‹ Du sérum artificiel en aliénation mentaleChapitre 28 sur 35 · X..., âgée de 35 ans, entrée à l’Asile de Bron le 27 juillet · texte numérisé non relu

X..., âgée de 35 ans, entrée à l’Asile de Bron le 27 juillet

1899 pour des troubles mentaux caractérisés par un état mélancolique avec conceptions délirantes et idée fixe de fuite. Il n’a pas été possible d’avoir des renseignements sur les antécédents. Elle raconte seulement qu’elle était malade depuis quelques jours lorsqu'on l’a amenée et qu’elle avait eu de la fièvre?

Examen somatique. — Poumons. — Rien à la percussion ni à l’auscultation. Pas de toux ni d’expectoration.

Coeur. — Normal, Pouls régulier.

APPAREIL DIGESTIF. — Langue blanche, saburrale, avec haleine fétide, dents fuligineuses. Anorexie très marquée, Refus d'alimentation. Le ventre est souple. L’estomac n° paraît pas dilaté. Constipation. Le foie et la rate sont normaux.

SYSTÈME NERVEUX. — Les réflexes rotuliens sont un peu exagérés. Pas de troubles de la sensibilité. Pupilles égales réagissant bien à la lumière. |

Etat général. — Pas très bon, face pâle. Température 37°8 le soir, 38° le matin. Urines contiennent une grande quantité d’albumine. Pas de sucre. Sillons unguéaux.

Etat mental. — La malade à son entrée est très anxieuse et cherche constamment à fuir. On est obligé de la fixer au lit pour l'empêcher de se lever. — L’œil est hagard, oméga mélancolique. — Quelques idées religieuses. Elle parle d'aller à la messe, dit qu’on la force à se faire religieuse.

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Elle dit qu’elle veut s’en aller et se met à pleurer.

A bien dormi pendant la nuit.

Traitement. — On met la malade au régime lacté et on la purge.

1°" août. — La malade, qui était apyrétique et plus calme, prend le soir de la température, 38° 7. Son état mental s’est peu modifié. Elle parle toujours de s'en aller, dit des phrases décousues, état de confusion mentale,

Les règles sont apparues.

3 août. —. La température oscille du soir au matin entre 39° et 37°. Les règles persistent. La malade, maintenue au régime lacté, atoujours la langue sale et s’alimente fort peu. L'état général est mauvais et la malade serait très affaissée, s’il

n’y avait pas l'agitation qui persiste. On donne à ce moment des lavements alimentaires et des lavements de sérum arficiel. août. — L'état est le même. On continue les lavements alimentaires et les lavements de sérum. On y ajoute de la quinine en suppositoire et des lotions froides sur toutle corps. ‘Antisepsie: intestinale, Malade très constipée, ne va à à la selle ‘que par lavements. Fèces très fétides.

‘ Af août. — La malade, qui a présenté des oscillations de température très marquées pendant tout le temps qu'ont duré les règles, est redevenue progressivement apyrétique. L'état général s’est très amélioré, elle s’alimente, va à la selle, la langue est meilleure, mais l’albumine persiste dans les urines. Son état mental semble s’être amélioré un peu, le regard est moins vague, la malade: est plus calme et paraît s'intéresser davantage à ce qui se passe autour d'elle, mais ne se rend pas ‘compte encore de son élat, ne répond que pour les besoins -usuels et persiste toujours dans ses idées de fuite.

{4août, — A Ja suite d'une égratigaure, on voit la tempé: ratute remonter et des plaques de lymphangite apparaître,

L’élat mental est toujours le même,

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29 août. — Malgré l'application répétée de pansements humides et de pulvérisations phéniquées sur toute la jambe atteinte, l'état général de la malade est devenu de plus en plus précaire, état infectieux en rapport avec l'apparition d’un phlegmon diffus, qui amène la mort le 29 août.

L'état mental en somme a été peu modifié au cours de la maladie, mais il faut ajouter que l’état infectieux surajouté, qui a emporté la malade, n’a pas permis de voir l’évolution de son délire et de tirer des conclusions sur la valeur du sérum.

