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s'était fixé dans le tissu cellulaire sous-culané , mais qui devient une ailection mortelle dans les poumons , d'abord en raison de la facilité et de la rapidité avec lesquelles s'y peut étendre l'engorgement; mais surtout en raison de l'extrême importance des fonctions de ce viscère pour le maintien de la vie générale. C'est encore par l'effet des mêmes causes que l'hépalisation chronique succède trop souvent à cette maladie. La turgescence sanguine peut , en effet , s'y trouver poussée à un point considérable , sans exciter le degré de douleur nécessaire pour rétablissement et le maintien de la réaction, qu'on a pu voir amener les tumeurs cutanées vers la résolution ou la suppuration. La première excitation, produite par la cause irritante , ne s'y trouve soutenue que par la présence du sang dans des vaisseaux qui n'ont pas coutume , à la vérité , d'en contenir ou de s'en trouver aussi long-temps gorgés , mais à la sensibilité desquels l'impression de ce fluide n'est pas toul-à-fait étrangère. On conçoit que, dans un tel état de choses, s'il arrive que la cause première soit éloignée , que l'irritation produite par la présence du sang, émoussée par l'habitude , devienne insufîisante pour la continuation du travail résolutif ou suppuratoire , la sensibilité des vaisseaux absorbans retombe alors rapidement au ton naturel , et même
au-dessous ; ces vaisseaux distendus au-delà de leur élaslicilé naturelle , privés d'ailleurs de l'utile soutien d'une enveloppe fibreuse semblable au chorion , hors de la porle'e des applications chimiques cl des moyens mécaniques avec lesquels le chirurgien sait aider leur action ralentie et dissiper les engorgemens cutanés; ces vaisseaux , disons-nous , restent engoués de sang , presque sans action ; l'organe, profondément altéré par celte sorte d'intùs-susception, devient de jour en jour plus impropre aux usages qu'il doit remplir, et la suffocation vient tôt ou tard mettre un terme aux souffrances des malades.
Toutefois, convenons avec franchise qu'une aussi funeste terminaison serait plus rare si le traitement de ces maladies se dirigeait toujours avec la prudence et la sagacité que mettent dans leur pratique les médecins dont l'expérience a mûri le jugement. Peut-être ici, comme dans tant d'autres circonstances , devons-nousaccuser l'insuffîsancedes artistes plutôt que celiede la nature. Il est du moins incontestable que si , dans quelques occasions, qu'on pourrait rendre moins fre'quenteSjla structure particulière du parenchyme pulmonaire favorise l'établissement de ces engorgemens chroniques si difficiles à guérir , celte structure favorise bien plus souvent encore la résolution de la péripneumonre, au moyen d'une
certaine modération, d'une certaine régularité dans les mouvemens qui déterminent, en temps utile, l'expulsion du produit morbifîquepar les voies naturelles destinées aux mucosités. Il est certain , d'autre part , qu'une disposition contraire et qui rapprocherait le tissu pulmonaire de celui de l'organe dermoïde tendrait à développer dans l'intérieur des poumons, au sujet de la plus petite cause , des mouvemens inflammatoires d'une telle violence qu'on les verrait se propager^ comme dans le phlegmon cutané, jusque sur les parois des artères et des veines, gagner, à cause du voisinage, le cœur lui-même, et faire de toute péripneumonie , quelque légère qu'elle pût être d'abord , une maladie presque inévitablement mortelle. C^esl précisément ce qu'on voit arriver Jorsque , par l'effet d'une grande susceptibilité vasculaire , par l'effet d'une irritation forte ;, prolongée , ou fréquemment renouvelée sur un sujet pléthorique , les accidens inflammatoires ont été poussés à un très-haut degré d'exaltation; il se rassemble alors des collections considérables de matière purulente dans de vastes excavations formées aux dépens desceîlulosités pulmonaires déchirées et détruites , et l'inflammation s'établit en même temps sur la plèvre^ sur les artères el les veines pulmonaires , sur la membrane qui tapisse Tinlérieur des cavités du cœur^
DES MALADIES. Z5j
et quelquefois même Jusque sur les principaux troncs de l'aorte , comme le font assez connaître les traces profondes qu'on en découvre sur ces parties après la mort (i). N'est-il pas heureux que ces déplorables résultats ne puissent naître que d'un concours de circonstances dillicilement réunies, du moins au degré nécessaire pour surmonter l'obstacle naturel que leur oppose la construction cellulaire , molle , expansive et lâche du parenchyme pulmonaire? N'est-ce pas une sage prévoyance de la nature qu'une telle organisation dans un viscère situé près du cœur et des gros vaisseaux , et toujours en contact avec l'air extérieur, ce qui doit l'exposer sans cesse à de brusques, à de fréquentes irritations ? Mais si ces altérations organiques , mises à découvert par l'exploration des cadavres à îa suite des péripneumonies, nous permettent d'établir l'identité de nature des mouvemons vasculaires qui s'opèrent dans cette maladie et dans le phlegmon dermoïde , les phénomènes qui manifestent et caractérisent la première de ces inflammations durant la vie nous fournissent aussi de bonnes raisons en faveur de celte iden-
(i) Hogdson , Maladies des Avlères et des Veines ^ t. I. Dalbaiit , Observ. sur V Artérite , dissertât. \n-/,,\ i&ig. Paris.
titë. Sans doiile ici nous devons nous attendre à trouver des symptômes uniquement dépendans de la specialilë et de l'importance de l'organe malade ; mais à côté de ces symptômes il en est d'autres qui tiennent davantage au fond et à l'essence des mouvemens suscites dans la texture intime des parties, et la nature de ces derniers s'accorde parfaitement avec celle des désordres que l'autopsie cadavérique nousdécouvre^ Disons mieux encore ; les symptômes déterminés par la lésion des fonctions de lorgane malade sont eux-mêmes des indices qui concourent à prouver à Tobservateur judicieux que la péripneumonie a son siège dans le même ordre de vaisseaux que la tumeur phlegmoueuse. Ainsi, l'oppression qui vient tout-à-coup gêner la respiration après uu frisson intense et pénétrant, le sentiment d'ardeur qui se développe dans la poitrine , l'haleine chaude et brûlante qui s'en exhale, la douleur fixe, pongilive et profonde qui s'y fait sentir , la toux fréquente , d'abord sèche et bientôt suivie d'une expectoration sanguinolente , tous ces symptômes , quoique présentant des nuances relatives à la structure particulière et aux usagesde l'organepulmonaire, n'indiquent-ils pas que l'afflux sanguin se fait ici , comme par-tout ailleurs , en vertu de laclion spéciale de ces vaisseaux irritables et mo,-;
biles, charges des mouvemeiisiiTe'gulIers qui s'opèrent en dehors du cercle circulatoire sanguin ? N'est-ce pas à la subite exaltation des propriétés vitales de ces vaisseaux que l'on doit attribuer l'absorption excessive et déréglée qui engoue les poumons et les rend Impropres à l'acte de la respiration, soit dans quelques-unes de leurs parties , soit dans leur ensemble? N'est-ce pas à la même cause que se rapporte le grand dégagement de calorique manifesté par le sentiment d'ardeuv et l'haleine brûlante ? L'expuilion sanguine ne prouve-t-elle pas également qu'ici^ comme dans le phlegmon , le sang peut être exhalé sur les surfaces et dans les cavités aréolaires, par l'effet de l'impétuosité des premiers raouvemetis fluxionnaires ? En un mot , n'est-il pas évident ^ d'après ces symptômes, rapprochés des altérations qui subsistent encore dans la partie après la mort, que si les poumons étaient situés à l'extérieur comme la peau , nous pourrions facilement nous convaincre , par la vue et par le toucher , de l'exacte parité d'effets locaux produits par les mouvemens intestins desquels dérivent l'une et l'autre de ces affections ?
On est encore frappé de la même analogie lorsqu'on porte ses regards sur les accidens généraux et sympathiques déterminés par la péripneumonie. Uo frisson intense saisit toutes lês
5Go DU SIKCE ET DE LA NATURE
parties ; une chaleur tantôt brûlante , tantôt halitueuse , se répand à la périphérie ; la peau, surtout vers les parties supérieures , se colore vivement en rougeoles muqueuses des yeux, des lèvres , de la bouche et de l'arrière-bouche s'injectent profondément d'un sang vermeil ; le pouls est fort , fréquent et développé; l'urine est rouge, claire , peu abondante; on retrouve, en un mot , dans la fièvre née sous l'influence de cette afl'ection locale , tous les caractères qui sont le propre de la fièvre inflammatoire , compagne ordinaire des tumeurs phlegmoneuses ; de la fièvre inflammatoire que nous avons vu dépendre de l'irritation générale de la portion du système absorbant le plus immédiatement en rapport avec les vaisseaux et le sang artériels; de la fièvre inflammatoire à laquelle des auteurs recommandables ont trouvé de si frappantes analogies avec la péripneumonie elle - même. Tout, en effet , se trouve conforme dans ces deux affections , à cela près de l'étendue et de l'intensité de l'irritation. Dans l'une et l'autre^ le sang artériel s'introduit en plus ou moins grande quantité dans des vaisseaux qui n'avaient pas coutume d'en contenir; dans l'une et l'autre, la réaction du cœur est très-vive; dans l'une et l'autre, le produit de l'action morbifique est luot-à-fait conforme; daus Tune et l'autre j,
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enfin, les vaisseaux absorbans peuvent êire modifies de telle sorte , qu'au lieu desëculer le travail qui doit fournir la matière purulente, ces vaisseaux exhalent le liquide sanguin sans l'altërer, et de là viennent ces funestes terminaisons de la përipueumonie , par de brusques hëmorrhagies , lesquelles rappellent les exhalations de même nature qui s établissent parfois sur toute 1 étendue de Tor^ane cutané dans la fièvre inflamraaloire.
