I. Fruits
Les plus importants d’entre eux sont léscariopses de Graminées (Blé, Seigle, Org*e, Avoine, Riz) qui ont tous une forme plus ou moins allongée et sur la coupe transversale desquels on distingue les couches suivantes :
1° Le péricarpe constitué par une couche cellulaire dont les éléments s’étendent dans le sens tang*entiel.
2° Le tég*ument séminal avec ses cellules aplaties de dedans en dehors.
3° Un nombre variable d’assises cellulaires dont les éléments, de forme cubique, sont remplis de grains de gluten.
4° L’albumen à grandes cellules polyédriques et gorgées d’amidon.
La considération de ces diverses couches, et principalement de celle que composent les utricules à gluten, permet de différencier nettement ces divers fruits (1).‘
A . Fruits contenant des matières sucrées.
On fait usage, en thérapeutique d’un grand nombre de fruits, qui renferment d’ailleurs, avec la matière sucrée, divers autres principes et dont beaucoup comptent dans l’économie domestique: Raisins, Jujubes, Casse, Tamarin, Caroubes, Cerises, Pruneaux, Fraises, Framboises, Groseilles, Figues, Mûres, Dattes. Dans la plupart de ces fruits, la matière sucrée, est contenue dans le mésocarpe.
Mais, dans la Casse [Cassia Fistuld) la « pulpe » se développe dans chacune des logettes et se montre composée d’un parenchyme à cellules brunâtres. La pulpe de Tamarin ( Tamarindus indica) est, au contraire, la partie sucrée- acidulé du mésocarpe, partie qui forme également la portion employée dans les Caroubes ( Cera tonia siliqua ), les Dattes (. Pliœnix dactylifera , etc.).
B. Fruits contenant des matières résineuses, oléorésineuses ou gommo -résineuses, des huiles essentielles, etc.
Parmi les nombreux types de cette série, il faut citer:
La Badiane ( Ilicium anisalum ), formée d’un certain nombre de carpelles (généralement 8) ligneux, brunâtres, rangés en étoile et dans lesquels le microscope a permis de déterminer aisément le siège de la matière active qui se montre sous forme de larmes jaunâtres et réfringentes contenues dans de grosses cellules spé-
(1) G. Planchon. Loc. cit., t. I, p. 360 et suivantes.
ciales de la zone externe du carpelle. Ce sont donc ces éléments qui renferment l’huile essentielle de Badiane ou d’Anis étoilé.
Les Oranges et Citrons méritent d’être cités parmi les plus employés de ces fruits à principe spécial; c’est dans leur couche extérieure que se développent de grosses glandes multicellulaires analogues à celles que j’ai précédemment décrites dans les feuilles des mêmes Aurantiacées et dans lesquelles se forment leurs huiles essentielles. « L’écorce d’Oranges amères » n’est guère autre chose que cette couche extérieure des Orangettes cueillies et dépouillées vers le moment de la maturité ou un peu avant. C'est au contraire dans la cavité même des loges que se développe la pulpe sucrée et acidulé de ces fruits.
Dans fes Anacardes {Anacardium occidentale et Semecarpus Anacardium ), le suc rougeâtre et caustique est contenu dans des lacunes assez considérables et creusées dans le mésocarpe.
Le principe actif du Piment delà Jamaïque ( Myrtus Pimenta) est localisé dans des cellules qui s’observent non-seulement dans le péricarpe (surtout dans sa partie extérieure), mais encore dans l’embryon dont les couches externes offrent plusieurs de ces grosses cellules glandulaires. On n’a pu encore déterminer d’une façon suflisamment précise, le siège du principe actif des « Piments des jardins et de Cayenne » qui appartiennent non pas aux Myrtacées comme le précédent, mais aux Solanées.