Nous avons tenu néanmoins à publier cette observation pour montrer l'influence manifeste des règles sur l’état infectieux de la malade. Il semble qu’il y ait eu là une addition toxique qui, ajoutée à l’état d’embarras gastrique, avec albuminurie, qui existait déjà, a augmenté considérablement les phénomènes infeclieux. |

Rappelons d’ailleurs que M. le professeur Pierret a depuis longtemps déjà démontré le rôle important que jouent les règles en aliénation mentale et ceci particulièrement dans la thèse d’un de ses élèves M. Serrigny (1).

Il nous faut cependant retenir ce fait que l’état re sique, encore aggravé sous l'influence des règles, s’est considérablement amélioré. La malade, de plus, présentait également de la sitiophobie à l’entrée.

[l'est donc probable que le sérum, en diminuant l’état infectieux et en faisant disparaître la sitiophobie, a prolangé la malade et que la mort doit être attribuée à Papparition du phlegmon diffus.

(1) Serrigny. Æ Psychoses génitales. — Thèse de Lyon, 1896. E.F 3:

Rap

OgservaTION XIV. (/nédite.) (Service de M. Picrret.)

Manie aiguë d'origine alcoolique. — Affaiblissement général très marqué. — Eschares. — Sérum. — Amélioration. — Rechute et mort.

X..., 57 ans, épicière, entréc à l’Asile le 25 juillet 1899, avec le diagnostic suivant :

Délire permanent d’origine alcoolique avec phase d'excitation pendant lesquelles elle brise tout et adresse des insultes ; menaces de suicide.

Antécédents héréditaires. — Mère morte d’une attaque d'apoplexie. Un frère mort d’une méningite.

Antécédents personnels. — Réglée à 15 ans. Elle a eu trois enfants, dont deux morts en bas-âge. A la suite de revers et de la perte de son mari, elle s’est livrée à la boisson (vin, eaude-vie) et a pris des habitudes intempérées. Elle a déjà fait un séjour à Bror et elle a présenté des troubles paralytiques avec gâtisme qui avaient rétrocédé.

Etat mental. — A son entrée, la malade est très tourmentée, méchante, agressive, insulte et frappe les infirmières.

Idées de persécution. Elle dit que son gendre et sa fille la battaient.

Légers troubles de la parole, qui devient lente et hésitante par moments.

Obnwbilation et affaiblissement des facultés intellectuelles.

Insomnie et quelques cauchemars. Demande constamment à boire du rhum et du café.

Examen somatlique. — Poumons. — Sommets douteux. Quelques craquements à D. On.y remarque des cicatrices de pointes de feu. La malade aurait eu une forte bronchite.

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Cour: — Battements réguliers, pas de souffle. Pouls de tension moyenne. Artères ne sont pas athéromateuses.

APPAREIL DIGESTIF. — Appétit conservé. N'a pas de vomissements. Le foie ne paraît pas modifié de volume.

SYSTÈME NERVEUX. — Difficulté de la marche, sans qu’il y ait de paralysie véritable. Tremblement des doigts. Pas de tremblement de la langue. Sensibilité surtout diminuée au niveau des membres inférieurs. Réflexes rotuliens normaux, réflexes plantaires abolis.

Elal général — Mauvais, gâtisme.

La malade, faible, est confinée au lit. On la purge et on donne des toniques généraux.

5 août. — La malade, dont l'état mental s’est un peu amélioré, en ce sens qu’elle reconnaît les personnes qui l'approchent et est moins menaçante, est beauconp plus faible qu’à son entrée.

La malade est affaissée dans son lit, réagissant à peiae, la respiration très faible. Le pouls est filiforme, à peine perceptible. Elle ne s’alimente presque pas.

L’auscultation ne révèle que de très rares sibilants. Température 38°5.

On lui applique des ventouses et on lui fait une injection de 300 grammes de sérum (caféine 25 centigrammes).

6 août. — Injection de caféine. La température a baissé à 37°8. Ventouses sèches.

