‹ Du siége et de la nature des maladies; ou, Nouvelles considérations touchant la veritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animaleChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De F Influence des uaisseaux absor^ bans dans les phénomènes des contagions fébriles,

IN ULLE part ces complications ne sont aussi frappantes et aussi funestes que daiis les contagions fébriles ; c'est là que les plie'nomènes de la fièvre se confondent bien réellement avec ceux de l'inflammation. II résulte môme de ce mélange une combinaison particulière très-bien saisie par les praticiens , laquelle participe également du caractère des fièvres et de celui des inflammations. Aussi voyons-nous ces composés , ces mixtes , si Ton peut s'exprimer ainsi , partager les sentimens des nosologistes , et se trouver rangés par les uns dans la classe des fièvres , et par les autres dans celle des inflammations. Mais, quelles que soient les analogies que le siège et la marclie de ces maladies permettent d'établir entre elles et les fièvres , on ne peut oublier qu'elles présentent des différences telles qu'il est difficile de les regarder comme essentiellement de la même nature. A la tête de ces différences , il faut placer les causes

Iu6 DU SirCE ET DE LA NATUKE

et leur mode d'action. Ce n'est plus ici , comme dans les fièvres proprement dites , l'impression des corps étrangers sur la peau ou sur les voies digestives agissant par leurs proprie'lés physiques ; ce ne sont plus de simples écarts dans le régime , ou des affections morales plus ou moins prolongées qui donnent lieu à la nouvelle collection de phénomènes qui se présente. Il est nécessaire , pour que ces phénomènes se montrent, qu'un germe, produit et développé par une maladie semblable , s'applique sur quelques-unes de nos parties , et s'introduise, par la voie des vaisseaux absorbans, dans l'intérieur du corps. Ce germe , imprégné des modifications qu'il a reçues de l'organisation et de la vie , agit par des propriétés qui nous sont inconnues, mais qui tiennent quelque chose de l'organisation , et sont tout-à-fait étrangères aux qualités physiques suffisantes pour déterminer les fièvres essentielles. D'un autre côté , l'on ne voit pas ici, comme dans les inflammations , une affection circonsente, dont la fièvre est proprement le symptôme ou l'effet, mais une maladie dans laquelle la fièvre donne lieu , ou tout au moins précède l'exanthème, une maladie dans laquelle le désordre est aussi répandu que dans la fièvre , et dont les effets généraux se montrent quelque temps avant l'affectioa locale.

Au reste, l'analyse rapide des symptômes qui caractérisent les contagions fébriles suffira pour faire comprendre et les analogies et les diiTérences qu'il importe d'établir. Et d'abord l'attention la plus superficielle fera reconnaître que dans les contagions fébriles comme dans les fièvres, le siège du mal se trouve iixé tantôt sur la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, tantôt sur les organes digestifs et le tissu cellulaire abdominal (i); que tantôt les vaisseaux absorbans artériels sont spécialement lésés , et que tantôt ce sont les vaisseaux absorbans veineux ou lymphatiques, et le plus souvent plusieurs de ces systèmes de vaisseaux ensemble et conjointement avec le système nerveux. Mais, au lieu que, dans les fièvres éphémères et inflammatoires, l'excitation des réseaux absorbans cutanés est générale, unitorme et modérée, l'irritation se concentre ici sur plusieurs points de l'organe dermoide , s'y montre plus intense et sous une forme particulière ; au lieu que les poumons et les membranes muqueuses supérieures n'éprouvent, dans le premier cas, qu'un léger res-

(i) On ne saurait douter , dit M. Caillot, que certaines contagions semblent avoir une préférence marquée poulie système digestif, tandis que d'autres se portent aux léguraens. ( De la Fièvre jaune , pag. 92. )

