‹ Du siége des substances actives dans les plantes médicinalesChapitre 17 sur 32 · I. RACINES · texte numérisé non relu

I. RACINES

L'étude comparée des racines montre que les écorces y sont g^énéralement plus actives que la zone interne, cela est également vrai lorsque les substances sont contenues dans des éléments bien distincts comme chez les Ombellifères, qui n'ont guère de canaux sécréteurs que dans leur écorce, et comme chez les Chicoracéés dont les laticifères sont surtout ou exclusivement développés dans cette zone, ou lorsque ces mêmes substances actives sont intimement mêlées au tissu comme la matière vomitive dans Tlpécacuanha, le tannin dans le Ratanhia, les matières colorantes dans la Garance ou VOrcanette, etc.

Dans certains cas cependant; le principe actif se trouve dans Técorce et le bois (ou plutôt dans le paren chyme qui entoure les faisceaux ligneux) ; les Composées- Garduacées et Gorymbifères présentent ainsi simultanément des lacunes oléo-résinifères dans le bois et dans Técorce, le Sassafras a des cellules glandulaires

(1) G. Planchon. Art. Quinquina, in Dict. encyclop, des se. médicalf Paris, 1873, p. 283.

dans les deux zon<ps ; chez les Convolvulacées, le sue pra» pre se trouve également dans le bois etTécorce ; la BeU ladone présente vraisemblement une répartition analogue ; de même pour la glycirrhiaâne et le principe actif des Salsepareilles.

Entîn, dans quelques cas rares, c'est incontestablement dans la portion ligneuse que les substances propres se montrent en plus grande portion, {wirticularité qui se présente dans les Rhubarbes, le Pweira Brava, le Colombo,

A. Racines coutenaut (Jes matières gommeuses ou mucilagineuses.

Racine de Guimauve {Aîthœa offidnalis.) — Parmi les racines employées par notre thérapeutique, la racine de Guimauve est presque la seule qui doive son usage à un principe muçilagineux. Ce dernier se produit par le mécanisme que j'ai indiqué précédemment, et au moyen de « cellules spéciales ayant leur végétation particulière » (1). La racine des diverses autres Malvacées pourrait d'ailleurs être appliquée aux mômes usages.

Racines de Borraginèes. — Les racines de la gi'ande Consoude et de quelques plantes voisines pourraient peut-être se placer auprès de la racine de Guimauve, en raison du mucilage qu'elles contiennent, mais je rappellerai qu'elles renferment généralement une quantité notable de tannin, substance qui s'oppose ici à un rapprochement trop absolu.

(1) 1 recul. Des mucilages dans les Malvacées (Adansonia.yMi^ p. 248),

B. Raciaes contenant des matières sucrées.

Béglisse [Glycyrrhiza glabra^ G. echinata). — [L'anatomie des racines de Rég^lisse (Rég'lisse ordinaire et Rég'lisse de Russie) a été décrite dans ses moindres détails par M, G. Planchon (2); je crois donc inutile d'y insister, et îne borne à rappeler que les analyses chimiques ont établi que le principe actif ou Glycyrhizine se trouvait à la fois dans la zone corticale et dans la zone lig^neuse.

C, Racines contenant des matières oléorésineuscs, résineuses, des huiles essentielles, etc.

Racine de Raifort. — On sait à quel état chimique se trouvent les matières qui par leur réaction entre elles produisent Thuile essentielle dans la racine de Raifort et dans les autres Crucifères, mais l'examen microscopique ne nouR permet pas d'en déterminer la localisation histologique, ainsi que nous pourrons aisément le faire pour les types suivants :

Racines dOmbellifères. — La thérapeutique emploie un g^rand nombre de racines d'Ombellifères parmi lesquelles je citerai celles d'Ang»élique [Archangelica offi-^ cinalis) de Livêehe {Levisticum officinale)^ de Meum (Meum athamaniicum)^deVan\ca\xi{Eryngium campestre)^ de Persil {Petroselinum saiwum, d'Ache {Apium graveolens), de Roucag^e (Pimpinella saxifraga et P. magna)^ deThapsia {T/iapsia garganica), et de Sumbul {Sumbulus moschatus). Je passe sous silence et pour cause le problématique Sylphium cyrenaicum.

(2) G. Planchon, Traité pratique de la détermination des drogues êim-' pies d^ origine végétale^ 1. 1, p. 461 et suiv., fig. 213-214.

^88 — On devine quelles formations histologiques déterminent l'emploi de ces racines et renferment leurs substances actives ; ce sont ces canaux, ces lacunes que j'ai précédemment décrits et qui, g'orgés du produit de sécrétion des cellules ambiantes, donneront à Torg^ane les propriétés spéciales qui nous le feront employer. Je ne puis entrer ici dans le détail des dispositions anato* miques qui permettent de distinguer aisément ces racines entre elles (1) et me borneà rappeler que les lacunes oléorésineuses, faisant généralement défaut dans la zone ligneuse, se rencontreront dans le tissu cortical avec des dimensions et des caractères variables dans chaque type.

