TOUS
La seule méthode qui nous convienne est celle que nous avons déjà mise en jusage pour l'examen et l'appréciation des fièvres, c'est-àdire, celle qui consiste à soigneusement considérer les phénomènes des diverses sortes d'in-* flammations sur la peau et sur le tissu cellulaire sous-culané, qui sont les parties les plus apparentes et les plus à portée de nos yeuy, comme elles sont les plus exposées aux causes extérieures et accidentelles, d'où dérivent , pour Tordinaire , des maladies simples et peu compliquées; a6u que, passant du tissu dermo'ide aux organes plus profondément situés , nous puissions juger par l'analogie des phénomènes que nous retrouverons dans les mêmes circonstances sur les principaux de ces organes, par la similitude des mouvemens également suscités à Foccasion des causes irritantes dans toute l'économie animale , de l'identité de nature des vaisseaux dont la lésion produit par-tout ces mouvemens.
DZS MALADIES. rXJt
§ i*'. De T Inflammation dans les vaisseaux ' absorbons artériels du tissu réticulaire cu" tàhé.
Déjà nous avons dit quelques mots de l'érysîpèle et du phlegmon , et nous avons fait sentir lès rapph)cb^mens qui existent entre ces deux inflammations et les fièvres éphémère et inflammatoire. Ce qu'un premier coup-d'œil nous a fait apercevoir^ un examen plus approfondi ya bientôt nous le confirmer : et , pour ce qui concerne Térysipèle , il suffira presque de la description de cette maladie pour nous en convaincre. En effet , lorsque Fardeur des rayons solaires , l'action d'un froid vif et piquant , Tappliçation/ d'une substance grasse ou toute autre cause 9 est venue porter Tirritalion sur cet inextricable lacis de vaisseaux blancs étendu sur le chorion et faiblement protégé par l'épiderme , on voit une rrougeùr plus ou moins vive , plus ou moins foncée , se i^pandi^e brusquement sur tine assez graâdè^ui^faci0^ ^n rnéme lemps que les phénomènes générèiUK 'de la fièvre se manif estent à des degtés ^iVéf ^ ; là superficie de la peau s'élève ^n 'C€Jt '^ââroit légèretoent et d'une manièt^e égale ; oÉi y sfeht ntiè tension manifeste ; il s'y développe tiné chaleur vive , une douleur cuisante plutôt que pulsative ^ et la
aj2 DU SIEGE ET DE LA NkTVKt
maladie parvient ainsi à son plus haut période* Bientôt la peau de la tumeur devient inégale ^ répiderme se soulève sous forme d'ampoules , le plus souvent petites , quelquefois de diverses grandeurs, toujours remplies d'une sérosité claire ou jaunâtre , et la diminution de la rougeur , l'affaissement de la peau^ qui se retire, le ' dessèchement de l'épiderme , qui tombe en écailles , ne tardent pas à manifester le déclin et la terminaison des accidens.
Que le sang soit ici passé dans des vaisseaux qui ne contenaient, pendant la santé, que des liqueurs blanches , la chose est trop évidente pour être contestée; que le tissu réticulaire de Malpighi soit l'unique siège de cet afflux sanguin , il est facile de le croire , lorsqu'il suffit d'appuyer légè" rement le doigt sur la tumeur pour faire disparaître la couleur rouge, lorsqu'on voit l'érysipèle changer rapidement de place et se transporter d'un lieu dans un autre, du visage, au cou, au bras , à la poitrine ; de l'une des extrémités sur l'autre^remontermêmequelquefois des membres abdominaux vers le tronc et vers la tête , ou se reporter sur les parties qu'il avait précédemment occupées y sans laisser d'autres traces qu'une sorte de desquamation : c'est ainsi que la chaleur voyage dans certaines circonstances sur ce vaste réseau qui nous enveloppe. Que les vais-
%eâux capillaires qui sont le siège spécial de ces mobiles phénomènes fassent partie du système des vaisseaux absorbans , c est ce dont il est impossible de douter > lorsqu'on voit la naturô et la variété des humeurs qu'ils reçoivent habituellement , l'irrégularité des mouvemens qu'ils impriment à ces humeurs , l'indépendance dans laquelle ils $e trouvent de l'impulsion du coeur ^ les propriétés vitales ^ qu'Us manifestent , les fonctions qu'ils exercent^ enfin les sérosités qu'ils produisent dans leurs maladies»