l83 DU SIEGE ET DE LA NATURE

serrement sympathique , ces parties montrent , dans le second, une simultanéité d'affection qui devient manifeste parla rougeur des yeux , l'écoulement des narines, la toux fréquente , l'oppression péripneumonique, les maux de gorge, etc. ; au lieu que dans la fièvre adynamique, les membranes muqueuses peuvent rester intactes même lorsque la maladie a été mortelle ; au lieu que, dans les fièvres bilieuses et pltuiteuses , le mal est rarement porté au-delà d'un certain degré de modération qui laisse peu de traces après la mort sur l'organe hépatique et les voies digeslives, on remarque, au contraire , dans le typhus, la fièvre jaune, la peste, des lésions bien plus profondes, et souvent même une désorganisation portée à son comble sur ces organes ; enfin , au lieu que les sympathies de la peau sont peu sensibles dans les premières de ces maladies, elles vont jusqu'à produire , dans les secondes , d'abondantes éruptions pétéchiales ou miliaires, l'ictère le plus intense, de vastes ecchymoses , des sueurs sanguines ou des charbons gangreneux.

§ 1^^". Analyse des phénomènes produits dans les maladies contagieuses cutanées.

Toutes les contagions qui exercent une action spéciale sur les vaisseaux absorbans cutanés, plus parliculicremenl en rapport avec le sang

DES MALADIES. l ,St)

artériel, développent le caractère inflammatoire, bornent leurs efl'ets à la peau et au tissu cellulaire souscutanë, et produisent un violent ébranlement dans le système respiratoire. Selle reconnaît l'analoi^ie des maladies qui en dérivent avec la fièvre inflammatoire , et trouve que le même traitement leur est applicable (i). Ces maladies, la rougeole , la scarlatine, la petite-vérole, se contractent plus facilement dans l'enfance et la jeunesse, comme la fièvre inflammatoire. Les mêmes saisons, les mêmes climats favorisent leur développement ; elles attaquent de préférence les sujets doués d'un tempérament sanguin. Les mouvemens fébriles par lesquels elles débutent aimoncent , comme ceux de la fièvre inflammatoire, un orgasme considérable des vaisseaux absorbans cutanés , produisent le passage d'une quantité considérable de sang artériel dans les réseaux réticulaires ^ et ces sortes de préludes leur sont communs à toutes indifleremment ; on n'y trouve que des difterences graduées qu'il est même quelquefois difficile d'apercevoir. Combien de fois n'a-t-on pas confondu la première éruption d'une petite- vérole discrète avec celle d'une rougeole boutonnée ! La scarlatine et la rougeole ont encore entre elles des

(i) Pjrétolog.

analogies plus frappantes, et lellemeat que Morlon pensait que ces maladies ne différaient que par le degré. C'est toujours par des phénomènes cutanés analogues à ceux des mouvemens fébriles inflammatoires que débutent ces sortes d'exanthèmes. Et si l'on aperçoit , à mesure que le mal avance dans son cours , des effets sympathiques spéciaux et plus intenses^ des altérations locales particulières qui servent à distinguer ces exanthèmes l'un de l'autre , ces sympathies et ces altérations locales, loin de les éloigner des fièvres inflammatoires, dévoilent au contraire à nos yeux des phénomènes que la modération des accidens nous avait dérobés dans ces sortes de fièvres.

En effet , oa voit bientôt la rougeole déterminer, sur l'habitude extérieure, des boutons plats, sous forme de taches rouges, rapprochés et réunis en grappes, et laissant entre eux des intervalles où la peau reste blanche ; on voit à la fin de la maladie l'épiderme tomber en écailles farineuses ; on voit , dès le commencement, et le plus souvent quelques jours à l'avance, une affection calarrhale des yeux , du nez , des voies aériennes, marquer la sympathie ou plutôt la coïncidence d'affection établie sur les membranes muqueuses de ces parties; on voit d'autre part la scarlatine couvrir la surface de la peau

