CHAPITRE III
Influence des Vaisseaux ahsorhans dans la production des phénomènes inflammatoires,
X eus les médecins , depuis Galien jusqu'à nos jours, n'ont cessé de répéter qu'une partie enflammée rougit, s'échauffe, se gonfle, et qu'il se développe , dans son intérieur , de la douleur et des pulsations ; tous se sont accordés à dire que le sang y abonde en plus grande quantité et avec plus de véhémence que dans l'état naturel. Mais les premiers successeurs de Galien croyaient , avec cet ancien , que l'inflammation dépendait d'un sang plus chaud , se portant en
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plus grande abondance sur une partie , el iraversant les pores inorganiques des vaisseaux, pour se répandre dans les parenchymes sous forme de rosée , sans qu'ils eussent compris pourquoi le sang affluait ainsi dans la partie affectée. Les médecins qui vinrent ensuite, infatués des théories chimiques, regardèrent tantôt l'efFervescence du sang comme cause de Tépanchement , tantôt l'afflux de ce liquide comme cause de l'effervescence , et firent dériver l'inflammation de ces deux circonstances étrangères à la vie. Vanhelmont aperçut le premier l'influence des parties vivantes et sensibles sur la production de ces phénomènes ; mais celte première étincelle du génie fut étouffée par cet auteur lui-même , au milieu d'un informe tissu d'absurdes raisounemens , d'explications chimiques obscures et presque inintelligibles, et d'indications ou chimériques et illusoires, ou fausses et dangereuses..
Enfin , l'anatomie fit d'immenses progrès, et la circulation du sang fut découverte ; mais les résultats de ;^e grand événement ne furent pas aussi heurertx pour la pathologie qu'on aurait dû s'y attendre : les partisans des systèmes mécaniques et mathématiques , en vigueur à cette époque, fi'étayèrent de ces nouvelles connaissances au/.atomiques pour expliquer , par l'arrêt
du sang dans les petits vaisseaux , et par l'obstacle qu'ils supposaient en résulter pour la circulation , les phénomènes locaux de l'inflammaliou , et la fièvre , ou ce qu'on nommait la réaction du cœur, qui, le plus souvent, accompagne ces phénomènes : erreur manifeste, puisqu'on voit des obstructions considérables exister; même dans les organes les plus essentiels à la vie , sans être suivies des symptômes que ces auteurs donnaient pour le type des inflammations , tandis que la plus petite irritation , exercée sur une partie très-sensible , en excite souvent de très-graves et de très-considérables. Le seul avantage qu'on put tirer alors de la découverte de la circulation relativement à l'explication des phénomènes inflammatoires , se borna donc à faire abandonner l'idée que le sang se répandait en rosée dans les parenchymes, à travers les pores inorganiques, et à fixer le siège de ces phénomènes dans le système vasculaire.
La science en était à ce point, lorsque Vieussens , ayant démontré , par des injections faites avec le mercure , l'existence des vaisseaux lymphatiques qui sortent des parois des artères capillaires, établit le premier, parmi les modernes, que, dans l'inflammation, le sang passe des vaisseaux sanguins dans ces sortes de vais-
seaux (i). or L'on croit communément, disait » Helvélius^ l'un des plus zélés partisans de M cette nouvelle théorie, que l'inflammation » n'est autre chose qu'un embarras et un en- » gorj^ement du sang dans les vaisseaux san- » guins ; mais il est impossible d'en rendre rai- M son de cette manière : car , comment expli- ?) quer la rougeur considérable qui arrive à la » partie enflammée, surtout lorsqu'elle est na- » turellement blanche? Il est d'ailleurs très-difii ficile de concevoir que le sang puisse s'embar- » rasser dans les vaisseaux sanguins, où il jouit, » surtout pendant la fièvre^ d'un mouvement » très-rapide et très-violent. La rougeur de » l'œil, par exemple, vient évidemment de ce )) que le sang a passé des vaisseaux sanguins » dans les vaisseaux lymphatiques de cette par- » tie ; et il en est ainsi des autres. Qu'on fasse » attention, ajoutait-il, au nombre infini de )) petits vaisseaux que les injections fines meti) tent en évidence ; que l'on considère qu'ils ne M paraissent ni rouges, ni remplis de sang pen- M dant la vie et dans l'état naturel , et l'on sen- » tira qu'ils ne peuvent être et ne sont en effet » que des vaisseaux lymphatiques , quoique
(i) Nov, Vas. SystemUf 1705.
» plusieurs anatomistes nous les donnent pour *) (les vaisseaux sanguins » (i).
Ces dernières paroles d'Helve'lius font allusion au système dont Boerhaave e'iait l'inventeur (2) , système créé vers la même e'poque où Vieussens démontrait, par ses injections, l'existence des vaisseaux lymphatiques s'implantant aux parois des artères; système formé des débris des théories chimiques et des principales idées de Bellini , appuyées sur de certaines connaissances nouvellement acquises par Leuvenhœck , à l'aide de son microscope , et par Ruysch au moyen des injections que cet anatomisle avait poussées au dernier degré de perfection, quoique la matière colorante rouge qu'il employait Tait fait tomber dans de graves erreurs. Boerhaave supposait, dans le corps humain, plusieurs séries d'artères décroissantes j, et d'un diamètre proportionné au volume des globules destinés à les parcourir ; il supposait ces ramifications artérielles divisées presque à l'infini , et chaque branche , chaque rameau , chaque ramuscule, de forme conique, se continuant avec une veine correspondante, et allant former enfin les organes sécréteurs. Dans cette
(i) Idée de V Économie animale , pag. 42- (2) Ce système parut , pour la première fois , vers Tanne'e 1709 , dans les ouvrages de Boerhaave.
supposition, il croyait que, si, par la raréfacllon du sang et l'augmentation du mouvement de ce liquide , ou bien si , par l'atonie des artères, les orifices de ces vaisseaux venaient à se dilater d'une manière quelconque , le sang rouge entrait alors dans les premières divisions destinées aux globules séreux , le sérum dans les secondes destinées aux globules lymphatiques , et ces fluides , forcés de s'arrêter dans ces canaux , à cause de la disproportion de leurs molécules , formaient l'obstruction , d'où l'inflammatioa par erreur de lieu , etc.
En se prêtant môme à toutes les idées mécaniques de l'époque oii les deux explications de Vieussens et de Boerhaave virent le jour, on conviendra facilement que celle du premier écrivain était de beaucoup la plus simple et la plus naturelle. Des expériences faciles, des maladies vulgaires en faisaient toucher au doigt la vérité ; la raison s'accommodait très-bien de ce troisième ordre de vaisseaux , déjà signalé par plusieurs autres anatomistes sur différentes parlies , consacré à la circulation des fluides séreux et lymphatiques , et se remplissant accidentellement de sang dans les inflammations. Mais la raison était révoltée de cette série décroissante de vaisseaux que l'anatomie n'avait jamais démontrée, que les phénomènes de la santé et
des maladies ne démonlraient pas davantage, que les élèves et les commentateurs de Boerhaave n'osèrent admettre qu'avec des restrictions plus ou moins nombreuses ou considérables; et pourtant l'ascendant de ce grand homme l'emporta ; toute l'Europe reçut aveuglément sa théorie et son erreur de lieu ; on ne voulut voir, dans les névro-lymphatiques de Vieussens , qu'une imitation des artères décroissantes de Boerhaave , et les successeurs de ce brillant théoricien ne firent, de ces deux choses, qu'une seule et même découverte , et s'accoutumèrent à n'en rapporter la gloire qu'au seul professeur de l'école de Leyde. Cependant, l'un avait réellement vu les vaisseaux névro-lymphatiques dont il parlait; l'autre avait puisé dans son imagination les séries décroissantes qui faisaient la base de son système. Mais si le premier avait plus de connaissances positives en anatomie , le second avait plus d'érudition et d'éloquence, et ces deur qualités lui attiraient de nombreux auditeurs qui portèrent l'honneur de son nom dans tout le monde savant , et firent prévaloir ses opinions dans les plus célèbres universités de l'Europe.
Au reste, la seule vérité d'un grand intérêt pour la théorie de l'inflammation qu'on puisse extraire des ouvrages de ces deux grands médecins, qui n'ont su se défendre ni l'un ni l'autre
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des rêveries chimiques et mécaniques de leur siècle, c'est que le sang , au lieu de se répandre en rosée dans les parenchymes , comme le croyaient les anciens , au lieu de s'arrêter dans les vaisseaux naturellement rouges pendant l'inflammation , passe dans les vaisseaux habituellement blancs , et ne contenant , pendant la santé , que des fluides séreux et lymphatiques ; et la première idée et les preuves matérielles de cette vérité doivent être uniquement attribuées à Vieussens parmi les modernes. On peut même dire que Boerhaave , en faisant de ses vaisseaux séreux une dépendance du système artériel, et en imaginant celte série de canaux décroissans qu'on a été forcé d'abandonner parla suite, a fait perdre la trace de cette précieuse découverte de Vieussens , a rejeté pour long-temps les palhologistes dans la fausse roule des mécaniciens hydrauliques , a même été cause que les médecins qui ont mieux senti l'influence de la vitalité sur la production des phénomènes inflammatoires, ont été portés à donner aux vaisseaux artériels des propriétés qui ne leur sont pas dévolues par la nature j erreur qui s'est propagée jusqu'à nos jours, et qui règne encore presque généralement.
En effet, on ne tarda pas à voir que l'obstruction d'un ou plusieurs rameaux artériels ne pou-
Vûil pas accroître la force de l'impulsion du cœur et le mouvement du sang vers le point obstrué , comme le prétendait Boerhaave , et J. de Gorler , son élève , se refusa le premier à croire que de l'obslruclion dérivât l'inflammation ; mais il lui parut évident que le mouvement vital augmenté de quelque branche artérielle en était la véritable cause, ainsi que de tous les symptômes qui l'accompagnent. Depuis cet auteur, les médecins, d'une voix presque unanime, attribuèrent un rôle actif aux artères dans la production des phénomènes inflammatoires ; et mêlant toujours les idées d'obstruction à celle d'inflammation, les uns prétendaient que l'irritation déterminait ces vaisseaux à pousser le snng avec plus ou moins de violence dans les vaisseaux décroissans ou latéraux ; les autres , que celte même irritation les crispait, les resserrait, et produisait ainsi l'arrêt du sang : ce qui n'empêchait pas qu'aucun de ces auteurs ne pensait à exclure du nombre des causes éloignées de cette maladie les diverses altérations chimiques et les autres vices des humeurs, qu'ils faisaient toujours entrer en ligne de compte (i).
