CHAPITRE IV
De Vlijfluence des Vaisseaux absorbans sur les diverses exhalations morbiflques,
On a pu juger , par la ieclure des pre'cëdens chapitres , de toutes les raisons que nous avons de croire et de répéter que les fièvres et les inflammations , siégeant sur !e même système de vaisseaux , ne diffèrent que par quelques nuances d'étendue , d'intensité et de concentration. Dans l'un et l'autre cas, le sang ou les humeurs lymphatiques déviés hors de leurs voies naturelles , séjournent dans les réseaux absorbans qui les exhalent et les versent dans les aréoles cellulaires. Dans l'un et l'autre cas, le fluide sanguin est soumis au travail d'où résultent les matières puriformes et ichorenses ; et ces matières s'exhalent dans les cellulosités sous-cutanées durant les fièvres, s'exhalent dans celles de la partie malade, ou s'écoulent pêîemêle avec les produits naturels des membranes nuiqueuses et des membranes séreuses durant les inflammations; dans l'un et l'autre cas, enfin.
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les SUCS lymphatiques , lorsqu'ils sont les seule mis eu mouvement dans les réseaux cellulaires y abreuvent les parties de viscosités insipides , lesquelles, donnant peu d'action aux vaisseaux , tendent à séjourner dans les cavités aréoiaires qui s'en trouvent accidentellement remplies j ou bien , si les couloirs cutanés ou muqueux en débarrassent l'économie animale , impriment les caractères qui leur sont propres aux sécrétions de ces organes.
Faudra-t-il donc chercher un aiitre siège à ces sortes d'altérations dans lesquelles ces humeurs sont aussi versées sur les surfaces et dans la profondeur des parenchymes, en plus ou moins grande abondance , parce que ces altérations ne produisent d'autre effet local qu'une légère turgescence suivie de 1 écoulement ou de la stase de ces humeurs , sans élaboration suppuratoire ? Nul doute que ces maladies , dont le principal phénomène est l'exhalation déréglée des liquides , tantôt sur un point , tanLoi sur un autre , ne doivent être attribuées à l'action des mêmes vaisseaux que nous avons vu produire les déviations et les congestions fébriles et inflammatoires. La distinction qui sépare ces maladies de celles qui viennent de faire le sujet de nos recherches , n'est encore ici qu'une simple nuance; et cette nuance paraît tenir celte fois
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pliilôl à quelque nouvelle modidcation de sensibilité, qu'à la seule expansibililé ou à la concentration des mouvemens.
D'abord , l'irritation et le degré d'exaltation des propriélés vitales s'y trouvent presque toujours beaucoup moindres, et très-souvent même se rapprochent singulièrement de la légère excitation convenable à l'exercice des fonctions. En second lieu, tandis que, dans le début des fièvres et des inflammations , les plans superficiels des vaisseaux absorbans, et surtout les petites expansions exhalantes à l'aide desquellesce système de vaisseaux s'ouvre sur toutes les surfaces, sont dans un étal de constriction qui, le plus souvent, interdit la sortie de tout liquide; tandis que, dans les fièvres et les inflammations , cette constriction va même jusqu'à donner à ces vaisseaux une sorte de mouvement rétrograde qui pousse d'abord évidemment les fluides de la périphérie au centre ; tandis que, dans les lièvres et les inflammations cette constriction, lors même qu'elle est contre-balancée par la réaction des couches absorbantes profondes , se maintient pourtant avec plus ou moins de force jusqu'au moment où le relâchement général amène la terminaison de la maladie , et laisse échapper les évacuations critiques; ici, au contraire , la sensibilité de ces petits vaisseaux est modifiée de II. 37
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telle sorte , qu'au lieu de se resserrer ils se dilatent , s'épanouissent , altirenl à eux les fluides bien au-delà de la juste mesure nécessaire au maintien des fonctions qui leur sont dévolues. Ce caractère de dilatation et d'épanouissement, celte tendance primitive des mouvemens du centre à la circonférence est donc le propre des altérations que nous allons passer en revue dans ce chapitre.