D ES M A L A D I ES. IQÎ

lie larges taches e'rysipëlateuses un peu moins supertîcielles que celles de la rougeole , d'un rouge beaucoup plus vif, et ne laissant point d espace où la peau reste de couleur naturelle; on voit le derme se «onfler et s'épaissir , la maladie locale se terminer par la desquamation et la chute de l'épiderme, qui s'enlève par larges plaques , et les sympathies muqueuses se manifester, moins par l'oplilhalmie et le coryza que par des maux de gorge et la diQîcuUé d'avaler, presque toujours accompagnées d'une petite toux sèche et d'oppression. Les médecins sont tous d'accord aujourd'hui que le désordre a pour siège , dans ces deux maladies , le tissu rèticulaire plus ou moins profondément lésé ; ce qui paraît de la dernière évidence, d'abord par la forte coloration que reçoivent les réseaux blancs de ce tissu , ainsi que par le grand dégagement de chaleur qui s'y opère ; ensuite par l'exhalation des sérosités qui soulèvent l'épiderme et tiennent les malades dans une disposition prochaine aux gonflemens hydropiques , pour peu que l'impression de l'air froid crispe et resserre les orifices par lesquels ces sérosités ont coutume de s'évaporer pendant la convalescence. Si ce résultat, tout aussi-bien que leur siège, rapproche la rougeole et la scarlatine de la fièvre éphémère, les Jumeurs articulaires et les engorgemens glan-

duleux qu'ils eiilraîuent assez souvent à leur suite , seront également de sûrs témoignages des altérations que ces maladies impriment au système absorbant , tout aussi-bien que les fièvres intermittentes , dont certains auteurs out voulu , par cette raison, placer le siège dans ce système, comme le rapporte Sœmmering (i). Doit-on attribuer ici les différences qui distinguent ces exanthèmes des deux fièvres que uous venons de leur comparer sous quelques rapports , et qui servent à les différencier euxmêmes , à de seules nuances d'intensité ou de profondeur? Ou bien voudra- 1- on les faire dépendre d'une certaine action spécifique placée par la nature dans ces causes déterminantes ? Si la dernière supposition est admise comme la plus probable, car il est diûlcile de comprendre comment une seule et même irritation sur la peau pourrait produire tantôt un symptôme local ^ tantôt un autre; tantôt un mode sympathique , tantôt un autre , peutêtre en pourrait-on tirer une nouvelle preuve de ce que nous avons avancé dans la première partie, savoir que le système des vaisseaux absorbans , loin de former un ensemble subordonné dans toutes ses parties , est disséminé

{1) De Morb. Fas. absorb.

DES MALADIES. ig5

dans le corps sous forme de petits systèmes isolés , de telle sorte qu'il y a , pour ainsi dire 3 autant de systèmes absorbans qu'il y a d'organes ou de parties distinctes dans l'économie animale. On conçoit que les extrêmes ramifications de certains de ces systèmes , peut-être même de tous , venant se perdre et se confondre dans l'étendue du tissu cutané cellulaire ou muqueux, y rencontrent des germes délétères ou contagieux , qui peuvent affecter tantôt les uns , tantôt les autres, suivant le mode de sensibilité dont se sont trouvés primitivement pourvus ces petits centres d'absorption.

Rien ne prouve mieux et le siège exclusif dé ces maladies sur le tissu réticulaire et le mode spécifique d'action qui les constitue, que l'histoire de certaines épidémies où , par l'effet de quelques circonstances, de quelques modifications inconnues de l'atmosphère , ou les a vues réunies et poussées au plus haut degré d'intensité. Quel monstrueux amalgame de ces deux affections ne trouve-t-on pas dans le tableau que nous a transmis Lorry, sous le nom d'e;^sipèle universel ! La maladie dont il s'agit régna dans l'année 1777, et sévit sur les enfans et les adultes. Après un court frisson survenait une ardeur brûlante de la peau ; la langue était sèche , la gorge rouge et enflammée , les yeux II. i5

ig4 DU SIEGE ET DE LV NATURE

scintillans , la lêle lourde , la respiration courte , fréquente, chaude. Viiif^t quatre heures après, des taches rouges , les unes sépare'es , les autres réunies , se montraient sur la face , les bras, les lombes; la respiration devenait plus courte, plus diflicile; le pouls restait dur, fréquent, concentré. Au bout de quelques heures, les taches couvraient tout le corps ; la peau était rugueuse , comme parsemée de granulations, et la chaleur extrêmement ardente. Le mal croissait tellement en douze heures , que non-seulement la surface extérieure de la peau était gonflée , dure, tendue , mais encore que le tissa cellulaire sous-cutané se gonflait, que les lèvres , le nez , le cou , les membres devenaient énormes , et d'une dureté, non pas œdémateuse , mais rénitente. A cette époque, les malades étaient dans la stupeur , la peau paraissait insensible ; ruais cette partie était si chaude , qu'elle produisait sous les doigts l'impression du feu.... Les malades qui guérissaient éprouvaient pour la plupart une hémorrhagie , et tous rendaient une- salivation copiei se ; leur épidémie se détachait , et la peau laissait continuellement échapper une vapeur humide. Dans cette terrible épidémie , rirritatioji cutanée fut poussée jusqu'au point de produire la gangrène , et pourtant-pan y voyait pas les phénomènes suppura-

