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sur de certains individus , ou bien en de certaines saisons et en de certains temps , d'apparences remarquables et insolites qui tiennent à la nature de la fièvre qui les accompagne accidentellement. C'est ainsi que, durant les saisons qui prédisposent aux fièvres pîtuiteuses, et chez des sujets déjà profondément frappés du caractère muqueux , la petite-vérole est accompagnée d'un pouls faible, de la pâleur de la face^ d'une médiocre chaleur, d'une soif peu intense , d'urines aqueuses, de pesanteur de tête, de vertiges, de douleurs dans les membres , etc. L'exanthème , privé dans ce cas de l'action des vaisseaux absorbans artériels, par conséquent de la présence du sang rouge , livré à ia seule influence des vaisseaux absorbans lymphatiques , est retardé dans sa marche , et les boutons qui le constituentsont pâles, crus, déprimés^ ne suppurent jamais, et se convertissent en ampoules remplies d'une humeur séreuse et lymphatique , laquelle finit par former une croule cendrée ou brunâtre. C'est encore ainsi que , dans les sujets prédisposés aux affections adynamiques, on voit paraître , avec les symptômes généraux de cette fièvre , des pustules d'abord violettes , et qui deviennent sanguines, noires, déprimées, par- semées de taches rouges et livides ^ et que des pétéchies, des ecchymoses , des vibicts accom-
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pai^nenl ces pustules. Nous aurions pu remarquer égalenieut les mêmes nuances dans la rougeole et dans la scarlatine, surtout la dernière, qui s'accompagne dans toutes ces maladies , d'une tendance surprenante aux affections gangroneuses. On voit donc ici , comme dans les lièvres, mais bien plus manifestement, la présence du sang rouge , du sang noir ou de la lymplie , hors des voies de leur circulation habituelle, déterminer tantôt la modification intlammaloire , tanlot la modification adynamique, tantôt la modification piluileuse, ou bien plutôt, témoigner ouvertement quelle est la portion du système absorbant qui se trouve le plus exaltée, ou de celle qui est en rapport avec le sang rouge , ou de celle qui est en rapport avec le sang noir, ou de celle qui est en rapport avec le fluide lymphatique. La chose est, dans ce cas, d'autant plus évidente, que l'intensité des symptômes, et le siège superficiel qu'occupent les maladies éroplives , mettent, en quelque sorte , sous les yeux de l'observateur, des phénomènes que leur moindre intensité et leur position plus profonde lui dérobaient dans les affections purement fébriles. A la vue de cette exubérance de sucs plus ou moins confondus , qui s'engendrent pendant le cours des petites-véroles , voudrait-on revenir aux idées surannées de fermens délétères ,
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d'humeurs corrompues , de matières peccanteSj et rejeter toutes les preuves que nous venons de donner du siège fixe et positif de cette maladie dans le tissu cellulaire du chorion , et dans les vaisseaux absorbons artériels et lymphatiques de cette partie ? Mais il suffit à tout esprit non prévenu de savoir qn une application extérieure du calorique développe un grand nombre de postules sur les parties échauffées ; que les places couvertes d'emplâtres irritans en présentent une plus grande quantité que les autres 5 ainsi que le coté du corps sur lequel les enfans restent couchés ; qu'on peut convertir , en quelque sorte, à volonté, une petite-vérole discrète en une petite vérole abondante , et suivie d'une suppuration proportionnée , en couvrant beaucoup les malades^ comme nous avons vu certains médecins anciens produire la fièvre inflammatoire à l'aide d'un procédé tout-à-fail analogue ; que c'est surtout sous l'influence du régime échauffant et sudorifique dans lequel on étouffe les malades sous le poids des couvertures , et en les tenant dans des chambres dont la température est très-élevée , qu'on voit survenir celte exubérance d'humeurs purulentes qui engouent la peau et le tissu cellulaire , et passent de là dans le torrent de la circulation ; qu'on voit naître, en un mot, tous les accidens qui
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ont servi de texte aux théories humorales; tandis qu'on sait, d'un autre côté, que , par des procédés contraires, par l'exposition à l'air frais, par la légèreté des couvertures, on al ténue beaucoup 1 intensité des symptômes fébriles et cutanés, et l'on réduit à très-peu de chose la production de ces matières purulentes, qu'on regardait avant comme la cause du mal et comme une dépuration indispensable dont il n'était pas possible de se garantir. Certes , des faits de cette nature, précédés de tous ceux qui nous ont permis , en quelque sorte , de toucher au doigt le siège de la petite-vérole dans le tissu cellulaire dermoïde^ doivent éloigner l'idée de toute cause interne et humorale, surtout quand on peut ajouter que l'on a vu , dans leurs expériences, Currie et Gérard couper par l'afi'usion froide la fièvre éruptive de la scarlatine et de la petitevérole , et prévenir ainsi ou simplement mitiger le développement des affections locales et sympathiques , ainsi que la production des humeurs qui s'engendrent de coutume sous l'influence des mouvemens naturels à ces maladies éruplives (i). Tous ces effets contraires pourraient^
(i) Giannini, de la Nature des Fièvres, pag. i66j et Currie , Medical-Reporls on ihe E.jf^cls of Waler, etc.,
2l4 DU SIÈGE ET DE LA NATURE
ils avoir iieii par de tels procèdes, si les exanlèmes de la rougeole , de la scarlatine et de la pelite-vërole n'avaient pas tous c'galement leur siège dans la peau et dans le tissu cellulaire cutané et sous-cutané ; si les causes de ces maladies ne venaient pas frapper ces organes et s'y fixer primitivement ; si tous les rnouvemens qui se produisent dans ces afl'ectious ou qui les conslituent ne dépendaient pas de l'irritation plus ou moins grande , plus ou moins spéciale des vaisseaux absorbans composant en grande partie la texture dermoide et cellulaire?
§ il. Analyse des phénomènes produits dans les maladies contagieuses mucoso-nerveuses.