Toutefois, il ne faut pas s'attendre à voir les humeurs assumées par ce nouveau mode d'action, quclqu'excentrique qu'on le suppose , sortir toujours par les surfaces extérieures delà peau et des membranes muqueuses. L'affection peut se borner à quelques portions vasculaires profondément situées , et , dans ce cas , les humeurs déviées produisent des épanchemens ou dans les grandes cavités , ou dans les cavités inlersticielles des organes. Dans d'autres cas , certains vaisseaux peuvent être frappés de cette disposition en même temps que d'autres le sont d'une disposition toute contraire , ce qui doit donner lieu à des phénomènes variés , quoique parlant toujours de la même cause , l'exhalation déréglée des liquides. D'un autre coté, tantôt les vaisseaux ainsi modifiés pompent et rejettent le sang pur ou la lymphe^ tantôt ces vaisseaux ue font sortir que les humeurs quib
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oui coutume d'extraire du fluide sanguin dans i étal de santé, tantôt enfin , recevant avec la première modification une altération de sensibilité plus grande encore , ils retirent du sang et versent dans les parties les matériaux préparés pour d'autres organes et à l'élaboration desquels ils n'étaient pas destinés. Ces diiierens genres d'exhalation constituent des maladies notées séparément par les nosologistes , à cause des symptômes difïérens qu'elles produisent et des indications importantes qui peuvent résulter, pour la pratique , de l'organe qu'elles afleclent plus particulièrement; mais que nous renfermons ici sous le même cadre , parce qu'elles dépendent toutes d'une même modification de sensibilité, laquelle tient le milieu entre l'irritation fébrile et inilammatoire , et l'excitation modérée nécessaire au maintien des opérations de la vie, c'est-à-dire aux exhalations nutritives.
§ I". Des Exhalations morbifiques directes oU invnédiates.
1 ". Des- Hémorrhagies actives , ou de sang artérieU
Les mêmes analogies que nous avons reconnues entre les différentes espèces de fièvres et d'inflammations^ nous allons les retrouver en-
core entre les différentes espèces d'exhalations et celles des précédentes maladies , suivant la portion du système absorbant qui se trouvera le siège de l'irritation. Par exemple , u'existe-t-il pas des rapports frappans entre les inflammations dites légitimes ou exquises , et les hémorrhagies actives ? Marquées également par un excès d'action de la part des vaisseaux absorbans artériels , le développement de ces maladies est favorisé par les mêmes circonstances ; les unes et les autres sont précédées constaamient d'un état d'irritation et de spasme local qui amène la congestion du sang rouge sur l'organe aftècté : seulement ,d'un côté , ce liquide se fait jour au dehors, tandis que , de l'autre, il reste en partie fixé sur le point malade, pour y subir le travail de la puifîcation ou se voir dissipé par la résolution. L'on cite même plusieurs faits qui prouvent qu'une inflammation avortée peut se convertir en fluxion hémorrhagique , et l'on voit également des personnes qui présentent toute leur vie la succession mutuelle des inflammations et des hémorrhagies. De ce nombre était ce jeune homme cité par M. le professeur Pinel, qui , tous les mois , éprouvait un érysipèle à la face , ou bien un écoulement excessif, continué pendant deux ou trois jours ^ d'un sang pur et yernieil par l'anus. On n'ignore pas également
DES MALADIES. /^1l
que les organes par lesquels s'est opëre'e une effusion sanguine chronique présentent le plus souventàladissection la consistance et la couleur des parties enflammées (i).