(i) Scavini , Histoire de V Inflammation ^ et Burser., In.stil. , t. I.
lï. Ï7
Cependant, à mesure qu'on avançait on se dégageait de plus eu plus des préjuge's accrédites par les sectes chimique et mécanique , et l'on sentait de plus en plus le vide du système de Boerhaave. Ou se rappela que Slabl avait voulu mettre , à la place des machines que faisaient jouer dans l'économie animale les médecins de son temps , l'autocratie de la nature ; et cette idée s'accordant mieux avec tout ce qu'on venait de découvrir sur la sensibilité et l'irritahilité dont se trouvent pourvus les solides vivans, lit tout-à-fait abandonner les anciens systèmes, u Laissons , s'écriait un de ces nouveaux Stah- )) liens , laissons aux partisans de Boerhaave le » soin de défendre comme ils voudront, ou » comme ils pourront , son système de l'arrêt >♦ du sang dans les extrémités des vaisseaux ar- » tériels ; permettons à d'autres d'appeler, avec » Vanhelmont , l'inflammation une épine pi- » quanie, et arrêtons-nous uniquement à con- M sidérer les phénomènes qui rendent l'inflam- » matiou sensible.... Tout cet appareil, ajou- » tait-il , disparaît au moment de la mort ; il j) appartenait donc exclusivement au principe » de la vie. En effet , par des incisions , oa » produit sur le cadavre des épanchemens ; par » des compressions ménagées , on y produit » des engorgemens et des tumeurs; mais, qui
DES MALADIES. aSg
n jamais y a fait uaîlre de vërilablcs itiflanima-
)) lions ?... Dans le siège de l'inflammalioa , on
» voit un excès manifeste dans les mouvemens;
« d'un autre coîo, l'impossibilité où se trouve
» la partie enflammée de supporter le plus
)) loger ébranlement sans douleur, ce qui an-
)) nonce que le ton de la Obre sensible s'y trouve
» porté au-dessus du rapport qu'il devrait avoir
» avec les fonctions auxquelles cette fibre est
M destinée. Or, puisque l'essence de la vie pby-
)) sique de chaque partie de l'animal^ comme
» de l'ensemble de ces parties , consiste dans la
)) mobilité et la sensibilité, n'est-il pas évident
» que, dans les parties attaquées ou même me-
)) uacées d'inflammation , la nature est dans
» un état d'efïbrt pénible et violent ; qu'elle y
a soutient l'énergie vitale bien au-delà de ses.
» justes limites; qu'elle excède ces limites d'au-
» tant plus que rinlîammation est plus vive ;
» et que, si l'inflammation est enfin portée au
» degré le plus extrême, le triste fruit de ce
;; travail de la nature ne peut être que l'épui-
» sèment et la mort , car c'est une véritable
a mort que la gangrène? » (i).
Sans doute ces idées sont pleines de philosophie , conformes aux lois générales qui régis-
({) Voullone, Mémpirs surîa Médecine expectante.
sent l'économie animale; mais elles sont trop vagues , trop abstraites pour donner une explication convenable et satisfaisante des phénomènes locaux de l'inflammation. Fabre paraît avoir mieux deviné les secrets de la nature^ et il est enfin venu soulever une partie du voile qui les dérobait à tous les reo^ards. Cet ingénieux physiologiste j voyant que l'irritation était la seule cause de l'inflammation , voyant en même temps que toutes les causes irritantes ne déterminent pas nécessairement ce genre de maladie ; que non-seulement il leur fallait un certain degré d'intensité capable d'attirer le sang vers le point irrité , mais encore qu'il fallait que ces causes fussent d'un genre propre à produire cet effet ; car, selon la remarque de Quesiiay , si , parmi les substances nuisibles , il y en a qui produisent l'inflammation , il s'en trouve d'autres qui éteignent l'action des vaisseaux , produisent la gangiène, tantôt accompagnée d'un sentiment d'ardeur brûlante, tantôt d'un sentiment de froid très-supportable ; d'autres qui irritent les nerfs , et produisent des convulsions j d'autres enfin qui, au lieu de la partie rouge du sang , n'attirent que des sucs blancs et lymphatiques , et produisent des tumeurs ou des écoulemcns qui ont les caractères des humeurs dont ils sont formés. Ce physiologiste
voyant, d'un aulre côlé, que la piqûre d'une guêpe ou d'un animal venimeux donnait naissance sur-le-champ à une tumeur qui augmentait à vue d œil ; que lorsqu'un instrument contondant avait frappé la tète, il s'élevait, aussi promptement , une bosse sphérique rénilente, d'un volume proportionné à la violence du coup, conclut de ces observations diverses que la force par laquelle les tluides affluent vers le point irrité pour former i'intlammalion, est indépendante de celle du cœur et des artères , et lui est même bien supérieure , puisqu'elle soulève les lames osseuses dans les exostoses. Celte vérité lui était d'ailleurs démontrée par la manière dont cette maladie peut se résoudre; car il suffît que l'irritation qui en est la cause cesse, ou que son effet soit seulement suspendu , pour que les tluides reprennent leur cours , et ne soient plus attirés vers la partie soutfranle (i).
Ces nouvelles vues d'un physiologiste français assez mal apprécié de son vivant , ont fait faire un pas immense à la science, touchant le point qui nous occupe; elles ont servi de base aux théories par lesquelles on explique, de nos
(i) Fabre, Essais de Phfsiol. , '• i, p-^g- 97 et saiv. justju'à la pag. jo5.
jours, les phënomènesderintlammalîon.Bichaf, surtout , les a développées de la manière la plus spécieuse dans ses ouvrages. Malheureusement Fabre , au lieu de porter ses regards en arrière, ûl de consulter les annales de l'anatomie pour s'assurer quelle était la nature des vaisseaux chargés d'exécuter ces inouveraens vasculaires , indépendans des lois de la circulation sanguine qu'il venait de signaler aux pathologistes ; au lieu de se rappeler les découvertes de Vieussens concernant des vaisseaux d'un autre genre que les vaisseaux sanguins, au lieu d'appliquer à sa théorie les connaissances acquises depuis le commencement du siècle, <ft surtout à des époques récentes, sur les vaiseaux lymphatiques ou ahsorbans , tomba dans la faute qu'avait commise Boerhaave. Il substitua aux séries décroissantes de ce dernier un système de vaisseaux intermédiaires entre les artères et les veines , système imaginaire comme le premier , et qui joint à l'inconvénient de n'être qu'une pure fiction, celui de ramener toujours à l'idée que les artères jouent un rô!e actif dans la production des phénomènes inflammatoires, maigre même l'intention formelle de son auteur; car, comment séparer les extrémités capillaires des artères de leurs troncs principaux ? Gomment supposer aux premières des propriétés vitales
qui manquent aux seconds ? Comment croire, avec Fabre et Bichat j que les troncs artériels sont passifs dans l'acte de ia circulation, et que néanmoins ces vaisseaux, devenus capillaires, sont doués d'une sensibilité, d'une vitalité qui les rend susceptibles des mouvemens les plus variés, les plus instantanés, les plus opposés à la direction naturelle de la colonne sanguine ? Fabre a vu dansTinilammation, comme dans les phénomènes de la santé , des mouvemens vasculaires évidemment indépendans de la force du cœur et des artères : voilà son titre de gloire, voilà ce qu'il faut recevoir de lui avec reconnaissance. Mais , pour expliquer ces mouvemens , il a morcelé contre toute vraisemblance , contre toute autorité, le cercle circulatoire sanguin : voilà la faute qu'il a commise , faute imitée par Bichat , et par tous ceux qui suivent aujourd'hui les théories de ces auteurs , faute qu'on doit soigneusement éviter si l'on veut s'entendre.
Pour donner une explication naturelle et raisonnable des précieuses observations de Fabre sur les mouvemens vasculaires suscités par une irritation , et tout-à-fait indépendans des lois de la circulation sanguine ^ il faut donc se reporter à la découverte anatomique de Vieussens , et reconnaître j comme HelvétiuSj, Plofi'niana et
264 eu SIEGE ET DE LA NATURE
quelques autres palhologisles, que,penclanl Tinflammation , le sang passe des vaisseaux sanguins dans les vaisseaux lymphatiques : ou plutôt , mieux éclaires que ces médecins sur les phénomènes de la sensibilité et sur les propriétés vitales de ces derniers vaisseaux, dire qu'à l'occasion d'une irritation quelconque, ces vaisseaux attirent et pompent le sang ou les autres liquides dans leur intérieur en plus ou moins grande quantité, d'où résulte l'afïlux qui vient toujours gonfler le point irrité. Cette explication est d'ailleurs justifiée par la rapidité du gonflement inflammatoire , peu compatible avec les mouvemens réguliers nécessaires au maintien de la circulation sanguine , ainsi que par cette expansibililé active que plusieurs auteurs ont reconnue dans le tissu cellulaire , cet organe éminemment absorbant, laquelle contribue, en grande partie , à former les tumeurs inflammatoires ; elle est justifiée par la fréquence des inflammations dans ce tissu , presque entièrement dépourvu d'artères , et qui est telle que le phlegmon est regardé comme le type par excelience de ces afîections ; elle est justifiée par le siège de l'engorgement inflammatoire , toujours placé en dehors du cercle circulaloire sanguin et n'influant presque jamais, comme obstacle mécanique, sur les raouvemens de cet appa-*
reil , mais seulement par conllnuile d'irritation ou par sympathie; elle est juslifiëe par Tobservalioii de Hunter , lequel assure qu'une partie enflamme'e cesse d'opérer l'absorption qui lui est naturelle , et qu'indépendamment du sang qui s'y rassemble , il s'y porte aussi une grande quantité de sërum et de lymphe coagulante ; que celte exlravasation lymphatique, plus grande au point d inflammation , devient de plus en plus faible à mesure qu'on s'en éloigne , et se perd insensiblement dans les parties environnantes (i) , ce qui proi^ve que les fonctions des vaisseaux absorbans sont lésées ou interverties , et que le sang n'est pas le seul fluide mis en. mouvement dans les inflammations; ce qui doit nous donner enfin la conviction queSœmmeriug a eu raison de dire que dans toute inflammation, soit de cause interne , soit de cause externe , le système des vaisseaux absorbans paraît être plus affecté que celui des vaisseaux sanguins (2).
En effet , s'il est vrai , comme Hunter l'avait déjà démontré dans l'un de ses plus ingénieux ouvrages, qu'il y ait une intime liaison entre la (ièvre et l'inflammation (5); s'il est vrai, comme
(i ) Trailè du Sang et de VInJlammation , t. 11. (■?,) DeMorb. Fas. al'sorb., nttg. r.
fô) Ibid. , png. iSo.
le disait le docteur Selle, que la fièvre et Tinflammalion reconnaissent la même cause matérielle , et ne diffèrent que par quelques circonstances (i) ; s'il est vrai qu'entre ces deux sortes de maladies il n'existe que des nuances d'intensité, détendue , de profondeur, comme nous avons cherché à l'établir dans les précédens chapitres , on ne doit pas manquer de retrouver dans les inflammations le même genre de mouvemens que dans les fièvres; on doit y retrouver la lésion des mêmes vaisseaux et la production de phénomènes , sinon toul-à-fait semblables , du moins très-analogues. C'est aussi Ce que l'observation de la nature démontre de la manière la plus évidente, et ce qu'il est impossible de méconnaître. L'observation démontre égalefnent que , de même que la fièvre inflammatoire ne peut être le type unique de toute espèce de fièvres , de même le phlegmon qu'on nomme légitime ne doit pas en servir au reste des inflammations ; elle démontre que si l'irritation plus ou moins étendue , plus ou moins ■vive, plus ou moins soutenue des vaisseaux absorbans artériels produit et ce genre de fièvre et ce genre d'inflammation , l'irritation des vaisseaux absorbans veineux produit à son tour
(i) Pjrctolog.
la fièvre adynamique cl les inflammations gangreneuses ; l'irritalion des vaisseaux absorbans lymphatiques produit, de son côte , la fièvre pituiteuse et les inflammations blanches , lardacées , gélatineuses , etc. Peut-être pourraiton ajouter même que l'irritalion des faisceaux cylindriques nerveux produit également et les fièvres ataxiques , et une espèce particulière d'inflammation dans la substance cérébrale et nerveuse : du moins est-il probable que les névralgies et la plupart des maux de nerfs tiennent à une cause de celte nature , comme le pensent certains médecins , d'après des faits d'anatomie pathologique assez concluans.
