‹ Du siége et de la nature des maladies; ou, Nouvelles considérations touchant la veritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animaleChapitre 16 sur 19 · II. 3o · texte numérisé non relu

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et toute la précision nécessaires pour en faire au juste apprécier la véritable nature.

Au reste , si nous avons reconnu , dans le commencement de ce chapitre , que les inflammations des personnes plëthoiiques peuvent se convertir en exhalations sanguines , il est encore plus fréquent de voir celles des personnes phlegmatiques ou pituiteuses se terminer en exhalations lymphatiques. Chez ces derniers sujets, les mouvemens inflammatoires n'ébranlent que très-imparfaitement les vaisseaux absorbans artériels, et la faible excitation que les vaisseaux absorbans lymphatiques reçoivent des fluides qu'ils contiennent ou qu'ils dévient, n'élevant pas leur sensibilité beaucoup au-dessus du ton naturel , du moins dans les cas les plus ordinaires, rapproche leurs mouvemens de ceux que nécessite l'exhalation dans l'état physiologique. On conçoit que les choses étant ainsi , le passage de l'inflammation à l'exhalation doit être, dans ce cas, facile et presque insensible. Aussi voit - on , surtout , les inflammations fixées d'une manière exclusive sur les vaisseaux absorbans lymphatiques , se distinguer difficilenient dans beaucoup de circonstances des simples exhalations , et montrer la plus grande tendance à devenir chroniques et à se convertir en une sorte de nutrition accidentelle des par-

tîes afTecle'es , lorsque ces parties n'ont nue <le petites cavite's sans issue au dehors , ou bien en des épancliemens internes et des éconlemens extérieurs, si les parties malades tapissent de fjrandes cavités ou servent d émonctoires à l'économie animale.

On doit attribuer à des causes de celte nature la facilité particulière avec laquelle ies inflammations catarrhales se changent en phlei^malorrhagies. Ces inflammations étant , comme nous l'avons vu , d'une nature mixte , et se composant de la double excitation des réseaux absorbans artériels et des réseaux absorhans lyniphatiques , il arrive souvent que, vers le déclin de la maladie, les premiers vaisseaux reprennent leur action naturelle plutôt que les derniers , toujours plus lents dans leurs mouvemens , à cause de l'innocuité des liquides qu'ils font mouvoir. On s'aperçoit aloi'S que la matière purulente, effet constant de l'irrilalion prolongée des vaisseaux absorbans artériels , laquelle teignait en jaune les produits morbifiques, disparaît insensiblement et laisse, en quelque sorte, à nu la matière limpide et visqueuse , effet tout aussi constant de l'irritation des vaisseaux absorbans lymphatiques. Lorsque des dispositions constitutionnelles favorisent cette transition , on n'est pas long-

temps sans voir l'écoulement de ces matières limpides et visqueuses prendre de l'accroissement, surpasser beaucoup en quantité l'ëcoulement que 1 inflammation produisait auparavant, revêtir, en un mot, les caractères des ilux morbifiques , et présenter de frappantes analogies avec les effusions sanguines.

Non-seulement les phlegmatorrhagies sont susceptibles de s'établir ainsi à la suite de l'inflammation des membranes muqueuses , mais encore on peut les voir naître à l'occasion de la brusque disparition ou de la terminaison naturelle de certaines maladies des vaisseaux absorbans lymphatiques. Cabanis parle d'une femme de quarante ans , chez laquelle une dartre répercutée avait produit un écoulement abondant d'une humeur acre et limpide par le nez et par les yeux. Chez une autre dame , une dartre ancienne ayant disparu d'elle-même, il s'établit bientôt par les gencives un écoulement d'eaux claires et visqueuses que la malade rendait par gorgées. M. Blatin assure, d'autre part, que l'amollissement et la disparition successive de tumeurs cancéreuses des seins donna lieu , chez une fille de dix-huit ans, à un écoulement leucorrhoique (i). Raulinvit paraître également des

(i) Blalin, Catarrhe utérin j pag. 102.

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fleurs blanclies à des femmes qui avaient des fluxions à la lêle et au visage, aussitôt que ces tumeurs se furent dissipe'es. On trouve encore dans Cabanis l'exemple d'un homme âgé qui fut pris, après la cessation d'un rhumatisme très-douloureux , d'un ilux de pituite par les narines , lequel dura deux ans. 11 n'est pas , enfin, jusqu'aux maladies nerveuses etspasmodiques , que l'on qualifie pourtant de maladies sans matière , morbi sine materid , qui ne puissent être suivies de ces exhalations lymphatiques, puisque, d'après M. Alibert, des femmes qui venaient d'être délivrées d'attaques convulsives, rendaient par les narines des flots de mucosités.

11 est vrai que les vaisseaux absorbans lymphatiques , instrumens de ces mouvemens fluxionnaires et de celte abondante exhalation de liquides, ont de si intimes rapports avec les organes nerveux , que lorsque les premiers sont affectés , les derniers ne doivent pas tarder à s'en ressentir d'une manière plus ou moins sensible , et réciproquement. Aussi remarque-t-on souvent, chez les personnes faibles et irritables , pirliculièrement chez les femmes, que les affections de l'âme produisent , sur les vaisseaux absorbans lymphatiques, des efi'els rapides, se manifestant par des exhalations souvent énor-

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mes, et pouvant même devenir funestes. Tissoi elle l'exemple de plusieurs femmes cliez lesquelles la frayeur ou les chagrins causaient sur-le-cliainp une si £]jrande quantité de fleurs blanches, que c'était un véritable flux, les obligeant de se tenir assises et quelquefois couchées, et les laissant dans une grande faiblesse pendant quelques heures. Raulin parle d'une dame qui fut tellement afïligée de la mort de son mari , que le lendemain elle eut une perle blanche très-abondante^ laquelle alterna bientôt avec une diarrhée , et ces deux accidens firent promptement périr la malade. Sans avoir à citer des exemples aussi déplorables , nous pouvons assurer avoir rencontré, dans le cours de notre piatique, un très-grand nombre de femmes sujettes à des accidens de même nature et par l'effet des mêmes causes. Il nous est arrivé plus d'une fois d'épuiser inutilement toutes les ressources de l'art pour tarir de certains écouîemens qui se trouvaient ensuite guéris, par cela seul que les motifs de chagrins qui les entretenaient ne subsistaient plus. Enfin , nous connaissons un homme de soixante ans , faible et valétudinaire, condamné par état à mener une vie sédentaire, et qui se trouve sujet, par suite d'une triste hérédité, à de fréquentes phlegmatorrhagies, lesquelles reparais-

sent compliquées d'une irruption considérable de flaluosiles , pour peu que cet homme éprouve de contrariétés ou de pe'nibles afl'ections de l'àme.

