ou, ce qui est la même chose, à la Vérité de leur Doctrine, se contentent de frapper sur les idées de leurs adversaires, sans maudire ceux-ci, et dans l'unique but de les éclairer, d'éclairer le monde, de mettre à néant les erreurs invétérées qui perpétuent les misères et les ruines sur notre terre désolée.

£h! quoi donc! Quand, avec les ailes que Dieu a données au Géme de l'Humanité, on plane sur ces régions inférieures

(1 ) Nous croyons, malgré la précision matérielle des textes évangéliques, qu'il serait injurieux à J.-G. de s*en tenir ici à la lettre de ses biographes. H faut voir dans le récit de cette exécution une parabole dont le sens est que Jésus foudroya dans ses prédications jes prêtres juifs , qui se livraient , de son temps, à la simonie, au trafic des choses saintes, comme l'ont fait trop long-temps et avec une trop universelle ai*denr, après lui, les prêtres de la religion l)aptiséede son nom, — ainsi que l'atteste tout le cours de l'histoire ecclésiastique et canonique elle-même après les premiers siècles Cette interprétation, au reste, pour relever l'acte d'hostilité dont nous parlons, en le transportant dans le domaine moral, n'en confirme pas moins notre argumentation. (JYoïe de la U^ édition.)

9 INTIRMftDK,

OÙ s'agitent les misères, les haines, les douleurs et les hontes de la réalité présente 1 sur cet abîme, profond de cinquante siècles, rempli d* immondices sociales jusqu'à son cratère ; sur cet horrible chaos de boue, de sang et de larmes, des entrailles duquel sort incessamment un bruit sourd de masses vivantes qui se heurtent et se choquent, et s'écrasent en se maudissant! Quand on entend, au-dessous de soi, ce concert lugubre des gémiss^ofients, des sanglots, des angoisses, des cris de détresse de tous les êtres créés, ces voix lamentables des tortures permanentes, des tourments sans cesse renaissants; tous ces bruits, enfin, tous ces vagissements, toutes ces voix de malheur dont l'harmonie infernale compose la grande voix

du vieil Abîme! Quand on s'est élevé au-dessus de cet

obscur royaume du Mal, réalisé temporairement par Satan sur notre terre, et qu'aux vives clartés de la Science on a reconnu les régions infinies du Possible, les sphères resplendissantes des Destinées Heureuses; que l'on a respiré leur air si pur, chaîné des arômes fortifiants de l'Amour et de rintelligence ; que l'on a contemplé leurs sources surabondantes de vie, d'harmonie et de bonheur, leurs trésors infinis de toutes richesses, leurs cieux inondés de toutes les Lumières et de toutes les Gloires ! — Et quand on sait que ce monde de la Destinée Vraie pourrait descendre sur notre terre désolée, y verser à grands flots toutes les Joies vivantes, toutes lf:fl radieuses harmonies d'en-haut ; quand on sait que ce beau Aïonde du Possible n'est repoussé de la réalité que par les erreurs, Tignorance et la volonté faussée des hommes ! En face de cette ignorance, de ces erreurs et de ceux qui, les propageant, repoussent l'Harmonie et perpétuent l'Enfer, on pourrait conserver toujours un calme parfait, un imperturbable sang-froid, un langage toujours retenu et bridé, ou des formes toujours onctueuses? On ne se laisserait jamais emporter à une parole amère, à une réaction violente contre le Génie du mal et de l'erreur qui usurpe encore le gouvernement du Monde, et range toutes les créatures sous le joug de la douleur?... Ah! non, cela ne se peut pas! Gela ne se peut pas ! Cela n'est pas compatible avec cette chaleur do coeur et cotte source de passion, de ténacité et de force, qu'il faut bien posséder en soi pour se vouer aujourd'hui au culte actif et dur (et non au culte contemplatif et doux) de la Vérité et de l'Humanité ! Cela ne se peut pas, du moins, avant

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d'avoir long-temps réagi sur soi-même, avant d'avoir calmé par des efforts soutenus les bondissements du cœur, et réglé sa jeunesse. Et cette tâche de compression ne se fait pas en un jour, quand on voit cette Vérité si belle, cette Vérité divine, cette Vérité qui apporte le bonheur à tous les êtres, violemment repoussée ou misérablement étouffée sous le fracas de la guerre et des querelles, ou bien couverte sous les vagues limoneuses et tumultueuses des erreurs et des mensonges infâmes.... Force est bien de hausser la vpix pour haranguer la guerre et la tempête.