Or, comme il est impossible de concevoir, dans le corps humain, iine partie organique, une partie qui répare et renouvelle sa substance, sans la supposer composée de vaisseaux chargés de puiser dans le sang artériel les matériaux de la nutrition ; de vaisseaux chargés de reprendre et de faire refluer , vers le sang veineux ou les émonctoires , les résidus de celte nutrition; de vaisseaux chargés de ramener au centre de la sanguification l'excédant de ces matériaux , qui n'a pu se trouver mis en œuvre; de vaisseaux chargés de répandre en tous lieux les élémens de ce solide vivant , qui fait le fond et le canevas de tous les organes , on doit s'attendre à
trouver les diffërens modes d'inflammation que nous venons de signaler dans toutes les parties, quelle que soit leur différence apparente de structure et d'organisation , avec, toutefois, des dispositions plus ou moins marquées , tantôt pour l'une , tantôt pour l'autre de ces inflammations, suivant la proportion dans laquelle chacune de ces espèces de vaisseaux entre dans la composition de l'organe affecté.
C'est ainsi quele tissu rëticulaire, répandu à la surface de la peau et des membranes muqueuses supérieures, que le tissu cellulaire cutané et pulmonaire, plus abondamment pourvus de vaisseaux absorbans artériels , présentent ,plus fréquemment que les autres parties, des inflammations connues des praticiens sous le nom de légi-^ Urnes f c'est-à-dire, formées par le passage du sang artériel dans ces sortes de vaisseaux. C'est ainsi que les réseaux réliculaires des intestins, et le tissu cellulaire abdominal , plus amplement fournis de vaisseaux absorbans veineux, sont plus souvent et plus facilement affectés d'inflammations gangreneuses , ou du moins colorés par le passage du sang veineux dans ces sortes de vaisseaux; c'est encore ainsi que les tissus fibreux , ligamenteux , cartilagineux , qui enveloppent et forment les articulations , plus particulièrement composés de vaisseaux absorbans lymphatiques.
DEà MALADIES. 269
sont dévolus de préfe'rence à des inflammations où les sucs gélatineux et séroso-ljmphaliques sont déviés de leurs voies naturelles.
Mais, quoiqu'il soit vrai de dire que certaines parties présentent plus de facilité que d'autres à recevoir certaines niodificalions qui constituent tel ou tel genre d'inflammation, en raison de la différente proportion des vaisseaux de diverse nature qui en forment la base, il est également hors de doute que chacun de ces ordres de vaisseaux devant entrer pour quelque chose dans la texture intime des organes , il peut se présenter des circonstances capables de déterminer, sur toutes les parties, l'un de ces modes d'inflammation , ou même plusieurs à la fois ou d'une manière successive. C'est à suivre ces phénomènes, à les saisir , à les reconnaître sur la plupart de nos organes, que ce chapitre doit être consacré. Nous allons nous livrer à. cette recherche, sans avoir égard aux classifications , aux distinctions établies par les nosologisles , distinctions sans doute nécessaires dans la pratique, en ce qu'elles sont fondées sur des propriétés de tissu qui produisent une grande variété de symptômes , et sur l'importance plus ou moins grande des fonctions des organes lésés , mais qui, ne se rapportant que très-rarement au fond et à l'essence des maladies, se trouvent
d'une considération secondaire dans un ouvrage de la nature de celui que nous écrivons.
La seule méthode qui nous convienne est celle que nous avons déjà mise en usage pour l'examen et l'appréciation des fièvres, c'est-àdire, celle qui consiste à soigneusement considérer les phénomènes des diverses sortes d'inflammations sur la peau et sur le tissu cellulaire sous-culaîié, qui sont les parties les plus apparentes et les plus à portée de nos yeux, comme elles sont les plus exposées aux causes extérieures et accidentelles, d'où dérivent , pour l'ordinaire , des maladies simples et peu compliquées; afin que, passant du tissu dermoïde aux organes plus profondément situés, nous puissions juger par l'analogie des phénomènes que nous retrouverons dans les mêmes circonstances sur les principaux de ces organes, par la similitude des mouvemens également suscités à l'occasion des causes irritantes dans toute l'économie animale , de l'identité de nature des vaisseaux dont la lésion produit par-tout ces mouvemens.
DES MALADIES. ayi
§ I". De ï Inflaimnation dans les vaisseaux absorbans avlcviels du tissu réticulaire cutané.
Déjà nous avons dil quelques mois de l'e'rysipèle et du phlegmon , et nous avons fait sentir les rapprochemens qui existent entre ces deux inflammations et les fièvres éphémère et inflammatoire. Ce qu'un premier coup-d'œil nous a fait apercevoir, un examen plus approfondi va bientôt nous le confirmer : et , pour ce qui concerne l'érysipèle , il suflira presque de la description de cette maladie pour nous en convaincre. En effet , lorsque l'ardeur des rayons solaires, l'action d'un froid vif et piquant , l'application d'une substance grasse ou toute autre cause , est venue porter l'irritation sur cet inextricable lacis de vaisseaux blancs étendu sur le chorion et faiblement protégé par l'épiderme , on voit une rougeur plus ou moins vive , plus ou moins foncée , se répandre brusquement sur une assez grande surface , en même temps que les phénomènes généraux de la fièvre se manifestent à des degrés divers ; la superficie de la peau s'élève en cet endroit légèrement et d'une manière é^ale : on v sent une tension manifestc ; il s'y développe une chaleur vive , une douleur cuisante plutôt que pulsative , et la
maladie parvient ainsi à son plus haut période. Bientôt la peau de la tumeur devient inégale , répiderme se soulève sous forme d'ampoules , le plus souvent petites , quelquefois de diverses grandeurs , toujours remplies d'une sérosité claire ou jaunâtre , et la diminution de la rougeur , l'affaissement de la peau, qui se retire, le dessèchement de l'épiderme , qui tombe en écailles^ ne tardent pas à manifester le déclin et la lermiaaison des accidens.
Que le sang soit ici passé dans des vaisseaux qui ne contenaient, pendant la santé, que des liqueurs blanches , la chose est trop évidente pour être contestée; que le tissu réliculaire de Malpighi soit l'unique siège de cet afflux sanguin, il est facile de le croire , lorsqu'il suffit d'appuyer légèrement le doigt sur la tumeur pour faire disparaître la couleur rouge, lorsqu'on voit l'érysipèle changer rapidement de place et se transporter d'un lieu dans un autre, du visage, au cou, au bras , à la poitrine ; de l'une des extrémités sur l'autre^remonlermêmequelquefois des membres abdominaux vers le tronc et vers la tête , ou se reporter sur les parties qu'il avait précédemment occupées , sans laisser d'autres traces qu'une sorte de desquamation : c'est ainsi que la chaleur voyage dans certaines circonstances sur ce vaste réseau qui nous enveloppe. Que les vais-
DES MALADIE S. ayj
«eaux capillaires qui sont le siège spe'cial de ces mobiles phénomènes fassent partie du système des vaisseaux absorbans , c'est ce dont il est impossible de douter ^ lorsqu'on voit la nature et la variété des humeurs qu'ils reçoivent habituellement , l'irrégularité des mouvemens qu'ils impriment à ces humeurs, l'indépendance dans laquelle ils se trouvent de l'impulsion du cœur , les propriétés vitales qu'ils manifestent , les fonctions qu'ils exercent, enfin les sérosités qu'ils produisent dans leurs maladies.
Nous avons déjà reconnu que ces sérosités s'exhalaient en sueurs dans la fièvre éphémère, et nous les voyons ici soulever l'épiderme , produire des ampoules de difle'rentes grandeurs, le plus souvent même se mêler au sang qui forme rengorgemenl inflammatoire , et donner à la teinte rouge de la tumeur une nuance jaunâtre et orangée. Cet effet généralement connu, mais mal apprécié , joint à ce que l'irritation des premières voies par la présence d'une bile surabondante et dépravée entraîne quelquefois sympa ihiquement des rougeurs érysipélaleuses sur la peau , n'avait pas manqué de faire croire aux anciens médecins que cette sorte d'inflammation était produite par la bile. On voit comment la bile peut être , chez quelques sujets, la cause éloignée qui la détermine , quoi- II, 18
que cette humeur ne contribue probablement jamais à la former réellement. Si les sérosités qui découlent d'une surface érysipélateuse sont plus jaunes ou plus consistantes que les sueurs naturelles, c'est uniquement parce que la maladie vient de leur imprimer un premier degré d'altération : aussi peut-on observer , si l'irritation se prolonge au-delà du terme ordinaire dans l'érysipèle, qu'au lieu de ces sérosités il ne se produit bientôt plus qu'une matière puriforme. C'est ce qui arrive aux plis de la peau trop long-temps en contact chez les personnes Irès-grasses ; c'est aussi ce qui se passe sur les vésicatoires que l'on veut faire suppurer au moyen d'une application irritante tous les jours renouvelée. On peut donc assurer , d'après ces exemples connus, et, pour ainsi dire, vulgaires, que l'érysipèle /e-^/V/me, c'est-à-dire, celui qui survient aux personnes sanguines et dans la jeunssseoula vigueur del'âge, ne diffère des autres inflammations produites parl'irrilation des vaisseaux absorbans artériels, et le passage du sang de l'intérieur desartères dans ces sortes de vaisseaux absorbans, que par le siège superficiel qu'elle occupe, que par la légèreté et la brièveté des accidens, comme nous avons vu la fièvre éphémère ne pas offrir d'autres marques de distinction qui la séparent de la fièvre inflammatoire.
DES MALADIES. 2j5
Au reste, quelque superficielle que soit cette maladie, on ne doit pas penser qu'une action puisse naître et s'établir dans l'économie animale, sans que les parties voisines n'en soient émues d'une manière plus ou moins notable. Aussi voit-on , dans ce cas, les vaisseaux absorbans du tissu cellulaire sous-cutané s'ébranler^ et verser dans les aréoles de ce tissu des sérosités beaucoup plus abondantes que dans l'état naturel ; d'où il résulte d'ordinaire un œdème tantôt plus, tantôt moins considérable ou étendu. Cet œdème gonile surtout extrêmement la peau , décolore le point enflammé, lui donne un aspect rosacé, cl pénètre très-profondément chez les personnes affectées d'un certain état de cachexie , dans lequel le système des vaisseaux absorbans est frappé de la modification de sensibilité qui le dispose à produire des quantités considérables de sérosités. C'est là ce que les nosologistes désignent sous le nom â'érysipèie œdémateux y variété qui peut se développer sur une partie saine en apparence , mais qui , le plus souvent , envahit les membres déjà leucophlegmatisés. Depuis long-temps , les praticiens ont reconnu l'extrême facilité avec laquelle les parties infiltrées de la sorte se recouvrent de plaques érysipélaleuses. II n'est pas possible de croire que cette disposition tienne a la seule
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distension de la peau, car si cela était ainsi ^ leS femmes devraient voir paraître fréquemment ces rougeurs inllammaloires sur la peau de leur ventre durant la grossesse, temps où Ton sait que celte partie souffre une distension bien plus considérable. Ne pourrait-on pas croire que cela lient plutôt à une certaine analogie d'action et de sensibilité qui s'établit dans quelques portions du système absorbant pendant le cours de l'un et de l'autre état de maladie? N'est-on pas autorisé à penser de la sorte, lorsqu'on voit que dans les deux cas les résultats de l'action orcfanique sont les mêmes; lorsqu'on voit dans les deux cas la production de sérosités exubérantes être le terme de cette action , comme nous avons vu qu'elle Tétait de l'action qui détermine la fièvre éphémère et la fièvre inlerniittenle?
§ II. De V Inflammation dans les vaisseaux absorbans veineux du tissu réiiculaire cutané.