Mais si les contagions inflammatoires , pour ainsi dire circonscrites sur l'organe extérieur , présentent une sorte de simplicité qui permet de les isoler et de les suivre dans leurs phénomènes locaux et sympathiques , il n'en est pas de même des autres contagions fébriles qu'une certaine prédilection porte sur les membranes di«estives et les organes intérieurs. Ici l'éconoraie animale , plus ou moins profondément ébranlée , présente de tous côtés une extrême confusion causée par l'affection successive ou siniullanée de la plupart des cenlres d'absorp-
DES MALADIES. 2l5
lion et (Je sensibilité que nous avons vu dëierminer tour à tour les différentes espèces de lièvres essentielles, et même les exanthèmes inflammatoires ; atïcction qui rappelle plus ou moins les caractères atlynamiques muqueux et bilieux, toujours mêlésaux caractères ataxiques, et quelquefois même confondus avec ces derniers , d'une manière si terrible que l'imagination est épouvantée des tableaux que les observateurs nous ont tracés de certains typhus , de la fièvre jaune et de la peste , produits conslans de ce déplorable mélange.
Pendant le cours des vastes contagions typhoïdes qui ont ravagé l'Europe à la suite des dernières guerres, on a vu les jeunes-gens présenter au début de ces maladies un état d'irritation catarrhaîe et de rougeur de la peau , premiers et fugitifs témoignages de l'intromission du virus et de l'irritation des vaisseaux absorbans artériels , comme les engorgemens glandulaires , préludes des parotides symptomaliques ,qui paraissaient en même temps, annonçaient l'irritation des vaisseaux absorbans lymphatiques. Mais les nausées , les vomissemens répétés, l'amerlume de la bouche , les pesanteurs d'estomac, les embarras du ventre, la fétidité des selles , qui avaient souvent lieu vers la même époque , annonçaient de quel côté l'o-
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rage allait se poiier avec le plus de violence» Eq effet , cette première période inflammatoire, en quelque sorte extérieure, rarement bien sensible, et sans mélange d'accidens d'un plus fuxieste augure, disparaissait bientôt, et la peau devenait sèche, brûlante et n'exécutait plus ses fonctions , tandis que des douleurs d'entrailles se manifestaient avec une disposition singulière aux diarrhées putrides et aux dysenteries causées par un état de phlogose des lîitestins plus ou moins léger, plus ou moins intense, mais le caractère constant du typhus. Le foie , dans une excitation morbilîque très-prononcée , fournissait une très-grande quantité de bile altérée qui, versée dans les intestins, en accroissait l'inflammation , ou bien , absorbée dans les secondes voies, suscitait des accidens nerveux et vasculaires très-marquans. Le désordre des facultés de l'entendement , la stupeur des sens, la lésion de îa sensibilité et de l'irritabilité musculaire , les tremblemens, les soubresauts dans les tendons , les convulsions , les crampes, les spasmes éiaient les indices certains de l'irritaîion du système nerveux ; tandis que la dépravation des sucs, rendue manifeste par la nature des garde-robcsj l'extravasion du sang veineux dans les réseaux muqucux , cellulaires et cutanés ^ l'apparition de péléchies violacées, d'hé-
morrhagies passives , elbeaucoup d'autres tristes avant-coureurs d'une dissolution prochaine , indiquaient la profonde lésion de la vilalilë des vaisseaux absorbans veineux , rendue plus manifeste encore après la mort par les congestions sanguines , noirâtres , par les injections inflammatoires également noires et forme'espar le sang veineux que l'autopsie cadavérique faisait découvrir sur les voies digeslives , surtout vers les intestins grêles, et sur l'organe encéphalique et les membranes qui lui servent d'enveloppes (i). Mais, soit que la contagion, prenant sa source sur des individus doués d'une constitution lymphatique et pituiteuse, encore affaiblis par l'humidité de l'atmosphère et du climat , par une habitation basse et malsaine, et par un genre de nourriture propre à donner plus de force aux causes précédentes , reçoive de ce concours de circonstances une nature spécifique propre à développer des symptômes d'une nature particulière; ou, soit que le même germe contagieux, trouvant des individus différemment disposés , porte son influence tantôt sur de certaines parlies , tantôt sur d'autres , nous avons vu , dans nos climats , des contrées entières ravagées par une maladie Drésentant aussi vers son début
(i) \\\\^çnhtzn\. , Histoire du Typhus,
2l8 DU SIEGE ET DE LA NATURE
quelques signes d'irritalioiicatarrhale, parliculièremenl sur la gorge el le larynx , présentant dans son cours tantôt des parotides, tantôt même des bubons quand elle était poussée à un trèshaut degré d'intensité (i), mais surtout offrant des douleurs profondes dans les membres , une très-grande anxiété précordiale , des vomissemens de matières pituiteuses , un pouls faible et lent, une langue humide sans soif, et des redoublemens du soir très-marqués. A mesure que le mal avançait dans son cours, on voyait croître la chaleur, le dégoût, les anxiétés j les malades éprouvaient la sensation d'un feu brûlant dans les entrailles, et rendaient des selles muqueuses mêlées de vers lornbricoïdes ; le ventre se météorisait , les urines sortaient avec douleur, la peau se recouvrait plus tôt ou plus lard d'une éruption le plus souvent blanche et cristalline accompagnée de bouffissure et de sueurs acides d'une odeur particulière. 11 n'était pas rare de trouver le fond de la bouche recouvert de pustules miliaires semblables à celles de la peau , et lorsque ces dernières s'écaillaient et farinaient , les premières commençaient à s'ulcérer de manière à former de petits ulcères dis-
(i) Lepecq de la Clôture , Épidémie du GroS'Theil, nialad. épid. , 1770 , pag. 554.
DEb M AL ADl ES. 2ig
liticls et blanclîàlres : du moins c'est ainsi que Slolldil avoir vu les aplhes sous deux formes dans ces sorlcs de fièvres (i).
Si la plupart de (;es accidensannonceiit une le'sion profonde dans lesystème absorbant lymphatique et les follicules muqueux, source de l'une des branches principales de ce système, la pre'sence de la stupeur, du délire, des soubresauts des tendons, des convulsions, annonçaient dans l'organe cérébral une coïncidence d'affection ; de même que les pctéchies^ taiiiùt violettes, tantôt noires, que l'on voyait assez généralement accompagner ou précéder les pustules cristallines , témoignaient l'ébranlement simultané du système dos vaisseaux absorbans veineux. Aussi les inflammations qu'on rencontrait, après la mort, dans les viscères abdominaux et dans le cerveau lui-même, éiaient-elles de couleur noire; et avec les phiogoses gangreneuses des intestins , trouvait-on des amas devers lombricaux enveloppés d'une matière muqueuse abondante (2) , preuves irrécusables d'un autre genre de celte simultanéité d'affections entre les membranes intestinales et le cerveau , ainsi qu'entre les vais-
(i) Médecine-pratique, t. 11 , pag. 157. (2) Lcpecq , iùid , ancien Journal de Médecine , t. Lxix, pag. 4/,fjetsuiv.
seaux absorbans lymphatiques et les vaisseaux absorbans veineux. Au reste , pendant que les phe'nomènes principaux et l'ensemble de cette funeste maladie démontraient que l'irritation s'y trouvait plus spécialement concentrée sur les vaisseaux absorbans lymphatiques , l'hydropisie du thorax, l'anasarque , la leucophlegmatie, l'œdème , les douleurs arthritiques , les flux d'urine trop abondans , qui en étaient les suites ordinaires , rendaient encore cette vérité plus incontestable.