D'autre part, combien de fois n'arrive-til pas que les hémorrhagies actives aient pour symptômes précurseurs des horripilations , la pâleur de la peau, ou qjuelqu'autre des modifications du froid fébrile! Combien de fois ces maladies ne sont-elles pas précédées d'un pouls fort, vif, dur et fréquent! Combien de fois ne les. voit-on pas s'accompagner d'un état pyrexique général très-sensible , au moins pour celui qui l'éprouve ! Plusieurs médecins , du nombre desquels se trouvent Hoffmann , Cullen , Darwin et M. le professeur Pinel , ont déjà signalé les nombreux rapports qui lient les fièvres et les hémorrhagies. Mais c'est surtout la fièvre inflammatoire qui doit être rapprochée des hémorrhagies actives , puisque tout est commun entre ces deux sortes d'affections ; et les causes tiréesde la plélhoreet de l'excitabilité plus grande des vaisseaux absorbans artériels ; et le fluide dévié qui , dans les deux cas , est le sang rouge ; et la nature des mouvemens qui , dans les deuîç
(i) Vojez le Traité des Hémorrhagies de M. le pro« fesseur Lordati
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cas, ont plus de tendance à l'expansion qu'à la Goncenlralion , d'où il résulte que ces deux nnaladies ont souvent pour moyen de solution des sueurs générales. On doit ajouter encore que si l'es inflammations peuvent alterner avec les hémorrhagies , ou même se convertir en ces sortes d'exhalations , on peut voir aussi la fièvre inflammatoire causée par la suppression d'un flux; lîémorrhagique habituel ; on peut voir , enfin , cette fièvre se terminer quelquefois par un flux sanguin, et même par une sueur de sang rouge^ comme divers observateurs en rapportent des exemples (i); -j iJi^ ? -• - Il n'est pas moins déniontré que les circonstances qui favorisent le plus l'apparition et le développement deshémorrhagies actives sont le tempérament sanguin «t l'âge de l'adolescence ou de la jeunesse , que nous avons vu ^i particu-? lièrement disposer à la fièvre inflammatoire. C'est lorsque les organes chargés de l'hématose ; c'est lorsque les exhalations nutritives sont dans la plus grande activité que Ton voit naître ces maladies dépendantes dé l'action des vaisseaux chargés de ces importantes éiaboralions. Et la pléthore qui résulté delà disposition où se trouvent les mouvemens vitaux dans ces sorles-
(i) Traité des Ilémorrhagies ^ par M. Lordat.
<3e circonslauces , la plelhore qui remplit les cavités iaterslicielles et cellulaires d'une certaine quantité de sang rouge , lequel colore même les sucs graisseux d'une teinte rose plus ou moins fonce'e , qu' est-elle autre chose qu'une ébauche d'hémorrhagie active, qu'un afflux du sang dans des vaisseaux et des cavités qui ne doivent pas le contenir , qu'une exhalation poussée au-delà de la juste proportion qui maintient l'équilibre d'où résulte l'inlégrilé des fonctions ?
Sans doute les maladies qu'on désigne plus particulièrement par le nom dhéinorrhagies sont d'ordinaire marquées par un écoulement plus ou moins abondant du fluide sanguin, et le plus souvent même cet écoulement s'opère par les surfaces muqueuses, dont la structure, mais surtout la position et les usages, qui les exposent à des irritations immédiates presque continuelles , favorisent la naissance de ce genre d'afleclions. Mais on sait aussi que les surfaces internes et externes ne sont pas les seuls endroits où le sang afflue et s'extravase spontanément , et qu'on le voit se répandre souvent dans le tissu des chairs , sp former une cavité ou s'infiltrer dans le tissu celluleux qui pénètre tous les organes. On reconnaît que c'est ainsi que se forment les coups de sang , les apoplexies du cerveau et des poumons, les pétéchies rouges qui se montrent
dans cerlaiaes maladies , les engor^^emens sanguins qu'on a parfois trouvés dans les muscles à lasuitedesrliumalismesdevenuschroniqueSjelc.
On convient que ces congestions et ces extravasations , pour n'être pas marquées par un écoulement sanguin , n'en sont pas moins des affections hémorrhagiqucs, et l'on n'aura pas de peine à comprendre que de ces sortes d'hémorrhagies à l'état de pléthore il n'existe réellement qu'un degré presque insensible.