Soit donc que 1 on considère les alte'rations organiques troutées dans \^ poumons à la suite des përipneumonies mortelles, soit que Ton considère les symptômes par lesquels cette affection locale se manifeste , soit que 1 on considère les phénomènes géne'raux qu elle détermine, on retrouve toujours des raisons de se convaincre de l'identité de nature des mouvemens vasculaires qui s'établissent dans l'intime profondeur des parties , aussi bien dans la pe'ripneumonie que dans le phlegmon , et même que dans la fièvre inflammatoire. La seule différence notable qui distingue ces affections consiste uniquement en ce que, dans la première , le mal a son siège dans les poumons , tandis que, dans les deux dernières , il séjourne dans le tissu cellulaire dermoide ou général; consiste encore en ce que , dans les deux pre-
niières , l'iiTitalion se fiKe sur un seul point avec plus ou moins de violence, tandis que, dans la dernière , celte irritation, plus légère, est eu même temps plus expansible , s'étend sur une beaucoup plus grande surface , ou plutôt envahit tout Tensemble du tistu cellulaire.
Quoiqu'il nous paraisse superflu de multiplier les preuves de cette vérité, nous ne pouvons nous défendre d en produire une nouvelle, tirée de l'inspection du sang fourni par les saignées. Ou n'a sans doute pas oublié tout ce que nous avons rapporté touchant les particularités que présente ce liquide dans la fièvre inflammatoire. On n'ignore pas également qu'on y remarque des apparences tout-à-fait semblables durant les phlegmons d'une grande intensité. Voyons maintenant quel est l'état de ce liquide pendant le cours d'une péripneuraonie.
Si l'on saigne dans le début de la maladie , le sang paraît écumeux ^ et rien ne prouve qu'il ait encore subi d'autre changement. Si l'on réitère cette opération , comme cela devient presque toujours nécessaire, le sang, à peine tombé dans le vase , prend une teinte si difïérentede celle qui lui est naturelle , que l'on ne peut douter qu'il n'ait subi de profondes altérations par le mélange accidentel d'une matière étrangère assez abondante pour en masquer la
couleur propre. Nous avons plusieurs fois été frappes de l'aspect , non-seulement verdàtre , mais morne vert foncé , que nous offrait , quelques heures après la saigne'e , le sang de certains pcripneumoniques , d'ailleurs très-vigoureux et très-bien constitués. Quelqu'allention que nous ayons pu mettre à considérer ce liquide dans ces circonstances , il ne nous a pas été possible d'y découvrir un atome de particule colorante rouge, et pourtant ce même sang, conservé douze heures dans un lieu frais , s'est trouvé très-exactement séparé en deux parties distinctes : une couenne purulente j épaisse, danse, jaunâtre, et un petit caillot rouge sousjacenl, formant au plus le tiers du volume total. Ce sang était encore, vingt-quatre heures après, en gâteau solide , sans la moindre sérosité. Quoique nous ayons élé plusieurs fois le témoin de cette profonde altération , jamais nous ne l'avons trouvée si remarquable que chez un malade logé dans la maison que nous habitons. M. le professeur Halle, que nous avions fait appeler en consultation, fut lui-même surpris de ce haut degré de décomposition , malgré sa longue expérience et les occasions fiéquentes qui ne lui manquent pas de répéter ces sortes d'observations. Au reste , en cela comme en bien d'autres choses , chaque malade présente
des variétés qui lui sont propres , et qu'il tient de son tempérament ou de son genre de vie. Mais ce phénomène, bien que tantôt plus, tantôt moins prononcé, ne s'en présente pas moins constamment en pareille occurrence si la maladie marche régulièrement, parce qu'il est le résultat des lois de l'organisation.
Faut-il répéter ici les raisons qui nous induisent à croire que la principale de ces lois faites pour amener de tels résultats est cette faculté d'absorption dont se trouvent spécialement pourvus certains vaisseaux dans l'économie animale? Il est plus simple de renvoyer h ce que nous avons déjà dit sur ce sujet en traitant de la fièvre inflammatoire. Toutefois , le sang des péripneumouiques est si loin de ressembler à tout autre, qu'il mérite de fixer notre attention d'une manière particulière. Pourquoi le sangtiré dans le début des péripneumonies est-il écumeux , tandis que celui qu'on tire dans le commencement des autres maladies aiguës est à-peu-près dans l'état naturel ? Pourquoi le sang extrait de la veine pendant la force des accidens péripneumoniques esi-il presqu'entièrement converti en matière purulente ou couenneuse , tandis que celui des autres maladies aiguës inflammatoires présente toujours un caillot rouge très-considérable , et beaucoup plus coa-
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sidërable que la couenne qui le recouvre, couenne qui n'est le plus souvent qu'une pellicule grisâtre au travers de laquelle la couleur rouge du coaguiiun sanguin se laisse facilement apercevoir ? Nous allons voir que la solution de ces deux questions se rattache aux particularite's de la structure et des fonctions de l'organe pulmonaire plutôt qu'à toute autre cause capable de détruire les analogies que nous venons d établir. En effet, n'est-il pas constant qu'à la suite de i'irritation d'où naît la péripneumonie , le sang est rapidement attire dans des vaisseaux consacre's un instant avant à la circulation des fluides aëriformes , ou tout au moins à la combinaison de ces lluides avec le liquide sanguin ? Or , ce premier écart des propriétés vitales des vaisseaux absorbans cause le mélancre sans combinaison de l'air répandu dans tous les points de l'organe pulmonaire avec le sang qui vient tout-àcoup affluer hors des limites qu'il doit parcourir , et ce sang , reporté dans le torrent circulatoire par les vaisseaux absorbans de résorption , pêle-mêle avec l'air dont il vient de s'imprégner, communique à toute la masse sanguine ces qualités spumeuses qui ont frappé les observateurs. N'est-il pas tout aussi constant qu à l'absorption tumultueuse du sang dans le parenchyme pulmonaire succède un travail d'exhala-
lion propre à soustraire à ce liquide les nialé* riaux de l'humeur purulente, laquelle, produite en très-grande quantité à cause de la multiplicité' des surfaces ménagées dans l'organe où siège Tinflammation , s'accumule dans les nombreuses cellulosilës où nous la retrouvons stagnante dans les cadavres ? Or, cette humeur est en partie retenue dans ces cavités aussi longtemps que l'inflammation propagée par continuité sur les membranes muqueuses en resserre et crispe les orifices bronchiques. A cette pe'riode de la maladie , les vaisseaux absorbans de résorption sont les seuls instrumens de dégorgement qui puissent produire l'éliraination de cette matière morbifique ; ils la puisent dans ces mêmes cavités où d'abord ils avaient trouvé du sang épanclié, la conduisent de là dans les vaisseaux sanguins , et telle est la source de celle abondante matière couenneuse qui remplit les veines à cette époque. Ces vaisseaux en sont encombrés de la sorte , comme l'indique l'état du sang tiré par les saignées, jusqu'au moment où les mouvemens critiques s'établissent , c'està-dire , jusqu'au moment où le calme qui succède à l'irritation permet aux vaisseaux de reprendre leur action naturelle. Alors, d'un côté, les couloirs naturels des humeurs pulmonaires se rouvrant en enlèvent une grande quantité
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qu'on voit sortir avec les mucosite's ; et^ de l'autre côté, les vaisseaux absorbans d'exlialaliot» en produisant insensiblement beaucoup moins pour n'en exhaler bientôt plus , il arrive qu'on la voit diminuer progressivement dans le sarïg à mesure qu'il en paraît davantage dans les crachats, et que Ton se rapproche de la fin de la maladie , terme où s'arrête toute puifîcation .
§ X. JDe V InflammatioJi dans les vaisseaux absorbans veineux du parenchyme puiino'naire.
Il nous paraît superflu d'avertir que les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer ne s'appliquent réellement qu'à l'élat inflammatoire qui a pour principe l'irritation fixée sur les vaisseaux absorbans artériels ou d'exhalation. Mais, dans les poumons comme dans les autres parties, Tirrilalion peut se trouver placée sur d'autres vaisseaux, et donner naissance à des accidens qui portent le cachet de leur origine, et doivent ajouter un témoignage de plus en faveur des vérités que nous cherchons à faire prévaloir.
D'après ce que nous avons précédemment avancé sur la structure du parenchyme pulmonaire et sur la difficulté que les mouvemens
përipneumoniquesy soient poussësà rexliémej on aura de Ja peine à se persuader que ces mouvemeus y puissent devenir jamais assez violens pour épuiser la vitalité des vaisseaux absorbans exlialans ou artériels, exalter la sensibilité de leurs antagonistes , les vaisseaux absorbans de résorption ou veineux , et produire ainsi la gangrène, comme on le voit quelquefois arriver dans le phlegmon. Aussi rien n'est plus rare que celte terminaison de la péripneumonie : aussi la gangrène , lorsqu'elle envahit les poumons , se présente-l-elle de prime-abord avec tous les funestes caractères des afiections du système absorbant veineux. Les forces sont anéanties dès les premiers instans ; le malade tombe dans un état de prostration complète; l'oppression devient sur-le-champ extrême; le pouls est petit , déprimé et fréquent; une toux faible, quoique souvent renouvelée , amène des crachats dilïïuans , d'une couleur verte très- remarquable ; l'odeur de ces crachats est fétide et lout-à-fait semblable à celle qu'exhale un membre sphacelé ; bientôt l'expectoration , d'abord assez abondante, se supprime par défaut de forces; les bronches s'engouent, elle râle suffoque les malades (i).