On voit, d'après ce qui précède, par combien de points les plilegmatorrhaf^ies se rapprochent des effusions sanguines, et par quelles nuances elles se distinguent des inflammations catarrhales. Ajoutons que les mouvemens exhalatoires qui s'emparent des vaisseaux absorbans lymphatiques , dans ces sortes de circonslanccs , ne peuvent se confondre avec les catarrhes que lors seulement qu'ils se (îxent sur les vaisseaux des membranes muqueuses : par- tout ailleurs ces exhalations lymphatiques prennent un autre nom , quoique parlant de la même source , dernière analogie que nous ferons remarquer entre ces exhalations et les exhalations sanguines. Les praticiens savent en effel que , s'il est ordinaire de trouver, chez les personnes sujettes aux hémorrhagies , des congestions de fluide sanguin qui engouent les viscères parenchymaleux , des courans r:ipides du même liquide , (lui se portent tantôt sur un point, tantôt sur l'autre , l'hypertrophie de certains organes accoutumés à s'imprégner de fibrine , on trouve de môme , et plus facilement encore , chez les sujets éminemment disposés aux phlegmalor-

ragies , des amas de matières glutineuses et lymphatiques, tantôt formant accidentellement une sorte de nutrition intersticielle des parties accoutumées à recevoir les fluides blancs, tantôt rassemblées dans des kystes plus ou moins considérables , qui semblent s'être remplis , sans inflammation préliminaire, par le simple effet d'une exhalation déréglée , tantôt épanchées dans les cavités articulaires , tantôt , enjfîn , inondant certains viscères où se sont brusquement produits des coups de lymphe , s'il est permis de s'exprimer ainsi , tout - à - fait analogues aux coups de sang que détermine souvent la disposition hémorrhagique.

5 II. Des exhalatlojis morbifiques indirectes ou médiates.

Mais , indépendamment de ces exhalations simples et en quelque sorte directes , qui font sortir les liquides tels qu'ils circulent dans \ç.s vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques valvuleuXjil en estd'autres qui présentent uueaction plus compliquée et se composent des mouve- Tuens qui puisent dans le sang les matériaux des humeurs dérivées de ce liquide, et nécessaires au maintien de la vie. Dans cette nouvelle espèce d'altération morbifique,Io sang ne traverse plus

les vaisseaux absorbans sans subir quelque élaboration : seulement celte élaboration ellemême devient excessive , et détermine l'exubérance des produits qui en sont les résultats ordinaires.

1°. Des Flux séreux et des Hydropisies.

L'exhalation de la sérosité , par exemple , est une opération irès-naturelle et très-considérable dans l'économie animale. Contenue dans de justes bornes, loin d'être nuisible , elle sert a l'intégrité des fonctions; poussée au-delà du nécessaire , elle devient une cause de trouble , et l'on voit survenir des accidens qui présentent plus d'un rapprochement avec la plupart des phénomènes que nous oflVent les héraorrhagies et les phlegmatorrhagies.

Nous devons rappeler à ce sujet que l'étude des symptômes de l'érysipèle, de la fièvre éphémère et de l'intermittente^ nous a donné de fortes raisons de croire qu'il peut s'établir sur les vaisseaux absorbans artériels une modification de sensibilité capable de placer l'économie animale dans une disposition propre a déterminer l'exhalation d'une quantité surabondante de sérosités. C'est en vertu d'une telle modification que nous avons vu celte humeur

s'accumuler sous l'epiderme durant le cours de l'erysipèle , s'exhaler en sueurs , se re'pandre , se disséminer dans le lissu cellulaire, el sorlir enfin par les urines, après la terminaison des accès fébriles. Ne peul-on pas attribuer à une disposition semblable, quoique ne'e dans d'autres circonstances, les sueurs générales ou partielles, continues ou périodiques , modérées ou excessives , auxquelles on voit certains individus être sujets ? Ne peut-on pas lui attribuer les flux de ventre séreux, les leucorrhées de même nature qui s'établissent de prime-abord ou qui viennent parfois remplacer ces sueurs? Ne peut-on pas lui attribuer, enCm , les gonflemens œdémateux qui se forment dans le tissu ceîiuiaire , les bydropisies qui distendent les grandes cavités , tantôt spontanément ^ tantôt à l'occasion d'un grand nombre d'affections différentes, mais se rapprochant toutes par la longue durée de leur marche el par une lésion plus ou moins profonde de quelque fraction du systèraeabsorbanl? 11 est , du moins , cerlaiti que la production des sérosités qui imprègnent les tissus ou fournissent matière à des écGuîemens, à des sueurs, à des épanchemens plus ou moins considérables , en de certaines circonstances , ne peut pas plus être attribuée à la seule faiblesse que lesexalations de sang noir el de sucs lymphatiques.

DES MALAniES. /^J5

nuxquellcs on a souvent voulu trouver une scni- I)lahle cause. Elle le peut bien moins encore , puisqu'elle suppose toujours un travail préliminaire propre à séparer la sérosité du fluide sanguin , et qu'on ne peut antnetlre ici de simple Iranssudallon mécanique , comme on l'a fait quelquefois pour expliquer les hémorrhagies. On doit même dire avec assurance que des trois sortes d'alfeclions dont nous venons de parler, c est l'exhalation séreuse qui se rapproche le plus des maladies inflammatoires propremeut dites , surtout lorsque ces exhalations sont primitives , et ne dérivent pas d'une influence sympnlîjique plus ou moins éloignée. On n'ignore pas que les sueurs s'établissent facilement et tendent à devenir abondantes chez les per-» sonnes d un tempérament sanguin ; on sait qu'elles se montrent d'une manière très-marquée chez les femmes de quarante-cinq ans , pendant la pléthore accidentelle que détermine la cessation du flux menstruel ; on sait qu'il n'est pas rare de les voir succéder h des hémorrhagies actives , suppléer parfois ces effusions sanguines , et souvent alterner avec elles ; on sait , d'autre part, que l'inflammation du réseau réliculaire de la peau produit une surabondance de sérosités à la superficie du chorion et au-dcs."Ous de l'ép^derme j que rirri»*

talion fébrile et e'phémère en produit également une quantité considérable dans le tissu cellulaire sous-cutané ; que certaines inflammations de l'encéphale et de ses membranes , des poumons et des plèvres , des viscères du bas-venfre et du péritoine se terminent par l'hydrocéphale, Thydrorachis , Thydrothorax et l'ascite ; on sait enfin que les praticiens de nos jours s'accordent à dire que dans un grand nombre de cas, les exhalations séreuses s'exaspèrent sous l'influence des drastiques , des irritans qu'une aveugle routine leur oppose, et qu'elles cessent au contraire dans ces circonstances par l'usage des saignées et des délayans.

C'est , au reste , bien à tort que quelques modernes ont donné comme une pratique nouvelle l'emploi des adoucissans , des délayans , des tempérans dans le traitement des hydropîsies. Hippocrate , comme Ta prouvé Millîiann , regardait ces moyens comme indlspensablement nécessaires pour assurer la guérison de ces maladies. 11 y avait même une espèce d'hydropisie qu'il faisait uniquement dépendre d'une intempérie chaude des viscères , et pour la guérison de laquelle il n'avait d'autre objet que de calmer cette intempérie par l'usage du lait. Ce n'est que depuis le retour de la bonne îPiélhode d'observation employée par le père de

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la médecine qu'on sest aperçu de nouveau de celle afîlnilé des exhalations séreuses avec les maladies inflammaloires exquises ou légitimes. C'est depuis que l'on observe plus allenlivemeat qu'on a découvert,comme l'avait fait Hippocrale, que les mêmes causes pouvaient indifféremment produire , ou une inflammation , ou une exhalation séreuse. Barraillon s'est assuré par celle méthode que la boisson d'eau froide pendant que le corps est échauffé , peut tout aussi-bien produire l'hydro-thorax et l'ascite que la péripneumonie , la gastrite ou l'entérite ; qu'un homme en sueur qui s'expose subitement au froid peut être atteint d'anasarque aussi-bien que de fièvre éphémère (i). De nos jours , surtout^ on a singulièrement multiplié les exemples de ces exhalations séreuses actives qui reconnaissent les mêmes causes que les inflammations et nécessitent un traitement analogue. L'attention est tellement fixée sur ce point , qu'il est maintenant peu de praticiens qui n'aient eu l'occasion d en observer en plus d'une circonstance.

