CHAPITRE V
La permanence des armées romaines, qui date de l’établissement de l'empire, fit naître de nouvelles nécessités administratives, parmi lesquelles le besoin d'un service de santé dans ces armées dut être un des premiers à se faire sentir. Il serait sans doute impossible, dans l’état actuel de la science, de préciser le moment où fut organisé
ce service. Mais tout incline à en faire remonter le commencement au règne d'Auguste. Nous ne pouvons revenir sur les considérations développées précédemment à ce sujet, et ayant toutes pour conséquence d'établir la grande probabilité de cette opinion. Nous devons seulement ajouter que plusieurs nations récemment soumises par les Romains entretenaient des médecins à la suite de leurs armées, et que ce fait ne pouvait être ignoré à Rome. Mais, s’il nous est impossible d’indiquer exactement l’origine de cette innovation administrative, qui pourtant remonte certainement aux temps des premiers empereurs, au moins sommes-nous en mesure d’en faire connaître les traits essentiels et d’en signaler les agents ‘principaux dans tous les corps de troupes de l’armée romaine. |
Nous parlerons d’abord du corps des vigiles, parce que quelques monuments épigraphiques lus et interprétés avec
la plus grande sagacité par Olaus Kellermann (j) nous ont révélé l’organisation à peu prés complète de cette troupe, en même temps qu'ils nous faisaient connaître nominativement le personnel médical de deux de ses cohortes. Cette première notion acquise nous permettra de déterminer par voie de déduction et de comparaison ce qui se passait, sous le rapport médical, dans la plupart des autres troupes de l'armée romaine.
Ce corps des vigiles, institué par l'emperour Auguste, était composé de sept cohortes. Deux régions de la ville se trouvaient ainsi confiées à la garde nocturne de chacune de ces cohortes, la ville étant, comme on sait, partagée en quatorze régions ou quartiers. Le corps entier des vigiles était placé sous le commandement unique d'un préfet, ayant pour l'aider ou le suppléer un sous-préfet. Un tribun commandait chaque cohorte et un centurion chaque centurie. Cette troupe, chargée de veiller pour protéger les personnes et les propriétés contro le vol et l'incendie, avait d'abord été composée d'affranchis, ca qui ne lui avait pas attiré, au commencement, beaucoup de considération. L'historien Dion nous apprend ce fait dans le texte ruivant : Émady ve dv r@ yeove robre mo re nédlewe must duephien, dvdoxe re Eekeuhépous Émrayñ mpèe rs Émueoucinc œbrAe xarehEaTo, wal doyovra imnéx œbroîs mpocéraËey (2) : € Comme à celte époque les incendies » avaient occasionné beaucoup de ravages dans la ville, » l'empereur enrôla’ sept cohortes d’affranchis pour la
(1) Vigilum Romanorum latercula, etc. , (2) Dion, lib. LV, cap. xxvi.
» protéger, et il leur donna un chevalier pour comman » dant. » . |
En outre, parce que le service qui était attribué à cette troupe paraissait honteux aux autres soldats et même dur et pénible aux vigiles eux-mêmes, il fut établi qu'ils jouiraient du droit de cité après six ans de service. Plus tard on réduisit ces six ans à trois. Mais, d’ailleurs, les citoyens romains ne tardèrent pas à entrer, eux aussi, en grand nombre dans ces cohortes, auxquelles on conféra de grands privilèges. |
L'inscription suivante, que je copie dans l'ouvrage de Kellermann (1), donneles noms de tous les officiers et sousofficiers, et même probablement de tous les soldats de la cinquième cohorte des vigiles. Kellermann y a relevé en tout mille treize noms. L'inscription est gravée sur les quatre faces d'un piédestal de marbre découvert en 1820 sur le mont Cœlius, avec un autre piédestal pareil, mais dont la face principale n’a pas été retrouvée. Je ne reproduis ici que la partie de l'inscription qui se lit sur la face principale du premier de ces piédestaux et qui contient la dédicace à l’empereur Caracalla. J’y ai joint les lignes qui se lisent sur la corniche des deux faces latérales du même piédestal, lignes dont la dernière contient les noms des quatre médecins de la cohorte. Les noms des soldats et de la plupart des sous-officiers ou principales se trouvent sur les trois autres faces du monument.
(4) Vigilum Romanorum latercula, n. 1v, cf., tab. I.
4° Insoriplion de la face principale, IMP. CAES. M. AVRELLIO.
ANTONINO. PIO. FELICI.
AVG. TRIB. POT. XIIL IMP. Il.