Quoi qu'il en soit, la disposition accidentelle que nous venons de signaler n'est pas la seule qui puisse convertir l'érysipèle légitime en une inllammation bâtarde et même funeste. Dans i'enfance , la jeunesse ou Tàge adulte , chez les
sujets forts et robustes, l'érysipèle, toujours formé par Tafllux du sang arte'riel dans les vaisseaux absorbausd'exhalaliou du tissu rëticulaire, présente une couleur rouge très-vive. Chez les vieillards, au contraire , et chez les personnes prématurément affaiblies , les vaisseaux absorbans artériels , privés d'une grande partie de leur énergie vitale , ne se livrent qu'à des mouvemeus incertains et peu soutenus , tandis que les vaisseaux absorbans veineux , ranimés par la lassitude même de leurs antagonistes et par le nouveau travail de résorption , au moyen duquel ces vaisseaux préparent et avancent la décrépitude , se trouvent plus disposés à réagir sous finfluence des irritations diverses , et font aborder le sang noir sur le point irrité. L'on voit, dans ce cas, une teinte bleuâtre ou violacée venir nuancer insensiblement la surface rouge de la tumeur, et finir par lui imprimer Ja noirceur du sphacèle. Quelquefois même à peine s'aperçoit-on du plus léger ébranlement dans les vaisseaux absorbans artériels, et la couleur sombre que la partie malade présente dès le principe annonce que le sang veineux en doit former presque a lui seul l'engorgement. On conçoit, d'ailleurs ;, que ce qui arrive de prime-abord par l'effet d'une vieillesse naturelle ou anticipée , peut également être la
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sulle de la violence des accidens , pousse'e au point d'entraîner l'épuisement de la vitalité des vaisseaux absorbans artériels ; et dans ce cas , la maladie, marchant avec rapidité, réunit dans un petit espace de temps, sous les yeux de l'observateur, les deux extrêmes opposés : l'excès de la vie , et la mort suivie d'une prompte décomposition.
Quelle que soit la cause qui détermine cet afflux du sang veineux dans le réseau réticulaire, la présence de ce liquide est presque toujours l'indice d'une action destructive que les impressions sédatives et délétères qu'il porte dans les parties où il se trouve dévié hors de ses voies naturelles, aggravent encore incessamment (i). Aussi ne tarde- t-on pas à voir se foniier sur ces inflammations veineuses^ lorsque les moyens que l'art met en usage pour en arrêter le cours n'ont pas été couronnés de succes, des phlyctènes remplies d'une sérosité rougeâlre et ichoreuse , bientôt remplacées par des plaques noires de diverse grandeur, lesquelles
(i) Ce sont surtout ces e'rysipèles gangreneux dont M.Ptibes a jju faire la dissection , parce qu'iissont presque les seuls gr;'ves et mortels , et c'est à celle circonstance qu'il doit d'avoir toujours trouve le désordre plus marqué du côté des veines. ( Yoy. Mëm. de la Soc. méd. , t. viii. )
DES MALADIES. ZJQ
se détachent en escharres membraneuses, c'està-dire , plus étendues que profondes.
Toutefois, gardons-nous de croire que la limite du siège occupé par le mal primitif reste fixée d'une manière invariable , et que la gangrène s'y tienne toujours renfermée dans celte circonstance. Nous devons répéter ici la mémeobservatioa que nous avons déjà faite au sujet de l'ébranlement qui se communique aux vaisseaux absorbans situés dans le voisinage d'une inflammation^ et ajouter que peu d'affections se propagent avec une plus funeste rapidité que les inflammations gangreneuses j de sorte qu'il n'est pas rare de rencontrer des escharres intéressant le derme bien au-delà du tissu réticulaire, quoique la maladie se fût primitivement établie sur ce tissu. Telle était , selon toute apparence , la disposition qui caractérisait cette sorte d'érysipèle connue des médecins et des historiens mêmes, sous le nom de Jeu sacré, de mal des ardens , de feu Saint- Antoine , disposition qui , dans les onzième et douzième siècles, lui fit immoler tant de victimes dont les chairs tombaient en lambeaux.
zSo DU SIEGE ET DE LA NATURE
§ III. De l'Inflammation dans les vaisseauxabsorbans lymphatiques du tissu réticulaire cutané.
Mais quel nom donnerons-nous à ces phlegmasies cutanées superficielles et souvent colorées comme l'érysipèle, rampantes et mobiles comme l'érysipèle , soulevant et détruisant l'épiderme , produisant des humeurs limpides ou jaunâtres comme l'érysipèle, offrant, en un mot, de si frappantes analogies avec cette phlegmasie^ que les médecins anciens et modernes les ont également remarquées? Les nommeronsnous des érysipèles , ou leur consacrerons-nous des noms particuliers , comme étant d'une nature distincte ? Il est vrai qu^elles diffèrent de l'érysipèle /e^77//we, produit constant de l'irritation des vaisseaux absorbans artériels , et par leur marche , qui tend à devenir chronique , et par les faibles sympathies qu'elles déterminent sur le cœur et sur les vaisseaux sanguins, et par la sensation particulière qu'elles produisent , laquelle n'est plus une douleur cuisante, mais un prurit insupportable ; il est vrai qu'elles en diffèrent par la nature , moins séreuse que lymphatique et albumineuse, des humeurs exhalées, lesquelles s'épaississent, se convertissent ea
écailles fuifuracées ou forment des croules bizarrement varie'es; il est vrai qu'elles en diffèrent encore par leur disposition à devenir constitutionnelles^ à produire des engorgemens glanduleux , des indurations blanches des viscères , le marasme et l'bydropisie , lorsque , après une longue durée , le mal a été porté à son comble.
Tels sont, à vrai dire , les caractères qui rapprochent et qui distinguent les affections herpétiques des aftéctions érj'sipélateuses. Les analogies que nous venons de remarquer ne prouvent-elles pas que ces deux sortes d'affections occupent le même organe ? Les différences qui nous ont frappé ne démontrent-elles pas de leur côté que l'irritation est ici portée sur une autre branche du système absorbant , les vaisseaux absorbans lymphatiques? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux que nous avons vu produire les fièvres les plus longues et les plus susceptibles d'entraîner à leur suite des maux chroniques? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux dont nous avons vu l'irritation à peine ressentie sur les organes de la circulation sanguine dans les fièvres de cette nature ? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux qui fournit au bouton varioleux les sucs concrescibles. qui le convertissent en croule sèche et consistante? N'est-ce pas ce
a.'h DU MÉG:i; ET DE LA NATURE
genre de vaisseaux qui nous a paru se charger d'imprégjier la constitution des principes qui déterminent les divers genres de contagion ? En un mot, ne retrouvons -nous pas ici les principaux phe'nomènes qui nous ont déjà manifesté dans plusieurs circonstances les lésions de ce'te branclie importante du système absorbant? Il sufiit , d'ailleurs , pour se convaincre que l'irritation s'y trouve fixée dans ce cas, d'examiner attentivement le siéee du mal avec une forte Icnliile : on y aperçoit une foule de petites vésicules lymphatiques, chacune desquelles est entourée par un disque rougeâtre ; et l'on découvre plus profondément, à travers les fentes qui se trouvent entre ces vésicules, un réseau de vaisseaux blancs qui paraît avoir pris accidentellement une couleur jaunâtre et sale. C'est là le fond de toute espèce de dartres , quels que soient les noms différens que reçoivent ces maladies , suivant les diverses formes des pustules ou des produits crustacés qui les recouvrent (i).
Nous n'ignorons pas , au reste, qu'il est d'autant moins besoin d'insister sur ce point, que les médecins conviennent généralement aujourd'hui qu'il faut attribuer ces maladies aux désor-
(i) Lorry, de Morbis cutaneis , pag. 299,
dres du système lymplialique. Déjà le célèbre Lorry, s'étant aperçu de l'analogie des accidens intérieurs produits par les dartres invétérées et par les scrophules , de l'échange assez ordinaire de l'une de ces maladies en l'autre , de la facilité avec laquelle la rétrocession des efïlorescences dartreuses déterminait des engorgemens glandulaires, de l'apparition fréquente de ces efflorescences à la suite de la petite-vérole chez les enfans , expliquait par là pourquoi ces affections se trouvent si souvent accompagnées de la tuméfaction des glandes voisines, pourquoi elles se trouvent si souvent coïncider avec des maux de gorge , des coryza , des vices de la voix, et pourquoi leur longue durée entraine si souvent la phthisie pulmonaire. 11 est vrai que , suivant la méthode des anciens , qui voyaient les causes des maladies dans les effets de la lésion de organes sur les humeurs, il ne parle que de l'altération des sucs lymphatiques (i). IMais ces idées , rectifiées de nos jours, n'en établissent pas moins la vérité de son observation. Nos connaissances plus positives sont loin de contredire le fond de la pensée de cet illustre auteur ; elles nous donnent seulement l'avantage de pouvoir mieux déterminer quel
(f) Il/id. , pag. 3o2 , 3o3 , 3o4.
est le point fixe de l'économie animale où se trouve la première source du mal , et de pouvoir reconnaître que les affections herpétiques sont le produit de l'irritation des vaisseaux absorbans lymphatiques^ dissémine's dans le réseau réliculaire de Malpighi , comme Térysipèle proprement dit est le produit de l'irritation des vaisseaux absorbaos exhalans ou bien artériels de ce même réseau, comme les érysipèles gangreneux sont eux-mêmes le produit de l'irritation ou d'un mode quelconque d'excitation des vaisseaux absorbans , résorbans ou veineux^ lesquels font aussi partie, dans une certaine proportion , de ce réseau réticulaire.
Sans doute qu'entre des variétés de vaisseaux SI rapprochées , si intimement unies, et qui ne paraissent distinguées que par les délicates nuances d'une sensibilité très-vive et très-mobile , il doit s'établir une fréquente simultanéité d'affections, une sorte d'ébranlementqui se communique facilement des unes aux autres lorsque l'une d'elles est le siège spécial d'une irritation , et qu'il doit résulter de cette manière d'être des complications inévitables et fréquentes. Aussi voit-on souvent des érysipèîes ofl'rir l'aspect et les phénomènes herpétiques, des dartres débuter, et marcher accompagnées de la rougeur et de l'acuité des afï'ectioas érysipélaleuses; et les
DESMAL AD î ES.' 285
Uns et les autres se confondre et se perdre assez souvent danslcs sombres couleurs d'unegangrène commençante , suivant les nombreuses modifications qu'une mullilude de causes peuvent imprimer à l'économie animale. Nous voyons , par un effet naturel de ces dispositions , les descriptions que les aulçurs nous donnent de ces maladies varier autant que ces maladies ellesmêmes , et présenter un grand nombre de distinctions , de divisions , de subdivisions , suivant la prédominance de telle ou telle humeur dans la partie malade , suivant la couleur ou le degré de consistance de ces humeurs, c'est-à-dire, suivant que l'irritation s'est plus particulièrement fixée sur l'un de ces trois genres de vaisseaux , et suivant le degré d'ébranlement que celte irritation a développé sympathiquement ou par continuité sur les autres fractions du système absorbant qui concourent à former le réseau vasculaire étendu sur la surface cutanée. Ce n'est même, à vrai dire , qu'à cette sorte d'ébranlement par continuité que la peau doit l'aspect rougeàtre qu'elle présente assez souvent dans celle de ces portions qui se trouve frappée de rinflammalion lymphatique d'oii résultent les dartres, puisque celte rougeur, lorsqu'elle se montre , loin d'être le produit d'une injection par-tout égale du sang dans les vaisseaux absorbans exhalans , n'est
autre chose que le produit d'une multitude d'aréoles rougeâtres déterminées par la présence d'un égal nombre d'ampoules lymphatiques circonscrites par ces aréoles ; tandis que les ampoules elles-mêmes et le développement d'un réseau de vaisseaux blancs gorgés d'un fluide jaunâtre forme réellement le fond et l'essence de la maladie , ce qui reçoit le plus grand degré d'évidence par l'état de consistance lardacée dans lequel se trouvent les parties après la mort , lorsque la violence et la ténacité du mal ont fait succomber les malades (i).