On va plus loin encore ; on cite des hydropisies inflammaloires dont le propre est de se compliquer avec des inflammations érjsipéla-

(i) Mémoires de la Société royale de Médec. , t. vu

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lcu?es; on cite «les Iiydropisies ctui s'accompagnent d'une fièvre intense, de l'aridité de la peau , d'une chaleur acre sur les tégumens , de la sensation intérieure d'un feu dévorant, d'une altération excessive , de la sécheresse de la langue , et qu'on n'n pu guérir qu'en ouvrant dixhuit fois la veine , encouragé qu'on était par l'extrême soulagemeiit qui résultait de chaque saignée ; on cite des espèces d'œdèmes fébriles paraissant sous le type ticrcaire, rendant eu peu de jours le corps d'un volume monstrueux , et que des saignées répétées ont pu seules dissiper (i). Comment, après de tels faits rapprochés des faits analogues qu'on trouve dans les ouvrages de Deidier , de Méad , de Stolî , de Bâcher , où l'on voit des hydropisies guéries par des saignées répétées , comment ne pas croire que ces maladies , ainsi que les autres exhalations séreuses , dépendent moins d'une prétendue faiblesse des solides , qui laisserait transsuder les humeurs, que d'une action déréglée des vaisseaux qui produisent naturellement la sérosité , action déréglée qui peut naître à l'occasion de certains mouvemens fébriles et inflammatoires^ mais qui peut être aussi le résultat de mouvemens moins prononcés et moins intenses^.

(i) Barraillon . ihid.

DES M A L A D I F. S.' 4 Tf)

Quoique la plupart desliyclropisles soient bieti loin d'approcher des exemples précédens, ou ne peut néanmoins se défendre de les regarder, ainsi que toutes les autres exhalations séreuses, comme dépendantes d'un certain degré d'exaltation des propriétés vitales des vaisseaux absorbans artériels, exaltation de bien peu supérieure au mode de sensibilité qui constitue l'état de santé. C'est la moindre des irritations susceptibles de se fixer sur cette espèce de vaisseaux qui donne naissance à ces maladies ; mais ce n'en est pas moins une irritation , et s'il est permis d'y concevoir quelque chose qui rappelle la faiblesse , ce ne peut être que relativement et en mettant en parrallèle cette irritation avec l'irritation plus violente dont ces vaisseaux peuvent être frappés dans certaines inflammations et dans certaines fièvres. Y a-l-il , en eflet , une de ces maladies qui ne s'accompagne d'un plus ou moins grand nombre de signes attestant qu'il s'est établi dans l'économie animale une augn-entation vicieuse d'action ? Y a-t'il une de ces maladies qui ne manifeste le désordre du jeu des vaisseaux absorbans par des déplacemens plus ou moins rapides des fluides, par des mouvemens qui portent ces fluides, tantôt des surfaces muqueuses et cutanées vers les aréoles cellulaires, tantôt de l'intérieur de ces aréoles , et sur ces premières

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surfaces, d'où elles peuvent s'écouler comme par lorrens , sous forme de sueurs ou de diarrhées colliqualives , et sur les membranes séreuses , qui les versent en abondance dans les cavités qu'elles forment et qu'elles sont chargées de revêtir? Ces courans divers, l'avide succion qui attire les fluides sur un point ; l'effort , pour ainsi dire, convulsif qui les rejette hors des vaisseaux sur un autre point, sont autant de phénomènes qui doivent éloigner toute idée que Ja faiblesse joue un rôle essentiel dans la production des exhalations séreuses.

S'il en était autrement, comment se rendraiton raison d'une observation journalière qui fait voir les maladies chroniques se terminer toutes par l'hydropisie et le marasme? Il paraît d'abord inconcevable que le même chemin puisse mener à des termes en apparence si éloignés; mais la distance qui les sépare aux yeux du vulgaire disparait aux yeux du médecin physiologiste. Dans les hydropisies et dans le marasme , celui-ci retrouve la même action vasculaire ; dans l'une et dans l'autre il aperçoit des humeurs rejetées hors des vaisseaux. La différence qu'il y remarque , c'est que , dans le marasme, ces humeurs sont plus essentielles à la nutrition et sont expulsées au dehors ; tandis que , dans les hydropisies, les humeurs épanchées sont moins

élaborées, moins imporlaiiles et sont versées dans les cavilës intérieures où elles séjournent long-temps sans causer d'irrilalion, ce qui, peutèlre , n'arriverait pas aux sucs qu'entraîne le marasme. Notre but n'est pas , au reste , de prouver qu'il y ait parité complète entre ces deux états; car il existe entre eux des différences essentielles que nous ferons bientôt remarquer ; mais nous voulons seulement faire voir que I'uq ne tient pas plus à la faiblesse que l'autre, et qu'ils naissent également d'une action vicieuse et déréglée j souvent produite dans l'économie animale par l'existence d'un foyer d'irritation sur quelque organe plus ou moins essentiellement lié à l'ensemble des fonctions vitales.

Toutefois , il faut convenir que s'il est facile d'expliquer les sueurs et les diflerens flux séreux , par la simple exhalation naturelle, devenue trop abondante, il est bien plus difficile de se rendre raison, par cette seule cause, de la stagnation des fluides séreux dans le tissu cellulaire et dans les grandes cavités. Comment ces fluides ne sont-ils pas résorbés dans la même proportion qu'ils sont produits, comme on le voit arriver en santé? Cet effet ne tient-il pas à un état maladif, à un resserrement, à quelque défaut d'action des vaisseaux résorbans qui devraient les reconduire dans les veines ou vers les II. 3i

éraoncloires ? On ne peut se défendre de croire que les choses ne se passent ainsi. L'irritation , fixée sur les vaisseaux absorbaos exhalans , parait déterminer constamment, sur les vaisseaux résorbans , un état de gêne et d'astriction qui suspend ou diminue beaucoup leurs niouvemens : du moins , voyons-nous le même phénomène se présenter dans les congestions inflammatoires et hémorrhagiques , tout aussi bien que dans les hydropisies. On ne peut même concevoir qu'un épanehemenl , de quelque nature qu'on le suppose^ puisse avoir une certaine durée , s'il n'est entretenu par une cause semblable. Il ne se passe donc rien ici que l'on ne voie également arriver dans toutes les sortes de pléthores, de cachexies ou de collections humorales établies dans l'économie animale; dans toutes, les fluides stagnent dans les cavités et ne sont qu'imparfaitement résorbés. On les voit seulement s'accumuler en bien plus grande quantité dans les hydropisies , par des raisons qui tiennent à l'étendue et à la nature des fonctions de l'organe^ qui se trouve le siège de ces dernières affections.

Le tissu cellulaire paraît être , en effet , un vaste organe sécréteur de la sérosité, chargé d'entourer le corps , ainsi que chacune des parties qui le constituent, d'une humidité propre

à donner de la libcrlé et de la souplesse aux mouvemens. Comme la surface en est immense ^ les produits qui s'en exhalent pre'sen-» tent une quantité proportionnée, quantité qui échappe facilement à l'observation lorsqu'elle se maintient dans des limites convenables , et qu'un juste équilibre se conserve entre le jeu des vaisseaux exhalans et celui des vaisseaux résorbans , mais qui devient de suite exhorbitanle lorsque cet organe est frappé de la modification particulière de sensibilité d'où résulte i'état d'exhalation morbilîque. Sans doute quetous les fluides peuvent aboutir et stagner dans cet organe , si généralement répandu , et dont les rapports sont si multipliés ; mais il est naturel aussi que ceux de ces fluides, à la sécrétion desquels il est plus spécialement destiné , s y trouvent plus facilement épanchés et en quantité beaucoup plus grande.

