GLANDES INTÉRIEURES UNICELLULAIRES
Laurinées (2).
Si l’on examine la structure d’une feuille de Laurus nobilis , on reconnaît que son mésophylle présente, comme dans la plupart des Dicotylédones, deux formes bien distinctes de parenchyme; l’un, voisin de l’épiderme supérieur, est formé de cellules en palissade; l’autre, confinant à l’épiderme inférieur, est composé de cellules plus ou moins rameuses. Or, de bonne heure,
(1) D’après divers auteurs il renfermerait de l’acide formique.
(2) Voy. pl. I et II.
alors que la feuille ne présente encore que des dimensions assez réduites, on voit çà et là certaines cellules du parenchyme supérieur subir des modifications spéciales qui permettent de les distinguer aisément du tissu ambiant. La chlorophylle en disparaît assez rapidement, tandis que des gouttelettes réfringentes s'yniontrent peu à peu et augmentent en nombre et en volume. Ces gouttelettes représentent le produit de sécrétion delà cellule dans laquelle il demeurera contenu, à moins que la résorption ultérieure des éléments interposés ne lui permette de se réunir au produit d’une cellule plus ou moins éloignée etdans laquelle une formation analogue se sera constituée.
Chez divers autres L aurus [L. Camphora, L. Benzoin), on constate la formation de glandes semblables naissant presque indistinctement dans l’un ou l’autre des deux parenchymes.
Ces faits se trouvent confirmés par l’étude d’une autre Laurinée médicinale, le Sassafras ( Sassafras officinale), dont la racine doit ses propriétés actives à une huile essentielle qui se forme de la même manière que les produits étudiés dans les espèces précédentes et se trouve localisée dans des cellules également isolées, ainsi que l’ont démontré les recherches de M. G. Planchon ; Técorce est limitée intérieurement par une zone formée de cellules tabulaires et recouvrant un parenchyme brunâtre, parmi les éléments duquel on distingue des cellules généralement plus volumineuses que les utricules voisines, et remplies d’huile essentielle. Dans le bois, on retrouve çà et là de grosses cellules oléifères et également isolées (1).
(1) G. Planchon. Loc. cit,y 1. 1, p. 538-539.
Monimiacées.
La formation de ces cellules à huile essentielle semble se retrouver avec les mêmes caractères généraux dans un certain nombre de groupes voisins et particulièrement dans la famille des Monimiacées (. Peumus Bol dus y Calycanthus occidentalisé Hedy caria dent ata) y chez lesquelles M. Claude Verne a récemment décrit des « vésicules à essence » qui offrent une assez grande analogie avec les glandes desLaurinées pour qu’on soit conduit à leur attribuer une semblable origine (1).
Valérianées .
Dans la famille des Valérianées (Voy. PL I), nous retrouvons des cellules isolées, produisant des substances actives et souvent réparties d’une manière caractéristique dans les principaux types du groupe.
Ainsi, dans le Valeriana officinalis , on constate que la substance active se forme dans des cellules de grandeur et de forme spéciales localisées dans l’assise sous-épidermique du parenchyme (racine) ou réparties dans plusieurs assises sous-épidermiques de ce parenchyme et dans celle de ses assises qui confine à la zone périxyle (rhizome) (2).
Le Nardostachys Jatamansi , plante herbacée du Népaul, qui fournit le Nard vrai de l’Inde, parfum si
(1) Claude Verne. Etude sur le Boldo, p. 13, fig. 1-2. ( Thèses de ’ Ecole supérieure de pharmacie de Paris , 1874.)
(2) J. Chatin. Etudes botaniques, chimiques et médicales sur les Valérianées, p. 27, etc. ( Thèses de la Faculté de médecine de Paris, 1871.)
anciennement célèbre, doit son suave arôme à la production d’une huile essentielle localisée dans lescelluies du parenchyme cortical. Une espèce voisine [N. grandi fiord), à laquelle on a attribué longtemps le « Faux Nard de l’Inde », est également pourvue de ces cellules à huile essentielle, et la constatation de ces caractères a été l’origine d’une série de recherches qui m’ont autrefois conduit à établir que ce produit devait être rapporté non pas à un Nardostachys, non pas à une autre Valérianée ou même à une autre Dicotylédone, mais à une Monocotytée (1), ce qui suffirait à montrer une fois de plus, s’il en était besoin, l’importance des études anatomiques appliquées à la détermination des produits de la matière médicale.