Au reste , notre but ne doit pas être uniquement d'insister sur les rapports que tout le monde admetsans peine entre les hémorrhagies actives, les inflammations et la fièvre inflammatoire , mais de démontrer que les premières de ces maladies comme les dernières , ont également leur siège hors du cercle circulatoire sanguin , et dans le système absorbant dont les vaisseaux possèdent seuls les propriétés capables de produire les phénomènes qu'on remarque dans ces maladies. Peut-être , pour atteindre ce but , suffirait-il de faire observer que le système capillaire, qu'on s'accorde généralement aujourd'hui à regarder comme le siège des hémorrhagies, ne contient d'autres parties actives et susceptibles d'imprimer aux liquides des mouvemens irréguliers, que les seuls vaisseaux absorbans , comme la chose a été mise hors de doute
dans la première partie de cet ouvrage. Mais il vaut mieux iie'gliger ici celte considération , afin que les preuves que nous allons tirer des phénomènes que présente l'état pathologique servent à corroborer celles que nous ont fournies l'analomie et la physiologie, et que les uneset les autres , se prèlant un mutuel appui , concourent , par leur réunion et leur rapprochement, à porter la conviction dans les esprits les moins prévenus en faveur de la vérité que nous voulons établir. Qu'il nous soit permis, avant d'aller plus loin, de demander s'il n'y a pas une sorte de contradiction à placer le siège des héraorrhagies dans le système sanguin , en même temps ({non ne fait pas difficulté d'avouer que la disposition organique naturelle aux personnes éminemment sujettes à ces sortes de maladies est l'élroilesse du calibre des vaisseaux chargés de la circulation du sang? Cette petitesse des vaisseaux sanguins n'exisle-t-elle pas dans fàge et dans le sexe où les vaisseaux absorbans ont le plus d'activité , où leur action a le plus d'influence sur les opérations nutritives? N'e^-ce pas , au contraire , lorsque les vaisseaux absorbans chargés d'extraire du sang les sucs nourriciers commencent à perdre de leur activité , qu'on voit le calibre des artères et des veines prendre plus d'étendue? N'est-ce pas, enfin, à celte période de la vie
qu'on voit ^ en général , cesser la disposîlion aux hémorrbagies qui marquait la période précédente? Nous n'ignorons pas que les médecins auxquels on doit l'observation sur l'étroitesse des vaisseaux sanguins chez les personnes sujettes aux hémorrliagies , supposent que cette particularité s'accompagne d'une prépondérance plus grande des rameaux capillaires. Mais de ce qu'un tronc est au-dessous de ses proportions ordinaires, est-il naturel d'en conclure que les rameaux doivent en être plus multipliés ou plus volumineux? Pourquoi ces derniers n'éprouveraient-ils pas le sort des premiers , puisqu'ils en sont une suite non interrompue^ puisqu'ils doivent avoir la même organisation et qu'ils doivent subir les mêmes influences ? Si l'équilibre est rompu au désavantage du tronc et des branches , il doit Pétre également au désavantage des rameaux ; si la balance panche d'un autre côté , convenons que cet autre côté ne peut être que le système des vaisseaux absorbans.
