FILIO
Garrucci, n° 153. A la troisième ligne, cet auteur écrit : TIR FIDE. MAN.
Diiis) M(ahibus). L(ucio) Lollio Valenti, med(ico) triremi Fide, Man- ‘ {(uano) ? milit(avit) dies decein et septem ?; (vi)xit ann{is) (triginta ?) Annia Eutuc[he] filio.
Cette inscription, longtemps conservée au musée du collége des jésuites de Naples, est maintenant au musée national de cette ville. La copie du P. Garrucci présentait quelques difficultés, augmentées encore par l'interprétation de cet auteur. J'ai fait, pour résoudre mes doutes, des démarches dont je veux simplement soumettre les résultats à l'appréciation des lecteurs.
Le P. Garrucci, qui avait copié la troisième ligne de celle inscription de la manière suivante : III. FIDE. MAN. n’a pas hésité à compléter le dernier mot en lisant manipularis, médecin manipulaire, qu’il met en opposition avec duplicarius, par la raison que le mot manipulaire entraîne forcément l1 conséquence d’une solde simple ; et il s’'appuic sur cette lecture pour combattre l'opinion
émise par Cardinali (4), que tous les médecins de la flotte recevaient la double solde. « Medicos duplicarios, dit-il, notaverat Cardinali. Idcirco omnes medicos in classe duplici stipendio meruisse sibi persuasit. At hic medicum manipularem et (2) dunplicarium habes qui decem et septem dies tantum militavit. » Mais la lecture et l’interprétation du P. Garrucci me paraissent également erronées et insoulenables. D'abord, si le mot était manipularis et s’il eût été mis en opposition avec duplicarius, il devrait se trouver après le mot medico et non après Fide, ainsi qu'on le voit pour duplicarius dans les trois autres inscriptions. Erisuite le mot manipulaire est un qualificatif spécial au simple soldat et ne peut s'appliquer qu’à lui; mais un médecin manipulaire, et dans une trirême qui contenait cent hommes, ne présente réellement point une idée raisonnable. Ces deux mots ne sauraient être adaptés l’un à l’autre, et d’ailleurs aucun document n'en autorise le rapprochement et la relation. I] me paraît donc impossible d'accepter la lecture du P. Garrucci.
D'un autre côté, l’examen attentif de la copie de l’inscription me donnait lieu de penser qu’elle n'avait peutêtre pas été relevée avec tout le soin nécessaire, ou que le lapicide l'avait gravée avec inattention. En effet, à la première ligne, la lettre L, qui représente le surnom Lucio, avait été oubliée, et on l'avait, cela est visible, ajoutée après coup. Ne trouvant aucun autre moyen de
(1) Memorie romane di antichila, t. I, p. 66 : « Medici classiari, i » quaii par ricevessero tulli doppio slipendio, »
(2) Le P. Garrucci a sans doute voulu mettre nec duplicarium, au lieu de et, qui ne présente aucun sens et qui énonce u1 fait contraire au texte de l'inscription.
sortir de ces difficultés, que j'avais soumises à M. Léon Renier, je résolus, d’après son conseil, de faire vérifier sur la pierre la copie de cette inscription. Un de mes amis, M. Léon Vaquez, qui se trouvait à Naples, voulut bien se charger de cette vérification, qu’il a faite avec la plus serupuleuse minutie; et c’est sa copie, confirmée encore par une autre de M. Barnabeiï, que j'ai reçue en même temps, qui est transcrite ci-dessus. Il est certain qu’il n’y a pas MAN sur la pierre, mais MANI, ce qui ne peut plus s’interpréter par manipularis, ce mot, dans les inscriptions, étant toujours représenté par MAN ou MANIP. Je considère comme probable qu’il faut lire Mantuano, de même que, dans deux inscriptions précédentes, nous avons lu Egyptius et Cilix à la même place. Le lapicide aura négligé de barrer l'A etleT. L'analyse de ces quatre inscriptions nous révèle bien peu de faits relatifs au service de santé de la marine romaine. Mais il y a lieu d'espérer que les sources ne sont pas épuisées, et que l’on trouvera d’autres monuments épigraphiques qui enrichiront la science et jetteront de nouvelles lumières sur ce sujet encore un peu obscur.