Fruits d! Ombellifères. — Je n’ai pas à décrire ici les caractères extérieurs de ces fruits dont plusieurs
Chatin. 8
comptent utilement dans la matière médicale, je rappellerai seulement qu'au point de vue anatomique leur péricarpe est constitué par 3 couches généralement bien distinctes : 1° un épicarpe, recouvert d’une cuticule, et composé de cellules à parois épaisses et de forme plus ou moins tabulaire; 2° un parenchyme dans lequel cheminent, au niveau des côtes primaires, des faisceaux fibro-vasculaires se dirigeant de la base au sommet du fruit; 3° un endocarpe à cellules petites et situées dans lacontiguité immédiate du tégument séminal. Or, c’est dans le mésocarpe que se formeront et se développeront ces canaux sécréteurs, ces bandelettes dont j’ai décrit précédemment les caractères, bandelettes dont le nombre et la situation (valiéeules, face commissurale, etc.), fourniront de bons caractères différentiels et dont le contenu représente le principe actif des Ombellifères. La Grande-Ciguë seule, ainsi que je l’ai déjà indiqué, fait exception à ce tracé général, la matière active y étant renfermée non dans des « vittœ » mais dans les cellules de l’endocarpe (1). — La graine des Ombellifères semble ne fournir, dans la généralité des cas, qu’une matière gérasse.
Les Fruits du Houblon [Humulus Lupulus) sont surtout employés en raison du principe oléorésineux étudié dans la première partie de cette thèse, sous le nom de « Lupulin » et sécrété par des glandes spéciales.
Des Poivres, les uns comme les Poivres noir et blanc [Piper Nigrum) ou le Poivre Cubèbe {Cubebaofficinalis) sont cueillis à la maturité ou dans un état de développement avancé, les autres comme le Poivre long [Chavica offici~ nalis ) sont cueillis avant leur développement complet et (1) G. PlancKon, loc.cit ., t. I, p. 329, fi g. 144, 145, 146.
se présentent sous l’aspect de nombreux fruits entremêlés de bractées et portés sur un axe commun, mais les uns et les autres offrent sensiblement la même structure : dans le péricarpe se trouvent des cellules oleorésineuses qu’on retrouve en petit nombre dans l'albumen où existent surtout des cellules spéciales renfermant des cristaux de Pipérine ou de Cubêbine selon le type que Ton examine et dont on peut ainsi localiser aisément le principe actif.
Dans les « Baies de Genièvre » (Juniperus communis ) l’oléorésine se trouve, et dans la portion moyenne des écailles charnues et dans le tégument séminal dont la couche externe renferme des canaux sécréteurs.
Sous le nom de Cardamomes, on emploie les fruits de diverses espèces du genre Amomum , fruits dont le péricarpe ne renferme que de très-rares cellules oléorêsinifères et n’offre qu’une odeur et une saveur presque nulles. Les enveloppes de la graine possèdent, au contraire, de nombreuses cellules glandulaires et l’on observe, dans l’albumen et dans l’embryon, des éléments remplis d’une substance oléo-mucilagineuse qui contribue très-vraisemblablement à donner à ces produits leurs propriétés caractéristiques.
G. Fruits contenant du latex.
Les Capsules de Pavot [Papayer somniferum ) présentent dans leurs parois, ou, pour parler plus exactement, dans la couche moyenne de leur péricarpe, des vaisseaux laticifères dont le suc, blanc à l’état frais, brunit en se desséchant, et donne à ces « têtes de Pavot » leurs propriétés thérapeutiques, en raison des alcaloïdes qu’il contient.
D. Fruits contenant du tannin.
Les Cynorrhodons formés par le calvce du Rosacanina devenu tubuleux et renfermant de nombreux carpelles osseux, comptent dans la médication astringente en raison du tannin qui y est contenu et qui semble résider dans leur couche externe, la saveur devenant douce lorsque le Cynorrhodon est réduit à son parenchyme moyen,
L écorce de Grenade, le Brou de Noix , les Noix de Cyprès renferment également une quantité notable de tannin qui détermine leur usage thérapeutique mais n’a pu encore être localisé avec une précision suffisante.
E. Fruits contenant des alcaloïdes, glucosides, etc.
Ici, comme dans la division correspondante que j’ai du adopter pour l’histoire de chaque organe, je devrais citer un grand nombre de produits dont les principes actifs ont été mieux définis par les recherches chimiques qu’ils n’ont pu être localisés par les études histologiques. Tels seraient les fruits de Nerprun, de Séné, de Gucurbitacées, de Solanées, la Coque du Levant, le Cévadille, la Vanille. Pour cette dernière cependant, des recherches récentes (1) ont fait connaître le siège delà substance active : la face interne du péricarpe qui porte les placentas est garnie de cellules allongées ou papilleuses qui sécrètent la matière balsamique ; auprès de ces éléments, dans les assises internes du péricarpe, sont d’autres cellules plus petites et dans lesquelles on a observé des cristaux de Vanilline,
(1) G Planchon, loc. ci*., t. I, p. 352.