CHAPITRE VII
On sait qu'il a presque toujours existé, à côlé des légions romaines, des troupes d’alliés ou d’auxiliaires. Au temps de la république, ces corps étaient réellement composés de soldats étrangers, c’est-à-dire de peuples qui ne faisaient pas partie de la cité romaine, et qui, soumis par les armes ou admis au titre d’alliés du peuple romain, étaient obligés de fournir un contingent d’auxiliaires pour venir au secours de la république. Mais lorsque, sous l'empire, on eut donné le titre et les droits de citoyens à un grand nombre de peuples, notamment aux Italiens en les exemptant du service militaire, les cohortes ou ailes auxiliaires furent souvent composées de soldats volontaires possédant le droit de cité. Alors le nom d’alliés ou d’auxiliaires n'eut plus tout à fait le même sens que précédemment, et ces troupes, quoique distinctes et ne faisant pas partie des légions, avaient cependant une situation un peu différente de celle des auxiliaires étrangers. Toutefois ce fait nouveau, qui se produisit sous l'empire, n’empécha point les Romains d'exiger des peuples soumis un contingent de soldats auxiliaires, et il y eut alors des cohortes auxiliaires, les unes composées de citcyens, et les autres composées d'étrangers. Elles conservérent
indéfiniment leurs noms et leurs numéros, dont la gloire et le prestige se perpétuaient ainsi.
Ces cohortes d’auxiliaires avaient, sans aucun doute, la même constitution que toutes les autres; par conséquent, nous devons nous attendre à y rencontrer des médecins et un service de santé organisé comme dans les autres corps de troupes. Plusieurs inscriptions, en effet, mentionnent des noms el des titres de médecins de cohortes auxiliaires qui présentent plus d’un genre d'intérêt. |
ANICIO INGENVO L MEDICO ORD. COH L''TVNGR VIX. AN. XXV.
(is) M(anibus!. Anicio fngenuo, medico ord'inato} coh{ortis) primæ Tangr(orum). Vixfit) an(nis) XXV.
Cette inscription, qui est conservée au musée de Newcastle, en Angleterre, a été trouvée dans les ruines de Housestead, ancienne Borcovicus. Elle a été publiée par Bruce dans son ouvrage sur la muraille romaine de la Tyne à la Solway. M. le docteur Buttura a donné un dessin de la pierre dans sa traduction du mémoire du professeur Simpson.
Nous voyons ici le titre de médecin suivi d'une épithéte assez rare dans les inscriptions. Mais, d'abord,
je lis ordinato, et non pas ordinario, comme l'ont fait Bruce et le docteur Simpson. Le titre de médecin ordinatre, appliqué à un médecin de cohorte, ne présente aucune signification raisonnable, et ne peut en aucune manière se justifier. Tous, en effet, étaient des médecins ordinaires, et cette qualification n’ajoute absolument rien à leur titre. Le mot ordinatus, au contraire, se rencontre quelquefois dans les inscriptions, et son interprétation s’y trouve assez bien déterminée. Dans le latin épigraphique, comme dans celui des écrivains, ce mot s'applique à quelqu'un que l’on a nommé ou promu, auquel on a conféré un grade ou une dignité. C’est ainsi qu’on trouve, centurio ordinatus, investi du grade de centurion, nommé centurion. À la vérité, ici c’est le seul cas où ce mot soit appliqué à un médecin; et cependant tous les médecins militaires devaient avoir été ordinati, bien que cette épithète ne se rencontre pas à côté de leur nom. Cela Vient probablement de ce que Anicius Ingenuus est mort très-peu de temps après -avoir été nommé, peut-être même avant d'avoir pris possession de son grade et de ses fonctions, ainsi que son âge le laisse facilement conjecturer. Et alors on s'explique très-bien, dans les deux cas, que ceux qui lui ont consacré le petit monument où se lit cette inscription aient voulu rappeler un titre qui venait de lui être conféré, et dont il n’avait joui, sans doute, que quelques jours, ou peut-être pas du tout. Gette cohorte des Tongres était déjà en Bretagne avec Agricola l’an 84 de l’ère chrétienne (1). Elle y changea plusieurs fois de
(4) Tacite, Agricola, c. xxxvI : « Donec Agricola tres Batavorum cohortes ac Tungrorum duas cohortatus est. »
résidence, et parait avoir slalionné en dernier licu à Borcovicus, où l’on croit qu’elle resta jusqu’au déclin de l'empire (1).
M. VLPIO. C. FIL.
SPORO MEDICO ALAR.
INDIANAE ETHERIAE
ASTORVM ET SALARARIO CIVITATISPLENDIDISSIMAE
FERENTINENSIVM VLPIVS PROTOGENES