On ne peut méconnaître, danslesdeux contagions fébriles dont nous venons d'esquisser les traits principaux, une affection grave et profonde des membranes muqueuses et des organes du sentiment , tandis que le système cutané ne paraît être que le siège de quelques phénomènes pour ainsi dire secondaires. Car il est bien rare que les exanthèmes pétéchial et miliaire envahissent la peau dans une aussi grande étendue que le font ceux de la rougeole , de la scarlatine et de la variole. Le plus souvent ces exanthèmes ne consistent qu'eu un petit nombre de taches ou de pustules plus ou moins éloignées les unes des autres. Les maladies qui ont coutume de les présenter peuvent même parcourir entièrement leur marche sans qu'il s'en produise ; et lors même qu'il ea existe eu grand
nombre, leur apparition est inconstante et passagère, leur figure variable et souvent peu apparente , et ces sortes d'éruptions se manifestent ou disparaissent sans altérer le cours ordinaire de la maladie qu'elles accompagnent. Certes, un symptôme aussi vague, aussi peu régulier , aussi léger comparativement à ceux qui se montrent à l'intérieur, ne peut être le phénomène constituant et essentiel de la maladie. Sans doute , on cite également des fièvres varioleuses sans éruption ; mais ces fièvres , toujours du genre des inflammatoires , occupent du moins le même siège , ébranlent le même système de vaisseaux , et l'on peut concevoir qu'un degré de plus d'activité de la part du virus aurait développé les boulons. Ces cas sont d'ailleurs tellement rares, que beaucoup de praticiens les révoquent en doute , malgré le témoignage des plus illustres observateurs , qui disent en avoir rencontré de semblables pendant le cours d'une épidémie; mais les éruptions pétéchiales et miliaires ne peuvent nullement être comparées à la petite-vérole sous ce rapport. D'un côté , l'on rencontre beaucoup de malades qui en sont exempts dans les épidémies typhoïdes; et de l'autre , les désordres sont si éloignés de la peau dans ces sortes d affec-» tions , cet organe se trouve dans un tel état de
sécheresse et d'inertie, qu'il est impossible d'admettre qu'il y puisse jouer un rôle principal. Ainsi, que ces sortes d'épiphe'nomènes soient la suite d'un traitement incendiaire , comme le croyait Deliaè'n , et comme nous l'avons fréquemment observé nous-mêmes (i), ou qu'ils soient le résultat de la contagion , toujours est-il vrai que, dans les deux cas , ils indiquent les désordres intérieurs , et ne constituent pas la maladie essentielle ; maladie qvie la nature spécifique du virus a fixée sur les membranes digestives et les vaisseaux absorbans veineux et lymphatiques , en m.ème temps
(i) Une pratique de douze années dans les dispensaires nous a souvent fourni l'occasion de faire ces sortes d'observations. Nous avons vu des miliaires, des pétéchies produites dans des maladies muqueuses et bilieuses d'ailleurs fort ordinaires , par le régime incendiaire que les gens du peuple ont coutume de mettre en usage dès qu'ils se sentent indisposés. D'un autre côté, nous avons presque toujours vainement cherché des pétéchies chez nos malades qui avaient contracté le typhus en servant d'infirmiers dans les Iiôpitaux provisoires é!ablis en i8l4 à Paris, parce que nous avons eu soin de faire entretenir un courant d'air frais dans leurs chambres et autour de leurs lits, et de défendre qu'ils ne fussent trop couverts , tandis que nous avions borné le traitemciit à des moyens fort simples.
que sur le système nerveux ; car les virus contagieux , ainsi que les poisons , attaquent de préférence diflérenles parties du corps , comme si ces parties leur étaient assignées et dévolues.
Mais si ces germes contagieux , tout meurtriers qu'ils sont trop souvent parmi nous, participent néanmoins en quelque chose de la modération du climat; sil est possible d'apercevoir, dans le début de nos maladies typhoïdes , la réaction salutaire des vaisseaux absorbans artériels, malheureusement trop fugitive et trop tôt anéantie, il n'en est pas de même de la fièvre jaune et de la peste , affreux produits des contrées brûlantes de l'Occident et de l'Orient. Ici le poison mortel va directement frapper les principales sources de la vie , sans que la peau marque son passage par aucun signe sensible d'utile réaction. De là vient que , dès le principe de la fièvre jaune , on ressent, en même temps que les frissonnemens , un état d'irritation vive et de spasme fixé sur les organes épigastriques, lequel est le résultat direct de l'infection; de là vient qu'on éprouve d'abord plus d'efforts pour vomir que des vomissemeus réels et considérables , des éructations et des nausées douloureuses , qu'on pourrait comparer au léuesme qui accompagne les affections dysenté-
riques (i). La tête devient ensuite extrêmement douloureuse au-dessus des yeux et derrière les orbites; tous les membres sont rompus et les mollets déchires; le pouls est petit et fréquent; une chaleur vive , une ardeur dévorante, succèdent bientôt aux premiers symptômes; et cette chaleur , qui souvent n'occupe que le tronc , est surtout intérieure, et livre le malade à une agitation extrême , comme s'il désirait ]a chasser au dehors (2}. Eti effet , l'haleine est brûlante, et la peau du tronc produit elle-même sous le tact un sentiment d'ardeur mêlé d agace-« ment ; une douleur forte se fait ressentir sous les fausses côtes droites et les régions lombaires; le coloris de la face est violet ; celui des lèvres est biun ; on croirait voir sur le blanc sale de la cornée opaque un treillis rouge étendu et saillant ; la région épigastrique se tend à mesure qu'elle devient douloureuse; il y a une rénitence bien marquée dans la région du foie; les lombes et rhypogastre ne supportent pas le toucher ; i'abdornen entier s'empâte et devient souffrant; les vomissemens ne s'effectuent qu'après des efforts violens et réitérés : les piemiers n'entraî-
(i) Berihe, Précis historique delà maladie cjida régné en Andalousie en 1800.