2°. De la Poly sarcle et des Flux graisseux.

C'est encore, selon toute apparence, parce que le tissu cellulaire conlient, avec les vaisseaux chargés d exhaler les sérosités, ceux que la nature destine à la séparation des sucs adipeux , qu'il est le siège de ces énormes amas de graisse qu'on voit se former, tantôt lentement , tantôt d'une manière plus ou moins rapide, et

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constituer les polysarcies générales ou locales ; du moins on ne peut douter que ces dernières maladies ne soient le résultat du même genre de mouvemens et de l'exallalion des proprie'lës vitales de certains vaisseaux appartenant au même système que ceux dont l'action produit les lijdropisies et les exhalations séreuses, quand on voit les liquides qui s'y trouvent exubérans quelquefois s'accumuler dans toute l'étendue du tissu cellulaire; quelquefois se concentrer sur quelques points de cet organe ; quelquefois s'exha.'er sur les surfaces intestinales; quelquefois se rassembler en tumeurs , en pelotons graisseux dans les cavités que tapissent les membranes séreuses ; quelquefois s'engendrer avec rapidité; et quelquefois, enfin, être brusquement résorbés, de telle sorte que des personnes très-grasses sont frappées d'une maigreur presque subite. Il est évident que les alternatives que présentent ces divers mouvemens, alternatives qui peuvent porter les sucs graisseux, tantôt sur une partie, tantôt sur l'autre, dépendent des mêmes lois que celles qui président aux divers genres d'exhalations, et qu'elles supposent, dans les vaisseaux qui les produisent, des propriétés tout-à-fait analogues à celles des vaisseaux qui déternnnent les fluxions hémorrhagiques, phlegmatorrhagiques et séreusçs.

Il ne faut pas croire , au reste , que le vicieux accroissement de l'exhalation graisseuse soit toujours et uniquement le jiroduit d'une alimenlalioa trop abondante : il n'est pas rare, au contraire, de voir celle exhalation succéder brusquement , comme les autres exhalations , à des maladies de diverse nature. Bordeu cite, dans son Traité ds VAnaljse du sang, une fièvre de vingt-un jours, qui se termina par une monstrueuse pousse de graisse. Le même auteur a vu Irois jeunes filles devenues épilepliques à l'âge de la puberté, et que chaque attaque engraissait au point qu'elles devinrent colossales. Nous avons nous-mêmes observé une semblable pousse de graisse , à la suite d'une grossesse pénible et d'une couche laborieuse, sur une jeune femme de vingt-cinq ans. Nous en avons maintenant sous les yeux une assez considérable, coincidantavecunesorte d'afteclion nerveuse qui fait constamment rejeter, par le vomissement , une très-grande partie des alimens aussitôt qu'ils sont ingérés. Ces sortes de faits ne sont pas rares , surtout chez les personnes du sexe , qui s'y trouvent , en général , plus disposées que les hommes.

D'un autre côté , nous lisons dans le Journal de Médecine {\) Thistoire d'un homme chez le-

(i) Tome xLviii^ pag. 1 1/, , année 1777.

quel une exhalation semblable s'établit sur les intestins à la suile defre'quenles hëmorrhagies. On avait trouvé le moyen de le soulager, en lui donnant de temps à autre des purgatifs qui lui faisaient rendre un grand nombre de masses graisseuses. La quantité en devint a la fin si considérable que ces corps parasites opposèrent un obstacle invincible au passage des excrémens et causèrent la mort du malade. A l'ouverture du corps , on vit l'intérieur du tube alimentaire parsemé de plusieurs masses graisseuses contenues dans des poches adhérentes aux parois des intestins. Le foie était aussi chargé de ces masses graisseuses.

On sait combien il est fréquent de rencontrer , surtout dans les grandes villes , des œdèmes graisseux , des congestions adipeuses , qui paraissent d'ordinaire dans Tàge de la vie qui succède aux âges marqués par de fréquentes hémorrhagies et par les exhalations véritablement nutritives. Ces sortes de polysarcies sont tellement vulgaires qu'à peine sont-elles remarquées ; d'autant plus que , lorsqu'elles restent concentrées dans le tissu cellulaire souscutané ou dans le tissu cellulaire épiploïque et abdominal , il n'en résulte que peu d'altération dans les fonctions de la vie générale. Cette disposition eslj d'ailleurs , comme celle qui déter-

miaelesliemorrhagies et les phlegmalorrliagies, tellement prononcée chez certains individus , que l'on en voit devenir monstrueux dès l'enfance , et frapper d'élonnement par l'énormité de leur masse ; de même qu'elle peut être individuelle ou héréditaire , sans qu'on puisse l'al- Iribuer, dans la plupart de ces circonstances , à une nourriture trop substantielle , cause qui , dans d'autres cas , peut cependant entraîner une poîysarcie accidentelle plus ou moins considérable.

3°. Des Pneumorrhagies et de V Emphysème.

Mais , indépendamment des sérosités et des graisses que certains vaisseaux absorbans peuvent extraire du sang et verser dans le tissu cellulaire ou sur les surfaces extérieures , On ne peut plus douter qu'il ne se fasse dans le corps une sécrétion de gaz ou de matières aériformes semblables à la sécrétion de ces humeurs , produites dans les mêmes organes , et versés sur les mêmes surfaces. Or , il arrive souvent que ces gaz sont développés en beaucoup plus grande quantité qu'il n'est nécessaire , ce qui constitue un genre d'exhalations vicieuses , qu'on peut nvèttre à côté de celles que nous venons d'examiner. S'il existe , en effet , dans le tissu cellu-

laire et dans les tissus muqueux et dermoïdes , certains vaisseaux spe'cialement destinés à mouvoir les liquides dont nous venons de voir l'exhalation intempestive ou trop abondante , on ne peut se défendre de croire qu'il existe également dans ces parties d'autres vaisseaux dont la destination paraît être de produire et de faire circuler les fluides aériformes, d'aj^ir même sur ces fluides comme les autres parties vascuiaires agissent sur les matières plus solides. Cette vérité semble du moins résulter des expériences de certains physiciens , qui prouvent que la peau absorbe l'air ambiant et le décompose à la manière des poumons ; paraît résulter encore des observations des médecins , qui démontrent que l'air introduit par voie d'expérience ou par accident , que l'air développé spontanément dans le tissu cellulaire ou dans le canal intestinal , peut être résorbé comme les autres fluides , d'après des modificaiions de sensibilité irrégulières et tout -à-fait inappréciables.

C'est sous l'influence des mêmes causes qui favorisent la production des phlegmalorrhagies et des exhalations séreuses , qu'on voit le plus souvent naître les maladies pneumatiques résultant de ce nouveau genre d'exhalations. Mais ici , comme dans les exhalations séreuses , la

faiblesse ne peut être considérée comme une cause réelle et essentielle , pas plus que la fermentation , cause physique et hors du domaine de la vitalité , à laquelle on voulut jadis attribuer la production morbifique des gaz dans l'économie animale ; mais ici , comme dans les exhalations séreuses , l'irritation spéciale d'où naît la maladie peut revêtir un caractère aigu et s'associera un état fébrile et inflammatoire. La brusque exposition à un froid vif et pénétrant lorsque le corps est échauffé, imprudence que nous avons déjà vu produire certaines fièvres , certaines inflammations , certaines hydropisies, détermine également l'emphysème universel, suivant l'observation de J. P. Frank , qui dit en avoir vu plusieurs exemples (i). Nous pouvons en extraire nous-mêmes un , fort remarquable, du Journal de Médecine (2), où l'on voit qu'un homme s'étant plongé dans le Rhône aussitôt après s'être échauffé par un emportement de colère , devint tellement enflé dans l'espace de vingt-quatre heures , depuis les pieds jusqu'à la poitrine, que le scrotum avait le volume d'une tête d'enfant. Le malade éprouvait une soif que

(i) De Ciirand. homin. Morb. , lora. vi , part, i , pag. 40 et suiv.