C'est la branche de ce système chargée de l'hématose et de la nutrition qui , dans une activité prépondérante et poussée au-delà de ses justes limites, ou qui , frappée d'une modification spéciale de sensibilité , en même temps qu'elle convertit en sang une plus grande quantité de substances alimentaires , entraîne ce li-
quide hors de ses vaisseaux sans lui faire subir en tolalilé!esëlaborationsaccoutume'es,le répand dans les réseaux dont elle enveloppe et pénètre toutes nos parties , le promène dans ces réseaux, tantôt sur un point , tantôt sur un autre, au gré d'iine sensibilité très-délicate et très-mobile^ et l'exhale enfin sur quelque surface en plus ou moins grande abondance. De là viennent ces fluxions rapides et instantanées , ces coups de sang qui frappent comme la foudre au milieu de la plus belle santé. De là viennent ces alterliâfîves qu'on rerharque souvent dans les hémor- Thagies , et qui les font se porter avec la plus grande facilité d'un organe sur l'autre, revenirà leur siège primitif, et l'abandonner encore pour unf troisième et même pour un quatrième siège, TrOuve-t-ondahs la progression nécessairement uniforme du cercle circulatoire sanguin des moyens d'expliquer une telle rapidité, une telle irrégularité de mouvemens ? Ne voit-on pas , au contraire , tandis que la face est rouge et vullueuse, que les yeux sont brillans et injectés, que la tête est lourde et embarrassée , que la chaleur est extrême vers lés pallies supérieures, que tout, en un mot, indique l'afflux d'une portion du fluide sangirin vei^ ces parties aux dépens des extrémités inféneitr'és testées froides et décolorées? Ne voit-on pas ^ disons-nous ;, que
Je pouls n'éprouve d'autre alle'ralion que quelque peu de roideur, de fréquence ou de vivacité, sans que rien y puisse indiquer la profonde perturbation qu'aurait dû produire , dans le cours ordinaire de la colonne sanguine , la déplétion instantanée d'un aussi grand nombre de vaisseaux^anguins, le reflux et la rétroversion d'une aussi grande masse du liquide que ces vaisseaux contiennent ? Et qu'on ne dise pas que tous ces phénomènes se passent dans le système intermédiaire que l'imagination de Fabre a placé entre les artères et les veines ; car ce système , d'après même l'idée qu'on en conçoit , se trouvant indispensable pour l'ampliation des veines et pour la continuation du cours du sang dans ces vaisseaux, la circulation veineuse devrait être nécessairement privée d'aliment , et par là même les fonctions du cœur troublées et interrompues pendant la durée de ces rapides accidens , s'ils avaient pour siège un système vasculaire aussi essentiellement lié h la grande circulation.
De telles considérations nous paraissent assez importantes pour faire , au moins , élever des doutes sur l'opinion reçue de nos jours. Il est difficile de ne pas reconnaître que les phénomènes que nous venons de rappeler sommairement se rapportent, d'une manière beaucoup plus spéciale , aux propriétés vitales des vaisseaux
absorbans qu'à celles des vaisseaux sanguins. Et si nous ajoutons que l'on observe assez souvent, pendant que les hemorrhagies se font ou qu'elles se préparent, une grande diminution de presque toutes les sécrétions naturelles ; si ion ajoute qu'on remarque souvent dans les hemorrhagies une complication ou des alternatives de l'effusion du sang avec un écoulemenl ou des congestions d'humeurs lymphatiques (i) ; si l'on ajoute que certaines hemorrhagies qui se montrent sans se compléter , laissent autour du siège qu'elles s'étaient choisi des grosseurs, des engorgemens glandulaires, lesquels se convertissent en concrétions lymphatiques chroniques, marquant chacun des mouvemens fluxionnaires (2) ; si l'on ajoute , enfin , que les hemorrhagies ont des rapports sensibles avec la goutte et le rhumatisme ; qu'elles peuvent précéder de quelque
(i) Stahl regardait les flnx séreux et les hydropisies comme des évacuations sanguines médiates que précède une congestion sanguine formée en quelque lieu par un effort hémorrhagique. La plus séduisante des preuves que cet auteur apporte de son opinion, est que toutes ces maladies viennent ass^z souvent après la suppression d'une liémorrbagie habituelle, et cjue certaines sont allégées par les effusions sanguines arlificielles ou spor.îauées. ( Lordat. )
(2) Bordeu , Analyse méd. du Sang, pag. 5D2.