Il n'est pas difficile de reconnaître la nature lymphatique des affections darl reuses à tous les caractères que nous venons d'exposer; mais peut-être y pourrait-on trouver plus de difficulté si l'on envisageait ces maladies sous un autre point de vue. Si l'on considère , en effet , ces démanoeaisons analogues aux cuissons de Térysipèle ; si l'on considère ce prurit insupportable, cette ardeur brûlante , ces élancemens difficiles à décrire; si l'on considère même ces violens mouvemens de fièvre que déterminent certaines variétés de ces maladies , on ne retrouve plus, dans la vivacité de ces sensations
(i) Aliberl , Précis théorique cl pratujue sur les Maladies de la peau , l. i , pag. 338.
et tîe ces mouvemens, l'espèce de calme et de tranqaillilë , la froideur , en quelque sorte, qui préside à la fièvre muqueuse, et , eu général , à toutes les affections qui siègent spécialement sur cette branche du système absorbant. Mais, dans l'appréciation des phénomènes que présentent les maladies , il faut toujours faire entrer en ligne de compte la structure particulière de l'organe malade ; et , par exemple , il faut ici se rappeler qu'indépendamment de rentre-croisement , de l'intime haison , de l'espèce de fusion que nous avons remarquée entre toutes les sortes de vaisseaux qui composent le tissu réticulaire, cet organe est encore traversé par une multitude presque infinie de papilles nerveuses qui viennent s'épanouir à la surtace dermoïde, et la constituent Tinsfrument des perceptions tactiles. Or, si le voisinage de l'irritation suscite un ébranlement sympathique ou de continuité sur les vaisseaux^ ce voisinage doit en susciter, à plus forte raison , un tout semblable sur les parties nerveuses , reconnues pour être des foyers plus concentrés de sensibilité : delà viennent , seion toute apparence , ces ardeurs dévorantes , ces élancemens quelquefois intolérables qui , dans certains cas , tourmentent les malades , et persistent même loog-temps après que les phénomènes locaux dépendans du sys-
tème vasculaire se sont évanouis (i). On doit également se souvenir que les foilicules sébacés ne restent pas insensibles au désordre qui les environne, comme le prouve l'humeur onctueuse dont la peau se trouve recouverte au début de certaines éruptions darlreuses; et ces follicules^ morbifiquement excités , versant , sur la partie douloureuse et enflammée, des quantités sans cesse renouvelées d'humeurs plus ou moins dépravées , la présence et le conlact de ces humeurs deviennent , pour les papilles nerveuses et pour les vaisseaux eux-mêmes , des causes toujours persistantes d'irritation , lesquelles ne peuvent qu'accroître la violence et la complication des accidens. C'est en eilét par de telles raisons qu'une inflammation blanche, produit de l'irritation spéciale des vaisseaux absorbans lymphatiques , presque inaperçue dans la plupart des autres parties, se présenle , sur le tissu réliculaire de Malpighi, sous des apparences qui la rapprochent quelquefois des inflammations sanguines^ et développe des phénomènes qui pourraient en faire méconnaître la véritable nature.
(i) Alibert , ibid. , pag. 282.
DES MALADIES^ 28g
^ IV . De l Inflammation dans les vaisseaux ahsorbans artériels du chorion , et du tissu cellulaire sous-cutané.
Ce serait ici le moment de placer quelques coiisidcralions touchant certaines maladies des organes nerveux ou corps papillaires placés sous répiderme , s'il était vrai que ces maladies fussent le résultat d'une action organique semblable à celle qui produit l'inflammation ; mais les données que nous possédons sur ce difficile sujet sont si vagues et si peu nombreuses, qu'il vaut mieux avouer notre ignorance et nous borner au peu de mots qui précèdent. En nous imposant désormais la même retenue dans tout le cours de ce chapitre, nous nous réservons de traiter séparément des maladies qui se fixent Sur le système nerveux , non pas tant dans la vue de nous conformer à l'usage établi , que dans l'espérance de trouver , plus tard , les esprits mieux préparés à recevoir les nouvelles idées que nous exposerons concernant la nature de ces maladies. Quant à présent , suffisamment éclairés sur les difTérens modes inflammatoires qui peuvent tour-à-tour on simultanément altérer la partie la plus superficielle de la peau, noire unique soin doit être de porter lî, 19
590 DtJ SIEGE ET DE LA NATURK
nos regards dans l'épaisseur même de cet organe, afin d'y saisir les principaux traits qui doivent nous faire reconnaître ces modes divers, au milieu de la confusion qu'entraînent nécessairement les propriétés générales de tissu que l'irritation y développe. Nous ferons surtout nos efforts pour démêler, à l'aide d'une exacte analyse , la simplicité de ces affections, des complications déterminées par le voisinage et l'intime liaison des vaisseaux qui peuvent être le siège isolé ^ tantôt des unes, tantôt des autres.
Il suffit , en eflet , que des causes semblables à celles qui produisent l'érysipèle , mais plus intenses, frappent un sujet d'ailleurs plus fortement prédisposé, pour qu'on puisse voir naître et se développer, dans l'épaisseur même du derme et dans les couches cellulaires sousjacentes , des phénomènes qui prouvent que les vaisseaux absorbans artériels de ces parties sont dans un état d'exaltation inflammatoire. Le point qui doit être le siège du mal devient douloureux, rouge, gonflé, tendu comme dans l'éiysipèle , avec cette différence pourtant que la douleur , au lieu d'être cuisante , est gravative , poignante et bientôt pulsative ; que la chaleur est très-vive , sans être mordicante; que le gonflement présente une base plus profonde ; que la rougeur, plus foncée, ne disparait plus
DES MALAniES. 29I
sons la pression du doigt , va décroissant du centre à la circonférence, pour se perdre insensiblement dans la nuance de la peau saine ; que la tension , enfin , est accompagnée de beaucoup plus de rénileiice que dans la première maladie. Les parties circonvoisines se tuméfient et s'engouent d'humeurs séroso-lyraphatiques , lesquelles affluent vers ce point en quantité toujours proportionnée à la violence de l'inflammation ; tandis que , d'un autre côté, ces phénomènes locaux s'accompagnent , pour peu qu'ils soient prononcés , de mouvemens pyrexiques généraux , quoique , à vrai dire , il ne soit pas rare de les voir marcher indépendans de toute sympathie du cœur et de toute accélération des mouvemens circulatoires.
Lorsque , par l'effet d'une réaction modérée des forces vivantes, par la faiblesse ou le peu de persistance de la cause morbifique , ou par l'efficacité des secours administrés, cette inflammation se trouve arrêtée dans sa marche , les accidens décroissent bientôt au lieu d augmenter ; la douleur s'apaise et cesse d'être pulsative; la rougeur se ternit et s'efface de jour en jour; la tumeur devient moins réuilente et moins dure ; un empalement presque indolent s'étend au loin sur le membre et se dissipe par des gradations insensibles : les médecins disent
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alors que la maladie se lermine par résolution. Que si l'inllammation dépasse, au contraire, sans amendement, l'ëpoque après laquelle on doit cesser d'espérer la résolution , les phénomènes redoublent d'intensité , l'engorgement acquiert plus de consistance et d'étendue, la chaleur et la rougeur deviennent plus vives, la douleur, plus aiguë , s'exaspère encore par les pulsations réitérées qu'on ressent dans la partie. Peu à peu le centre de la tumeur se ramollit et prend une teinte blanchâtre^ ce ramollissement et celte blancheur gagnent en peu de temps la circonférence; et l'on sent enfin qu'une ondulation de liquides se rapproche de plus en plus de l'épiderme : la douleur et l'irritation paraissent , à ce degré , céder la place à un sentiment de pesanteur, bientôt soulagé lui-même par l'issue d'une quantité plus ou moins considérable de matière purulente mêlée de sang, laquelle se fait jour à travers le point le plus saillant et le plus aminci. Telle parait être la terminaison la plus ordinaire du phlegmon; telle est sa marche; tels sont les phénomènes extérieurs qu'il présente ; et telle est aussi la nature de Thumeur produite par le mode d'action vasculaire qui s'établit dans la partie malade durant le cours de cette affection.
L'autopsie cadavérique fait connaître , d'au-
tre part, que, dans l'intérieur de ces tumeurs phlegmoneuses, le tissu cellulaire est d'un rouge vif et paraît généralement injecté de sang, lequel se trouve même souvent épanché dans les aréoles de ce tissu. Les incisions pratiquées sur ces tumeurs, pendant la vie, démontrent bien mieux encore la vivacité de cette couleur rouge et la grande afiluence de sang artériel qui la produit (i), en même temps qu'elles permettent de voir, en quelques circonstances , le pus formé j dès les premiers jours, dans un nombre plus ou moins considérable de cellulosilés (2), Il n'est donc pas possible de douter que le phlegmon ne soit l'effet d'un certain mode d'exaltation des propriétés vitales des vaisseaux absorbans artériels , ou d'exhalation qu'on sait former l'une des principales bases du tissu cellulaire cutané et sous-cutané; que le phlegmon ne soit l'effet d'une modification particulière de la sensibilité qui dispose ces vaisseaux à pomper le sang et à retirer de ce fluide les matériaux de l'humeur purulente. On comprendra facilement , d'après ces données , que cette humeur , exhalée dans les aréoles cellulaires, s'y accu-
( I ) Hunter , Traité sur le Sang et les Injlamina lions , t. II , pag. 171 et suiv. ; t. 1 , pag. I25.
(2) Quesnay, Traiié de la Suppuration , pag. 2G.
294 I^U SIÉGK ET DE LA WATURE
mule sans pouvoir en être rcsorbe'ej les vaÎ9seaux absorbans se trouvant, dans la première pe'riode du mal, les uns dans un ëlat de forfce conslriction y les autres livres à des mouvemens exagérés d'exhalation , d'où il résulte que 1-e sang et le pus distendant ces petites cavités, il se produit de très-vives douleurs. On comprendra tout aussi facilement que ces derniers accidens sont même ici d'autant plus prononcés, que la plus grande partie du tissu cellulaire enflammé se trouve engagée dans les porosités du chorion , auquel on sait que Bichat a reconnu tous les caractères des membranes fibreuses, et que ce tissu cellulaire, gorgé, distendu par la grande quantité de sang et de fluides que Tirritalion lui fait , en quelque sorte , assumer, érigé , d'ailleurs , par une espèce de force de turgescence qui lui est propre , distend à son tour le cliorion dans tous les sens, nouvelle cause qui contribue, peut-être plus que la première, à rendre les douleurs du phlegmon poignantes et grava ti Vf s.
D'un autre côté, l'on n'aura pas de peine à concevoir que le battement des petites artérioîes engagées dans la tumeur venant frapper continuellement sur des parties dont la sensibilité est extrêmement exaltée, doit, non-seulement être aperçu, mais encore devenir douloureux, et que
15 ï s maladies; 2q5
telle est en pai lie l'origuie des douleurs puîsatives qui ne manquent pas d'accompagner et de caractériser ces sortes de tumeurs. Mais ce serait méconnaître les lois de la vitalité que de ne pas admettre dans l'explication de ce phénomène l'exaltation de la sensibilité des parois artérielles elles-mêmes. .Quelle que soit l'apparente insensibilité ds certaines parties dans l'état pby-" siologique, il n'en eslaucuuedans l'économie animale qui ne puisse devenir douloureuse par l'inflammation dans son tissu propre , ou dans les organes qui lui sont conligus. On sait que la peau devient douloureuse au toucher vis-à-vis le point enflammé de la plèvre , et que les côtes elles-mêmes peuvent non-seulement acquérir une sensibilité plus ou moins vive , mais participer réellement à celte inflammation , comme le prouvent des faits d'anatomie pathologique très-intéressans, rapportés par M. le professeur Chaussier (i). Pourquoi les artères d'où naissent les vaisseaux qui sont, danslephlegmon, le siège de l'irritation inflammatoire , seraientelles plus impassibles au milieu de l'exaltation de sensibilité qui les entoure? Elles ne peuvent,
(i) Dans les notes dont ce savant a bien voulu enrichir la traduction de la Pyrétolo^ÏQ de Selle, donnée par U. Nauche.