(2) Pugnet , Fièvres du Levant,
i^enl au deîiors que des boissons el des niucosi- Ics, taudis que le produit des autres s'épaissit^ se colore et devient jaune ou vcrdàlre. Bientôt ce premier état de violente irritation venant à s'abattre^ le malade tombe dans l'affaissement : alors la matière des vomissemens est tachée de sang j cette matière noircit enfin , ou plutôt elle offre un composé noir-verdàlre , de consistance de lie de vin , lequel exhale une odeur ammoniacale et corrode toutes les surfaces qu'il touche en sortant (i). Les selles et les urines subissent des changemens analogues. En même temps , les yeux , le visage , toute la surface cutanée se colorent en jaune , tantôt d'une manière uniforme , tantôt avec un mélange de taches d'un rouge brun ou de larges ecchymoses. Le sang ne s'extravase pas seulement ainsi dans le tissu cellulaire , mais il s'échappe fréquemment , avec une couleur noire j par la bouche, les narines , l'anus et le vagin.
Au reste , les accidens ne sont pas toujours poussés à cet effroyable degré de violence : on sait par combien de nuances successives passe la même contagion depuis son origine jusqu'à sa disparition. Le genre de vie, le tempérament^ la force ou la faiblesse des sujets , et même l'âge
(i) Jbid.
eî. le sexe , y peuvent apporter des diversités sans nombre. Mais les principaux symptômes que nous venons de retracer se retrouvent toujours avec plus ou moins de constance, quoiqu'avec beaucoup moins d'intensité; mais toujours le malaise, les frissons , l'inappétence , les douleurs de l'épigaslre , celles des lombes, la teinte jaune des yeux, de la langue , l'amertume de la bouche , la sécheresse de la peau , les nausées , les vomisseraens qui signalent le début et la marche de celle maladie , indiquent par combien de points elle se rapproche de la fièvre bilieuse. Ici , comme dans toutes les lésions profondes , l'affection principale ne perd jamais son caractère primitif ; et lorsque les malades sont assez heureux pour revenir à la santé, les accidens étrangers sont les premiers à disparaître , tandis que la longue durée de la faiblesse des organes digestifs prouve qu'ils étaient 'le siège de la maladie (i).
(i) Caillot, Traité de la Fièvre jaune, i8i5. Lind et Pn'n^le considèrent nos fièvres bilieuses estivales et automnales comme le premier degré de la fièvre jaune. AI. Berlhe embrasse cette ide'e et lui donne des développemens. Les ouvrages de Lancisi , de Torti , et tout récemment de Frank , prouvent jusqu'à un certain point la justesse de ces rapprocbemens. ( Caillot , pag. y5. )
L'autopsie cadavérique le prouve mieux encore , puisqu'on trouve l'estomac très-distendu et néanmoins fort épais , rempli de la glu noirâtre qui était rejetée par les vomissernens , et d'un gaz ammoniacal sufibcant la membrane externe jaunâtre et rinternerou^^eetgangrenée; puisqu'on retrouve dans les intestins , surtout dans les intestins grêles , le même gaz, la même humeur et les mêmes aUératioiiS ; puisqu'à travers la phlogose noirâtre et générale des viscères que la virulence de la contagion a déterminée dans toutes les cavités j à travers l'engorgement du pancréas, des reins , des glandes du mésen-' tère, on reconnaît que l'affection du foie est de beaucoup la plus profonde; que toute l'épaisseur de la substance de cet organe est dure , caverneuse et parsemée de petits dépôts sanguinoiens^ et que les phénomènes que peut avoir présentés la peau durant la maladie, lesquels se retrouvent , à peu de chose près , dans les cadavres, secondaires pour l'ordre d'invasion, le sont encore pour 1 intensité , et se bornent à l'infiltration du système cellulaire et absorbant cutanés , abreuvés d'une sérosité sanguinolente , chargés d'une leine jaunâtre ou verdàtre. Au reste, le tissu cellulaire, comme, en général, tous les solides, sont flasques et mollasses , dénués de ressort beaucoup plus encore qu'ils ne I3
sont à la suite des fièvres bilioso-putridesde nos climats (i).
Quant à l'altération des liquides , poussée au dernier degré dans cette maladie, on peut aisément s'apercevoir qu'elle est le résultat de l'extrême désordredes mouvemens qui s'opèrent dans le système absorbant hépatique et veineux. Du moins, toutes les humeurs corrompues qui se présentent, et dans le tissu cellulaire, et dans les grandes cavités , et dans l'épaisseur des organes , et dans la vésicule , et dans l'estomac , et même dans le ventricule droit du cœur et les veines caves, ne semblent être qu'un informe mélange de bile et de sang veineux étrangement altérés. Une suffusion générale de bile se répand dans toutes les parties et pénètre même jusque dans leur intime organisation. Toutes les stases sanguines sont noires ou violettes ; il n'est pas jusqu'à l'encéphale et aux méninges qui n'en soient ternis, ce qui explique la profonde stupeur et la prostration des forces qui s'emparent des sujets dans la dernière période de cette affreuse maladie.
Sile mélangeincohérent deshumeurs est l'effet des mouvemens désordonnés des vaisseaux absorbaus , n'est-ce pas à la même cause qu'il faut
(i) Pugnet , ibid.; Caillot ibid.
