CHAPITRE VI
DES MÉDECINS ATTACHÉS AUX COHORTES PRÉTORIENNES, AUX COHORTES URBAINES ET AUX EQUITES SINGULARES.
Nous avons à parler maintenant du service de santé dans les autres troupes romaines qui, comme les vigiles, étaient en dehors des légions, et formaient des corps particuliers ayant une constitution et une destination spéciales, je veux dire les cohortes prétoriennes, les cohortes urbaines et les equites singulares.
On sait que les premières, au nombre de neuf, étaient préposées à la garde personnelle de l’empereur, et que le principal camp où elles étaient établies se trouvait à là porte de Rome. Les cohortes urbaines avaient été
créées pour la garde de la ville, dans laquelle elles faisaient un service de sûreté sous les ordres du préfet de la ville, præfectus Urbis. Leur nombre varia ; il y en eut d'abord trois, puis quatre, puis cinq. Elles prenaient rang à la suite des cohortes prétoriennes, et portaient les numéros 10, 11, 12, 13 et 14. Quant aux equites singulares, ils formaient un corps de cavalerie qui, comme les cohortes prétoriennes, faisait partie de la garde des empereurs.
Chacune de ces cohortes prétoriennes et urbaines était composée de 1500 hommes environ. Elles se trouvaient, par conséquent, sous ce rapport, dans des
conditions trés-différentes de celles des cohortes légionnaires, mais au contraire semblables à celles des vigiles. Étudions donc, à l’aide des inscriptions qui nous restent, et en nous appuyant sur les faits révélés par les documents transcrits dans le chapitre précédent, l'organisation du service de santé dans ces cohortes, et essayons de pénétrer dans les détails du fonctionnement de son personnel.
ASCLEPIO ET SALVTI COMMILITONVM SEX. TITIVS ALEXANDER MEDICYS COH V PR DONVM DEDIT AVG. VIII T. FLAVIO SABINO COS.
Smetius (1), fo 28, 9, — Gruter, p. 68, no 1, « Romæ in ædibus Caroli Crescenti ad Rotundam sive Pantheum. »
Asclepio et saluti commilitonum. Sex{tus) Titius Alexander, medicus coh(ortis) quintæ pr(ætoriæ), donum dedit [/mp(eratore) Domitiano] Aug{usto) octavum Tito) Flavio Sabino, consulibus.
Cette inscription porte une date consulaire qui en fixe la rédaction à l’année 82 aprés Jésus-Christ. Le nom de Domitien a été effacé sur la pierre, sans aucun doute
(4) Zascripliones antiquæ. Lugduni Batav., 1588, in-fol.
par suite des ordres du sénat qui, après la mort de cet empereur, avait proscrit sa mémoire. Mais la restitution de ce nom n’est pas douteuse, puisqu'il est certain que Domitien fut consul pour la huitième fois avec Titus Flavius Sabinus, son parent, à la date que nous venons de donner. Cette inscription fait déjà reporter ainsi jusqu'aux Flaviens le titre de médecin militaire, et bientôt nous en donnerons une autre (n° 23) qui le mentionne sous le règne de l’empereur Néron. Cela nous rapproche beaucoup des commencements de l'empire, époque où nous faisons remonter l’origine et l’institution du service de santé des armées.
No 44.
ASCLEPIO ET SALVTI COMMILITONVM COH, VI PR
YOTO SVSCEPTO SEX, TITIVS MEDIC COH VI PR D. D.
Gruter, p. 68, n° 2. « Romæ ad sanolam Luciam in Silice. »
Asclepio et saluti commilitonum coh(ortis) sextæ pr(ætoriæ), voto suscepto. Sex(tus) Titius, medicus coh(ortis) sextæ pr(ætoriæ), d(onum) d(edit).
Il paraît plus que probable que cette inscription n'est qu'une copie très-infidèle, ou plutôt une contrefaçon
maladroite de la précédente. Sous le bénéfice de cette remarque, j'ai cependant cru devoir la donner, en raison de la différence du numéro de la cohorte.
L VIBIO RVFO MEDICO COH Ÿ PR VALERIA RVFINA CONIVGI OPTIMO FEC.
O. Kellermann, n° 138. « In sarcophago ville Pamphilæ. s —Spon, Recherches -cur. d'antiquilés, p. 495, et Miscellanea eruditæ antiquilatis, p. 144, n° 12.
D(iis) M(anibus). L(ncio) Vibio Rufo, medico coh(ortis) quintæ pr(ætoriæ), Valeria Rufina conjugi optimo fec(it).
Voici maintenant une autre inscription qui appartient certainement à une cohorte prétorienne, bien qu’elle ne contienne aucune désignation explicite à ce sujet. Ce qui le prouve, c'est sa provenance d’abord : nous verrons qu'elle a été trouvée sur l'emplacement du camp des prétoriens; c’est ensuite la mention qui y est faite des evocati, officiers que l’on ne rencontre, à l’époque à laquelle appartient ce monument, que dans les cohortes prétoriennes. Aussi ai-je cru devoir la mettre ici comme à sa place naturelle.
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La date correspond au 1° mai de l’an 181 de-Jésus-
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C’est cette très-belle à Rome dans la galerie des inscriptions du Vatican, qui
m’a donné l’idée de ce travail (1). Jela croyais inédite : mais depuis je l'ai trouvée depuis dans le recueil de Gruter (2). Cet auteur lui-même l'avait empruntée à Juste Lipse (3), qui l'avait copiée à Rome sur l'emplacement du camp des prétoriens.
Une autre inscription presque semblable, et que je crois devoir donner également, quoiqu'il n’y soit pas question de médecin, avait êté vue au même endroit par Fabretti, qui l’a publiée dans son recueil (4).
J'en emprunte le texte à Kellermann (5), qui l'avait copiée au musée du Vatican, où elle se trouve aussi aujourd’hui.
(1) Mon très-aimable compagnon de voyage, M. C. Busserolles, conseiller à la cour impériale de Paris, qui l’avait vue avant moi, la signala à mon attention.
” (2) Page 108, n° 4. .
(3) Auctarium inscriptionum velerum, page 29, à la suite du recueil de Smetius.
(4) Inscriplionum antiquarum, quæ in œdibus palernis asservantur. * explicalio. Romæ, 1702, in-fol., p. 340, n° 514. (5) Vigil,, n° 120.