7 août. — L'état général est toujours aussi mauvais. Le

regard est vague, les lèvres sont très décolorées et il apparaît ün commencement d'eschare au sacrum.

Nouvelle injection de sérum de 300 grammes (caféine 25 centigrammes).

y août. — La malade respire plus librement, a l'œil plus vif.

Injection de caféine de 30 centigrammes.

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12 août. — L'état général s’est remonté et est bien meilleur qu'à l'entrée, la malade s’alimente, ses selles sont régulières, les eschares ont disparu. Elle peut s’asseoir toute seule dans son lit. Température normale.

L'état mental, qui s'était amélioré un peu depuis l’entrée, a continué à évoluer parallèlement à l’état général.

Elle n’insulte plus les infirmières ; le regard est plus doux. Elle ne s’excite que lorsqu'on lui parle de sa fille et de sa nièce.

Dernière injection de caféine de 30 centigrammes.

20 août. — La malade se lève un peu aujourd’hui pour la première fois.

20 septembre. — La malade a pris la joue enflée, à la suite d’une piqûre de moustique probablement.

Elle est tourmentée à nouveau et on est obligé de la coucher.

Dans les jours qui suivent, l’état général est devenu plus mauvais ; elle s’est affaiblie progressivement et est morte le 6 octobre.

On peut voir dans cette observation que la malade, arrivée ici dans un état maniaque suraigu, avec un état général mauvais, à pu, grâce au sérum et à quelques injections de caféine, se remonter peu à peu. Les eschares, en voie de formation, ont disparu, la température est tombée, le pouls s’est relevé, le cœur s’est régularisé, les forces sont revenues. Quant à l’état mental, il s’est lui aussi également un peu amélioré.

L'état de la malade s’est peu à peu amélioré, au point de lui permettre de se lever. Il y a là une survie manifeste.

Nous croyons donc que le sérum a été utile.

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Il n’y a pas eu de guérison véritable, mais il faut reconnaître que l’on avait affaire à une alcoolique endurcie et que, lors de son premier séjour à l’Asile, il a fallu une période de cinq mois pour amener une modification suffisante de l’état mental, qui permette de la rendre à la liberté.

Onsenvarion XV. (/nédite.) (Service de M. Pierret.) ’

Etat de mal épileptique. — Injections de sérum. — Guérison.

Nous avons réservé pour la fin cette dernière observation. C’est un cas de mal épileptique guéri une une première fois de son état par M. Jacquin. Quelques mois après, elle reprend des crises en série et tout semble indiquer l’imminence d’un état de mal, les crises augmentent de nombre, le coma s’accentue. On pratique des injections de sérum, et l’on voit la guérison se produire rapidement. Cette observation, unique ilest vrai, présente néanmoins son intérêt, car elle montre la guérison de deux états de mal comitial, obtenue à la suite de quelques injections de sérum, et l’on voit par là toute la ressource qu’on peut attendre dans le traitement d'états identiques.

Comme le dit M. Pierret, débarrassez ces malades de leurs toxines accumulées, par un traitement approprié, et vous verrez rapidement les crises disparaître. Nous avons donc là, une confirmation de la théorie

toxique.

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X..., âgée de 30 ans, est une épileptique qui est entrée à l’Asile à l’âge de 14 ans, en décembre 1886. 3

Pas d’antécédents héréditaires connus.

Pas de convulsions dans la première enfance.

A l'âge de 2 ans et demi, elle fit une chute, tombant d’un second étage. Elle resta sans connaissance pendant deux jours et devint inintelligente. Elle n’a jamais pu apprendre à lire ni à écrire. Elle a toujours été impulsive et méchante et battait ses compagnes.

Depuis sa chute, elle a présenté des convulsions, des secousses dans les membres et parfois des pertes de connaissance. A 7 ans, les crises disparurent pour plusieurs années. Les règles apparurent à 10 ans et demi, sans qu’on notât une réapparition des crises et ce n’est que 3 ans plus tard, un an avant son entrée à l’Asile, qu'elles furent remarquées de nouveau.