(i) Laennec, de l'AuscuU. médiate, 1. 1, part, n, art. 3.
DES maladies; 56g
Si l'on veut s'assurer par Taulopsie cadavérique de la nature des altérations locales , que la situation profonde de l'organe affecté dérobait à l'observation pendant la vie , on trouve le tissu pulmonaire noirâtre, mou, facile à déchirer; on trouve ce tissu bizarrement nuancé de teintes verdâtres et presque noires , jaunâtres ou d'un brun terreux , blanchâtres et sales , irrégulièrement mêlées , en même temps qu'une sérosité de couleur sombre et d'une puanteur insupportable est épanchée dans les plèvres et dans la cavité pectorale. On rencontre d'autres fois sur quelques points de ce viscère , lorsque la gangrène est partielle , des masses putrilagineuses , desespèces de bourbillons de diverses grosseurs, disséminés çà et là , et autour desquels se remarquent des portions pulmonaires injectées d'un sang livide , ou bien des excavations formées par ces escarres liquéfiées , et tenant en suspension des fragmens cellulaires encore teints du sang noir dont ils s'étaient pénétrés au commencement Je cette sorte d'inflammation.
On le voit ; tout annonce ici le sommeil des vaisseaux absorbans directement en rapport avec les artères , de ces vaisseaux absorbans qui ne peuvent recevoir la moindre irritation sans attirer le sang artériel dans leur intérieur; tout annonce, au contraire, l'ébranlement de cette au^ H, 24
tre branche du système absorbant plus particulièrement liée aux parois veineuses , et dont nous avons déjà vu, dans plus d'une circonstance , l'irritation se manifester par le passage du sang noir dans ses innombrables ramifications. Ce n'est plus ici , comme dans la péripneumonie légitime, cette exubérance d'action et de sensibilité concentrée sur les poumons , ce grand dégagement de calorique, cette coloration rouge et animée du parenchyme pulmonaire, ainsique dessurfacesmuqueuses et dermoides, cette force et ce développement que la continuité , plus encore qu'une vague sympathie imprime aux pulsations artérielles , ce n'est plus cette sérosité , cette matière purulente ou adliésive , produits variés de l'élaboration du sang rouge par les vaisseaux absorbans artériels, plus ou moins irrités : ces phénomènes , qui sont le propre d'une nature énergique , manquent dans cette affection née d'une disposition toute contraire. La pâleur du visage et de la peau , l'abattement des traits , la ilaccidité des chairs , la faiblesse des mouveraens , y démontrent l'atteinte profonde portée à la force vitale des parties vascuiaires le plus en rapport avec le sang rouge, tandis que l'aspect noirâtre et violacé de 1 organe malade, suite évidente de l'abord plus ou moins rapide du sang veineux dans des vaisseaux capillaires
hlancliàlres et pellucitles un inslanl avant, tandis que le mode d'action morbifîque qui s'établit , tandis que les produits nouveaux qui en résultent, tandis que la prompte et funeste influence que ces produits exercent sur la constitution , témoignent clairement que le mal sie'ge cette fois dans cette autre branche du système absorbant , seule en communication avec le san<^»" noir, et seule chargée de faire refluer dans le torrent circulatoire veineux les substances qui ne doivent plus désormais compter parmi les élémens'du fluide nutritif; siège dans celte portion du sysîème absorbant dont les mouvemens sont d'autant plus rapides et violens, que la portion vasculaire qui doit lui servir de contrepoids se trouve plus aflaibiie ; siège dans cette portion du système absorbant dont l'action déréglée menace toujours la vie d'un danger plus ou moins prochain, en répandant le sang veineux dans les parties, et en aggravant ainsi la faiblesse qui déjà les énerve, ce qui n'a de terme naturel que la décomposition et la mort; siège, enfin , dans cette portion du système absorbant qui , par la nature des fonctions qu'elle remplit, verse dans le fluide sanguin les fuyestes élémens de corruption qui se préparent et s'accumulent dans le foyer gangreneux, c^ dissémine ainsi sur tous les points de l'écoaomie animale
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la rnortelle impression du travail spécial qui s'établit dans la partie primitivement affectée.
Au reste , les profondes altérations que nous venons de remarquer dans les poumons , se rencontrent assez souvent à la suite de la (îèvre jaune et de ia peste , horribles contagions, que nous savons porter leur influence ^ avec une fatale prédilection , sur les vaisseaux absorbans veineux. Seulement , dans cette circonstance , ces organes ne sont pas seuls empreints des caractères propres à faire reconnaître la lésion de ces vaisseaux ; en même temps que les poumons des victimes de ces maladies regorgent d'un sang noir et sanieux , en même temps qu'ils présentent une couleur livide , ou bien qu'ils paraissent d'un blanc terne entre-coupé de lignes noirâtres , les autres parties offrent des apparences semblables et le même genre d'altération. Les tégumens sont recouverts d'échymoses violacées , le tissu cellulaire est parsemé d'un lacis de vaisseaux pleins d'un sang noir et liquide , les intestins sont de couleur brunâtre; les plèvres, le péritoine , l'épiploon sont également marquetés de plaques violettes (i) ; en un rtiot , tout indique qu'il n'est pas une
(i) Senac, Traité de la Pesic; Larrey, Campagnes militaires.
DES MALADIES. Z'j'H
portion de l'économie animale qui n'ait e'prouvé la même sorte d'ébranlement que le parenchyme pulmonaire. Mais si , dans le premier cas , l'affection se concentre sur un seul viscère, et s'y trouve en quelque sorte limité , elle n'en siège pas moins sur le même ordre de vaisseaux, elle n'en produit pas moins la même espèce de mouvemens ; elle n'en est pas moins suivie de résultats qui se rapprochent par de tristes ana'logies. Or, ces mouvemens s'exécutent, dans l'un et l'autre cas^ au moyen de vaisseaux inaperçus avant la maladie^ au moyen de vaisseaux que l'afflux du sang veineux vient teindre tout-à-coup d'une couleur sombre , ce qui prouve et que ces vaisseaux sont diflérens des veines uniquement consacrées au fluide sanguin qui les colore plus ou moins , et qu'ils se trouvent dans un rapport direct avec ces dernières. Ces mouvemens s'opèrent de la manière la plus instantanée, la plus irrégulière et la plus indépendante de l'impulsion du cœur; ce qui prouve encore que les vaisseaux qui les produisent font partie du système absorbant ^ seul système vasculaire capable d'un mode d'acticn de celle nature.
DU SIEGE ET DE LA NATUr.E
§ XI. De r Inflammation dans les 'vaisseaux absorbans , lymphatiques du parenchyme pulmonaire.
On seul très-bien qu'uiae affection telle que la précédente est toujours préparée par une disposilion individueile toat-à-faitcontraire à celle qui détermine la pétipneumonie légitime; maiscelle disposition particulière n'est pas la seule sur laquelle puissent agir les causes ordinaires des maladies. Il en est une oii les vaisseaux absorbans lymphatiques se trouvent avoir un surcroît plus ou moins grand d'action , ou du moins dans laquelle la sensibilité de ces vaisseaux est plus susceptible d'exaltation que celle des autres fractions du système absorbant. FjGS sujets ainsi prédisposés ont eu dans leur enfance des engorgemens glandulaires dans différentes parties , surtout au col et aux aisselles , des ophtalmies ou des maladies cutanées rebelles. Ces mêmes sujets , dans un âge plus avancé , se trouvent exposés à des affections du genre de la goutte , des rhumatismes , des exhalations blanches , et ressentent plus vivement que d'autres l'influence des constitutions atmosphériques^ d'où naissent les épidémies catarrliales.
S'il arrive donc que les secousses réitérées de la toux , que lesviolens accès d'une coqueluche.
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que la brusque suppression d'exhalations blanches devenues habituelles , que la rétrocession do la goutte, du rhumatisme ou de quelque elTlorescencc dartreuse; que les brusques varialions de la température pendant le cours d'une saison froide et humide , viennent porter l'irrilation dans le parenchyme pulmonaire de ces sortes de personnes, les accidens qui surviennent n'ont plus aucun rapport avec ceux de la péripneumonie , n'en ont plus aucun avec ceux de la gangrène de ces viscères ; tandis que la marche lente et obscure qui les dérobe longtemps à la connaissance du médecin et des malades eux-mêmes , tandis que la nature des humeurs déviées ou extravasées, ainsi que celles des mouvemens sympathiques produits par cette espèce d'inflammation font assez connaître que l'irritation se trouve placée cette fois sur un autre genre de vaisseaux absorbans que ceux qui sont en rapport avec les artères , ou que ceux qui sont en rapport avec les veines.
Toutefois ici , comme dans les inflammations blanches de la peau , le mal peut revêtir des formes assez aiguës et une marche assez rapide sous l influence de certaines circonstances capables de porter l'exaltation de la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques à son plus haut période : c'est ce que nous voyons très-
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fréquemment arriver chez les femmes , a la suite des couches , surtout chez celles qui , mariées trop jeunes , n'ont pas encore éprouvé tous les résultats de la révolution qu'amène la puberté, révolution chargée de contre-balancer l'action des vaisseaux absorbans lymphatiques par celle des vaisseaux absorbans artériels , qui prend de jour en jour plus d'empire a cetteépoque. Indépendamment de cette première cause, nous en trouvons encore ici de particulières à l'organe pulmonaire, puisque l'âge de la puberté est le moment choisi par la nature pour diriger les forces sensilives vers cet organe , en même temps que vers ceux de la génération. Le triple concours de circonstances qui résulte du tempérament lymphatique naturel aux jeunes personnes ; de la révolution de l'âge pubère , qui exalte les forces du système absorbant pulmonaire j du travail de la grossesse et de l'entanlement , qui produit dans les vaisseaux absorbans lymphatiquesen particulier le plushautdegréd'ébranlement que ces vaisseaux puissent atteindre, favorise donc ici le développement dans la texture des poumons de phénomènes, dont lessuiles sont plus funestes sans doute, à cause de l'extrême importance de ce vistère , mais dont la nature est analogue à celle des phénomènes que flous avons remarqués dans les tégumens etdaiî&
le lissu cellulaire dermoide, à l'occasion d'une irritation quelconque appliquée sur les membres peu de temps après l'accouchement.