ivipporterleur Iransporl d'un lieu dans un autre, leur accumulation excessive tauloldans une parlie, tantôt dans une autre? On a vu cette bizarre transposition donner subitement la mort, et quelquefois même sans que le virus contagieux ait eu le temps d'ébranler l'organe sur lequel il paraît avoir une action spécifique, M. Dalmas rapporte que M. Benezech , l'un de nos administrateurs les plus habiles et les plus intègres , fut frappé , au milieu de la contagion qui sacrifia tant de victimes dans l'armée de Saint-Domingue , d'ua coma profond dont il périt en trois jours, sans vomissement, sans hémorrhagies, et sans laisser d'autres traces qu'un épanchement, dans le tissu cellulaire, d'un liquide gris cendré, comme si la matière cérébrale se fût dissoute et répandue dans les aréoles cellulaires. Un autre malade n'était point jaune, n'avait point de nausées ; mais il sufl'oquait , et sa peau était livide et froide comme le marbre. A l'ouverture du cadavre, on trouva les viscères du bas-ventre dans l'état naturel 5 mais les deux poumons regorgeaient d un sang noir et sanieux ; les glandes , les cellules bronchiques en étaient remplies; on voyait des placards noirs ou violets sur la plèvre et le médiaslin ; le péricarde contenait une quantité considérable de liqueur jaunâtre et puante ; une pinle environ d'une sérosité jaune, onctueuse
250 DU SIEGE r.T DE LA rfATURE
et grasse , était épanchée dans les deux cavités (i). De Icîs mouvemens^ et taut d'autres que l'on remarque dans le cours de la fièvre jaune , quoique moins prompteraent funestes et susceptibles même de se régulariser , peuvent-ils s'opérer au moyen des vaisseaux sanguins artériels et veineux ? peuvent-ils se passer dans le cercle circulatoire que doit incessamment parcourir le sang pour aller du cœur au cœur ? pourraient-ils s'y opérer sans altérer la régularité plus ou moins grande du pouls, qui se montre constamment, dans cette maladie, petit, fort ou faible , fTcquent et précipité , mais qui ne présente jamais l'extrême irrégularité qu'on lui trouve 5 par exemple , lorsqu'une inflammation quelconque est fixée tur les parois des vaisseaux sanguins , et porte directement le trouble dans l'exercice de leurs fonctions? D'un côté , les désordres sontextrêmes hors des voies circulatoires sanguines , et les épanchemens , les stases , les infiltrations , les injections^ dans des vaisseaux auparavant blancs , d'une i^iuititude de (luides de couleur et de nature différentes , et du sang lui-même, sont les témoignages irrécusables des inouvemens vasculaires les plus déréglés et les plusextraordinaireSjtandisquelacirculalionsan-
(i) Dalmas ,. Recherches sur la Fièvre jaune.
DESMALADÎES. 23 1
guine n'éprouve que de lagêne, de lacotUraiule, ou delà précipitalioii dans son cours. De l'autre côté, rinlermiltence, l'Irrc-gularilë, la faiblesse, la fréquente interruplion^ les désordres des pulsations artérielles , qui sembleraient indiquer les plus grandes altérations, les plus vastes déplaceniens de liquides dans l'économie animale , ne laissent pourtant d'autres traces, après la mort , qu'une phlogose pins ou moins étendue de quelque branche principale du tube artériel, tandis que toutes les autres parties sont dans une parl'aile intégrité (i). ,
La plupart de ces réflexions doivent s'appliquer à la peste , fléau plus terrible encore que la fièvre jaune. ]Mais ici le grand trouble qui se fait remarquer dès l'origine dans le système nerveux indique suffisamment que le germe contagieux agit de préférence sur les sources mêmes du sentiment. La prostration des forces est subite et entière ; une pesanteur de tête considérable et des étourdissemens tiennent le malade comme dans un état d'ivresse ; il est accablé, sans raison, d'une tristesse profonde ,* sa vue est fixe , terne, égarée, marquant l'épouvante et
(i) Quelques obseiratlons pour servir à VliisiOire de l'Aru'rite, o\x inflamm. des prières, par M. Dalbaut. Diss. inang. , Paris , iSn.
le désespoir ; sa voix est faible, plaintive, enMecoupée ; il éprouve de fréquentes syncopes, des nausées , des vomissemens; son pouls est faible, petit, inégal , et semble fuir sous la plus légère pression ; sa langue , léi^èrement blancbe on rouge, est lisse, se dessèche bienlôl, se gerce, et prend la couleur d'un charbon éteint ; il est dévoré d'une excessive chaleur interne et d'une soif inextinguible , tandis que les extrémités sont froides et le reste de la peau modérément chaud , mais excessivement aride ; toutes les excrétions sont supprimées; la douleur de têle, de plus en plus violente , se prolongeant le long de la colonne vertébrale, amène bientôt le délire, des convulsions auxquelles on ne résiste pas , ou l)ien encore un assoupissement morlel. Souvent les bubons, les charbons n'ont pas le temps de se montrer , et le malade est presqu'aussitôt frappé par la mort que par la maladie.
Si la peste se présentait toujours dans cet étal d'effrayante simplicité , ce serait une ataxie poussée à un extrême degré d'intensité; mais on n y retrouverait pas le caractère des contagions fébriles, qui se compose d'une disposition toute particulière aux complications de désordres dedilTerenles natures. Maisîe plus souvent, au contraire , les phénomènes nerveux se trouvent mêlés à des phénomènes vasculaires divers
et mulliplies, qui se passent dans le système des ' vaisseaux absorbans lymphatiques et veineux, et même , quoique très-rarement , dans les vaisseaux absorbans artériels, comme on parait l'avoir observe' dans la peste qui sévit sur notre armée d'Egypte. II suit de là que cette contagion présente ordinairement un mélange confus de symptômes adynamiques muqueux , et quelquefois inflammatoires, avec les terribles accidens nerveux qui en forment le caractère principal. M. Pugnet dit avoir observé quelquefois une variété de la peste en Syrie, qu'il qualifie â! in flamma Loire, et dans laquelle le pouls était plein , dur, accéléré, les yeux brillans, la face rouge, la peau chaude et nioile; dans laquelle l'état des forces se soutenait et le cours des évacuations naturelles était à peine troublé; dans laquelle paraissaient , le troisième ou le quatrième jour, avec une sueur copieuse, des bubons qui se résolvaient quelquefois, mais qui, le plus souvent, s'ouvraient et fournissaient une louable suppuration ; dans laquelle^ enfin , ou des pétéchies rosacées ou des hémorrhagies nasales terminaient quelquefois les accidens (i). Ou voit, parce tableau, que, dans la peste même, toutes les fois que des circonstances particulières ébranlent
Ti) Mémoire sur les Fièi-res du Levant , etc.
de préférence les vaisseaux absorbaiis artériels , la réaction salutaire de ces vaisseaux etl'espèce de mouvement qu'ils établissent dans l'économie animale, tendent à soutenir les forces, et à maintenir la vie contre les influences les plus funestes. Malheureusement , cette disposition est la plus rare ; et trop souvent, au contraire , on observe l'espèce putride, dans laquelle la douleur de tête concourt avec un sentiment de malaise , de pesanteur à la région précordiale , et une chaleur ardente de la peau. Dans celte espèce se présentent des vomissemens bilieux, ou érugineux, ou sanglans ; le pouls, d'abord dur et petit , devient de plus en plus obscur et inégal ; la langue, grise et jaunâtre^ passe rapidement h un état de sécheresse et de noirceur ; les selles , les urines, les sueurs sont d'une fétidité remarquable; l'abattement des forces est extrême,, et les membres sont engourdis; les bubons, très-douloureux, se eanerèneut très- facilement et sans inflammation préliminaire, ou bien après s être recouverts d'une légère rougeur érysipélateuse qui se convertit bientôt en escharre gangreneuse. Quelquefois , au lieu de bubons , on voit paraître des charbons Irès-cuisans ou d'autres exanthèmes de mauvais caractère ; et toujours la présence du sang noir indique que l'aiTection spéciale du système absorbant veineux se mêle aux
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phénomènes nerveux, et vient ajouter au danger de la maladie.