45û DU SiÉGE ET DE LA NATURE
temps l'invasion de ces maladies, coïncider avec la solution d'une iongue attaque , ou bien avec la terminaison de la fièvre qui les accompagne ordinairement quand elles sont violentes; que les hémorrhagies peuvent s'annoncer elles-; mêmes par des douleurs arthritiques ou rhumatismales dont la durée n'égale pas celle d'une attaque ordinaire , et qui cessent dès que le sang coule ; que les hémorrhagies peuvent être habituelles sur des personnes sujettes à la goulle et au rhumatisme , éloigner même ou bien adoucir les paroxysmes de ces dernières (i) ; pourrat-on se défendre de regarder le système des vaisseaux absorbacs comme le principal, comme l'unique artisan de ces sortes d'afï'ections ?
Sans doute ion retrouve ici les mêmes causes de déception qui ont induit à penser que la fièvre inflammatoire et les inflammations avaient pour siège le système sanguin. La rougeur insolite de la partie malade , la présence du sang accumulé sur ce point, la multitude de vaisseaux injectés de ce liquide qu'on y rencontre encore dans les autopsies cadavériques, la nature même el le bienfait de l'écoulement quel'art imite avec succès par les saignées dans les maladies inflammatoires, tout tend à persuader que les vais-
(j) Lordat , ibid.
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seaux chargés de faire circuler le fluide sanguia soûl aussi ceux qui impriment à ce liquide les niouvemens d'où proviennent ces maladies. Mais celte opinion ne se serait ni établie ni accréditée si l'on avait bien connu l'exislence, l'étendue et les propriétés du système absorbant , et si l'on s'était fait une juste idée des limites dans lesquelles se trouve renfermée l'action des vaisseaux sanguins ; si l'on avait compris qu'une partie ne peut se colorer d'un rouge plus ou moins vif et instantanément répandu, sans une extravasatlon du sang hors des canaux qu'il parcourt durant la santé ^ sans l'amplialion de certains autres canaux naturellement imperceptibles et diaphanes , lorsque rien ne trouble leurs fonctions ; si l'on avait apprécié à sa juste valeur l'obscure sensibilité des vaisseaux sanguins , qui ne leur permet de répondre aux désordres de l'économie animale que par de faibles sympathies, marquées tout au plus par de la fréquence , de la vivacité , de la lenteur, ou de l'inlermiltence dans la progression de la colonne sanguine ; si l'on avait réfléchi à la vie intérieure de ces vaisseaux, qui les met constamment à l'abri des impressions étrangères d'une autre nature que les blessures et les violences ; si l'on avait connu la profonde perturbation de la circulation , l'imminent danger qui résulte
de l'inflammation de quelque branche artérielle ou veineuse , lorsqu'une blessure ou quelqu'autre cause semblable est parvenue à faire naître ce genre d'affections dans ces vaisseaux naturellement peu sensibles; si l'on avait enfin comparé, pendant le cours des grands ébranlemens hémorrhagiques , la régularité qui se maintient dans la circulation sanguine, avec l'irrégularité des courans que 1 on voit quelquefois s'établir en tout sens dans cette circonstance.
Bien plus , il peut exister un orgasme général et une disposition singulière de tontes les parties du corps à donner du sang; disposition qu'il est impossible de regarder comme dépendante de l'action du cœur et des vaisseaux artériels ou veineux. Thomas Bartholin i^arle d'une femme pléthorique , laquelle , à l'époque de ses règles , n'avait besoin que de se gratter légèrement la joue pour en faire jaillir le ^ang. Le journal d'Huffeland rapporte , d'après Consbruch , l'exemple d'une famille dans laquelle les enfans mâles étaient sujets dès l'enfance à des hémorrhagies fatales qui survenaient spontanément par le nez , ou qui avaient lieu à 1 occasion de la plus légère blessure. Quelquefois ces hémorrhagies ne pouvaient èlre arrêtées par aucun moyen , et deux personnes de la famille en étaient mortes, quoi qu'on eûtpu faire pour leur
sauver la vie. Ce qui est surtout remarquable, c'est que, si ces liemorrhagies étaient lonqlemps à reparaître , les individus en question éprouvaient de \iolentes attaques de goutte dont les paroxysmes se terminaient par de grandes eccljymoses recouvrant les parties qui en avaient le plus souflért (i).