(2) Tome Lxv , pag. 245.

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rien ne pouvait éteindre , et une oppression si considérable , qu'on craignait pour sa vie. La saigoée et les dëlayans calmèrent peu à peu les accidens. Il peut donc arriver que tout soit commun , causes et traitement , entre Finflammalion et l'emphysème ; il peut même arriver que l'ërjsipèle et remphysème marchent ensemble et s'associent dans la même épidémie, comme Frank dit encore l'avoir observé dans certaines constitutions épidémiques.

D'un autre côté , ce même Frank cite deux épidémies d'emphysèmes spontanés , fébriles : l'une, qui s'était montrée dansTllalie ; l'autre , qui régna dans l'Allemagne. Pendant le cours de cette dernière épidémie , tantôt les membres inférieurs , tantôt le cou, tantôt la face, tantôt l'universalité du corps se gonflait à la suite des accès fébriles ; les malades étaient hideux ; les paupières étaient entièrement fermées par la tuméfaction , et la bouche restait continuellement béante. Barraillon fait aussi mention d'une épidémie du même genre , qui sévit en France dans l'année 1782 , principalement sur les enfans. Après un accès de fièvre plus ou moins fort, les jeunes malades devenaient monstrueux de la tête aux pieds ; et , chez quelques-uns , le gonflement tympanilique de l'estomac coin-

cidait avec le boursoufïlement du tissu cellulaire (i).

Ces faits doivent nous rappeler le méléorisme qui survient dans le cours de certaines fièvres, et qui est bien loin d'èlre un phénomène passif , si l'on en juge par l'état de violente irritation fixée sur les entrailles au moment où ces fluides gazeux sont versés dans les intestins ; ils doivent nous rappeler également que la tympauite déterminée par certains poisons est trèsaiguë , très-douloureuse et quelquefois subitement mortelle : il est facile d'en juger par l'effet du fruit du mancelinier. Barraillon fut appelé pour un jeune homme , très-robuste et auparavant bien portant, chez lequel l'usage de ce fruit détermina une colique horrible d'un seul quart d'heure de durée, à la suite de laquelle le malheureux se sentit tout-à-coup gonfler, comme s'il eût été soufflé; il ne cessait de dire à ceux qui l'entouraient que son ventre et son estomac allaient éclater : en eflét, il enfla prodigieusement, et mourut trois heures après l'invasion.

Il suffira d'avoir réuni sous les yeux de tels exemples pour faire sentir combien l'actioa qui détermine l'émission de ces matières aériformes est loin déire une dilatation passive

(i) Mémoires de la Société royale de Médcç. , t.

des pores ou des vaisseaux, et pour faire comprendre que des gaz répandus dans les cavités , en quantité plus ou moins considérable , ou repris et résorbés avec plus ou moins de célérité, suivant que l'irritation augmente ou diminue, ne peuvent être les produits d'une prétendue fermentation, qu'on sait n'avoir dans les corps vivans aucune existence réelle, du moins sans être le prélude et le présage d'une mort plus ou moins prochaine. Les phénomènes que présentent les gonflemeas et les flux de matières aériformes tiennent donc essentiellement à la même nature de mouvemens que nous savonsproduire les gontlemens et les flux séreux, graisseux, lymphatiques et même sanguins. C'est une irritation spéciale , c'est une modification particulière de la sensibilité des vaisseaux absorbans chargés de ce nouveau genre d'exhalation qui , dans ce cas, produit l'exubérance et l'afflux des matières gazeuses^ tantôt sur un point , tantôt sur l'autre. Aussi voit-on les personnes chez lesquelles des chagrins , des travaux d'esprit , ou des excès ont développé une grande susceptibilité vasculaire et nerveuse , être souvent tourmentées par des venlosités de toute sorte ; mais surtout par des accidens qu'on pourrait à juste litre qualifier de j)neumorrhagies .

11 s'établit eiléclivement daus ces sortes de

DES M AL A Cl ES. /fCf^

maladies , comme dans It'S autres exhalations morbifiques, des espèces de courans qui vont du lissu cellulaire aux intestins et des intestins au tissu cellulaire. Les hypochondriaques connaissent et apprécient ces efl'ets mieux que les meilleurs médecins. Combien de fois ne les voit-on pas soulagés d'une douleur vive et incommode de l'épaule ou du côté par une irruption soudaine de flatuosités ? On sait aussi que l'œsophage se remplit quelquefois tellement de vents , pendant les accès hystériques , que la suffocation est imminente, jusqu'à ce qu'il s'opère une explosion flatulente plus ou moins considérable et prolongée. On sait également que l'estomac est, chez les personnes nerveuses, Je siège des ventosités les plus douloureuses ; que mille causes directes ou sympathiques peuvent y faire exhaler en abondance des fluides aériformes. Nous avons eu l'occasion d'observer une femme âgée d'environ cinquante ans , chez laquelle cet organe , non-seulement se remplissait aijisi , mais encore semblait être le siège d'une exhalation aériforme exorbitante et continuée pendant plusieurs heures tous les jours. Cette femme, après une cardialgie plus ou moins vive et le gonflement tiès-manifeste de Testomac , était comme forcée à une éructation, continue et assez bruyante , laquelle , après une

OU plusieurs heures de durée , cessait pour reparaître le lendemain , toujours précédée des mêmes accidens. On sait enfin qu'il arrive parfois que le ventre se gonfle, qu'on y entende des borborygmes , qu'on y ressente des douleurs , ainsi que dans les lombes, et qu'il survienne à la suite de ces premiers symptômes une violente explosion de vents par haut et par bas , un choiera sec y comme le disent les palhologistes , tant est grande la variété des flux et des courans que peuvent afïecter les fluides gazeux dans l'économie animale ; tant est grande l'irrégularité des mouvemens et de la sensibilité des vaisseaux qui les produisent.

Peut-être nous accusera-t-on de confondre , dans ce chapitre , des maladies que les palholofifistes divisent ordinairement en deux sections

distinctes : \esjlux et les intumescences ou les rétentions; mais nous appellerons à notre justilî-! cation le témoignage non équivoque de l'illustre médecin moderne qui a le dernier adopté cette classification. Tout en la mettant en usage , Frank ne se dissimule pas que les rétentions n'ont pas d'autres sources que \g&JIux , quelle que soit la diiSerence des symptômes des deux maladies. Ce médecin convient qu'il est facile de voir que ces deux états ont une même cause^ soit par le raisonnement , soit par la facile con-

DES MALADIES. ^CjS

version qui s'opère souvent de l'un en l'autre, soit enfin par les remèdes qui conviennent éf^alemenl à tous deux (i). La diflerence consiste seulement en ce que les fluides exubèrans sont tantôt verses sur les surfaces cellulaires et séreuses , tantôt sur les surfaces muqueuses et dermoides; mais l'action qui produit ces fluides, et qui les produit en quantité démesurée , est toujours l'action déréglée des vaisseaux chargés de les exhaler , do les extraire de la masse sanguine. C'est une irritation , une modification de sensibilité moindre que celles d'où résulte l'inflammation ; mais une irritation qui en accélère et précipite le jeu et le mouvement : c'est , en un mot , dans l'un et l'autre cas , une exhalation vicieuse et morbifique.