Nous avons déjà reconnu que ces sérosités 6'exhalaient en sueurs dans la fièvre éphémère ^ et nous les voyons ici soulever Pépiderme , produire des ampoules de différentes grandeurs^ le plus souvent même se mêler au sang qui forme Tengorgement inflammatoire , et donnei^ à la teinte rouge de la tumeur une n\;iance jaunâtre et orangée. Cet effet généralement connu^ mais mal apprécié y joint à ce que Tirritation de3 premières voies par la présence d'une bile surabondante et dépravée entraine quelque-* fois sympa thiquement des rougeurs érysipéla-^ teuses sur la peau y n avait pas manqué de faire croire aux anciens médecins que cette sort0 d'inflammation était produite par la bile. Oa voit comment la bile peut être , cbe^ quelques sujets^ la cause éloignée qui h déternaine , quoi^^
274 ^^ SlioE ET DE LA NATURE
que cette humeur ne contribue probablement jamais à la former réellement. Si les sérosités qui découlent d'une surface érysipélateuse sont plus jaunes ou plus consistantes que les sueurs naturelles , c'est uniquement parce que la maladie vient de leur imprimer un premier degré d'altération : aussi peut-on observer , si l'irritation se prolonge au-delà du terme ordinaire dans l'érysipèle, qu'au lieu de ces sérosités il ne se produit bientôt plus qu'une matière puriforme. C'est ce qui arrive aux plis de la peau trop long-temps en contact chez les persodnes très-grasses ; c'est aussi ce qui se passe sur les vésicatoires que l'on veut faire suppurer au moyen d'une application irritante tous les jours renouvelée. On peut donc assurer , d'après ces exemples connus^ et^ pour ainsi dire, vulgaires, que l'éry sipèle /eg:?///ne , c'est-à-dire, celui qui survient aux personnes sanguines et dans la jeunesse ou la vigueur de l'âge, ne diffère des autres inflammations produites par l'irritation des vaisseaux absorbant artériels, et le passage du sang de l'intérieur des artères dans ces sortes de vaisseaux absorbans, que par le siège superficiel qu'elle occupe, que par la légèreté et la brièveté des accideos j comme nous avons vu la fièvre éphémère ne pas offrir d-autres marques de distinction qui la séparent de la fièvre inflammatoire.
DIS MALADIES. ^jS
Au reste, quelque superficielle que soit cette maladie ^OQ ne doit pas penser qu'uae action paisse naître et s'établir dans Téconomie animale y sans que les parties voisines n'en spient émues d'une manière plus ou moins notable. Aussi voit-on, dans ce cas, les vaisseaux absorbans du tissu cellulaire sous-cutané s'ébranler^ et verser dans les aréoles de ce tissu des sérosités beaucoup plus abondantes que dans Télat naturel ; d'où il résulte d'ordinaire un œdème tantôt plus, tantôt moins considérable ou étendu» Cet œdème gonfle surtout extrêmement la peau , décolore le point enflammé, lui donne un as« pect rosacé, et pénètre très-profondément chez les personnes affectées d'un certain état de cachexie , dans lequel le système des vaisseaux absorbans est frappé de la modification de sensibilité qui le dispose à produire des quantités considérables de sérosités. C'est là ce que les nosologistes désignent sous le nom dLérysipèle eedémateux y variété qui peut se développer sur une partie saine en apparence , mais qui , le plus souvent , envahit les membres déjà leucophlegmatisés. Depuis long-temps , les praticiens ont reconnu l'extrême facilité avec laquelle les parties infiltrées de la sorte se recouvrent de plaques érysipélateuses. 11 n'est pas possible de i::roire que cette disposition tieane à h sm\9
i^f6 Dû SIEGE El* DE LA ÏTATtJïl*
distension de I^ peau^ car si cela était ainsi ^ les femmes devraient voir pai^itre fréquemment ces rougeurs inflammatoires sur la peau de Ijeur ventre d.urant la grossesse y temps où l'ba sait que qette partie souffre une distension biea plus çonsidérablje. l^e pourrait-on pas croire que cela iieot plutôt à une certaine analogie d'action jet de sensibilité qui ^'établit dans quelques portipifsdu système absorbant pendant le cours de l'un ^t de l'autre état dp maladie ? N'est-on pas autorisé à penser de la sorte, lorsqu'on voit que dans les deux cas les résultats de Taction organique sont les mêmes; lorsqu'on voit dans les deux cas la production de sérosités exubérantes être le terme de cette action^ comme nous avons vu qu'elle Tétait de Faction qui détermine la fièvre éphémère et la fièvre intermittente ?
§ II. JPe l^ Inflammation dans les vaisseaucp absorbans veineux du tissu réticulaire CU'^ tané.