DES MALADIF. S. I(j5

toiresqui servcnf. à caractériser la petite-vérole ; on y tronvail , au contraire , toujours avec K; passage du sang dans les vaisseaux blancs du tissu réticulairc , si Fortement pénétrés et distendus par ce liquide , qu'ils en perdaient leur ressort, et qu'après la mort ils ne se vidaient pas connue il arrive dans les cas ordinaires ; mais que, selon robservalion de Lorry , la peau restait livide et recouverte d'aspérités telles qu en produisent les injections anatomiques ,• ou y trouvait , disons-nous, une énorme exhalation de sérosités qui s'écoulait par les saiivaires , ou se dissipait en vapeurs humides dès l'instant que ces accidens perdaient de leur intensité (i). ]N 'est-ce pas une prouve évidente que le mal , quelque violent qu'il soit dans la rougeole et la scarlatine , reste essentiellement fixé sur le tissu réticulaire , et que les mouvcmeus qui s'établissent , loin de dépendre seulement des différens degrés où peut monter l'irritation, tiennent à une modification particulière des vaisseaux absorlians, laquelle a toujours pour produit l'exhalation de la sérosité, modification que l'on retrouve dans la fièvre éphémère et dans les accès des fièvres intermiUenles ?

(i) Burser, Institut. Med. pracl. , t. u , pa.^. 63 3 et Mémoires de la Société royale de Médecine ^ t'. u.

ÎQS du SIEGE ET DE LA NATURE

Les praticiens avaient déjà bien remarqué la disposition en quelque sorte séreuse de ces exanthèmes. Plusieurs s'étonnent même de ce que ne produisant sur la peau qu'j des boutons qui passent rapidement de la rougeur à la dessiccation et à Tefflorescence ^ ils déterminent toutefois assez souvent des foyers purulens dans les parties internes (i). Mais les suppurations intérieures qui surviennent dans celle circonstance sont loin de pouvoir être assimilées aux dépôts critiques résultant quelquefois des fièvres inflammatoires; la collection purulente s'est ici formée sur place à la suite d'une inflammation locale , tandis que nous avons vu , dans les véritables dépôts critiques, la matière déjà existante se rassembler de tous les points du tissu cellulaire pour venir faire tumeur , tantôt sur une partie , tantôt sur une autre. La cause particulière et inconnue de ces maladies établit un état de sur-excitation dans les vaisseaux absorbans artériels qui s'étend à toute i!économie animale, et dispose surtout aux affections locales pulmonaires : aussi le docteur Mead faisait-il toujours saigner dans le début de ces exanthèmes , parce qu'il craignait l'inflammation des poumons. La plupart des observateurs ont également noté ' ' I » I III»

(i) Selle, Pj-rélologie,

DES MALADIES, ig^

celle disposltioa inflammaloire. Cullea va plus loin , et pense que lorsque la maladie a cessé, la (lialhèse inflammaloire subsiste encore et peut se porter sur quelque partie ; que les maladies qui surviennent dans cette circonstance en sont même aggrave'es , et il assure que le docteur Watson défendait , par celte seule raison , qu'on pratiquât l'inoculation après la rougeole. L'on sait que telle était aussi l'opinion de Sydenham , lequel recommandait spécialement les saignées pour guérir les diarhées rebelles que laissent quelquefois après elles ces sortes d'affections. On cessera donc de s'étonner que la rougeole et la scarlatine ne déterminant pas essentiellement la production .de la matière puriforme, comptent pourtant dans les suites qu'elles entraînent des collections purulentes, puisqu'il résulte de ce qui précède que ces collections ne sont pas le produit immédiat du travail morbifîque qui les constitue; mais la suite de l'état de sur-excitation établi dans tous les vaisseaux absorbans artériels, sur-excitation qui les dispose à produire plus particulièrement des inflammations dans l'organe pulmonaire , leur centre principal (i).