Nous avons nous-mêmes eu l'occasioii d'observer une de ces eftVoyables dispositions hémorrhagiques sur une jeune personne de la ville de Saint- Denis. Cette jeune personne avait été sujette, depuis l'âge de dix à onze ans, à de fréquentes effusions sanguines, tantôt par le nez, tantôt par la matrice; et, quoique ces hémorrhagies excédassent la mesure de celles qui sont le propre de cet âge , les parens n'y firent d'abord aucune attention , parce que , malgré ces trop nombreuses déperditions , la croissance , le développement , l'embonpoint même étaient ce qu'ils devaient être. Vers l'âge de dix'huit ans, les hémorrhagiescommencèrent à devenir plus fréquentes, plus irrégulières , et celles du nez coïncidèrent avec celles de la matrice. On employa des remèdes qui semblèrent quelque temps en abréger le cours, en diminuer la fréquence. Mais à l'âge de vingt ans , une
( i) Bibliothèque médicale étrangère , 1 8i 2 , p. 5 1 3. II. ai)
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époque menstruelle se convertit tout-à-coup en perte de sang considérable. Le traitement le mieux dirigé, les astringens les plus énergiques, les dérivatifs , les narcotiques mêmes furent employés lour-à-tour et combinés, sans diminuer en rien la force et la gravité de l'accident. On prit le parti de tamponner, et pendant vingtquatre heures ou conçut de fausses espérances. Au bout de ce temps , le sang prit cours par le nez et l'écoulement fut énorme. On se mit à tamponner encore celte partie, et lesang, regorgeant dans l'estomac, sortit par les vomissemens et par les garde-robes. Il est probable même que ces vomissemens et ces déjections de matières sanglantes étaient entretenus parla même disposition héraorrhagique propagée sur toute la surface muqueuse alimentaire. Ce qui doit le faire penser, c'est que les muqueuses des yeux et même des oreilles participaient à la maladie^ et que le sang coulait de ces parties par gouttelettes (ju'on était forcé d'essuyer à tout instant. La malade était dans ce triste état lorsque nous fûmes appelés en consultation : le pouls avait perdu toute sa force; mais il était régulier ; la faiblesse et la fréquence étaient les seuls carac-r lères qu'on y distinguât. Comment , d'après cela , ne pas croire que les hémorrhagies siègent spécialement sur un ordre de vaisseaux entière-
ment iadépeiulant dans ses mouvemens des lois qui régissent la fjrande circulalion ; sié^'cjil sur un ordre de vaisseaux doué d'une sensibilité et d'un mode d'aclion qui diffèrent essentiellement des propriétés et de l'aclion reconnue des artères et des veines? Comment ne pas croire que les exhalalions de sang rouge, en particulier, s'opèrent au moyen de vaisseaux liés aux tubes artériels par des rapports de continuité , et destinés à retirer le sang de ces vaisseaux , en quelque sorte, molécule par molécule, pour lui faire subir les changemens nécessaires à la nutrition , à l'aide d'une certaine sensibilité élective qui leur est dévolue, ainsi que d'une propriété absorbante naturelle au système vasculaire dont ils font partie, facultés qui s'accroissent hors de mesure , el sont déréglées dans la disposition de l'économie animale qui produit les hémorrhagies ?