2q6 du SIEGE ET DE LA NATURE
certes , pas rester e'trangères à un désordre qui Jes touche de si près. Aussi les voit-on s'émouvoir lorsque l'accumulation du pus , distendant les aréoles cellulaires, ajoute, par cette cause mécanique, à la vivacité des douleurs, et monte le ton de la sensibilité des vaisseaux et des nerfs disséminés dans la tumeur au degré le plus élevé. Aussi la dilatation de leurs tubes est-elle alors douloureuse par elle-même , indépendamment des tiraillemens et des froissemens qu'elle doit occasioner dans les portions vasculaires enflammées qui s'implantent sur ces tubes (i); aussi l'impulsion que ces vaisseaux impriment à la colonne sanguine, subordonnée, dans l'état de santé , à la grande impulsion du cœur , s'en affranchit - elle , en quelque sorte , dans une tumeur phlegmoneuse, et produit-elle des mouvemens plus précipités , qui ne se trouvent plus en harmonie avec ceux de la grande cir-
( 1 ) M. Ribes a trouvé dans ces sortes de tuineurs , lorsqu'il a eu l'occasion d'en examiner quelqu'une après la mort, l'extérieur des artères et même des veines floconeux, el la surface interne des artères rouge et enflammée, fait d'autant plus remarquable qu'il vient à l'appui des injections de Vieussens et de Bleuland , et justifie pleinement notre manière de voir sur celte origine des vaisseaux absorbanset sur le siège de l'inflammation phlegmoneuse. ( Mcm. de la Soc. viéd. , t. viu, pag. G2 [ . )
culatlon j surtout lorsque riuflammatlon n'influe pas assez sur l'état ge'nëral du malade pour déterminer des phénomènes fébriles (i).
Au reste, on ne doit pas trouver e'tranj^e de nous voir attribuer la douleur pulsative du phlegmon à la dilatation du tube artériel devenu lui-même trop sensible, quand on sait que ce phénomène se présente dans le cours de certaines fièvres ardentes et dans les accès de certaines douleurs hystériques, sans qu'il soit possible de l'expliquer dans ce cas par le froissement des parties enflammées circonvoisines. On doit
(i) Hunier, touten croyant que l'action inflammatoire se passe dans les petits vaisseaux , puisqu'elle peut être bornée à un point seul oix les petits vaisseaux existent , et puisque, selon lui, les gros vaisseaux ne doivent être conside'rés que comme les porteurs de la matière, pour que les plus petits en disposent et agissent sur elles , n'eu avait pas moins noie cette participation des gros vaisseaux à l'exaltation d'une partie enflamme'e dans laquelle ils aboutissent, et il en déduisait la raison des pulsations douloureuses de ces tumeurs. H avait même observé que si l'inflammation est très-considérable dans le panaris, l'artère, jusqu'au poignet , paraît très-affectée ( t. n,p. 108). M. Ribes a vu , cliez des malades morts avec des dépôts plilegmoneux , les parois des petites artères épaissies , et leurs tuniques rouges et enflammées, tandis, qne la tunique interne des veines était à peine colorée, (Ibid.)
SgS IIU SlÉCK ET DE LA NATURE
s'étonner encore moins , aujourd'hui qu'on est désabusé , d'attribuer l'inflammation à des causes mécaniques d'obstruction et d'arrêt du sang, de nous voir parler de celte lièvre locale , de -► cette accélération du mouvement circulatoire , d'ailleurs si constamment observé dans les arlérioles entourées de l'engorgement inflammatoire phlegmoneux (i) ; et , toutefois , il ne nous paraît pas possible d'expliquer le cours plus rapide du fluide sanguin à travers cet engorgement , si l'on continue de placer le désordre inflammatoire dans un système de vaisseaux intermédiaire entre les artères et les veines, comme le font les modernes. Comment concevoir , en effet , qu'une masse considérable de vaisseaux capillaires gorgés de sang et d'humeurs 5 soit interposée entre les extrémités artérielles et veineuses sans arrêter de suite la circulation , sans produire promptement la gangrène ? On doit nier , malgré l'évidence, que le sang puisse circuler dans une partie enflammée , si l'on n'admet pas que l'afïlux et l'engorgement
(i) Galien, en disant que (ouïe inflammation esl accompagnée de fièvre, ajoute que les plus considérables le sont de la fièvre générale , et les moindres d'une fièvre locale et bornée à la parlie malade. {De Fulsibus ad Tyrones ^ eap, XII ; et de Method. med. ad Glaucum, lib. n, cap. .i )
qui s'y forment s'opèrent dans un ordre de vaisseaux placé en dehors du cercle circulatoire, et tout-à-fait élran^er aux mouvemens re'o[uliers de cet appareil. Ce n'est qu'à l'aide de celte dernière explication qu'on peut concevoir les faits de pratique les plus avérés , quoique totalement en opposition avec la théorie de nos jours. C'est en sachant apprécier comme il convient le rùle des vaisseaux absorbans dans les phénomènes inflammatoires ; c'est en plaçant le siège de ces phénomènes dans ce système , que l'on sauve l'apparente contradiction qui fait voir le cours du sang précipité dans une tumeur ph!egmoneuse, en même temps qu'on est forcé de reconnaître que ce liquide s'y trouve stagnant , ou du moins ralenti dans sa progression.
Ne sommes-nous pas tous les jours les témoins de l'action au moyen de laquelle les vaisseaux absorbans irrités attirent le sansf dans leur intérieur ? Ne voyons-nous pas le tissu cellulaire , dans les plaies où cet organe est mis à découvert , passer successivement de la couleur blanche au rouge le plus vif par l'injection plus ou moins rapide des vaisseaux absorbans qui le composent ? Ne voyons-nous pas les vésicules de ce tissu , diaphanes un instant avant , former dans le fond des plaies des bourgeons charnus uniformément
colorés par le sang arlériel (i) ? Ne voyonsnous pas cette surface cellulaire , ainsi inodiGée , retirer du sang qu elle vient de s'approprier les matériaux de l'humeur purulente, et continuer d'exhaler le pus aussi long- temps que la cicatrisation ne la met pas à l'abri du contact des corps ambians dont elle est jusque là sans cesse blessée ? Pouvons-nous douter que ces phénomènes , opérés sous nos yeux lorsqu'un instrument tranchant a divisé les tégumens , ne soient Jes mêmes que ceux qui s'opèrent au-dessous et dans l'épaisseur de ces tégumens pendant le cours des inflammations phlegmoneuses? Pouvons-nous douter que cette matière purulente répandue chaque jour dans les appareils dont on recouvre les plaies , ne soit de la même nature, et ne se produise en vertu des mêmes lois que celle qui s'accumule dans les aréoles cellulaires , les distend avec violence, les déchire , renverse enfin et brise leurs cloisons pour former les collections humorales plus ou moins considérables , qu'on sait être le terme le plus ordinaire de ces sortes de tumeurs ?
(i) J. limiter remarque avec sagacilé que la couleur écarlaledes inflammations est la même que celle du sang contenu dans ]es artères. ( "Traité du Sang et des Iiiflammations , l. ii, pag. 175.)
S'il est difficile de se défendre d'attribuer les phénomènes dont nous venons d'exposer la marche et les rcsullals à un mode d'action réservé seulement au système des vaisseaux absorbans, il est peut-être encore plus difficile de ne pas reconnaître l'action et les propriétés vitales de CCS vaisseaux dans la manière dont les inflammations phlegmoneuse.'î, arrêtées avant le terme de la suppuration, s affaissent, se résolvent et finissent par disparaître. Ne semble-t-il pas évident que, dans celte circonstance, les portions résorbantes de ce système disséminent peu à peu le sang accumule sur le point irrité , le reportent dans les réseaux voisins dont la sensibilité est moins exaltée , dont les moùvemens sont moins irréguliers, et le font de là rentrer dans le torrent de la circulation générale ? Ne regarde-t-on pas également comme prouvé que ces mêmes portions résorbantes font disparaître le pus des cavités cellulaires où l'exhalation morbifîque l'avait d'abord versé , pour le diriger de là vers les capillaires veineux et vers les émonctoires ? Nous ne connaissons , du moins, aucun autre genre de vaisseaux , dans l'économie animale , capable de produire des effets de cette nature (i). Disons plus encore ;
(i) On a vu dans la première partie toutes les raison^
le témoignage de Sœmmering , qui cite des cas où Ton a vu le sang et le pus séjourner dans les vaisseaux nbsorbans lymphatiques au voisinage d'une inflammation (i) , le témoignage de M. Ribes , qui , de son côlé , dit avoir rencontré des humeurs ichoreuses et purulentes stagnant dans les veines, non loin de parties soumises à des altérations semblables (2), doivent nous faire comprendre que les deux fractions résorbantes du système absorbant , quoique appliquées à des fonctions distinctes , quoique chargées, dans l'état de santé, de recueillir des humeurs préparées pour une destination contraire, peuvent néanmoins concourir l'une et l'autre , dans le moment du désordre inflammatoire, à dégorger les parties malades.
qui doivent tletourner de l'idée que les veines soient capables d'exécuter de teismouvemens. Les livres sont remplis d'exemples oii l'humeur purulente , déjà formée et rassemblée sous la peau , s'est lout-à-coup évacuée par les urines, les selles, les crachats, etc. Or, ces métastases subites et rapides ne peuvent s'exécuter que dans le vaste réseau de vaisseaux absorbans placés hors de l'influence du cercle circulatoire sanguin, dont la marche régulière se trouve peu, ou même ne se trouve point du tout altérée au milieu de ces rapides déplacemens d'humeurs.
(i) DeMorb. Vas. ahs. , pag. 2 et 8.
(2) MCm. delà Soc, méd, d'Émul. , t. vin, pag. 621.
DES MALADIES." 3o5
Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas venus jusqu'ici sans être frappes des nombreux rapprochemens qui existent entre l'aflection dont nous venons de nous occuper et la fièvre inflammatoire. Cette première pe'riode d'irritalion , dans laquelle le san^^ artériel, attiré dans le tissu cellulaire et les tégumens, les remplit et les colore ; cette seconde période de suppuration ou de coclion dans laquelle l'état moins violent des vaisseaux leur permet d'exercer des fonctions, vicieuses il est vrai , mais se rapprochant en quelque chose des actions naturelles ; ' cette troisième période de résolution ou de crise dans laquelle la sensibilité se trouvant ramenée à l'état naturel, les vaisseaux absorbans résorbent l'humeur purulente produite par le travail morbifique , la disséminent et la dirigent vers le sang veineux et vers les émoncloires ; la présence, enfin , de cette humeur, manifestée dans les deux circonstances par la couenne inflammatoire dont le sansf des saignées se recouvre^ manifestée bientôt après par le sédiment blanchâtre que les urines déposent ; tout indique , tout démontre l'identité de nature des mouvemens qui président à ces deux états raorbifiques. Mais, en même temps que ces sortes de phénomènes permettent d'établir cette analogie , n'oublions pas que l'inten-
5o4 DU SIEGE ET DE LA NATURE
site beaucoup plus grande des accldens , leur évidente concentration sur un seul point , l'afflux de sang et d'humeurs , plus considérable dans le tissu cellulaire enflammé que dans le tissu cellulaire fébrile , l'exlrême distension des cellules de ce tissu ne manquant jamais d'avoir lieu dans le phlegmon , la désorganisation qui se trouve la suite la plus ordiuaire de celte distension , font assez connaître quelle estî^ nuance propre à distinguer les inilammalions phiegmoiieuses dv s fièvres dont la nature parait leur correspondre , et l'on a pu voir que c'était par des nuances du même genre que l'érysipèle différait de la fièvre éphémère.