Racine de Ginseng[P,anax quinquefolium). — Les analogies extérieures et anatomiques obligent également à placer à la suite des racines d'Ombellifères, la racine de FAraliacéedont je viens de rappeler le nom, et qui doit, elle aussi, son usage médicinal au produit que contiennent de nombreux canaux sécréteurs situés exclusivement dans l'écorce.

Racines de Composées. •— A l'exception de la racine de Bardane (Lappa) qui serait mieux placée dans le voisin» nage des racines mucilagineuses, celles de ces parties qui nous sont fournies par les Composées doivent leur activité au contenu de leurs laticifères (Ghicoracées) ou de leurs canaux sécréteurs (Garduacées et Gorymbifères) ; dans ces dernières, qui seules doivent être mentionnées ici, on compte les racines de Carline [Carlina acaulis), d' Année (/ww/a Helenium) et de

(1) Voy. G. Planchon. Loc, cit., p, 468 et suiv.

Pyrèthre [Anacychis^ Pyrethrum^ etc.). Les canaux sécréteurs s'y trouvent aussi bien dans la zone iig'neuse (parenchyme ligneux, rayons médullaires, etc.) que dans la zone corticale. Il est à peine nécessaire d'ajouter que pour ces plantes comme pour la g^énéralité des Composées, la présence de Tinuline constitue un excel lent moyen de diag^nose anatomique.

Racine de Sassafras {Sassafras oflicinale). — On em ploie tantôt Técorce isolée [Ecorce de Sassafras)^ tantôt le bois plus ou moins dépouillé des parties corticales [Bois de Sassafras)^ tantôt la racine entière présentant le bois et Técorce réunis. L'examen anatomique nous explique cette similitude d'action en nous montrant les cellules g'iandulaires réparties dans le corps ligrieux comme dans le parenchyme cortical (1).

Racine de Vétiver {kndropogon muricatus). — Elle est ég^alement recherchée pour le produit de ses cellules g^landulaires qui se trouvent localisés dans le parenchyme cortical (2).

D. Racines contenant du latex.

Les principales racines employées en raison de leur latex appartiennent les unes aux Ghicoracés et renferment des laticifères véritables, les autres aux Convolvulacées et sont alors pourvues de ces éléments intermédiaires entre la cellule proprement dite et le laticifère vrai, éléments sur lesquels j'ai précédemment insisté.

(1) G. Planchon. Loc. cit., 1. 1, p, 538 et suiT.

(2) Id., p. 571.

Bmnea de Composées — Chicoracées. ^ Les raoineg de Chicorée (Cichorium Iniybus) et de Pissenlit [T^ra-^ icapum D(fns Leonis) présentent dans leur parenohynie cortical des laticifères g»énéralement disposés selon des lig'nes concentriques et dessinant, dans le second de ces types, des cercles de couleur brunâtre qui en rendent la détermination fort aisée. Ils possèdent une membrane propre très- n^ince et contiennent un suc blanchâtre à l'état récent, brun à Fétat sec (1).

Bacines de Convolvulacées. — Elles contiennent des produits résineux renfermés dans ces éléments que j'ai décrits comme intermédiaires entre les cellules et les laticifères et dont nous retrouvons les caractères dans les divers types employés; « sur la coupe longitudinale, on voit ces cellules rang'ées les unes au-dessus des autres par séries assez allongées; parfois les cloisons qui les séparent disparaissent, et il se forme ainsi des sortes de laticifères larges et courts. Le suc que renferment ces cellules est en général laiteux à l'état frais ; à l'état sec, il est gommeux ou gommo-résîneux (2). » Examinées sur la coupe transversale, ces cellules forment des lignes plus ou moins concentriques et se groupent surtout dans le tissu cortical, au voisinage du cambium. Elles présentent d'ailleurs des caractères spéciaux selon qu'on étudie les principaux types médi-» cinaux, ainsi elles seront plus réduites dans le Turbith (Ipomœa Turpethum). que dans les divers Jalaps (/. Ori-* zabensis\L purga^ 1. simnlans^ etc.). Dans la Scammonée (Convolvulus Scammonia), elles seront moins régulièrc-

(1) G. Planchon, I/OC. -cit., t. I, p. 501 et suIt.