Il ne faut pas confondre notre action actuelle avec le but ultérieur. Notre but ultérieur c'est l'harmonie intégrale et universelle ; mais notre action actuelle n'est pas cette harmonie. Notre action actuelle est un combat engagé contre les forces opposées à la réalisation de ce but d'harmonie. C'est fort illogiquement que l'on nous accuse de contradiction, parce que nos professions de doctrine et de foi sont pacifiques et nos paroles souvent hostiles. Il y a là deux sphères fort différentes. Ce qui induit en erreur, c'est qu'on se laisse aller à confondre le caractère de notre doctrine avec celui des doctrines philosophiques et religieuses précédentes, qui toutes ont été des doctrines de moralisation individuelle, destinées à l'individu dans le milieu social même où il se trouvait, et quel que fût ce milieu. Notre doctrine n'est poi&t de cet ordre. C'est une Science qui enseigne les lois d'une organisation sociale satisfaisant tous les intérêts, et développant légitimement toutes les facultés humaines. Maisi ce^ Science ne saurait produire les fruits de l'Harmonie avant d'en avoir réalisé les conditions, c'est-àniire avant d'avoir organisé le milieu social nouveau qu'elle fait connaître. D^ici là, nous avons à faire œuvre de guerre contre les erreurs qui s'opposent à l'intelligence et à la réalisation des conditions d*où sortira l'Harmonie : et cette œuvre de guerre, loin d'être en contradiction avec notre doctrine d'Harmonie, est, au contraire, dans l'état actuel des choses, exigée pour sa défense et pour son triomphe. Ainsi, au sein de l'anarchie intellectuelle qui règne, le combat nous est imposé, à nous apôtres de la Paix universelle, aussi bien qu'aux hommes des autres doctrines; seulement il y a une distinction tout à fait capitale à établir ici, et que je vais énoncer dans sa géQ4ralité.

Caractère fondamcnlalement pacifii|ae de la Science de Fourlcr.

Disons que tous les partis, toutes les doctrines, politiques ou philosophiques, à l'exception de la nôtre , reposant sur des conceptions plus ou moins étroites, n'acceptant pas en principe, ou même niant et repoussant violemment telles ou telles classes d'intérêts, tels ou tels développements, telles ou telles manifestations de la nature humaine, il en résulte que la condition logique de triomphe, pour l'yne quelconque de ces doctrines, est toujours l'annihilation ou l'oppression des éléments qui ne ressortent pas de son principe. La lutte de ces doctrines dans le domaine intellectuel, représentant une lutte d'intérêts opposés, de manifestations qui se nient les unes les autres, entraîne logiquement une lutte ultérieure dans le domaine des faits, c'est-à-dire une guerre suivie d'une oppression. — Toutes les doctrines, tous les partis politiques ou religieux jusqu'à ce jour , ont eu ce caractère et engendré ces conséquences, ou tendu à les engendrer ; tous, en effet, contenant des négations devaient se résoudre finalement dans une guerre contre les éléments niés par leurs principes trop étroits.

Notre doctrine, au contraire, ayant sérieusement pour principe l'Association intégrale par le complet développement de la nature, et étant capable de son principe (1), a

(1) Ayant sirieusemeni pour principe..., et étant capable de son principe; nous Insistons sur ces condilions, afin que Ton ne confonde point une réalité avec des apparences. Le Saint-Simonhme, par exemple» avait pris pour principe ou plutôt pour drapeau le mot association universelle. Mais ce mol était si peu compris, si peu sérieux, et la doctriue si peu capable du principe contenu dans ce mot, que ïc Saint-Simonisme commençait, même doctrinalement et explicitement, par nier les intérêts les plus capitaux et les éléments humains Jes plus importants, la propriété, l'hérédité, la liberlé, la famille, etc. Loin d'être une doctrine d'association universelle, le Saint-Simonisme, pour qui sait voir le fond des choses, a été, sans que la plupart de ses apôtres en eussent seulement la conscience, la plus grande

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