C'est ainsi que l'on voit dans le tube digestif les alimens reçus par la bouche, successivement présentés par des mouvemens périslaltiques mesurés aux diverses élaborations de l'estomac el des intestins , tout le temps que la santé n'est pas altérée, traverser rapidement ce canal dans certaines maladies , poussés par des mouvemens trop précipités qui ne leur laissent pas le temps de subir le travail assimilalcire. Rien ne res-
ÀjG du SIEGE ET DÉ LA NATURE
semble, en effet, davantage à l'action des vaisrseaux absoihans , que celle de ce long cana-l spécialement consacré à la digestion. Dans l'un et l'autre cas , il existe un orifice pour assumer les matières , et un autre pour les rejeter ; dans l'un et l'autre cas^ les matières ne sont point mécaniquement et en quelque sorte irrésistiblement poussées ; mais elles sont clioisies en vertu d'un mode de sensibilité dont le sens du goût est le type ; mais elles sont transportées avec plus ou moins de rapidité vers l'orifice excréteur ou exhalant à l'aide d'une force puisée dans ces canaux eux-mêmes, et ne dépendant d'aucune autre impulsion, si ce n'est qu'elle est subordonnée à toutes les variations d'une sensibilité très-mobile ; dans l'un et l'autre cas , enfin , les irritations diverses peuvent accélérer, précipiter même ce mouvement progressif, et bien plus encore le dérégler et lui donner une direction inverse et rétrograde. La pratique nous fournit journellement l'occasion d'observer ces différens désordres dans la lienterie , dans le cholera-morbus , dans la passion illiaque pour ce qui concerne le canal intestinal ; et dans les différentes espèces d'hémorrhagies et d'exhalations pour ce qui concerne les vaisseaux absorbans. Car les mêmes mouvemens qui s'exécutent en quelque sorte sous nos yeux dans le tube
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fîiiijestif , s'exécutent et se répètent presque à l'infini dans chacun des vaisseaux ahsorbans ^ quelle qu'en soit l'extrême petitesse , et telle est en dernière analyse 1 unique essence de toutes les actions nutritives et morbifiques dont les unes soutiennent la vie, et les autres altèrent d'une manière quelconque l'équilibre des fonctions.
A quel autre genre de mouvemens pourraiton attribuer , non- seulement les eft'usious sanguines instantanées irrcgulières, ou périodiques qu'on observe si souvent , mais encore l'abondanie hématose qui peut les entretenir et les rendre parfois nécessaires ? On n'ignore pas , en effet, qu'il est des circonstances où les hémorrhagies , loin d'être un accident funeste, entraînant au dehors le sang nécessaire au mainlien de la vie , deviennent , au contraire , un phénomène indispensable par Taclivité trop exaltée qu'ont acquise les organes chargés de la sanguifîcation. Nous trouvons dans les écrits des médecins un grand nombre d'exemples d hémorrhagies énormes qui , loin d'épuiser les forces , ont été alimentées , sont rappelées par une quantité toujours nouvelle de fluide sanguin. M. Chrestien cite un malade qui rendit beaucoup de sang par les poumons , fut saigné treize fois , conserva toujours le pouls
plein et mourut dapoplexie sanguine. Le recueil d'Amatus Lusitanus renferme des exemples d'hémorrhagies de vingt-deux , vingt-six et quarante livres qui se sont faites dans un temps assez court ^ et même san* mettre les malades en grand danger. Reil et Haller ont rassemblé beaucoup de faits de cette espèce. Il en est même dans lesquels on porte la quantité du sang perdu en divers paroxysmes très-rapprochës à cent dix-sept, à deux cent deux livres.
Est -il probable qu'il existe habituellement dans un homme , de quelque structure , de quelque tempérament qu'on le suppose ^ une aussi grande quantité de sang , outre celui qui est nécee^saire au niaintien de la vie, s'il ne s'est pas établi dans les propriétés ^i Laies des vaisseaux chargés de convertir les substances alimentaires en tîuide sanguin , une modification telle qu'ils excèdent de beaucoup la mesure d'action qui leur est naturelle ? Or , ces sortes de dispositions hémorrhagiques composées d'un double mouvemenl, Tun qui produit le sang en quantité surabondante , l'autre qui le verse au dehors par des mouvemens spontanés , irréguîiers , s'arrctant et se renouvelant sans ordre ni suite, et n'intéressant que faiblement les fonctions vitales^ peuvent-elles dépendre en quelque chose des organes de la circulation sanguine assujettis