À son entrée, elle était sournoise, méchante, impulsive et exhibitionniste, incapable de dire une phrase qui ne soit pas incohérente. Cet état mental s’est peu modifié depuis. Au point de vue physique, on note quelques signes de dégénérescence, saillie légère du côté droit du crâne, développement plus prononcé que normalement de la hauteur de l’occipital, voûte palatine en ogive. Pas d’asymétrie de la face.

Depuis son entrée à l’Asile, la malade a subi un grand nombre de traitements. On lui a donné successivement du K Br, du Na Br., de la belladone, de l’aconit.

La belladone a donné une amélioration passagère.

Actuellement, elle ne prend plus aucun médicament.

En mai 1899, la malade fut traitée à l'asile par M. Jacquin, alors qu’elle était en état de mal.

Le 16 mai, on lui fait une injection de sérum artificiel de 500 grammes dans le tissu cellulo-graisseux sous mammaire et on ordonne un lavement purgatif.

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De 40 crises que la malade prenait lorsqu'on l'a amenée à l'infirmerie, le nombre est tombé à 10.

18 mai. — Nouvelle injection de sérum de 700 grammes. Les crises tombent rapidement à une par jour. La malade, à ce moment, urine bien, s’alimente, parle et est sortie complètement de son état de somnolence.

Dans les mois qui suivent, on ne note rien de particulier dans son état jusqu’au moïs d'octobre. Vers le 10, les crises sont devenues plus fréquentes et le 14, la malade retombe en état de mal. Le 14, elle prend 14 crises, le 15, 26, le 16 octobre, 34 crises, puis tout disparait subitement.

Fendant ces trois jours, on a donné à la malade des lavements purgatifs et ce n’est que le troisième jour que l’on note une modification. Cette décharge, une fois produite, tout est rentré dans l’ordre et l’on ne note plus ensuite que cinq crises pendant les huit jours qui suivent.

15 novembre, — Depuis une huitaine de jours, les crises ont reparu. La malade s’est mise à avoir d’abord 2 crises par jour, puis 3, puis 4. Aujourd’hui, la malade est dans un état semi-comateux et ne sort de cet état que pour déchirerses draps et dire des injures. Elle est très impulsive et cherche à mordre les personnes qui l’approchent.

Redoutant que cet état ne devienne plus grave et que la malade ne reprenne un état de mal aussi marqué que le mois précédent et encouragé à le faire par le succès qu'avait obtenu M. Jacquin chez cette malade grâce aux injections de salines, nous pratiquons à 10 heures du matin, sur les conseils de M. Pierret, une injection de 600 grammes de sérum artificiel.

La malade avait pris encore deux crises le matin même, avant l'injection.

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16 novembre. — La malade a pris trois crises depuis hier matin, à 6 heures et 10 heures du soir et à 4 ñeures du matin.

Nouvelle injection de 650 grammes de sérum artificiel.

17 uovembre. — La malade n’a pas repris de crises. Un vertige seulement ce matin, à 10 heures.

Les deux jours suivants, on ne note que trois crises, puis tout disparait et la malade plus calme devient en même temps moins méchante, se laisse approcher sans crainte et demande des aliments.

Que devons-nous conclure de cela ? Ce qui est évident, c’est qu'il y a là une diminution notable des crises après ces deux injections et que l’état de la malade a été profondément modifié. Cette amélioration rapide aurait-elle pu se produire spontanément? Nous ne le croyons pas, car chez la malade. l’état de mal débute ordinairement par un accroissement progressif du nombre des crises. Or, c’est justement ce que l’on avait constaté depuis quelques jours. L’obnubilation intellectuelle était très marquée et il y avait tout lieu de craindre, d’après cela, un état de mal comme celui qu’on avait observé le mois précédent.

De suite après les injections l’état se modifie profondément et rapidement. L’obnubilation disparaît, en trois jours les crises diminuent de nombre et disparaissent complètement. a Pt

Nous croyons donc qu’il faut attribuer cette modification heureuse à l’emploi des injections de sérum artificiel.

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