Remarquons, au re^ste, qu'il n'existe que trois sortes de fluides susceptibles de produire , par leur accumulation plus ou moins rapide , ces intumescences générales connues sous les noms à' hjdropisie , de polj'sarcie , d'emphysème. Tous les autres liquides , la bile , l'urine , les mucosités , la lymphe , le sang lui-iiiême , peuvent bien se répandre en certaine proportion dans le tissu cellulaire, y produire des cachexies, l'état qu'on nomme pléthore , des tumeurs cir-

^i) Ibid. , t. VI , part, i , pag. 25.

consentes plus ou moins volumineuses , mais jamais ces vastes inondations , ces gonflemens énormes, instantanés , mobiles delà périphérie du corps , que produisent les liquides séreux , graisseux ou bien les fluides aériformes. N'en doit-on pas conclure que le tissu cellulaire est exclusivement l'organe sécréteur de ces trois différens produits, et qu'il se gorge de sérosités , de graisse , de fluides gazeux dans certaines circonstances , absolument de la même manière et en vertu des mêmes lois que les seins, par exemple , se gorgent de lait dans des circonstances analogues ; que d'autres fois il verse ces fluides dans les cavités intérieures et sur les surfaces muqueuses et cutanées, au moyen d'innombrables canaux excréteurs , absolument de la même manière et en vertu des mêmes lois que les glandes salivaires , le foie , les reins , versent les leurs dans les réservoirs qui leur sont destinés , à la vérité, par le moyen de canaux plus circonscrits et beaucoup moins multipliés ?

C'est à des dispositions organiques de celle nature j c'est à l'immense étendue du tissu cellulaire , comparée au petit volume de ces corps glanduleux, plutôt qu'à toute autre cause, qu'oa doit attribuer la grande différence de résultats que produit sur l'easerable de l'économie ani-

maie , l'exlialation déréglée des vaisseaux de chacune de ces parties. Les vaisseaux chargés d'extraire du sang les matériaux de la salive acquièrent-ils un surcroît vicieux d'action , le désordre ne peut de beaucoup dépasser la sphère d'activité des glandes salivaires. La quantité plus considérable de fluide qui en résulte engoue bien, sans doute , ces glandes comme la sérosité remplit le tissu cellulaire j le fluide s'écoule bien sur les surfaces muqueuses, comme la sérosité s'y trouve versée parfois à l'occasion de l'exhalation morbifîque du tissu cellulaire ; mais il ne s'écoule que par quelques débouchés peu nombreux; mais les désordres généraux sont ea proportion de l'organe malade , quoique , en dernière analyse, les mouvemens vasculaires qui en sont la première cause soient absolument, dans l'un et l'autre cas, de la même nature. C'est ainsi que la bile , devenue exubérante, peut se disséminer dans le foie, remplir la vésicule , se répandre et couler par les intestins , être même détournée sur la peau et sur les autres parties^ où elle stagne et produit des phénomènes variés de coloration ^ sans jamais déterminer ces vastes intumescences qui résultent de l'épanchement de la sérosité de la graisse et des fluides aériformes. C'est encore ainsi que l'urine peut être exhalée dans les reins, II. S2

de manière à les gonfler , à les distendre , comme la graisse et la sérosité distendent le tissu cellulaire ; couler en assez grande abondance pour simuler le flux diabétique^ peut-être même être résorbée dans le tissu cellulaire^ sans jamais rien produire de semblable aux hydropisies , aux polysarcies et aux emphysèmes, quoique, après tout, il n'y ait aucune de ces maladies qui ne soit le résultat de la même modification de sensibilité fixée sur les vaisseaux absorbans chargés d'extraire du sang les matériaux des humeurs qui deviennent trop abondantes dans chacune de ces circonstances , modification qui est la source commune de toutes les sortes d'exhalations directes ou indirectes ; c'est-à-dire , de toutes les exhalations qui font sortir hors des vaisseaux, et versent au dehors en quantité dc- Tïiesurée, tantôt les fluides sanguins et lymphathiques , tantôt les produits naturellement séparés de la masse sanguine.

§ m. Des Exhalations morbijîqiies déprai^ées.

Nous regardons comme naturellement séparées du sang les humeurs ou les matières qui sont fournies par les vaisseaux que la nature destine à cet usage ; mais si , par une sorte de perversiou de leurs propriétés vitales , ces vais-

seaux, auliea d' extraire les matières qu'ils sont chari^'és de fournir, en produisent de totalement difTércnles, nous trouvons^ dans ce nouveau genre de désordre , une nuance particulière qui mérite d être soigiicusement distinguée. Les exhalations dépravées, dont il est ici question, se rencontrent assez fréquemment dans la pratique, et sont la base et l'essence d'un grand nombre de maladies chroniques. On les voit quelquefois naître primitivement dans les organes qui les présentent, et d'autres fois elles prennent leur source dans des parties éloignées , dont l'afiection produit l'exubérance des humeurs qui leur sont propres, en même temps que certains raouvemens de rétroversion dans les réseaux absorbans cellulaires , d'où résultent ces déviations.

1°. Des Exhalations dépravées primitives.

Parmi les altérations qui peuvent être la suite de l'exhalalion primitivement dépravée, et dont les ouvrages d'anatomie pathologique renferment de nombreux exemples , on peut surtout compter les changemens profonds qui , par une sorte de transformation , rendent certains organes semblables à d'autres parties avec lesquelles ils n'avaient d'abord aucune ressemblance : de;^ cartilages devenus osseux ; des mus-

5oO DU SIEGE ET DE LA NATURE

cles changes en un tissu graisseux ; des tendons convertis en membranes; les poumons présentant Ja couleur et la consistance du foie ; la substance parencbyniateuse des viscères ramollie en matières pulpeuses, blanche comme la pulpe cérébrale ; le tissu cellulaire cartilagineux on fibreux ; le cerveau changé en solide osseux ou durci comme la piei re ; les os plats devenus flexibles et de la couleur des menibranes muqueuses, ou bien ammcis et tendineux ; enfin , des tumeurs cellulaires ou parenchymateuses dans lesquelles on voit rassend>lées pèle- mêle plusieurs de ces substances étrangères l'une à l'autre et à la partie qui les renferme : tels sont les phénomènes extraordinaires qui peuvent naître de celte modification particulière de la sensibilité des vaisseaux absorbans fixée tantôt sur un point, tantôt sur l'autre de l'économie animale.

Mais combien plus extraordinaires et plus formidables encore doivent être les résultais de cette sorte de dépravation du goût des vaisseaux absorbans , si cette expression peut nous être permise, lorsque cette dépravation envahit tous les tissus à la fois, et tend à gagner de proche en proche toutes les parties du corps , quelle que soit la différence de leur structure ! Un tel déplacement des molécules constitutives.