§ V. De V Injlainmation dans les vaisseaux absorhans veineux du chorion et du tissu cellulaire sous- cutané.
Que si l'intensité ou la persistance de la cause irritante , ou bien quelque fâcheuse prédisposition du sujet portent le sentiment au plus haut degré dans la partie enflammée; si l'afflux humoral continue et devient démesuré, d'un côté la quantité des fluides n'est plus proportionnée à l'extensioa des solides , et ces derniers perdent leur ressort; de l'autre, l'énorme et subite accumulation de ces fluides dans des canaux placés
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fen très-grand nombre autour des capillaires sanguins , comprime ces vaisseaux, intercepte entln le cours du sang , el ce liqu.de se coagule et se déconjpose rapidement au milieu de ces parties que la vitalité vient d'abandonner (i). Telles sont la source et la marche des gangrènes qui peuvent succéder à des mouvcmens inllammaloires aussi lapides que violens. jMais telle n'est pas l'origine de ces inflammations qui présentent dès le principe une teinte livide , une chaleur peu marquée , un très-faible développement de forces vitales et des mouvemens obscurs et languissans; de ces inflammations qui , froides au toucher , font éprouver dans leur intérieur un continuel sentiment d'érosion , une ardeur corrosive et brûlante; de ces inflammations qui, gangreneuses dès leur apparition , n'ont pour produit qu'une sanie brunâtre et ichoreuse j, n'ont pour terme naturel que la mort des parties
(i) Le docteur Wilson a fait ilesexpérfences desquelles il résulte que la vélocité du sang se ralentit de plus en plus dans une partie enilammée, et qu'au plus haut degré de l'inflammation il paraît qu'elle s'arrête tout-à-fait. [Annales de lillér. ttraug. , novembre 1812 , pag. 447«) J. Hunier , de son côté , a trouvé le sang coagulé dans les artères au voisinage et même à quelque dislance d'une partie gangrenée. [Traité du Sang et de V Injlammaiion, t. n, pag. 25i.)
006 DU SiÉCE ET DE LA. NATURE
qu'elles envahissent ; de ces inflammations enfin qui naissent sur des sujets affaiblis par l'âi^e , la misère , les maladies ^ ou se produisent pendant le cours des fièvres adjnamiques et pestilentielles. Tout manifeste ici que, par une funeste rétroversion des mouvemens, les vaisseaux absorbans veineux s'emparent du sang noir , le disse'minenl et l'accumulent dans la partie malade. Aussi ne retrouve-l-on plus dans ces pernicieux phlegmons ni la vive coloration qui manifeste la présence du sang artériel , ni la chaleur que les vaisseaux absorbans exhalans puisent surtout dans ce liquide , ni les douleurs pulsatives que peuvent seuls produire les baltemens des artères participant à l'inflammation qui les entoure , ni la matière purulente , résultat constant de l'élaboration du sang rouge par les vaisseaux absorbans les plus naturellement en rapport avec ce liquide : aussi ne retrouve-t-on plus l'heureuse tendance des mouvemens d'où résulte presque toujours une favorable issue du mal dans le phlegmon légitime.
C'est donc avec grande raison que notre ingénieux Bichat assurait que ces sortes de tumeurs sont à la fièvre adynamique ce que le phlegmon légitime est à la fièvre inflammatoire. Il estimpossible de douter que , dans les deux cas , les mouvemens ne soient de la même nature , et
D r: s M A L A D î E s. OQ'J
n'aient pour siège la môme espèce de vaisseaux. Nous avons déjà vu, dans l'un des chapitres précédens, que Ludwig s'était assuré^ l'un des premiers, par les autopsies cadavériques , que les stases sanguines sont dans ces phlegmons adynainiques formées par le sang veineux. Le docteur Selle , Sarcone , Grimaud, connaissaient également la différence des inflan^malions formées par le sang artériel et des inflammations formées par le sang veineux : seulement ces auteurs regardaient de telles affections locales comme le produit des fièvres qui leur sont analogues , sans considérer que la pratique en offre souvent des exemples isolés de tout mouvement félDrile , ou du moins dans lesquels ces mouvemens ne sont que des effets consécutifs et secondaires. Ici , comme dans la fièvre adjnamique , ce ne sont pas la faiblesse et l'atonie qui font passer le sang veineux dans le système cellulaire ; mais c'est hien plutôt un mode particulier d'action qui s'élablitdans les vaisseaux ahsorhans veineux du point affeclé ; action qui remplit cette partie d'un sang noir ^et délétère; action qui devient manifeste par le sentiment particulier d'érosion qu'elle produit ; action qui , se propageant sur les veines qu'entourent les vaisseaux irrités , y détermine une phlogose violacée s'étendant assez souvent à quelque distance du siège du
mal (i) ; aclioii qui met obstacle , tant qu'elle dure, à la résorption des sérosités exhalées, lesquelles s'inlihrent et se répandent autour du foyer gangreneux ; action enfin qui produit , au lieu de pus , une humeur ichoreuse et funeste, dont la résorption peut infecter d'un venin mortel tout l'ensemble de l'économie animale. Quels que soient au reste les rapprochemensqui semblent unir cette affeclion circonscrite à la fièvre adynamique , ne perdons pas de vue qu'il existe aussi de bonnes raisons pour nous porter à distinguer ces deux maladies : les principales de ces raisons se tirent de la centralisation des accidens sur un seul point , de l'intensité beaucoup plus grande de ces accidens , de la désorganisation locale qui en est l'inévitable suite lorsque rien n'arrête les progrès du mal ; se tirent enfin de la possibilité de voir ces deux genres d'affections marcher isolément et tout-à-fait indépendantes l'une de l'autre, comme nous voyons tous les jours le phlegmon légitime pouvoir exister sans la fièvre inflammatoire, et la fièvre inllam-
(i) Voyez les intéressans détails d'anatomie palhologique donnés par M. Ribes sur ces sortes de tumeurs érysipélato-phlegmoiieuses passées à l'élat de gangrène. ( Mcmoircs de la SocicLé médicale d' Émulât. , t. vui ?
DES MALADIES. ^OQ
matoire se montrer presque toujours sans le phlegmon.
§ VI. De V Inflammation dans les T^aisseaux absorhans lymphatiques du chorion et du tissu cellulaire sous-cutane.
Quelle que soit l'essenlielle dilTerence des deux sortes d'inflammations plilegmoneuses que nous venons de décrire et d'analyser, quelle que soit la distance qui les sépare, soit par rapport au sie'ge spécial qu'elles occupent , soit par rapport aux symptômes qu'elles présentent, soit par rapport à la marche et à la terminaison qu'elles afFecteul, soit enfin par rapport au traitement qu'elles exigent, ces maladies se rapprochent du moins en ce point qu'on les voit , lorsqu'elles marchent sans complications, rapidement parcourir leurs périodes, et que leur durée ne dépasse presque jamais un certain nombre de jours. Il en est bien autrement d'une espèce singulière de phlegmasie produite par des causes extérieures h-peu-près semblables à celles d'où dérivent les précédentes affections , mais qui, s'appliquant sur d[3S individus difléremraent prédisposés, développent des phénomènes dont les caractères particuliers annon^ cent la lésion d'une troisième branche du sys-» tème absorbant.
5lO DU SIEGE ET DE I-A NATURE
Que la soudaine impression d'un courant d'air froid , qu'une transition brusque de température saisisse, par exemple, une femme récemment accouchée , frappe l'un ou l'autre de ses membres imprudemment découvert : presque loul-à-coup il se développe, sur le point irrité , de la douleur, de la chaleur et du gonflement. Mais ici la douleur, aiguë et non pulsative , répond surtout au trajet des vaisseaux absorbans lymphatiques, et se fait ressentir avec force dans les paquets glanduleux voisins; mais ici la chaleur s'accompagne rarement de la rougeur de la peau, dont la couleur reste naturelle et blanchit même au contraire : du moins les veines qui formaient des traces bleues s'effacent et disparaissent (i); mais ici, bien que le gonflement soit rénitent et dur comme dans le premier phlegmon , il est moins circonscrit et peut facilement envahir tout le membre malade. Cette tumeur est d'ordinaire unie, luisante, pâle , égale au toucher , si ce n'est qu'on y sent quelquefois de petites élévations noueuses et dures dans les parties où se trouvent naturellement situées les glandes lymphatiques. A de telles apparences , on croirait reconnaître une
(i) White, an Jnqidty inlo ihe Nature and cause qf' ihat Swellin^ , etc. Lonclon, 1792-.
de ces infiltrations séreuses que produit l'anasarque, si le récit des soudVances de la midade, si la vive sensibilité de la partie et des glandes voisines , si l'absence de la couleur jaunâtre et paillée , compagne de ces infiltrations séreuses, ne détournaient bientôt de celte idée , dont , au reste, on voit le peu de fondement si Ton pratique des mouchetures; car alors les petites plaies faites par la lancette ne laissent échapper aucune humeur, ce qui établit encore une notable dilTérence entre cette phlegmasie blanche , nommée par Callisen phlcginaila aÛja(i), et Fanasarque ou les infiltrations séreuses analogues. Les mouvemens fébriles que suscitent les phénomènes locaux dont nous venons de donner la courte description se marquent par des frissonnemens vagues parcourant tout le corps plusieurs fois le jour , à des heures indéterminées , et préludant ainsi à des redoublemens irréguliers , tels qu'on en voit dans les fièvres muqueuses (2). Ces mouvemens ont une tendance à se prolonger au-delà de plusieurs semaines, comme ceux des fièvres muqueuses, durent
(i) Principia Sjslem. cîùrurg.hodiem.fpaS' 18,20, § xxxiv, pari. 11.
(2) Voyez Histoire de VÈltphanliasii des Arabes, pag. 259, not.
5l2 DU SIEGE ET DE LA NATURE
quelquefois plus lono-temps que l'affection locale elle-même , el se convertissent en une sorte de consomption, comme on ie voit souvent arriver à ces (îevrcs. Celle tendance à la chronicité est également l'un des caractères les plus saillans des tunieurs qui sont la cause de ces mouvemens fébriles, Souvent, au lieu de suppurer on de se résoudre , le gonflement reste dans la partie qu'il occupe^ et devient très-difïicile à détruire- Le cliorion et le tissu cellulaire sous-Jacent conservent une grande épaisseur, tout en cessant d'être douloureux ; et la superOcie de la peau , d'une blancheur transparente, est marbrée par les vaisseaux sanguins qui reparaissent sous l'épiderme après la chute des accidens aigus (i). Dans cet étal, le mal peut rester plusieurs mois, et même des années , sans qu'on puisse le faire disparaître.
Au reste, il faut convenir que la disposition dans laquelle se trouvent les femmes après Taccouchement , surtout s'il a été difficile et laborieux , est très-favorable pour donner à cette phlegmasie, tout à la fois l'élat de plus grande acuité et l'état de plus grande simplicité possible. Le profond ébranlement que les douleurs
(i) C B. Lagresie , Mémoires et Observations de méi^ecine-pratique. Paris, i8o5.