Dans d'autres circonstances , on voit la peste marquer son début par un frisson très-superficiel, un grand mal de têle, une espèce d'enrouement , une affection plus ou moins grave de l'estomac, un dégoût universel, surtout pour les substances douces et sucrées , l'accablement de toutes les forces , un profond abattement de l'âme , et des engorgemens glanduleux déterminant constamment un ou plusieurs bubons. A CCS premiers symptômes succèdent un léger tremblement , des nausées , des vomissemens de matières visqueuses et insipides , des vertiges, un délire morne, des syncopes; le corps exhale une odeur fade insupportable, l'haleine est douceâtre , la déglutition gênée , i'ouïedure, le ventre tendu, les redoubiemens du soir très-sensibles. Dans son état , la maladie s'accompagne d'hémorrhagies qui ont lieu par toutes les ouvertures naturelles , de pétéchies, de pustules, d'ecchymoses, de flux de venlre involontaires , de selles argileuses très-liquides, mêlées de vers. Les urines^ d'abord abondantes , claires et limpides, s'obscurcissent , deviennent jumenteuses , se teignent en noir, et se convertissent en sang, ou , dans les cas très- favorables , réunissant les signes ordinaires de coction , sor-
2j6 nu SIÉGE ET VL LA NA'l'UKE
lent avec quelque douleur. Au nombre des moyens de solution que la nature fait souvent concourir dans cette espèce particulière avec une sueur modérée, on doit compter une abondante expectoration d'une salive qui passe successivement par tous les degrés de consistance propres à celte humeur. Quelquefois on l'a vu se terminer par une abondante éruption de boulons semblables à ceux de la petite-vérole (i). Que de preuves ne trouve-t-on pas dans ce court exposé d'une affection plus spécialement fixée cette fois sur le système des vaisseaux absorbans lymphatiques! combien d'analogies n'y remarque-t-on pas avec les fièvres muqueuses ! Au reste, l'apparition de la peste ne paraît pas interrompre l'ordre des maladies constitutionnelles. Cette contagion leur imprime seulement son funeste caractère;, et peut en conséquence présenter tour-à-tour les diverses nuances que nous venons d'indiquer jSuivantque les modifications de l'atmosphère ou les variations des saisons établissent dans l'économie animale les dispositions qu'elles ont coutume d'y produire ; ou plutôt la peste envahit toutes ces maladies, en retenant de chacune d'elles quelques modifications toujours subordonnées à celte affection profonde du sys-
(i) Pugtict, ihid.
D E S MA L A D r E S. oS";
tème nerveux f|ui forme la base essentielle de celle effroyable contagion.
C'est à cause de celte profonde lésion nerveuse que, chez les individus qui ont le bonheur d'être sauves, la convalescence est extrêmement longue , sans doute en raison de ce que le système des nerfs ne revient que lentement de l'état d'engourdissement et de stupeur où l'avaient plongé les effets de la contagion. La plupart de ces individus, d'ailleurs rendus à la santé et remplissant toutes les fonctions animales par lesquelles la vigueur de la vie se soutient et se manifeste , demeurent longtemps dans une espèce d'hébétement qui atteste jusqu'à quel point leurs organes intellectuels ont été troublés , et conservent même^ quelques années encore après, une faiblesse de perception et de mémoire très-remarquable. C'est ainsi que nous avons vu la fièvre jaune laisser les organes digestifs dans une langueur manifeste quand tous les autres symptômes de celte redoutable aff'ection avaient entièrement aban-* donné les malades.
Au reste , si dans cette dernière maladie l'autopsie cadavérique a démontré que la plus profonde lésion se trouvait fixée dans le foie , l'aulopsie démontre également que , dans la peste , c'est le cerveau qui est le plus essentiellement iu-
téi'esse; car, ce qui frappe davantage à l'ouverture des cadavres est le coUapsus du cerveau et du cervelet , l'espèce de fluidité' qu'ont acquis les deux substances qui le composent ; enfin , l'excès de plénitude des sinus et des autres vaisseaux veiueux répandus sur les membranes qui enveloppent ces organes. Le défaut de consistance dont se trouve frappée ia pulpe cérébrale ne permet aucune recherche dans son intérieur; tout y est effacé, jusqu'aux ventricules mêmes, tandis que l'estomac , le foie, les intestins , sont loin de présenter des altérations aussi profondes et aussi générales que dans la fièvre jaune. 11 s'en présente toutefois de fort graves , telles que des affeclions gangreneuses répandues par taches , et quelquefois par plaques, sur les membres, le météorisme du ventre , l'augmentaliou de volume des organes parenchjmaleux , la dilatalion excessive du ventricule droit du cœur, et par-tout des stases plus ou moins considérables, des injections nombreuses et très-étendues d'uu sang noirâtre et veineux. Dans la variété muqueuse, la substance des glandes lymphatiques présente aussi de grandes modifications qui justifient de plus en plus nos idées sur le siège spécial de ces sortes d'atfections. Celte substance est ordinairement couenneuse, d'un gris clair, tachetée en rouge brun. On reconnaît parfaite-
nient les troncs distendus des vaisseaux blancs qui se portent vers ces organes ; leur ddveloppemeut égale celui de tout le système veineux, et celui-ci se trouve évidemment formé aux dépens du système artériel, qu'on rencontre de toutes parts dans un état de vacuité et d'afi'aissement extrêmes. Le tissu cellulaire sous-cutané,tantôt infiltré d'un sang noirâtre qui forme de larges ecchymoses , tantôt soulevé par des tumeurs emphysémateuses produites par des gaz d'une fétidité extrême , a d'ailleurs perdu toute consistance (i).