D K s MALADIE S. 5o I

«Il tel désordre de revliaîalioti nuLritive , ne se présente jamais d'une manière générale, ou ne se préseale qiie Irès-r irement dans nos climats tempe'rés. Mais n'est-ce pas à une cause de cette natui-e qu'on doit attribuer l'éiéphantiasis des Grecs, nommé /è/jre par les Arabes , maladie comtnnjiedans les contrées brûlantes de l'Asie et de l'Afrique ? C'est du moins dans celte seule maladie qu'on trouve universellement répandue *;etle profonde transmutation des parties dont nous ne voyons en Europe que quelques exemples isolés et partiels , concentrés tantôt sur un organe, tantôt sur l'autre , et le pins souvent même limités sur un point circonscrit d'un seul organe. C'est dans cette affectioQ seule qu'on peut voir les parties les plus dures, les parties osseuses, devenues charnues, comme dans le spiiia veniosa y et converties en une masse ramollie , sans cavité médullaire ; qu'on peut voir les phalanges des doigts des pieds et des mains , ainsi ramollies et gonflées^ se joignant entre elles et ne formant plus qu\in tout, comme si elles étaient composées d'une cire malléable (i) ; qu'on peut voir le parenchyme des viscères naturellement consistans et rouges , de-

(i) Schilling , de Lepra, pag. ijjiii-S. J77^*

venu blanchâtre et mollasse (i); qu'on peul voir les tendons el les muscles réunis et confondus en une masse dure cl lardace'e , plus adhérente à l'os €|u'elle entoure que les lames osseuses ne le sont restées entre elles ; qu'on peut voir les artères , les veines et les vaisseaux lymplialiques , ordinairement apparcns , totalement efl'acés , el ne laissant aucune trace de leur existence dans l'intérieur de ces parties (2); qu'on peut voir le derme , inégalement épaissi , devenu sur certains points huileux el glabre ; sur d'autres points , dur, sec, rugueux, coriace; sur toute son étendue, imperspirable, insensible, el surmonté de végétations épidermoïdes ou fongueuses , de produits crustacés , ainsi que de tubercules calleux , et comme carti'airineux. Enfin , c'est dans cette seu;e maladie qu'on peut observer avec épouvante la dégénérescence spontanée et insensible d'une multitude de parties différentes , qui coucouraient auparavant à la formation et aux fonctions des membres , en un tissu cellulaire uniformément imprégné de sucs visqueux, lymphatiques, graisseux ^ tel , h-peu-près , qu'on le voit dans i'embryoh et dans les zoophytes; d'où il résulte

(i) Ruelle, Essai sur r Elephantiasis^Y'^^'''^^' [1) Schilling, ibut, iX^Q^- i^'

DES MALADIES. 5o5

que ces membres ainsi dégénères peuvent être séparés du corps , soil par l'efTet de la maladie , soit par les procédés de l'art , sans notable liémorrhagie , et quelquefois même sans la moindre eûusion sanguine (i) , comme la chose a lieu pour les membres de certains insectes.

Ne pourrait-OQ pas croire que celte funeste disposition , transplantée des pays lointains à des époques reculées , s'est perpétuée parmi nous au moyen de la contagion favorisée pat" lunion des sexes, et qu'elle y règne encore sous le nom de maladie syphilitique ? Si telle était l'origine de cette dernière afifection , il serait facile de concevoir pourquoi les livres des observateurs n'ont commencé d'en faire mention qu'à-peu-près vers l'époque où les accidens de la lèpre ont cessé de se montrer en Europe dans toute leur intensité, comme Ta remarqué le célèbre historien de notre art , M. Sprengel. L'énorme différence qui sépare ces maladies, aujourd'hui totalement distinctes , s'expliquerait dans ce cas par l'heureuse influence de nos climats tempérés , laquelle aurait fait subir des modifications successives à la lèpre , au point de l'amener à n'être plus que ce que nous voyons être maintenant la syphilis. D'ailleurs on trouve

(i) Ibid ^ pag. 18 et 1 y.

5o4 1>U SIEGE ET DE LA NATURE

dans cet élal d'exliême modificalion lui-même riae égale tendance à bouleverser la conlexture des organes , à déplacer et à transplanter les matières solides et liquides contenues dans les différens parenchymes , à créer , en quelque sorte, de nouveaux tissus, à détruire et faire disparaître les anciens , à verser et à combiner dans les parties des sucs visqueux et lymphatiques, à produire des végétations cellulaires, sarcomateuses et cartilagineuses même sur les surfaces intérieures et extérieures; en un mot, à déterminer dans toutes les parties les désordres qui résultent de la dépravation des exhalations , dépravation que nous avons vue poussée à un si haut degré dans l'éléphantiasis des Grecs ou lèpre des Arabes.

2°. Des Exhalations dépras^ées secondaires.

Quel que soit le degré de confiance que méritent ces rappiochemens , il est du moins certain que ces deux maladies se composent l'une et lautre d'exhalations vicieuses dont les produits s'accumulent dans les parenchymes et dans les aréoles cellulaires, ou pullulent à la surface de la peau sous forme de tumeurs , de végétations , de productions crustacées d'un aspect bizarre et dégoûtant , sans qu'il soit de leur essence de

DES MAL A D I F. S. 5o5

verser le produit de ces exhalations dépravées sur les surfaces muqueuses , et de consumer ainsi l'économie animale par d'énormes coUiqualions. Ce caractère est réservé à une autre sorte de dépravation de la vitalité et du jeu des vaisseaux absorbans, laquelle fait sortir du corps, tantôt par la voie des urines , tantôt par les voies intestinales^ tantôt par la voie des sueurs, tantôt par tous ces couloirs à la fois , non-seulement les matières alimentaires qui , venant de l'estomac et des intestins , sont destinées à réparer nos parties , mais sans doute encore les molécules nutritives qui , déjà rendues à leur destination, sont déposées dans les divers parenchymes. C'est ainsi que certains cholera-morbus épuisent la vie en quelques heures, et que les moins graves de ces maladies produisent , en deux ou trois jours , une maigreur très-rapide et très-considérable. C'est encore ainsi que , dans le diabète , toutes les substances propres à servir au renouvellement de la nutrition se trouvent dirigées sur les reins et sortent avec les urines , comme l'indiquent assez et le changement de nature de cette liqueur excrémentilielle, et l'extrême abondance avec laquelle cette liqueur s'écoule , et le peu de matières fécales que rendent les malades malgré la grande quantité d'alimens qu'ils engloutissent , et la consomption qui les dessèche

5o6 DU SIEGE ET DE LA NATURE

et les entraîne plus ou moins rapidement au tombeau.- C'est encore ainsi que, dans le marasme ^ l'exhalation de'pravée qui le constitue fait que la peau, les membranes muqueuses, les reins, rejettent incessamment au dehors, pêlemêle avec leurs produits naturels , les molécules nuUilives les plus essentielles à Tentreliendes organes; d où il arrive que les parties molles, surtout , sont réduites aux cylindres primitifs de leurs parenchymes presque entièrement désemplis et affaissés sur eux-mêmes, et qu'une affreuse émaciation ne laisse apercevoir, après une certaine durée de la maladie , d'autres formes extérieures que celles de la charpente osseuse (i).