D'abord , les symptômes qui se pre'senlent rappellent ceux que nous avons vu caracte'riser la peripneumonie. La toux , la douleur pectorale , l'oppression indiquent assez que dans cette seconde maladie , comme dans la première, les poumons sont le siège d'un surcroît vicieux de sensibiiilé et d'un afflux humoral qui les obstrue et gène leurs fonctions. Mais la fièvre, qui bientôt accompagne ces accidens, sujette à deux exacerbalions journalières comme les fièvres muqueuses; mais les sueurs et les diarrhées colliquatives, qui ne tardent pas à s'y joindre, décèlent le véritable siège de l'irritation, et font pressentir sur quelle espèce de vaisseaux se rencontreront les désordres après la mort , qui , dans ce cas , arrive à-peu-près dans l'espace d'un mois ou six semaines.
En efïèt, loin de trouver, à l'ouverture des cadavres, cette pénétration, cette combinaison du sang rouge dans le tissu pulmonaire que nous avons vu constituer Thépatisation , suite ordinaire delà peripneumonie légitime; loin d'apercevoir cette teinte sombre et livide qui résulte de la présence du sang veineux dans les inflammations gangreneuses, on rencontre , dans ce
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dernier cas , les poumons gorgés de sucs blanchâtres , laulùt fondus dans la susbtance de ce viscère, de manière à lui donner quelquefois, et dans quelques portions de son étendue, l'aspect et la consistance du cartilage ou même de ia corne , suivant M. Portai (i) ; tantôt rassemblés en un seul foyer , sous forme d'une humeur épaisse et filandreuse , mêlée d'un pus grisâtre ; tantôt disséminés çà et là , et farcissant les poumons de petites concrétions lymphatiques stéatomateuses ou tuberculaircs , distinctes les unes des autres ; tantôt recouvrant la plèvre d'exudations très- épaisses, et parfois celluloso-memhraniformes ; tantôt , enfin , épanchés dans la cavité pectorale, et formant dans les plèvres une collection de matières lactescentes , circonstance qui a fait donner à cette maladie le nom àe dépôt laiteux. Et, dans le même temps que la dév.iation des sucs lymphatiques manifeste ainsi dans le tissu pulmonaire la vicieuse exaltation qui devait exister , pendant la vie , dans la sensibilité et l'action des vaisseaux absorbans capillaires le plus naturellement en rapport avec ces liquides , les engorgemeus plus ou moins nombreux , plus ou moins considérables , qu'on découvre assez souvent chez de tels sujets ,
(i) Trailè de la Phlhisie pulmonaire.
DES MALADIES. SyQ
dans les glnndes du col et du mésentère , les opanchemcns subslstans dans le bas-venlre, le plus souvent composes de matières lactiformes et caséeuses, tout-à-fait analogues à celles qu'oa a vues dans la poitrine , achèvent de convaincre l'observateur, par les phènomènessympalhiques, dont ils sont les traces manifestes, que le siège spécial de cette affection , si différente de la pèripneuniouie légitime et de la gangrène du poumon , est exclusivement concentré dans les vaisseaux absorbans lymphatiques.
Mais, de même que les phlegmasies blanches, des tégumens ne se montrent dans un état aigu prononcé que lorsque des circonstances extraordinaires sont venues exalter outre mesure la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques , de même ces phlegmasies , lorsqu'elles siègent dans les poumons, n'abandonnent la lenteur et l'obscurité de leur marche qu'en de cerfaines circonstances qui sont loin d'être les plus ordinaires. Le plus souvent , au contraire , les indurations pâles et d'un gris cendré qui se développent dans le tissu pulmonaire ne sont pas la suite d'inflammations aiguës , puisqu'on les trouve sur les cadavres de personnes chez lesquelles aucun des caractères extérieurs de ces sortes de maladies ne s'était manifesté. Cette espèce d'ifdlammalion , nommée latente par
quelques me'decins , à cause de l'obscurité de ses signes , peut sourdement s'établir après de longs ou de violens catarrhes , après le croup , la coqueluche ou de certaines maladies éruptives , et les altérations locales qu'elle a coutume de produire et de laisser dans les poumons sont aussi considérables , dans ce cas^ qu'elles pourraient l'être à la suite d'une maladie qui aurait présenté les symptômes de la plus violente inflammation. Les médecins qui se sont le plus livrés à l'ouverture des cadavres à la suite des maladies, pensent que de telles indurations sont le produit d'une humeur lymphatique , laquelle s'est insensiblement et lentement répandue et condensée dans les poumons en vertu de mouvemens qu'on suppose analogues à ceux des maladies aiguës , quoiqu'ils ne s'exécutent ni avec autant de promptitude , ni avec autant de violence. N'est-ce pas dire, en d'autres termes , que ces mouvemens siègent dans le système des vaisseaux absorbans lymphatiques , puisque nous avons reconnu que ces vaisseaux en produisent constamment de cette nature dans les maladies , et qu'eux seuls sont dévolus à la circulation de ces sortes d'humeurs?
Au reste, ces condensations homogènes et compactes dont nous venons de parler , ne sont pas les seules ni les plus commuaes altérations
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que puissent lentement produire dans le tissu pulmonaire les désordres de l'action naturelle aux vaisseaux absorbans lymphatiques et la déviation ou rëpanchemenl des humeurs le plus en rapport avec ces vaisseaux. 11 en existe de beaucoup plus répandues encore , et qui moissonnent tous les ans un très-grand nombre de victimes. Les poumons ne forment plus dans ces dernières une masse imperméable et solide ; mais plusieurs «entres isolés d'action morbide produisant l'exhalation d'une matière ou demitransparente et comme cartilagineuse , ou lardacée, ou caséeuse dans certains points du parenchyme pulmonaire , on voit paraître cà et là dans ce parenchyme , d'ailleurs crépitant et sain dans le reste de son étendue , des tubercules de diverses grosseurs , tantôt ronds, tantôt ovoides , tantôt de forme plus ou moins irrégulière. Le volume de ces tubercules varie depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu à celle d'un œuf de poule. Il est très-rare de les rencontrer isolés , et quelquefois ils sont excessivement nombreux dans l'organe (i).
Les matières dont se composent ces petites tumeurs , versées dans les aréoles du tissu cel-
(i) Bay\e ^ Phlhisie pulmonaire ; Laennec , Auscuîu médiate.
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lulaire en distendent et irritent parfois les îaminules , et ces toiles diaphanes s'injectent plus ou moins de sang ; aussi les tubercules présentent-ils quelquefois, dans le principe de leur formation , une couleur rouge;, tantôt claire, tantôt obscure et foncée , et ces différentes nuances permettant alors d'apercevoir dans leur înlérieur les filamens cellulaires dans lesquels ils sont plongés , les font paraître de petits corps organiséso Mais insensiblement ces humeurs lymphatiques et albumineuses se pressant sur elles-mêmes et se condensant de plus eu plus , compriment et oblitèrent les parties vasculaires qu'elles enveloppent , d'où il résulte que la couleur blanche gagne insensiblement du centre a la circonférence , et que l'on voit à mesure disparaître les traces de l'organisation.
Les choses arrivées à ce point ^ l'absence de toute circulation dans les parties envahies, et peut-être aussi une certaine action spécifique dont nous n'avons pas le secret , font tomber ces parties en une sorte de mortification , et les convertissent en pulriîage. Le tuberculose ramollit alors, et la substance en étant ainsi liquéfiée , trouve dans les canaux bronchiques une issue naturelle au dehors, il ne reste plus à la fin qu'une matière purulente enduisant les parois d'une espèce de hjste formé par une mem-
braue mince , lisse et transparente , e'videmment cellulaire , laquelle est elle-même tapissée par une autre membrane plus épaisse, blanchâtre et tout-à-falt analogue à celte couche couenneuse que l'on observe sur les vieux ulcères. Ces parois, au reste, comme celles des autres l^ystes, peuvent être également membraneuses, cartilagineuses et même osseuses. Elles deviennent surtout cartilagineuses après une longue durée de la maladie, et cette éia!)oration des vaisseaux absorbans lymphatiques d'où peut résulter la formation d un cartilage épais et solide au milieu du parenchyme pulmonaire^ toute insolite et vicieuse qu'elle est elle-même , paraît une ressource ménagée par la nature pour arriver à la guérisou par l'adhérence des surfaces exhalantes dont l'existence est beaucoup plus dangereuse que celle d'un cartilage bien organisé ; c'est du moins ce qui paraît avoir été démontré par les intéressantes recherches et les observations d'un auteur moderne (i).