Si la multitude infinie des vaisseaux blancs gorgés de sang noir qu'on trouve, après la peste , sur toutes les membranes et dans l'étendue dû tissu cellulaire sous-cutané , donne une idée du désordre extrême qui a pu exister pendant la vie dans les mouvemens vasculaires, la présence de certains symptômes , comme les vomissemens sanguins, les selles et les urines sanglantes^ les hémorrhagies excessives ^ les diarrhées énormes et immodérées, qui sont loin d'être rares dans cette maladie, indiquent bien évidemmeril une disposition particulière dans les vaisseaux absorbans de toute nature qui les porte à exé-
(i) Pugnef , ibid. ; Larrey , Méin. de Chinirg. irtilil. ; Senac , Traité de la Peste.
cuter des mouvemeus désordonnés et tonvuU sifs presque indomptables, disposilion connue des médecins sous le nom de colliquation^ Les observateurs de la peste de Marseille disent qu'il est arrivé plusieurs fois, après avoir appliqué la pierre à cautère sur des bubons , quoiqu'il u'y eût que les seuls tégumens de brûlés , et par conséquent de très-petits vaisseaux cutanés ouverts, que le sang est néanmoins sorti en si grande abondance , qu'on n'a jamais pu en arrêter l'écoulement, et que les malades sont tombés dans des syncopes funestes. Nous ne devons plus craindre d'être taxé de préoccupation lorsque nous plaçons le siège de toutes ces colliqualions dans le système des vaisseaux absorbans. Comment, en effet, concevoir la possibilité d'un mouvement progressif de la colonne sanguine , tout faible, tout inégal, tout contraint qu'il se montre dans la peste, si ces énormes déplétions, si ces congestions locales et momentanées , eu un mot , si tous ces courans contraires et rapides en interrompaient à tout instant la marche? Ne voit-on pas d'ailleurs que^ pendant que tous les vaisseaux exhalans rejettent un sang rouge ou brun par le vomissement, les selles , les urines, les sueurs; par toutes les voies naturelles ou artificielles, les saignées ne font sortir assez ordinairement des veines qu'une sérosité bouF-
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îîeuse revêlue de tous les caractères de la dissolution la plus complète; qu'un sang blanchâtre ou d'un rouge paie, aqueux, liquide et incoagu- Jable (i). Et pourtant le tissu cellulaire, tous les tissus membraneux , auparavant blancs , ceux que le sang rouge colorait, se trouvent gorges d'un sang brunâtre qui a tous les caractères extérieurs de celui qui parcourait les veines avant la maladie. Le cœur a-l-il pu injecter ainsi ces parlies , lui dont la force s'éteint de jour en jour dans ces funestes affections ; lui qui ne peut les injecter de la sorte lorsqu'il est dans sa pleine vigueur? ]N'est-il pas, au contraire, de toute évidence que les vaisseaux qui n'exercent leurs fonctions qu'à l'aide d'une vitalité tantôt plus , tantôt moins exaltée ou ralentie, sont ceux qui, dans cette maladie comme dans toutes les autres , reçoivent de la différente nature des causes des modifications qui leur font ici pomper des liquides qu'ils n'ont pas coutume de recevoir (2), là sécréter des humeurs qu'ils ne produisent
(i) Pugnet, ibid. ; Samoïlowilz, Opuscule sur la Peste de Moscow, pag. 5^.
(2) Chicoyneau cite un pesliféré qui avait un énorme bubon à l'aîne gauche; ce bubon au lieu d'abcéder, diminua peu à peu de volume , et à mesure que celle tumeur s'affaissait, les urines entraînaient une matière que les médecins reconnurent pour être du véritable pus, II. 16
pas dans l'étal de sauté , et par-tout mêler , confondre et distribuer ces liquides hétérogènes, ou les verser par les surfaces en si grande abondance que le corps entier se consume , en quelque sorte jpar l'efTelde ces énormes déplétions? Il est vrai que l'autopsie cadavérique montrant constamment une énorme distension de l'oreillette droite du cœur et un engorgement considérable du système veineux ^ tandis que Foreillelte gauche et le système artériel se trouvent dans un affaiblissement et une vacuité remarquables, on avait pu croire que la source de la plupart des désordres que nous venons de relater était dans le cercle circulatoire sanguin ^ avant de connaître les effets produits par l'extinction de la vitalité des vaisseaux pulmonaires. Quesnay , par exemple, ne manque pas d'attribuer cette inégalité de répartition du sang entre les artères et les veines au spasme qui, fermant les premiers de ces vaisseaux , leur fait refuser le sang , lequel , par cela même , est forcé de relluer dans les veines. Maison sait aujourd'hui que cet effet est commun à l'asphyxie , à toutes les maladies terminées nar une lone^ue et vio-
ce qui dura plus de deux mois. Des faits de cette nature se sont présentés à plusieurs reprises sous les yeux des observateurs de Marseille. (Senac, Traité de la Peste, pag. 519.)
Icnle agonie , au scorbut comme à la fièvre jaune et à la peste , et qu'il tient, ainsi que toutes les nuances et tous les degrés qu'il présente , à la cessation plus ou moins lente , plus on moins subite , plus ou moins partielle , plus ou moins complète de racliou vitale de l'organe chargé de la respiration et de l'hématose , et à l'arrêt de la circulation dans cet organe. Or ^ il est facile de concevoir que, dans les affections qui portent une atteinte si profonde sur le système nerveux , les vaisseaux pulmonaires chargés de mêler au sang veineux les principes qui doivent le constituer sang artériel , les vaisseaux pulmonaires destinés à reconduire ce liquide au cœur et aux artères , ne peuvent manquer de participer à la prostration générale des forces du reste des solides vivans, ainsi qu'au désordre de leur action. C'est même à cette double cause qu'il faut attribuer faggravation des phénomènes adjnamiques qui a constamment lieu vers le déclin de ces maladies. C'est un état violent d'asphyxie qui vient se joindre aux premiers accidens , qui vient accroître de jour eu jour la proportion du sang veineux dans Téconomie animale, et par conséquent la faiblesse et le relâchement des solides , qui engoue de plus en plus les poumons et le système veineux d'un sang noirâtre , rejeté de toutes les parties ,
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iiOQ-seulement comme inutile à l'entretien de la vie , mais encore comme nuisible et délétère; d'un sang qui ne trouve plus dans l'acte respiratoire, presqu'enlièrement réduit au pur mécanisme de l'inspiration et de l'expiration , les principes vivifians que les vaisseaux absorbans puisaient, durant l'état de santé, dans l'air introduit dans les vésicules pulmonaires. C'est encore, selon toute apparence, à l'action excessive et dépravée de certaines portions du système absorbant situées dans les poumons et dans le foie , qu'on doit attribuer l'espèce de violence avec laquelle le sang , rejeté dans le système veineux, s'y trouve retenu, violence telle que les autopsies montrent l'oreillette droite rompue dans certaines circonstances , et les veines caves énormément distendues par suite des désordres de la peste. Au reste , ce n'est pas dans les seules circonstances oii le mal est arrivé au dernier degré de violence que le système absorbant donne des signes de son affection dans les contagions pestilentielles. Pendant que la peste exerce ses plus grands ravages , on voit des individus assez heureux pour n'en ressentir d'autre influence que quelques malaises , quelques douleurs sur le trajet des principaux troncs lymphatiques ; et les bubons qui se développent sur ces individus , le plus souvent sans beaucoup de fièvre et sans
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les arrêter dans leurs travaux , attestent mieux que des accidens plus compliques l'ëbranlement que le principe contagieux communique au système absorbant , et ne laissent aucun doute sur la voie que parcourt le virus avant d'atteindre aux parties pins profondément situées.