INous n'ignorons pas que l'anatomie, n'ayant pu démontrer encore la jiature et l'existence des mouvemens qui dépouillent ainsi l'économie animale des molécules contenues dans les divers parenchymes, on a voulu regarder commue hy-

(i) Le înarasme enlève donc les parties contenues pour ne laisser subsister cjue les parties contenantes , c'est-àdire , les innombrables divisions du solide vivant. Aussi les organes nerveux , qui sont en grande partie composes d'un cntrecroi-ienient très-serré de ces cylindres primitifs abreuvés d'une matière uniquement destinée à 1 entretien de ce solide vivant, ne partagent-ils jamais la di-

DES MALADIES. Soy

polhëlique ropiniori qal tendait à faire admet- Ire , dans la théorie des précédentes maladies , ces sortes de tl^viations opérées par le système absorbant. Toutefois , des auteurs recommaudables n'ont pas fait difllcullé d'en reconnaître l'existence et de la prendre pour base de leurs explications. Halîer rapporte, dans sa grande Physiologie ^ (^es observa tiotis desquelles il lui paraît résulter. que le chyîe avait été dévié sur les glandes iliaques et lombaires. On connaît les expériences sur lesquelles Darwin s'appuie pour croire , avec quelques autres physiologistes, que le diabète est produit par une semblable déviation sur les organes sécréteurs de l'urine. Mais u-egligeoas ces autorités et toutes celles que des recherches plus étendues pourraient nous fournir. L'observation clinique suffit pour nous convaincre, mieux que ne pourrait le faire la froide inspection des cadavres, que, dans les maladies qui viennent de nous occuper, il existe des mou-

niinutio!! de volume du tissu cellulaire et des muscles dans celle maladie. Ce fait, qui vient d'êire démontré pai M. le docteur I>csraouIins , dans un mémoire intéressant lu à l'Acadëmie dés Sciences , cadre parfaitement avec les idées que nous nous soTn^mes faites du système nerveux , et donne la raison de l'extrême susceptibilité ijui se développe chez les. persounes consumées par le jnarasme.

5o8 DU SirCE ET DE LA lYATURE

vemens dësordomiësau moyen desquels les subslances niUrîlives, ou sont directement enlevées au fluide sanguin par les organes qui les versent au dehors, ou sont enlevées de toutes les parties pour être dirigées sur ces organes, qui, frappés d'une mod ficalion insolite, s'en emparent nia'gré leur destination contraire, et les exhalent avec une funeste profusion : il n'est pas un phénomène de ces maladies qui ne le prouve d'une manière évidente. Or, peut-on ne pas convenir que l'un et l'autre cas ne se rapporte à la dépravation du jeu des vaisseaux absorbans, sans laquelle ces sortes de déviations ne sauraient exister?

Il ne nous paraît pas plus difficile de croire à ces déplacemens d'humeurs qu'à quelques autres dépiactnicns dont on ne doute plus aujourd'hui , parce qu'où les voit s'opérer à la suite de 1 affection de certains organes dont les molécules constituantes ou les sécrétions habituelles portent un tel caraclère , qu'on peut les suivre partout où les mouvemens irréguliers des vaisseaux les transportent. Par exemple, les observations récentes et les recherches d'anatomie pathologique des docteurs Hamilton (i) et J. Moo-

(i) Dibliotlieque médicale étrangèi'ey cahier d'avril iSia, pag. 385.

DES MALADIES. ÔOQ

re(i), en Angleterre, et celles que vient de faire M. Guilbert, en France (2), ne permettent guère de douter que l'effet principal de la goutte ne soit de mettre en aberration une matière salinoterreuse qui se répand à la surface des extrémités osseuses et des articulations, y produit des épancliemens d'une humeur d'abord visqueuse et limpide, infiltrée dans le tissu cellulaire, entourant la partie affectée, et même dans les cavités articulaires et les bourses muqueuses qui les avoisinent, laquelle, par la résorption des parlies les plus ténues , se convertit en une substance sèche, opaque et calcaire. On sait également que cette substance calcaire s'échappe souvent par les urines; que d'autres fois elle s'arrête sous la peau, et produit, dans le tissu cellulaire, des concrétiojis tophacées; qued auties fois elle sort par les sueurs et reste fixée sur la surface cutanée qu'elle recouvre d'une sorte d'enduit terreux; que d'autres fois même elle se mêle aux mucosités qui enduisent la langue, et au'on voit, chez certains goutteux , ces mucosités ramassées et desséchées se durcir et se lapidifier; que d'autres fois enfin , elle se porte sur les pou-

(i) Transactions méJico- chirurgicales de Londres , pag. i55 de la traduction ■(2) Delà Goutte et des maladies goutteuses f P* ^9-

mons et rend les crachats crayeux , ou farcit ces organes de petites productions calculeuses qu'il n'est pas très-rare de voir rejetées par l'expuition.

D'un autre coté , les auteurs sont remplis d'exemples où l'on voit , à l'occasion d'une affection du foie , la. peau s'imprégner de l'humeur bilieuse , le sang devenir jaune, ainsi que Winger dit l'avoir découvert en saignant quelques ictériques ; les viscères, les iutestins, les muscles perdre également leur couleur naturelle et prendre une teinte plus ou moins jaunâtre , suivant l'observation de Thonier (i) et de Bartholin (2) ; les os eux-mêmes recevoir cette nuance , non - seulement chez les ictériques, mais encore chez les en fans renfermés dans le sein d'une mère attaquée de celte maladie , au rapport de Doioeus , dans son Encyclopédie médicale l^). Ces faits, et beaucoup d'autres de même nature qu'on pourrait rassembler, sont incontestablement analogues à tous ceux que présentent les autres espèces d'exhalations dépravées. La route que suivent les sucs osseux pour se porter vers les poumons ou vers les au-

(i) Obs. I , lib. m.

(2^ Ad. HaJJn., vol. iii y obs. xxvni , pag. 58.

(3) Lib. ni, cap,. 8.

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1res parties, chez les goutteux, est-elle donc plus naturelle que celle que Darwin fait prendre aux sucs chyleux chez les diabétiques? INon , sans doute. Toutefois, on admet sans difficulté la déviation des premières humeurs et l'on révoque en doute celle des secondes. L'exhalation pulmonaire n'a-t-elle pas besoin, pour répandre dans la substance des poumons la matière tophacée qui se dépose et s'engage dans les aréoles bronchiques, d'être dépravée, de la même manière qne l'exhalation des reins à besoin de l'être pour verser les matières sucrées et nutritives qu'entraîne le flux de certains diabètes ? 11 est impossible de le méconnaître. Convenons donc que toutes ces circonstances dépendent d'une modification de sensibilité très-analogue , modifîcalioa qui ne peut se fixer que sur le seul ordre de vaisseaux capable de recevoir ces différentes nuances , et de varier ses mouvemens au gré de cette sensibilité, que mille causes peuvent à tout instant exalter ou pervertir; dépendent d'une modification de sensibilité fixée sur cet ordre de vaisseaux qui, selon le degré ou la nature des irritations, tantôt assume le sang avec violence , le relient sur le point irrité et lui fait subir le travail de la puiiicatiou ; tantôt l'absorbe et l'exhale au dehors sans le décomposer; tantôt retire de ce fluide

et verse avec profusion sur les différentes surfaces les humeurs qu'il a coutume d'en extraire , suivant les organes dont il forme la base; tantôt enfin , par un renversement plus funeste des lois de la vie, accumule dans les os les matières destinées à composer les muscles et les parties molles , accumule dans les muscles et les autres parties molles les matières destinées à former les os et les cartilages , ou transporte sur les emoncloires les substances préparées pour l'entretien et le renouvellement de la nutrition, soit avant qu'elles n'aient atteint leur destination dans les parenchymes^ soit après qu'elles y sont parvenues ; tandis que la circulation sanguine n'éprouve aucun dérangement durant ces désordres, si ce n'est qu'on aperçoit, dans certains cas où toute l'économie animale est intéressée à la fois, plus de rapidité dans la progression de la colonne sanguine 5 si ce n'est encore que, la plupart du temps , le sang éprouve une profonde altération à la suite et par l'effet de ces bouleversemens.

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