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en considérant les tubercules un à un et d'une manière isolée qu'on peut être frappé du danger qu'entraîne leur présence dans les poumons. Ces petits
(i) M. Laennec , dans son ouvrage sur Y AusciiUation médiate.
kistes, comme toutes les autres tumeurs de même nature , lorsqu'ils sont peu considérables et en petit nombre , ne menacent la vie d'aucun danger; ils ne sont des causes de mort que lorsque, par leur nombre ou par leur volume, ils de'rangent l'action organique de ce viscère. Mais nous avons déjà vu qu'ils se présentent rarement isolés et peu nombreux ; le plus souvent , au contraire , la modification imprimée à la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques par les causes de la maladie , en produit à la fois une quantité considérable sous la forme de petits grains demi-transparens , gris, quelque-» fois diaphanes et presque incolores , et les aberrations de la sensibilité de ces vaisseaux accumulant lentement , mais de jour en jour , de nouvelles matières, ces grains grossissent et deviennent jaunes et opaques. Les plus voisins se réunissent en se développant , et forment alors des corps assez volumineux d'une densilé comparable à celle des fromages les plus fermes. L'ébranlement vasculaire qui a produit les humeurs lymphatiques d'où résultent ces petites tumeurs , se communique , à cette époque , au tissu pulmonaire environnant resté sain jusquelà, et ce tissu commence à devenir dur, grisâtre et demi-lransparenl aulour des tubercules, par suite d'un nouvel épanchement de ces matières
^uî s'infiltrent et produisent même quelquefois des masses tuberculeuses ou gélatineuses d'un grand volume par suite d'une semblable imprégnation.
L'irritation spéciale et la nouvelle action morbide des vaisseaux absorbans lymphatiques constatée par les phénomènes précédens , et pouvant même l'être quelquefois par l'altération et l'engorgement des glandes lymphatiques pulmonaires (i) , en faisant pulluler ainsi les tubercules dans ce viscère , en le pénétrant de sues que ce système vasculaire seul peut produire, dévier et faire mouvoir , se trouvent donc les premières et les principales causes de la gène apportée dans l'exercice des fonctions de la respiration et de riiémalose par ce genre de maladies , comme elles le sont des mouvemens sympathiques ultérieurement pr.oduits dans les vaisseaux de même nature disséminés dans le reste de l'économie animale , accidfens trop capables , les uns et les autres, de consumer les forces des malades, et de les conduire au tombeau par une route longue et douloureuse.
En effet , les traces de l'ébranlement de cet ordre de vaisseaux ne se bornent pas, chez les phthisiques, au seul organe pulmonaire. Il n'est
(i) M. Portai, Phhisie pulmonaire.
Il, aS
pas rare, au contraire^ de voir l'afFection taberculeuse s'étendre sur le larynx ou la trachée, sur les intestins, sur les glandes mésentëriques et sur les glandes cervicales. On voit s'élever de la surface des parties membraneuses de petits tubercules lenticulaires qui se ramollissent souvent, et produisent de petites ulcérations , lesquelles tantôt restent superficielles et s'élargissent , tantôt s'étendent en profondeur et percent les membranes sur lesquelles elles sont établies. Le cœur lui-même est souvent recouvert de ces petits corps lenticulaires blancs ; mais sur cet organe les tubercules s'ossifient plutôt qu'ils ne suppurent.
D'un autre côté, les membranes muqueuses bronchiques sont quelquefois engorgées d'induralions polypeuses qu'on a vu les malades rendre en entier, quoique le plus ordinairem^ent ils les rejetlentpar fragmens dans l'expectoration ; les membranes séreuses sont recouvertes de couches albumineuses membraniformes et filamenteuses ; enfin , chez quelques individus le foie est devenu jaune , volumineux et gras , tandis que chez quelques autres on rencontre , au milieu de l'amaigrissement le plus extrême , des concrétions graisseuses d'une grande consistance , soit autour du cœur , soit dans le médiaslio , soit dans les interstices des
muscles du tronc et des exlremite's (i). Et, lorsqu'après une existence plus ou moins ancienne dans l'intime profondeur des organes , celle afteclion détermine des symptômes généraux qui la décèlent aux yeux de l'observateur , la nature même de ces symptômes devient un nouveau témoignage du siège exclusif du mal dans le système de vaisseaux consacré d'une manière spéciale à la circulation des fluides blancs et lymphatiques , puisque la fièvre qui survient , presque toujours sujette à deux retours journaliers comme les fièvres muqueuses, dévie et consume les sucs nourriciers , et détermine des sueurs nocturnes qui deviennent facilement excessives ; puisque le jeu déréglé de ces vaisseaux produit des diarrhées coiliquatives , l'œdème des pieds et des mains , et sou-^ vent même la leucophlegmatie et d'autres espèces d'hydropisies.
C'était par des phénomènes analogues que se trouvaient marquées les épidémies muqueuses et catarrhales décrites par Sarcone et par Rœderer et Wagler ; c'était le même genre d'allération qu'on retrouvait communément dans les viscères; c'était le même genre d'accidens sympathiques qu'on voyait se développer à la suite
(i) MM. Bajrle , ibid. ; Laennec, ibid. ; Portai , ibid.
des affections locales, surtout lorsque la malâ-^ die abandonnait la marche aiguë que lui donnaient les causes de l'ëpidémie, pour en prendre une lente et prolongée plus conforme à son véritable caractère. Aussi les observateurs conviennent-ils, d'une voix presque unanime, que les épidémies catarrhales développent un grand nombre de phlhisies. Plusieurs même vont jusqu'à dire qu'il se déclare des phtbisies épidémiques sous la même influence atmosphérique, d'où résultent les premières maladies. C'est , du moins, ce qu'assurent avoir vu le docteur Pinel, Lepecq-de-la-Clôture , Huxam et Hippocrate lui-même j et ce qui doit nous paraître la conséquence naturelle du siège commun qu'affectent toutes ces maladies dans le même ordre de vaisseaux, les vaisseaux absorbans lymphatiques.
§ XII. Coinpli cation des trois modes injlam-' matoires dans le parenchyme pulmonaire.
11 est donc vrai que le parenchyme pulmonaire peut se trouver, comme les tissus membraneux , différemment affecté , suivant que l'irritation se fixe sur Tune ou sur l'autre des trois principales branches du système absorbant. Il est donc démontré , par les considérations précédentes , que chacune de ces circonstances
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amène des résultats particuliers qui les distinguent , et que les altérations qu'on découvre dans les organes après la mort sont les témoignages irrécusables du siège qu'affectaient les mouvemens déréglés pendant la vie. Si Texamen attentif de ces altérations, comparées à la marche et aux divers symptômes des maladies , a pu nous aider à poser de justes démarcations entre ces trois genres d'inflammations , nous devons espérer que le même moyen va nous servir à dissiper l'obscurité causée par les com-^ plicalions qui peuvent les mêler et les confondre.
On ne peut nier, en effet , que la péripneumonie aigué ou chronique ne coïncide quelquefois avec les tubercules. On conçoit que cette maladie peut devenir l'occasion de leur développement chez des sujets qui, d'ailleurs, s'y trouvent prédisposés , tandis que , d'autre part , l'irritation déterminée par la présence d'un grand nombre de ces tumeurs peut occasioner la péripneumonie chez des sujets trèsirritables : l'histoire des maladies et l'ouverture des cadavres le démontrent d'une manière incontestable. Soit que les symptômes caractéristiques de la péripneumonie s'établissent loutà-coup chez un sujet en qui , depuis quelque temps , une petite toux fréquente et obstinée ^
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une certaine difficulté de respirer et quelque» autres signes , font déjà craindre le développement des tubercules dans le tissu pulmonaire ; soit , au contraire , que ces derniers signes se montrent, pour la première fois, dans la convalescence d'une péripneumonie, persistent et s'aggravent de jour en jour, on trouve dans ces deux cas , après la mort , les poumons plus ou moins volumineux , plus ou moins durs , plus ou moins hépatisés , plus ou moins farcis de masses tuberculeuses , tantôt d'un blanc terne très-opaque , tranchant fortement avec le rouge des parties hépatisées, et tantôt d'une couleur rosée (i) que leur imprime le sang épanché dans le tissu de cet organe, sans doute en injectant les laminules cellulaires qui les pénètrent, ou plutôt qui s'en trouvent enveloppées.
On sait aussi que la gangrène des poumons peut venir compliquer la phthisie tuberculeuse , puisque , indépendamment de la prostration subite des forces et de l'odeur fétide de l'haleine qui viennent , dans cette nouvelle circonstance, s'ajouter aux symptômes ordinaires delà phthisie , on a pu s'assurer de cette complication par l'état des poumons après la mort. Ces organes
(i) MM. Bayle, /Z»tU ; Broussais , Phlcgmasies chro-^ •niques , t. !^ Laennec, ibid.
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ont été vus, dans les autopsies pralique'es à la suite de cesaccidens, parsemés de taches noires très-rapprochées , engorgés, d'un gris brun et sans consislance , dans les parties frappées de gangrène, en même temps qu'un grand nombre de tubercules étaient développés dans toute leur étendue. On a quelquefois rencontré ces tubercules si nombreux , que le tissu pulmonaire ne paraissait que sous la forme de points noirs , intermédiaires à ces concrétions blanchâtres ; et les excavalious formées par la fonte d'une certaine quantité de ces petites tumeurs se sont trouvées remplies d'un pus rougeàtre , bien différent de ce pus blanc , grisâtre , jaunâtre , caséeux qu'elles contiennent ordinai^ rement (i).