(2) Id., p. 516.

ment groupées que dans les précédents. La Jalapine^ la Tctmpicine^ la Turpéikine, telles sont les principales v^ 3ines contenues dans ces cellules (i),

E. Racines contenant des principes colorants,

Bien que les plantes à principes colorants n'occupent qu'une place très-secondaire dans la matière médicale et aient pu être nég»lig»ées sans inconvénient dans Tétude générale que nous avons faite de la localisation bistoloi g»ique des substances médicinales, je crois cependant pouvoir d'autant mieux les mentionner ici que l'examen microscopique de leurs racines offrira une preuve nou"» velle des dispositions que je sig»nalais au début de ce chapitre comme fréquentes dans ces organes,

Racine de Garance {Rubia iinctorum)^ -- Dans cette racine, au-dessous du suber,on trouve une épaisse i;ône parenchymateuse formée de cellules allongées dans le sens tangentiel puis devenant presque carrées lorsqu'on approche du cambium. Or, c'est dans ces éléments qu'on observe, sur la racine fraîche, un liquide de couleur jaune rouge qui, en se desséchant, laisse de petits granules de matière colorante (Decaisne). De cette ma*tière on retirera un certain nombre de principes définis et particulièrement l'Alizarine,

Racine d'Orcanette [Anchma tinctoria). -^ La localisation de la matière colorante dans Técorce est encore plus nette dans cette Borraginée que dans la Hubiacée

(1) D'après les dernières recherches, la résiné extraite de la scammonée serait identique à la jalapine.

précédeiitè; Tèxamen à l'œil nu suffit pour y faire disting^uer le bois, de teinte blanchâtre, de Fécorce formée de feuillets roug^eâtres. Dans la pratique on rejette d'ail* leurs la partie interne de l'écorce,* partie qui est de nulle utilité pour l'extraction de YAlkannine.

F. Racines contenant du tannin.

Parmi les racines recherchées en raison du tannin qu'elles contiennent, il faut citer surtout les racines de Ratànhia et de Filipendule.

Dans la première de ces deux substances {Krameria triandra, etc), le microscope permet de déterminer seulement le siège de la matière colorante rouge située dans le parenchyme extérieur, mais une analyse chimique, même très-sommaire, permet de constater que le tannin existe en quantité bien plus considérable dans l'écorce que dans le bois.

La racine de Filipendule {Spirma Filipendula)^ que ses caractères extérieurs permettent de reconnaître si aisément, offre aussi une matière colorante brune dans ses éléments tabulaires externes, et la matière astringente y est encore plus abondante dans la zone corticale que dans la zone interne, riche au contraire en fécule.

G. Racines contenant des alcaloïdes, glucosides, etc.

Pour la racine, comme pour les autres organes qui vont suivre, je dois rapprocher ici, et non sans regret, des corps de composition chimique parfois très-ditlérente et d'action thérapeutique souvent fort dissemblable, mais dont le siège n'a pu encore être déterminé d'une

manière assez précise pour que nous puissions entreprendre fructueusement l'étude de chacune de ces substances.

Telles sont par exemple les racines d*Aconit, dans lesquelles l'alcaloïde {aconitiné), se trouve probablement à Tétat de combinaison saline, car le suc présente une réaction franchement acide au tournesol » (i). Telles sont aussi les racines de Pareira Brava [Cksampelos ?) dont le principe actif a été identifié avec la Buxine, de Colombo {Jatorrhiza Colomba)^ de Berberis {B. vulgaris)^ de Saponaire {Saponaria et Gypsophila)^ de Gentiane, de Belladone, d'Oseille, etc.

Telles seraient surtout les importantes racines de Rhubarbe [Rheum officinale H. Bn.) et de Salsepareille {Smilaa; medica^ etc.)i dont nous possédons aujourd'hui de si précieuses diagnoses anatomiques (1), mais chez lesquelles nous ne saurions préciser bien exactement la localisation des principes actifs. Je ferai toutefois observer que certaines cellules de la Rhubarbe et particulièrement celles des rayons médullaires, renferment une matière jaune à laquelle les alcalis donnent une teinte roug'e marquée; or, cette réaction étant celle de l'acide chrysophanique, il est assez rationnel de supposer que ces éléments renferment, au moins en partie, le principe actif de la Rhubarbe. Quant aux Salsepareilles : « le cœur lig'neux n'a qu'une saveur fade et amylacée, mais la partie corticale en possède une mucilag'ineuse, accompagnée d'amertume et d'une légère âcreté (2). »

(1) C, Patrouillard. Des Aconits et de VAconitine, p. 28 {Thèses de V Ecole supérieure de pharmacie^ 1872J.

G. Planchon. Loc. cit,, p. 557 et suiv.

(2) Gttibourt et G» Planchon, loc. cit. y t. U^ p. 185.

La substance active semble donc existai? surtout dans les parties externes, conforméihent aux conditions générales indiquées plus haut.

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