(i) Home paraît avoir observé quelquefois , à la suite de CCS maladies, des dépôlsqu'il assure avoir pre'senté tous

Mais si la rougeole , la scarlatine , et en général toutes les éruptions aiguës du tissu rélicuîaire , comprises vulgairement sous le nom de Jièvres rougos , établissent dans l'économie animale une disposition plus ou moins grande aux inflammations, et présentent elles-mêmes le caractère inflamnialoire, on peut en dire autant, et à bien plus iorle raison, de la petite-vérole. En eflét , les mêmes circonstances d'âge , de tempérament, de saison^ de température , favorisent au même degré le développemerit de tous ces exanthèmes ; mais la fièvre qui piécède l'éruption de la petite-vérole est ordinairement accompagnée de symptômes plus intenses , de sympathies plus violentes sur le cerveau , l'estomac , el surtout les poumons. Les accidens peuvent même être pousses à un tel point chez des sujets forts et robustes, que ces malades sont quelquefois enlevés par une frénésie ou par une alïéction péripneumonique : nous eu

les c;iraclères criliquos el mélastaliques. Oa conçoit que la chose puisse arriver ainsi j mais nouspouvons assurer , (îe notre cô'é, que l'observaiion attentive de plusieurs épidémies de rougeole et de scarlatine nous a tonj'Hirs fait voir les collections purulentes produites par une inflammation locale distincte de la maladie principale , cjuoique nçe sous son inilcence.

DES MALADIES. igg

avons vu dont l'esloinac ne pouvait supporter la moindre quantité de liquide , et qui étaient tourmenlës de vomissemens continuels pendant toute la durée de cette fièvre. D'un autre côté , la face et les yeux sont très-rouges , le pouls est fréquent , plein et tendu ; la respiration brûlante , courte et laborieuse ; l'oppression extrême , la chaleur excessive , la soif trèsvive , la langue sèche ; enfin , la nature indique le besoin des e'vacualions sanguines artificielles par des hemorrhagies nasales répétées , et le sang qu'on tire par les saignées est cohérent et recouvert de la couenne purulente.

L'éruption qui termine celte fièvre commence d'abord par les parties supérieures comme les précédentes; mais, en général, les boulonsen sont bientôt plus saillans et plus séparés. Ces boutons s'élèvent , grossissent, et, vers le huitième jour, les intervalles qui les séparent, restés jusque là de couleur naturelle, rougissent , s'élèvent , ce qui est accompagné d'une douleur tensive assez aiguë, d'un nouveau mouvement fébrile , et les pustules commencent à blanchir en même temps qu'un cercle de couleur rose les environne. La sérosité qui s'y était d'abord formée s'épaissit et prend une teinte jaunâtre, ou plutôt se convertit en une sorte de matière purulente ; il survient un gonflement général de la peau et

surtout de celle de la face et des mains. La suppuration fait ensuite place à la dessiccation , et dès-lors les symptômes fébriles diminuent insensiblement, ainsi que la tuméfaction.

Ne retrouve-t-on pas , dans les principaux traits que nous venons de rassembler , tous les caractères qui constituent une maladie inflammatoire par excellence? Et s'il est vrai , comme nous avons cherché à l'établir , que la fièvre inflammatoire consiste dans un état d'irritation plus ou moins intense des vaisseaux absorba ns artériels de l'organe dermoïde et du tissu cellulaire sous-cutané , n'est-il pas également certain que la petite-vérole occupe le même siège que cette fièvre , participe de la même nature ? Les modifications qu'impriment la contagion variolique et le mode particulier d'éruption qui en dérive nécessairement ne peuvent détruire une analogie fondée sur tant d'autres circonstances. Nous devons même dire ici , comme à l'occasion des exanthèmes réticulaires, que les phénomènes plus saillans et plus intenses qui se produisent nous dévoileront le secret de la nature, que les mouvemcns beaucoup plus modérés des fièvres inflammatoires dérobent trop facilement à nos regards.