II peut arriver encore que , par une fatale sU raultanéité d'ébranlement dans ces trois ordres de vaisseaux , les malades se trouvent en proie aux plus violens, aux plus douloureux accidens. La fièvre est alors très-forte, et redouble tous les soirs ; la chaleur est ardente et s'accompagne de sueurs continuelles; la dyspnée est au comble; les crachats sont lour-à-lour sanguinolens , puriformes et d'un blanc opaque^ ou lie de vin, ■■ — ^- — — — '—■ ~^
(i) Bayh , Phthisi'e uicéreuse ^ Laennec, observalioa çilée de M. Cayol , pag. igS^
5g2 DU SIEGE ET DE LA NATURE
grumeleux et fétides. A mesure que le mal fait des progrès , les accidens redoublent , quoiqu'avec des alternatives de calme et de recrudescence : une douleur cruelle et profonde se fait ressentir dans toute la poitrine et menace de suffocation; l'amaigrissement est très-rapide; la faiblesse devient extrême ; la voix n'est plus qu'un souffle , et la mort survient dans l'espace de quinze à vingt à jours. A l'ouverture des cadavres , on trouve encore quelques points des poumons crépitans : tout le reste est dur et d'une couleur rouge mêlée de jaune et de taches blanches. La matière blanche se trouve répandue dans l'induration sanguine , sans être circonscrite dans des cavités régulières, comme il arrive le plus communément aux productions tuberculeuses nées dans des circonstances plus tranquilles ; enfin , certaines portions du parenchyme pulmonaire paraissent tomber en déli-quium , et présentent l'aspect d'une bouillie brune et fétide (i).
(i) Broussais, Phlegmasies chjvniques , t. i. ol>serv:o XxxYii^pag. 321.
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§ XIIT. Rapprochement des phénomènes inflammatoires du parenchjme pulmonaire avec les mêmes phénomènes observés sur les autres parenchjmes*
' Si tels sont les phénomènes que produisent dans les poumons les trois différentes sortes d'inflammations déterminées par les causes irritantes , selon qu'elles intéressent plus particulièrement ou l'une ou l'autre des trois principales branches du système absorbant , ou selon qu'elles les ébranlent deux à deux ou simultanément , on doit s'attendre à trouver dans les autres parenchymes des altérations analogues , puisqu'ils ont tous pour base la même nature de vaisseaux. Ces analogies déjà reconnues entre le tissu dermoïde, les autres corps membraneux et le poumon feront sentir de plus en plus l'étendue et l'importance du système vasculaire le plus spécialement affecté dans ces différentes circonstances, eu montrant par-tout le même ordre de mouvemens , quelles que soient d'ailleurs les nuances qui résultent des nombreuses variétés de structure établies dans les parties, et de l'importance plus ou moins grande des fonctions attribuées aux divers organes.
La pulpe cérébrale ne prend- elle pas , en
effet, à la suite de certaines causes irritantes, une couleur rouge évidemment déterminée par l'injection du sang artériel dans une multitudede vaisseaux auparavant diaphanes? La substance du foie, naturellement rouge , n'acquiert-elle pas , à la suite de semblables irritations , une teinle purpurine foncée? Les reins ne présentent-ils pas quelquefois l'aspect phlegmoneux le plus intense (i)? Les autres corps glandulaires 11 offrent-ils pas aussi des degrés divers de coloration rouge dans les inflammations aiguës qui peuvent les saisir ? Les os eux-mêmes , malgré les matières terreuses qui les pénètrent et les durcissent dans l'état physiologique, n'échangent-ils pas ces matières contre le sang rouge dans certaines occasions? La substance de ces organes ne s'y montre-t-elle pas entièrement convertie en chair ? Leurs fibres rougies , et ne paraissant plus être des fibres osseuses , ne saignent-elies pas quand on les divise ? Leur consistance n'est-elle pas devenue molle à tel point qu'on les coupe facilement , et qu'ils sont devenus flexibles , ou du moins très-cassans , à cause de l'énorme déperdition de matière calcaire qu'ils ont éprouvée , matière réduite quelquefois à une couche très-mince , étendue à la
(i) Baillie, Anatomie pathologique^
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superficie lîe l'organe ainsi carnifîé ? D'un autre côté , le résultat du travail morbifique dans tous ces cas divers , lorsque l'importance ou la construction parUculière de l'organe malade n'entraîne pas des accldens capables de compromettre promptement la vie , n'est-il pas toujours la production de l'humeur puriforme, de cette humeur que nous avons constamment retrouvée dans la peau , dans les membranes , dans le tissu cellulaire , dans les poumons , chaque fois que les vaisseaux absorbans artériels y sont devenus le siège d'une irritation plus ou moins durable? Enfin , ces sortes d'altérations locales ne coïncident-elles pas le plus souvent avec des phénomènes généraux et sympathiques qui se rapprochent , tantôt plus , tantôt moins, de ceux que nous avons vus caractériser la fièvre inflammatoire ?
L'aulopsie cadavérique démontre , avec autant d'évidence , qu'à la suite de causes lout-à-fait opposées aux premières , ou du moins appliquées sur des sujets différemment prédisposés , on voit ces mêmes organes plus ou moins profondément empreints d'une couleur sombre et livide, manifestement due au passage du sang noir dans des vaisseaux imperceptibles et pellucides durant l'état de santé. Oa voit que le sang, dont l'abord précède et pré-
pare la gangrène , injecte de la sorle , non-seulement l'organe malade , mais tous les lieux circonvoisins; on voit que le point sur lequel se concentre i'action morbide présente également sur tous ces organes , comme sur ceux qui ont été spécialement l'objet de nos précédentes recherches, une pnlpe brune ou noirâtre, centre de pourriture et de corruption , au milieu duquel les solides n'ont plus aucune consistance , ou bien une sorte de sidéralion qui lui imprime la noirceur et la séclieresse du charbon , et constitue le sphacèle et la nécrose; on voit encore que les exhalations produites à l'entour de ce foyer délétère , loin de présenter l'aspect et la nature d'un pus louable, ne se composent que de matières sanieuses , rougeâtres , noirâtres et félidés , telles que nous en avons toujours rencontré dans la peau et dans les corps membraneux, dans le tissu cellulaire et dans les poumons , chaque fois que ces parties ont été le siège d'un ébranlement plus ou moins violent des vaisseaux absorbans veineux. L'observation clinique nous apprend enfin que les phénomènes généraux qui naissent sous l'influence de celte aflection locale , quel que soit celui de ces organes qu'elle envahisse , non-seulement rap-» pellenl la plupart des traits de la fièvre adynamique y mais encore, sans doute à cause de Taç-^
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tion résorbante naturelle aux vaisseaux irrlle's dans ce cas , infectent toute l'économie animale des funestes produits du travail morbifique établi dans la partie malade, et font circuler dans les velues un poison mortel.
Mais n'est-il pas plus fréquent de rencontrer dans le cerveau et dans le foie une substance blanche, uniforme ^ lisse, compacte ou bien graisseuse et gélatineuse, tantôt disséminée dans tout l'organe, tantôt rassemblée en tubercules arrondis et moulés , pour ainsi dire , dans les parenchymes (i)? Ces dernières tumeurs circonscrites , ordinairement lymphatiques , sont la plupart du temps renfermées dans des l^ystes membraneux, cartilagineux et même osseux, qui rappellent les kystes qu'on a vu se dévelop-* per dans les poumons, et dont on retrouve parfois les analogues dans la peau et dans le tissu cellulaire. Il est probable même que l'accroissement graduel de ces sortes de tubercules , et la fonte ou la liquéfaction qu'ils éprouvent , produisent dans ces organes les fréquens dépôts qu'on y remarque, dépôts devenus souvenlconsidérables sans avoir fait sentir une douleur lo- ^ cale qui les décèle , quoique les malades aient été la proie des accidens sympathiques les plus
(i) Baillie, Anal, pathol. ; Portai , Anat. médic.
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violens , ou soient morts consumes par la fièvre hectique et le marasme. C'est ainsi que le ra*mollissement de certains tubercules, devenus très-volumineux , produit sourdement les vomiques et les grandes collections de matières grisâtres et caséeuses qu'on trouve parfois dans le parenchyme pulmonaire , ou que les malades rendent toul-à-coup par la bouche , non sans un grand danger de suflbcation.
N'est-il pas beaucoup plus fréquent encore de voir les autres corps parenchymateux glandulaires pénétrés de ces humeurs lymphatiques , soit uniformément répandues dans leur substance , soit divisées en tubercules plus ou moinsnombreux ?Mais ce qui doit nous fcapper îiien plus que tout le reste , c'est l'état particulier dans lequel se trouvent quelquefois les os , et ceux même qui devraient être les plus durs ; état très-différent de la carnification rouge dans laquelle le sang artériel vient occuper la place des particules terreuses ; état très-difleient de la nécrose, où le sang veineux paraît seul être mis en mouvement , du moins sur le point où s'opère le travail gangreneux ; étal qui présente un aspect semblable à celui de ces engorgemens blancs que nous savons donner une si grande épaisseur au chorion et s'établir dans le tissu cellulaire sous-cutané; état , enfin ; qui se rap-
DES MALAftiES.' 5gQ
proche, par de frappantes analogies, des engorgemens blanchâtres et lymphatiques que nous venons de voir se développer dans toutes les parlies molles , quelle que soit leur texture , quel que soit rarrangeraenl et le mélange de leurs parties vasculaires. On sait , en eflet, que certaines maladies gonflent et ramollissent les os, en font disparaître les molécules calcaires pour y substituer des matières lymphatiques , albumiueuses , graisseuses , qui donnent h ces organes l'apparence cartilagineuse ou lardacée^ et les rendent , en général , peu différens des parties molles exsanguines. Or, ces altérations, ainsi que toutes celles de même nature qu'il nous a été facile de sigualer également , et dans les tissus membraneux et dans les parenchymes , obscurément établies , lentement développées, s'accompagnent toujours d'un ébranlement , tantôt plus, tantôt moins considérable, et génénéral des vaisseaux absorbans lymphatiques , marqué par de nombreux engorgemens glandulaires^ par des épanchemens séroso-muqueux, incolores , de plus d'un genre , par des sueurs excessives , et , dans certains cas , ascessentes ; par un état fébrile chronique et par la consomption , ce qui laisse peu de doute sur le siège do l'action spéciale qui les produit et qui les rend si'durables et si difficilement susceptibles de guérison.