Ainsi , quelle que soit la funeste influence des principes contagieux sur l'économie animale , quelque profonde altération qu'ils impriment à nos parties, quelque extraordinaires que soient les etTets qu'ils produisent, on retrouve toujours le même ordre de mouvemens que suscitent aussi les causes physiques, on voit toujours ces mouvemens dépendre du même système de vaisseaux , et les traces de la lésion de ce système sont même ici plus nombreuses et plus manifestes encore que dans les fièvres; on retrouve toujours l'ébranlement général des vastes réseaux absorbans, cutanés, cellulaires et muqueux, mais s'accompagnant ici d'une sorte de concentration de l'irritation sur certains points déterminés , selon la diversité de nature des miasmes contagieux. On retrouve toujours les mêmes produits , les mêmes humeurs , hors des voies de la circulation sanguine , engorgeant des vaisseaux auparavant blancs, stagnant dans le tissu cellulaire ou dans les cavités , ou bien encore s' échappant avec profusion par les orifices des
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vaisseaux exbalans : seulement ces humeurs sont ici el plus abondantes , et plus mêlées , et plus confuses , et plus dépravées. On retrouve toujours le mal spécialement fixé tantôt à la peau , comme dans les fièvres éphémères et inflammatoires, tantôt sur les organes épigaslriques , tantôt sur les membranes muqueuses intestinales et le tissu cellulaire abdominal , tantôt sur le système nerveux , comme dans les fièvres bilieuses adynamiques , muqueuses, alaxiques : seulement ici ces différentes lésions ne marchent jamais isolées^ ou simplement escortées de sympathies secondaires comme dans les fièvres essentielles ; mais elles se présentent toujours deux à deux, trois à trois , et déterminent des accldens locaux si intenses , qu'il en résulte toujours une altération véritable de tissu plus ou moins grave, plus ou moins irrémédiable.
C'est surtout dans les maladies de cette espèce que les inflammations se mêlent tellement avec les fièvres qu'il est difficile de les distinguer , et qu'il est aisé de les confondre. Mais ce serait s'exposer aux plusgrossières erreurs que de prendre exemple des contagions fébriles pour établir qu'il n'y a pas de fièvres sans inflammation locale. N'y a-t-il pas une fièvre éphémère et des rougeoles, des scarlatines , des éruptions fébriles réticulaires de plusieurs espèces? N'y
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a-t-il pas une fièvre inflammatoire el des éruptions fébriles varioliques , soit be'uignes , soit confluentes ? Et quoique ces diverses maladies occupent le même siège, participent de la même nature , exigent, en général , la môme oiiéthode curative , ne convient-on pas qu'il faut les nommer et les classer différemment ? Pourquoi ce qui a lieu sur la surface cutanée ne nous indiquerait-il pas ce qui s'opère sur les membranes muqueuses dans des circonstances lout-à-fait semblables ? Or , s'il ne nous est pas permis de regarder la fièvre éphémère comme une inflammation de la peau , quoique nous trouvions cet organe enflammé dans la rougeo'e et dans la scarlatine , on ne sera pas plus en droit d'avancer que les fièvres ad jnamiques, bilieuses, muqueuses , sont des phlegmasies intestinales , parce qu'on aurait trouvé des plaques phlogosées , des éruptions aphteuses , ou toute autre désordre inflammatoire sur les voies digestives à la suite des contagions typhoïdes et pestilentielles. On peut encore ajouter à ce qui précède une considération d'une autre nature. Sans doute les contagions fébriles présentent pour caractère une sorte d'amalgame de phénomènes fébriles et de phénomènes inflammatoires ; mais , de même que les premiers s'éloignent par quelques points des fièvres essentielles , de même les seconds se
distinguent par plusieurs circonstances de c® que les médecins connaissent sous le nom d'mflammations légitimes. Et , pour prendre toujours nos exemples de ce qui se passe sous nos yeux , il est facile de voir que la rougeole ou la scarlatine n'ont ni l'aspect , ni la marche , ni la durée de Térysipèle ; il est facile de voir que le boulon variolique ne ressemble pas davantage au furoncle , ou la variole confluente au phlegmon. D'un autre côté , l'on sait que déjà les praticiens ont fait la remarque importante que les phlogoses qui surviennent sur les membranes muqueuses par suite des contagions , se distinguent également de l'état inflammatoire qui constitue les véritables esquinancies , les gastrites, les antérites, etc., soit parle peu de profondeur qu'elles présentent , soit par leur moindre durée, soit par la facilité extrême avec laquelle on les voit se recouvrir d'une pellicule gangreneuse (i). On sait également qu'on ne peut retrouver une péripneumonie , une hépatite , dans la prompte désorganisation , dans l'espèce de sidération dont les effets contagieux frappent tout-à-coup les viscères. Sous quelque point de vue qu'on envisage les contagions fébri-
(i) Rosen , Maladies des Enfans ^ Plenciz, Open->. medico-phyûc, traci. m.
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les ;, on les verra donc constamment présenter des nuances qui n'appartiennent qu'à elles seules, qui ne permettent pas de les confondre avec les fièvres , ou bien avec les inflammations , et qui forcent de leur assigner une place intermédiaire et distincte entre ces deux genres d'affections , loin qu'on puisse arguer des phénomènes qu'elles présentent pour déterminer la véritable nature des fièvres ou des inflammations.