Que se passe-^t-il , en effet , dans la peau et *â^ns. le tissu cellulaire cutané et sous-cwlané

DES MATA DI ES. :âOI

cîoranl le cours de 1 exanthème variolique ? Rappelons-nous que de l'extérieur de la couche cellulaire sous-cutané se détachent une infinité de prolongemens qui pénètrent dans les aréoles contigucs du chorion , s'introduisent ensuite dans celles qui sont plus extérieures , et se terminent aux pores nombreux par lesquels sortent les vaisseaux , les nerfs et les poils après avoir traversé ce tissu cellulaire ; rappelons - nous qu'on peut, en conséquence de cette disposition , concevoir le chorion comme une espèce d'épongé dont les aréoles représentent les interstices, et que le tissu cellulaire pénètre de toutes parts ; rappelons-nous que Bichat a constaté que, dans le furoncle, tout ce qui remplit les intervalles dermoides disparaît par la suppuration , de sorte que les fibres écartées par le gonflement des parties présentent une espèce de crible , disposition qui détermina cet anatomiste à conclure que le furoncle diffère d'une foule d'autres éruptions cutanées en ce qu'il attaque le tissu cellulaire des aréoles du chorion , tandis que la plupart des autres maladies éruplives n'ont leur siège que sur le corps réticulaire. Or, c'est aussi, du moins en grande partie , le cas du bouton variolique ; c'est précisément l'essentielle différence qui le distingue des efflorescences superficielles de la rougeole

203 DU SïFGE ET DE LA NATURE

el de la scarlatine ; en un mot, c'est ce qui rapproche la pelite-vërole de la fièvre inflammatoire , que nous avons vue si particulièrement intéresser le tissu cellulaire.

Colunni rapporte avoir dissèque' des pustules varioliques commençantes , et il s'est assure' que l'épiderme était soulevé sous forme de bouton par un petit corps ressemblant à de la gélatine épanchée autour du bulbe pileux; cette dissection lui a fait aussi trouver la cause de la dépression ombilicale qiùe présentent les pustules varioliques dans l'adhérence de l'épiderme autour du poil qui se trouve constamment au centre de la tumeur (i) ; de sorte qu'il est évident que le gonflement et rinfiltralion partent de ce tissu cellulaire traversé par les poils , les nerfs et les vaisseaux à leur sortie des aréoles du chorion. 11 s'est également assuré que les boutons contenaient tantôt une humeur lymphatique et gélatineuse , tantôt une matière purulente , selon leurs divers degrés de ma turi lé, et que cet épanchement abreuvait en lîiême temps , et l'épiderme , qui était , au-dessus de chaque bouton, trois fois plus épais que dans létal ordinaire, et le corps entier de la peau, qui s'en trouvait singulièrement imprégné ^ et le tissu cellulaire sous-cutané, qui en était gorgé

(i) De Sedibus Variai.^ fig. 2, § xiv, pog. 2i et suiv.

DES MA L ADl ES. 203

comme dans les infiltrations œdémateuses , ce qui démontre avec la dernière évidence que l'ensemble, du tissu cellulaire cutané et souscutané se trouve essentiellement lésé dans celte maladie exantliémateuse.

D'un autre coté , nous devons remarquer que rafl'eclion variolique se partage, en général, en deux périodes distinctes : la première, marquée par l'éruption des boutons^ et dans laquelle la peau se trouve essentiellement affectée; la seconde , marquée par la suppuration des boutons , renllure et le dégorgement des tégumens , et qui semble plus particulièrement intéresser le tissu cellulaire sous-cutané (i). L'une , opérée par une action plus prompte, plus vive, accompagnée de tous les caractères d'un état inflammatoire, paraît appartenir de préférence aux vaisseaux absorbans d'exhalation ; l'autre , déterminée par une act on plus tardive , accompagnée de mouvemens pkis lents lorsqu'elle se fait régulièrement , semble plus spécialement tenir à un accroisscn'.enl d'action des vaisseaux absorbans de résorption ; et l'on sait que beau-

(i) Voyez , sur ce flouble travail de la petite-ve'role , un mémoire fort intéressant de ?.L le professeur Halle' , dans le journal intitule : la Médecine éclairée par les Sciences pJijsitjues , t. u , pag. 2r.