Nous ne pouvons nous défendre de remarquer , à ce sujet , que le grand nombre de ces sortes d'aUëralions blancbes qu'on rencontre dans les organes , en même temps que la situation des parties où ces altérations se font remarquer , suivant l'âge des malades, doivent nous faire penser , avec Pujol , que , bien que la modificalion particulière des vaisseaux absorbans lymphatiques , d'où résultent dans l'enfance les scrophules et le rachitisme, ne se montre guère avec ses signes ordinaires au-delà de la vingtième année, cependant celte modification peut subsister encore, et se maintenir même jusque dans la vieillesse , sans donner de sa présence le moindre signe extérieur. N'est-ce pas à la même cause qui produisait dans l'enfance les engorgemens glandulaires du cou , les ophthalmies , les croules muqueuses du cuir chevelu , le ramollissement des os sur de frêles individus dont l'ossification était à peine ébauchée , qu'il faut attribuer les phlhisies tuberculeuses dont meurent un si grand nombre de jeunes-gens ? Qu'il faut attribuer les obstructions abdominales qui font périr tant d'autres personnes plus avancées en âge , sans autre cause probable que cette modification des vaisseaux absorbans lymphatiques demeurée secrète , et dont le développement sur ces diOérenles parties est favorisé par les •
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'mêmes mouvemens qui président à la révolulioà tles âges de la vie ?
Quoi qu'il en soit^ on ne peut se défendre d'admirer i'e'lonnanlesimplicilé des moyens employés par la nature pour arriver à la grande variété d'effets produits dans l'économie animale , soit pendant la santé, soit dans le cours des maladies. Une seule espèce de vaisseaux , douée par-tout des mômes propriétés, entrelient cette variété remarquable par la seule diiïerence qui se trouve dans la position de ses branches principales. Les premières trames de ce système vascuiaire projetées d'abord dans une masse de mucosités visqueuses, pompent et s'approprient les molécules qui peuvent les nourrir et les faire croître , et de là naissent les premiers rudimens des parenchymes de chacun de nos organes. Ces organes formés et désormais invariablement appliqués à la fonction qu'ils doivent exécuter , on voit encore les mêmes vaisseaux, doués toujours des mêmes propriétés , exécutant toujours le même genre de mouvemens, produire pourtant des résultats divers et même contraires , suivant les rapports multipliés qu'une organisation plus complète vient de leur donner.
On voit une portion de ce système vascuiaire s'iraplanlant aux parois des artères capillaires, puiser dans le sang rouge tous les matériaux de ir. 26
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la nulrilion ; on la voit se pénétrer plus oii moins de ce liquide pour lui faire subir les différentes élaboralions nécessaires au maintien de ia vie. Ranimée, au moment de la naissance, par les qualités excitantes et vitales que la respiration donne au fluide sanguin artériel avec lequel les suçoirs qui lui servent d'origine se trouvent en contact , recevant un surcroit de forces de la révolution de l'âge pubère , on voit cette portion du système absorbant redoubler d'activité , continuer encore à pénétrer toutes les parties , on de sang rouge, ou de fluides nourriciers ^ tant que doit durer le travail de l'accroissement, et former ainsi le tempérament sanguin, déjà développé dans l'adolescence , mais qui reçoit son complément dans la jeunesse. Aussi, par une triste compensation , la voit-on , à celte éoocîue , plus susceptible de s'exalter à l'occasion fies plus légères causes , et de là dériver certaines maladies connues sous le nom à'mjlammatoires , lesquelles ne sont , à vrai dire, que les mouvemens exhalans et nutritifs poussés à l'extrême.
Comme la destination de cette importante branche du système absorbant est de répandre en tous lieux les matériaux de la nutrition , les mouvemens qui lui sont naturels sont excentriques, et portent les fluides du centre à la cir-
DES maladies'. .'jo5
tonterence. Il en résulte que rirrilalioa appliquée sur leurs bouches exhalantes intervertissant d'abord ces mouvemens , comme on le voit arriver d'une manière très-marquée dans le frisson de la fièvre intermittente, pourrait éteindre la vie , si la sensibilité bientôt exaltée jusqu'aux extrémités aspirantes de ces vaisseaux , en leur faisant ressentir plus vivement que jamais l'impression du sang qui coule dans les artères , ne les ramenait violemment à leur direction naturelle. Dès qu'ils reprennent cette direction , ils absorbent avec beaucoup d'avidité le sang rouge , sans lui faire subir le moindre changement , et l'accumulent dans les parties dont ils forment la base , jusqu'au moment où le calme commençant à se rétablir, ceux de ces vaisseaux restés libres au milieu de l'engorgement tendent a rentrer dans l'action qu'ils ont coutume d'exercer sur le fluide sanguin , commenceaî: par produire la matière puriforme , et arrivent insensiblement à ne plus exhaler d'autres fluides que ceux qui conviennent à l'intégrité des fonctions. Telle est donc la salutaire tendance des mouvemens qu'exécute cette branche du système absorbant , que les irritations ne peuvent guère l'intervertir que momentanément , et qu'elle rend les maladies inflammatoires légitimes les plus simples, les moins dangereuses
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de toutes celles qui peuvent troubler l'économis animale, puisque, dans une foule de cas, les seules forces de la nature sufifisent pour en triompher et les faire disparaître.
Il en est bien autrement de celle branche du même système , dont les bouches aspirantes sont placées dans la profondeur des parenchymes et des aréoles cellulaires, tandis que les bouches exhalantes qui la terminent vont aboutir aux veines capillaires. Nous avons vu les vaisseaux de cette branche chargés de résorber les matières désormais inutiles à la nutrition , rester dans une faible activité pendant la croissance , temps où la nature utilise la plus grande partie des substances nulritives ; mais , dans l'âge mûr , où ces excédans deviennent nécessairement plus considérables , où surtout les forces vitales dirigées sur le foie déterminent une abondante sécrétion de bile , humeur spécialement propre à stimuler ces sortes de vaisseaux , nous les avons vus prendre une prépondérance d'action très - marquée , laquelle va croissant de jour en jour, et amène enfin la décrépitude. C'est surtout alors que , plus susceptibles de s'exalter par l'eflet des irritations, les vaisseaux de cette branche nous ont paru disposés à produire les maladies connues sous le nom d' adjnamiques ou de gangreneuses.
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Nous avons trouvé que les mouvemens quî s'exécutent dans ce cas sont loin de présentei' la tendance et ia simplicité de ceux qui constituent les maladies inflammatoires. 11 est vrai que d'abord les impressions reçues cette fois sur les bouches aspirantes, qui sont ici les plus extérieures, n'ayant d'autre effet primitif que d'augmenter leur action naturelle , produisent un ébranlement peu remarquable , ce qui fait que les préludes de ces maladies sont loin de trancher autant avec l'état de santé que le début cies maladies dont le siège se trouve sur les vaisseaux absorbans artériels. Mais il s'établit enfin sur ces vaisseaux absorbans veineux une modification spéciale de sensibilité qui intervertit aussi, mais secondairement, l'action de leurs bouches exhalantes , les rend accidentellement aspirantes , et leur fait absorber le sang dont elles se trouvent bai<jnées. Nous avons également vu que celte vicieuse direction introduisant peu à peu le sang noir dans les parties , y répand une couleur livide plus ou moins marquée , affaiblit le ton des solides , déjà profondément altéré, en leur présentant des quantités de plus en plus considérables de ce sang , dont les impressions sont éminemment sédatives , et finit par y éteindre la vie , si l'art ne vient promplement au secours de la nature, en cher-»
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chanta produire une réaction propre à rétaWîf la direction salutaire des mouvemens, par l'usage des moyens qui excitent et fortilîent les vaisseaux absorbans artériels, dont la lassitude et îe sommeil favorisent de tels phénomènes. Mais ce n'est guère que dans les mou-» vemens fébriles , lesquels ont plus d'étendue et d'expansibilité que de force, que l'équilibre peut se rétablir ainsi , que la vie peut être sauvée j. sans qu'il en coûte une perte quelconque de substance. Dans les affections locales, oti les mouvemens, plus concentrés, soQt aussi beaucoup plus intenses , l'action ranimée des vaisseaux absorbans artériels ne devient presque iamais salulaire qu'en établissant une barrière propre à circonscrire le point affecté, désormais perdu sans retour; barrière qui le sépare du reste de l'économie animale ; barrière en dehors de laquelle tout rentre dans l'ordre des mouvemens qui surviennent lorsque les vaisseaux absorbans artériels irrités dévient et accumulent le sang rouge dans les parties.
Il en est bien autrement encore de celte troi« sième branche du système absorbant, exclusivement chargée de recueillir les sucs réparateurs ; chargée seule de rassembler les premiers, Unéamensde l'embryon et du fœlus, avant l'existence des vaisseaux d'une slructurc plus com-e.