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Je l'enfanlement viennent d'imprimer à la sensibilité d'une ejrantle masse de vaisseaux absorbans; l'exallalion des proprictjs vitales, et l'accroissement de fonctions qu'ont dû ne'cessiter dans le système général de ces vaisseaux, et en particulier dans les vaisseaux absorbans lymphatiques, la nutrition, le développement du fœtus , ainsi que les efforts préparatoires d'où résulte l'importante sécrétion du lait ; enfin , l'énorme déperdition de sang que vient d'entraîner la délivrance, déperdition qui , privant les vaisseaux absorbans artériels d'une grande partie de leur stimulus le plus actif et le plus énergique , les plonge dans une espèce de sommeil : tout conspire , tout concourt à ce but dans cette circonstance.
Aussi , l'irritation de ces mêmes vaisseaux, née de causes semblables fixées sur les mêmes organes , revêt des apparences presque opposées, lesquelles en déguisent et masque la nature lorsqu'elle survient à tonte autre époque de la vie, ou lorsqu'elle attaque des individus de l'autre sexe. Il est rare alors qu'aux douleurs et aux tuméfactions glandulaires , il ne se joigne pas une rougeur plus ou moins vive de la peau , rougeur symplomatique , rarement poussée au degré de l'inflammation , puisqu'elle ne produit pas les phlyclènes séreuses cl la chute de l'épi-?
5l4 DU SIEGE ET DE LA NATURE
derme ; rougeur superficielle et disparaissant sous la pression du doigt , parce que ce n'est pas le sang qui distend le chorion , mais une humeur blanche et lymphatique; rougeur étendue et recouvrant toute la partie malade , mais toujours précédée d'une trace en forme de ruban y dessinant le trajet des principaux troncs des vaisseaux absorbans lymphatiques , el de laquelle la coloration semble partir pour se répandre sur le reste de la tumeur. Ce vif ébranlement produit par continuité dans les vaisseaux absorbans artériels du tissu réticulaire , s'accompagne de frissons plus marqués et plus intenses que dans le premier cas , bientôt suivis euxmêmes de chaleur et de sueur ; et ces derniers phénomènes vasculaires reprenant après un repos plus ou moins prolongé , simulent les accès d'une fièvre intermittente. Mais on retrouve toujours, malgré ces nuances remarquables , le même fond de maladie , le njême éloignement pour la suppuration , la même disposition à la chronicité , la même épaisseur du derme et du tissu cellulaire, et la même difficulté à réduire et à faire disparaître les engorgemens que laissent dans les parties ces sortes d'inflammations (i). On doit même savoir que la tendance à l'étal
(i) Uisloirc de V Eléphant, des Arab. , pag. 218,
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chronique est si naturelle aux plilei^mons de cette nature , qu'il faut , pour les éloigner de cette forme particulière , des circonstances extraordinaires , telles que des couches pénibles et la])orieuses (i) , le séjour dans des climats souvent exposés à des constitutions éminemment inflammatoires (2) , ou bien encore certaines dispositions individuelles assez rares, du moins parmi nous , et dans ce cas encore l'état aigu se trouve plutôt une phase de ces maladies que le caractère essentiel qu'elles revêtent. Mais le plus souvent , dans nos climats, l'inflammation des vaisseaux absorbans lymphatiques de l'organe dermoïde s'opère , en quelque sorte , à petit bruit, et ne se manifeste que par un engorgement peu douloureux et peu considérable , quelquefois recouvert d'une légère teinte érysipélateuse. 11 ne faut rien moins que le retour plus ou moins fréquent de ces phénomènes ,
chap. VII. An Essay on llie Glandular disease of Bar^ badges by Jam Heiidy.
.(i) /'bjes les ouvrages de White, Callisen , Puzos , . Astruc, etc.
(2) Voir à ce sujet les ouvrages de J. lîerî-Jy , «« Essajon the Glandular disease of Barbadoes, etc. Uillary , Observât, on the cha/iges oj ihe air , etc. G. Casai , Ilisloria nalitral y medica de el piincipado de Aslulias f etc. Prosper Alpin , etc.
5l6 DU SIEGE ET DE LA NATURE
que les effets permanens qui en résultent , pour déce'ler en quelque sorte l'existence et découvrir là nature de ces obscures inflammations (i). Tel est , en général ^ le propre des affections de cette branche du syslèaie absorbant , comme nous avons eu déjà plus d'une occasion de nous en convaincre.
Quoi qu'il en soit , si le sang artériel abreuve le tissu cellulaire dermoïde et soas-cutané dans le phlegmon légitime; si le sang noir pénètre ces parties dans le phlegmon gangreneux, c'est ici la lymphe qui s'y répand et s'y insinue. Mais une remarque essentielle à faire , c'est que la présence de cette humeur ne produit sur les vaisseaux qui s'en pénètrent accidentellement aucune modification propre à déterminer une excrétion raorbifique semblable au pus et à la Sanie. Cette lymphe se répand dans les aréoles du tissu cellulaire , les distend insensiblement, y séjourne sans altération , et s'y combine en quelque sorte. Celle lymphe s'introduit dans les imperceptibles vaisseaux des laminules cellulaires, les injecte et s'y fixe également sans produire la moindre action qui tende à la repousser, à la chasser au dehors,ouqui puisse la convertir en
(t) Voyez mes nouvelles obsej^alions sur V EUphanl^ des Arabes , i8,ii,.
DES 3IALADIES.' Siy
produits excrémenlitiels d'aucune espèce. C'est ainsi que nous avons vu l'innocuité de celte humeur laisser les fièvres muqueuses se terminer sans évacuations critiques de nature particulière , lorsque ces fièvres ne recevaient aucune complication ; et c'est sans doute encore par cette disposition que ces mêmes fièvres établies sur les réseaux absorbans lymphatiques engendrent si souvent dans les viscères des engorgemens chroniques presque toujours incurables. Ici le nouvel état de choses qui s'établit dans le derme ne tend ni à la suppuration , ni à la gangrène , comme dans les précédentes phlcgraasies ; c'est en quelque sorte un nouvel organe qui se forme , un nouveau mode de nutrition qui s'opère. On ne retrouve plus , dans les parties affectées de la sorte , la peau naturelle à l'homme; on ne reconnaît plus cet organe souple et perméable , qu'un tissu cellulaire flexible et léger doit soutenir et pénétrer avec mollesse , dans l'enveloppe dure , lardacée , souvent même cartilagineuse , qu'on voit se former à la place de celte membrane. Lorsque, dans les autopsies cadavériques, on divise cette couenne quelquefois épaisse de plusieurs pouces , on aperçoit l'humeur gélatinoso-albumineuse, base principale de ces tumeurs superficielles conlenue dans les aréoles du ehorion et du tissu cellulaire pro-
5l8 DU SIEGE ET DE LA NATURE
digieusement distendues ; si l'on pénètre plus avant , on découvre les vaisseaux absorbans lymphatiques partant des tégumens pour se rendre aux glandes voisines, très-dilatés^ gorgés de lymphe, et leurs parois affaiblies au point de ne pouvoir soutenir les injections ; les glandes ellesmêmes ont acquis un assez grand volume; tandis que les artères , les veines et les nerfs ne s'éloignent presque jamais de leur étal naturel. On est surpris , enfin , lorsqu'on a vu les dimensions énormes, les formes bizarres que cette affection peut donner aux membres sur lesquels elle est restée long-temps fixée , de trouver que tout le désordre se borne à l'organe dermoïde , et que les parties sous-jacentes sont , du moins à trèspeu de chose près , dans l'état et les proportions convenables à l'intégrité des fonctions (i).
§ VII. Complication des trois modes inflammatoires dans le tissu cutané etle tissu- cellulaire.
11 est naturel de penser que si la pratique journalière offre isolément les divers genres d'affections dermoïdes que nous venons de passer en revue, elle doit les présenter surtout
(i) Hist.de l'Éléphant, des Arabes, pag. 233 et suiy., cliap, vni.
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compliquées et plus ou moins mêle'es et confondues. En efl'et , tant de causes individuelles , tant de causes extérieures et de pur accident peuvent renverser les faibles barrières que la sensibilllë on la structure de l'organe paraissent établir entre les trois fiaclions du système absorbant , et leurs plans superficiels et profonds dont lirritation spéciale produit ces sortes d'affections^ qu'il n'est rien de plus fréquent que de voir les phénomènes des unes et des autres lantùt marcher de front , tanlùt se succéder , et s'amalgamer , pour ainsi dire , en mille manières , suivant la multiplicité presque infinie des combinaisons de ces différentes causes. Un tel effet n'avait pu se dérober à la sagacité des anciens observateurs. Accoutumés à suivre pas à pas la nature , ces médecins s'étaient bientôt convaincus que les tumeurs phlegmoneuses ne se trouvaient pas toujours formées de sang pur; mais que ce liquide s'y rencontrait quelquefois mêlé dans des proportions variables avec d autres humeurs. L'étude attentive qu'ils faisaient de la marche des maladies leur avait également fait apercevoir que la superficie de la peau ne se bornait pas toujours à répondre à l'inflammation profonde de cet organe par une simple rougeur -sympathique; mais qu'un état vraiment érysipélateux venait quelquefois compliquer la tu-
meur plilegmoneuse. Ces données fournies par la plus scrupuleuse observation les portèrent à diviser ces tumeurs en autant d'espèces que nous y avons nous-mêmes reconnu de variétés susceptibles de marcher seules ou de se confondre, et à les dislini^jucr par la nature des humeurs qu'ils croyaient y voir prédominer. Ainsi la tumeur formée par le sang pur fut pour eux le phlegmon légitime ou exquis ; la tumeur dans laquelle la bile ou la pituite paraissait mêlée au sang fut pour eux le phlegmon érysipélateux ou bien œdémateux , comme la tumeur formée par le mélange du sang et de la mélancolie fut pour eux le phlegmon schirreux. Désignant par ces sortes de dénominations tous les cas où le sang se trouvait en plus grande proportion que les autres humeurs , ils réservèrent pour les cas où la proportion de ces humeurs l'emportait sur celle du sang , les noms à'érysipèles, d' œdèmes , de schliTcs phlegmoncu.x , et. ne virent dans la gangrène qu'un affreux état de dissolution et de mort imminente produit par un sang épais , noir et d'une âcretécorrosive (i) , étal qui règne et domine seul sur les parties qu'il occupe , soit qu'il se développe spontanément, soit qu'il re-
(i) Feniel , Oper. de Extern, corpor, AJfeclib.f lih. y\\, cap, VII.
connaisse ponr canse les accidens d'un état contraire poussés au dernier digré d<; \ iolence.
IjCS connaissances plus approfondies que les mo<lernes possèdent sur la slruclnre et le jeu des parties, ct^ntirmetit , à peu de chose près , ces aperçus de nos premiers maîtres. Mais ces connaissances , tout en nous autorisant à tracer , en général, les mêmes lignes de démarcation, nous font envisager , sons un autre point de vue, les humeurs qui forment ces engoroemens.Pour nous , ces humeurs ne sont pas les causes de ces nia'adies , mais les effets de quelque altération dans l'action de certains vaisseaux chargés de les faire mouvoir et de les élaborer, ou du moins qui se trouvent avoir avec elles un point quelconque de contact. Pour nous, la présence de l'une ou de l'autre de ces humeurs, dont la nature est d ailleurs mieux appréciée de nos jours, est l indice d une irritation spéciale fixée sur l'une ou l'autre portions de ce système vasculaire auquel la nature a confié le soin d'assimiler les produits de la digestion , de nourrir, de faire croître et de renouveler incessamment la substance des corps animaux. Pour nous, le mélange de plusieurs de ces humeurs réunies dans un en»oreement inflammatoire , est la preuve que l'irritation porteà la fois son influence sur plusieurs branches de ce système vasculaire