504 DU SîÉCE ET DE LA NATURE

coup de praticiens lui ont reconnu quelques rapprocheraens avec la fièvre adyaamique (i). Les mouvemens de la première dispersent. , en quelque sorte , leurs produits à la surface de la peau. Les mouvemens de la seconde ont pour résultat de faire refluer vers les capillaires veineux et les différens émonctoires , les humeurs lymphatico-purulentes dont se trouvent i^orgés la peau et le tissu cellulaire sous-culanéjà roccasion du travail morbifique établi «jans la première période. Ces deux sortes de 3nouvemens cessent d'être sensibles après la desquamation et après le dégonflement; mais r«n et l'autre continuent, sans doute, de se taire insensiblement pendant un temps auquel il est diflîcile de fixer des limites.

On conçoit , d'après ce que nous venons de dire, que ces deuxpériodessi différentes doivent porter une influence variée et remarquable sur le sang et sur les urines, et que les altérations diverses de ces humeursne peuvent manquer d'être en raison de la nature particulière des phénomènes qui se montrent tour-à-tour sur la peau et sur le tissu cellulaire. Aussi , tout le temps que durent l'état inflammatoire et le travail superficiel qui produit les pustules varioliques , le sang est ' I I II I I ) ■

(i) Selle, Pyi-éloL

DES MALADIES, 2o5

riche , consistant et légèrement couenneuxj les urines sont claires , rares et de couleur foncée ; mais les mouvemens n'ont pas plutôt pris une tendance vers l'intérieur après la dessiccation des boulons , que les urines déposent un sédiment blanc très-abondant, et que le sang devient semblable à celui des pleuréliques , et peut même présenter des apparences qui le rapprochent tout-à-fait du pus , comme Sydenham dit l'avoir trouvé , dans les cas graves , le vingtième jour de la maladie (i), tandis que les mêmes mouvemens de résorption évacuent les humeurs exubérantes , tantôt par les glandes salivaires, tantôt par les poumons, tantôt par les voies intestinales.

Au reste , la moindre réflexion suffira pour faire comprendre que les deux nuances que nous venons de remarquer, et qui ont paru si Irancliées et si disparates à certains praticiens, ne sont autre chose que l'état de crudité et de coclion successivement observés dans les fièvres inflammatoires , à cela près d'une beaucoup plus grande intensité dans les accidens locaux. Aussi , quoique l'ébranlement considérable imprimé aux vaisseaux absorbans veineux pendant le cours de la fièvre secondaire de la

(i) Epist. ad Cuil. Cols.

2oG DU SIEGE ET DE LA NATUUE

pelile-vérole , joint à la grande quanlilé d'îm-* meurs 1} mplialico-purulentos que ces vaisseaux reportent dans la masse sanguine (i) , donne à cette lièvre quelques caractères qui la rapprochent de la fièvre adynamique , il est pourtant certain que la disposition inflanîmatoire, c'està-dire j la sur-excitation des vaisseaux absorbans d'exhalation ^prédomine toujours dans la constitution, et se conserve même quelque temps après la terminaison de la maladie. îi n'est pas rare, eo effet, de voir se former, pendant ia convalescence des confluentes, quelques inllamraalioQS pleurëtiques, péripneumoniques , angliieuses, ophthalmiques; des tumeurs phlegmoneuses aux bras , aux articulations , aux mains , aux pieds, lesquelles entraînent quelquefois des suppurations abondantes , quelquefois des ulcères fistuleux avec carie des os , et un état plus ou moins prompt de consomption et de dépérissement.

Mais une circonstance qu'il est bon de ne pas laisser échapper, c'est la grande facilité avec laquelle la variole développe la disposition scrophuleuse; car il doit résulter de cette observation de nouveaux éclaircissemens sur la nature

(i) Sœmmering, de Morh. Vas, absorb., pag. il} John Gardiner, on iJie Goul, pag. 227.

Page 1