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pliquée; chargée seule de puiser clans le canal digestif les produits de l'alimenlation après la naissance ; chargée seuie , à toutes les époques de la vie, d'aller chercher dans la profondeur des parties l'excédant des sucs nourriciers susceplihles de tenlrcr , comme élémens , dans ie fluide sanguin, et d'animaliserles produits de la digestion ; de cette branche enfin qui, devant exécuter des mouvemens concentriques comme la branche précédente , prend également naissance par des bouches aspirantes disséminées sur toutes les surfaces, et se termine par des bouches exhalantes, non plus sur les veines , mais dans les vaisseaux lymphatiques valvuleux capillaires. Nous avons vu les vaisseaux de cette branche , les premiers formés , les premiers agissans , présider à l'arrangement de tous ics parenchymes primitifs , jouir d'une prépondérance marquée chez le fœtus , la conserver en-^ core dans l'enfance;, et ne la perdre qu'insensi- ])lemenl et à mesure que les nouvelles qualités données au sang artériel par la respiration , répandent dans les parties un nouveau mode d'excitation, lequel réveille et ranime de plus en plus l'action des vaisseaux absorbans exhalans chargés de remplir chacun de ces parenchymes primitifs des matières qui doivent les différencier et les rendre propres à l'exercice de leurs fonpliona.
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respectives. Nous avons vu que ces vaisseaux ^ doues des mêmes propriétés et de la même sensibilité que ies autres vaisseaux absorbans , exécutent pourlanl leurs mouvemens avec une lenteur qui n'a d autre cause que la douceur et l'insipidité des sucs avec lesquels ils sont le plus en rapport ; lenteur qui fait le caractère des mouvemens vitaux^ lorsque, par un défaut quelconque de la digestion et de riiématose , l'action de ces vaisseaux reste seule prépondérante dans l'économie animale, et ne se trouve pas suffisamment contre-balancée par celle des vaisseaux absorbans artériels , comme on le voit arriver dans les tempéramens lymphatiques. IVous avons vu que c'était surtout dans ces circonstances et dans celles qui s'en rapprochent ^ que ces vaisseaux recevaient plus facilement l'impression des causes irritantes , et que cette impression appliquée sur les bouches aspirantes, encore ici les plus extérieures , ne faisant d'abord qu'en augmenter l'action naturelle , produisait le plus souvent des phénomènes peu tranchés avec Tétat de santé , lesquels n'arrivaient que lentement et insensiblementau degré qui les rend manifestes par la déviation et l'accumulation des humeurs lymphatiques résultant de la rétroversion des mouvemens de ces vaisseaux. Enfin ^ nous avons vu que, dans les maU-.
dîes qui dépendent de l'irrilalion fixe'e sur celle branche du système absorbant, l'inuocuilé des sucs épanchés, loin de produire l'excitation de'lerminëe par le sang artériel , et de laquelle résulte l'exhalation do la matière puriforme , loin de produire les funestes effets qu'entraîne la présence du sang noir et des sucs corrompus que l'action pervertie des vaisseaux absorbans veineux peut en extraire , n'a d'autre effet que d'engouer les parties àc sucs inertes , lesquels sollicitent trop faiblement les vaisseaux pour que les engorgemens dont ils forment la base soient facilement dissipés, et ne deviennent pas chroniques, ou même le plus souvent incurables. De tels rapprochemens font assez comprendre l'insuffisance de la définition vulgairement adoptée par les palhologistos pour donner l'idée de l'inflammation , puisqu'il en résulte que cette définition n'est applicable qu'au seul cas où les vaisseaux absorbans en rapport avec les artères sont irrités , tandis que la même irritation ils.ée sur les vaisseaux absorbans en rapport, soit avec les veines, soit avec les vaisseaux lymphatiques valvuleux , et produisant le même genre demouvemens, détermine pourtant des apparences différentes, des phénomènes distincts, uniquement dus à la diversité de nature des humeurs déplacées dans l'un el l'autre cas, ce qui
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forme des variétés d'une seule et même altéra-» lion organique , variétés auxquelles devrait pouvoir se rapporter une bonne définition générale. On ne peut guère douter , en etl'et , d'après tout ce qui précède, que les médecins n'aient beaucoup trop restreint jusqu'à présent l'idée qu'on doit se former de rinllamraation , et qu'il ne soit convenable de l'étendre à toute exaltation des propriétés vitales des vaisseaux absorbans , circonscrite sur un point limité, assez forte et assez durable pour produire lafflux et l'accumulation des Immeurs sur ce point , devenu momentanément le centre d'une action vicieuse, quelle que soit d ailleurs la branche de ce système soumise à l'influence des causes irritantes. C'est faute d'avoir considéré l'inflammation par toutes ces faces que l'on est tombé dans des erreurs qui ont pu devenir la cause de cruels mécomptes dans la pratique. N avons-nous pas vu , par exemple, des médecins attribuer certains eiîgorgemens des extrémités inférieures des fenmies en couches à l'on ne sait quelle cause mécanique propre à s'opposer au cours de la lymphe , sans vouloir reconnaître une inflammation dans cette maladie , parce qu'on n'y retrouve pas la rougeur, l'un des trois caractères inflammatoires portés comme essentiels dans la définition vulgaire ? En cherchant à combattre
celle erreur dans un ouvrage précédent , publie dans Tannée i8oC) , nous avons lâché de démontrer que les apparences particulières revêtues par celte maladie tenaient plus à la nature et aux fonctions de la branche du système absorbant lésée dans cette circonstance , qu'à l'absence de l'inflammation , et nous avons du nécessairement en conclure qu'il existait plusieurs sortes d'inflammations, vérité accueillie et développée par M. Broussais^ qui l'a étayée d'un grand nombre de preuves anatomico-palhologiqii^^s, dans son Traité des Phlegmasies chrouiqueV , vérité que nous venons de présenter sous uV nouveau jour, et que nous croyons avoir portc'e au dernier degré d'évidence dans ce chapitre.
D'un autre côté, les considérations dans lesquelles nous sommes entrés louchant le siège et ia nature des phénomènes inflammatoires , rapprochées de celles que nous a suggérées l'étude des phénomènes fébriles, doivent servir h conci"lier les opinions des médecins, et à faire disparaître les contradictions qui séparent les doctrines professées de nos jours. On conçoit ;, en effet, qu'entre deux dérangemens organiques seulement distingués par des nuance^ d'étendue et de concentration , il doit se trouver une multitude de pointT de contact propres à jeter de
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la confusion dans les symptômes qui les constituent, et de l'obscurité dans le diagnostic qu'en peuvent tirer les praticiens. Ce ne sont point les phlegmasies culane'es et superficielles, oii tout se passe en quelque sorte à découvert, qui peuvent occasiouer cette confusion j il n'est jamais ar- 2'ive' de prendre un éry sipèle pour une fièvre epliénière , un phlegmon pour une fièvre iiiilammatoire. Les phlegmasies pectorales, quoique moins apparentes , se distinguent encore assez facilement des fièvres , ou , du moins , ne détournent pas , à l'aide d insidieux symptômes, de la vérilahie direction qu'il faut donner au traitement pour le rendre salutaire. Mais les phlegmasies abdominales,situées plus profondément, et portant des influences directes ou sympalhiquessurdesorganesdans la texture desquels prédominent les vaisseaux absorbans veineux , sont, par ces deux raisons^ et plus difficiles à reconnaître, et plus facilement confondues avec les fièvres consistant dans l'ébranlement général de ces sortes de vaisseaux situés dans le tissu cellulaire, funeste erreur qui fait adopter un traitement justement regardé, danscetle circonstance, comme incendiaire et meurtrier^ par un médecin moderne. C'est , en effet , un éminent service rendu à la science par M. Broussais , que d'avoir fixé l'attentioa sur la fréquence de
ces sorles d'inflammations; que d'avoir forcé les médecins à les reconnaître à travers les symptômes d'adynamie qui le plus souvent les accompagnent, ou plutôt les masquent entièrement. II est trop certain que ces inflammations^ qu'un si grand nombre de causes tendent à faire naître et à propager , sont beaucoup plus multipliées que les véritables fièvres adynamiques ; il est trop certain que l'on voit encore tous les jours des praticiens aveugles et routiniers s'obstiner à les traiter par les moyens toniques et stimulans, malgré les mauvais succès qu'on voit ordinairement résulter de celte méthode.
Il est vrai qu'au point où en était la science , il était diflicile de se persuader que la prostration desmouvemens musculaires, que la petitesse du pouls , rarement accompagnée de beaucoup de fréquence ; que la couleur terne et plombée des surfaces , que la couleur brunâtre des mucosités et des déjections, en un mot, que tous ces signes d'une tendance plus ou moins rapide vers la faiblesse et la dissolution , lesquels servent le plus souvent d'escorte à ces phlegmasies intestinales , pussent venir d'une inflammation , comme la péripneumonie, par exemple, où toutes les surfaces sont colorées d'un rouge intense , où le sang rouge regorge évidemment des poumons , où le pouls a toujours de la plénitude et de la
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fréquence, du moins dans les conimencemens de la maladie, où la faiblesse n'est évidemment qu'une oppression des forces déterminée par l'embarras et l'engouement de l'un des principaux organes de l'économie animale. Quelques succès qu'on annonçât avoir obtenus de la méthode anli-phlogistique, il était difficile de se déterminer à l'application de celle méthode dans une circonstance qui paraissait si fort en opposition avec l'élat inflammatoire , tel qu'on avait coutume de le concevoir. Mais une fois pénétré des vérités que nous nous sommes efforcés de démontrer dans ce chapitre et dans les chapitres qui précèdent , on n'aura plus aucune peine à se plier à une pratique justifiée par des succès dont la théorie pourra donner une explication satisfaisante. Le raisonnement concourant alors avec l'expérience, on verra les médecins adopter, d'un consentement unanime, une façon de voir qui les tiendra constamment en garde contre l'existence de pareilles inflammations cachées sous le masque de ladynamie , et qui , par cela même , rendra leur pratique plus sûre , moins désagréable et beaucoup plus salutaire.
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