Quoi qu'il en soit, la disposition accidentelle que nous venons de signaler n'est pas la seul^ qui puisse convertir l'érysipèle légitime ^n uqç inflammation bâtarde et même funeste. Daqs l'enfance , la jeunesse ou Tàge adulte ^ chez les
sujets forts et robustes , rérysî|[)èle , toujours iotrtié par l'aiffûst du sang artériel dans les Vais^ è;eaùl abëoi^banS d'exhalation dû tissu feticutaire'^ îprëserillé Ùùé couleur rouge trè^-vive. Cbez leà Vieillards ^ au contraire , et chez les personnes j(f)^étnaturénient a'daibtîésf , lés vaisseaux: absôr- Bâns artérîefe , privée d'ûùe gràïidé* partie dô leur énergie vitale , ne se livrent qu'à déS moù* tèméns încérlaîns et peu Soutenus y tandis^ que îès vaîssè'atiit absôrb'âtfs veineux , ranimée pàt là, lassitude tiiérhë rfé ïèurs antagonistes et par le hôuveau ftàvaîl' dé rêSôrf>tîon , aiï moyen du* qùèî ceà vaîsSéàui préparent et avancent ta décrépitude, sé trouvent pluS^ disposés a réagir isôuS f îfifftiénce de'S irritations diverses , et font afcordér le sang no\t sûr té point ifrité. L'on voit , t(atos ce cas , ufté tèînté bleuâtre ou violacée venir nuancer insénsibîétfieiîit la surface rouge dé la tumeùi^ , et finir par ïui imprimer la noirceur du sphacèlé. Quelquefois même à ^eîné S*apérçoilI-ôn dû plus léger ébranlement dans les vaisseàûi a&sorbans artériels, et lai couJeur sombre que ht partie mdkrde présente dès le principe antionce que le saug veineux en doit former presque à lui seul l'engo'k^ge^ ment. On cortçoit , d- ailleurs , que ce qui arrive de prirtié-abbfd pat FéflFét d'ûu^ viéîlfessé na^ iurellô Ou ântîcif)ée, péùf égàléffi'énl être la
JI78 t>XS SticB ET DE LA NATÙFit
suite de la violence des accidens , poussée aif point d'entraîner l'épuisement de la vitalité des vaisseaux absorbans artériels; et dans ce cas ^ la Inaladie^ marchant avec rapidité ^ réunit dans un petit espace de temps , sous les yeux de l'observateur^ les deux extrêmes opposés : Texcès de la vie y et la mort suivie d'une prompte décom-^ position^
Quellc^qué soit la cause qui détermine cet afflux du sang veineuic dans le réseau réticulaire^ la présence de ce liquide est presque tou-* jours l'indice d^une action destructive que les impressions sédatives et délétères quïl porte dans les parties où il se trouve dévié hors de 6es voies naturelles^ aggravent encore incessamment (i). Aussi ne tarde- t-on pas à voir se former sur ces inflammations veineuses^ lorsque les moyens que l'art met en usage pour en arfêler le cours n'ont pas été couronnés de suc^ ces, des phlyctènes remplies d'une sérosité rougeâtre e.t ichoreûse ^ bientôt remplacées par des plaques noires de diverse grandeur , lesquelles jù.t ,...■■ ^ ^ . \ .^ - . .. ^ . - .. ■ ■ ^ — . ,- ■ ■ ■ .
(i) Ce sont surtout ces érjsipëles gangreneux dont M.Kibes a pu faire la dissection , parce qu'ils sont presque les seuls graves et mortels , et c'est à cet'e circonstance qu'il doit d'avoir toujours trouvé le désordre plus marqué du cété des veiiies. ( Voy. Mém. de la Soc. méd. , t* viii. )
DES MALADIES. 27g
se détachent en escbarres membraneuses^ c està-dire , plus étendues que profondes.
Toutefois^ gardons-nous de croire que la limite du siège occupé par le mal primitif reste fixée' d'une manière invariable , et que la gangrène s^ tienne toujours renfermée dans cette circonstance. Nous devons répéter ici la même observation que nous avons déjà faite au sujet de l'ébranlément qui se communique aux vaisseaux absorbans situés dans le voisinage d'une inflammation^ et ajouter que peu d'affections se propagent avec une plus funeste rapidité que les inflammations gangreneuses ; de sorte qu'il n'est pas rare de rencontrer des escharres intéressant le derme bien au-delà du tissu réliculaire^ quoique la maladie se fût primitivement établie sur ce tissu.. Telle était y selon toute apparence , la disposition qui caractérisait cette sorte d'érysipèle connue des médecins et des historiens mêmes ^ wsous le nom de feu sacré ^ de mal des ardens y de feu Saint-Antoine , disposition quf , dans les otizième et douzième siècles, lui fit immoler tant de victimes dont les chairs tombaient en lambeaux.
28o DU SIÉG£ ET DE LA NATURE
§ III. De V Inflammation dans les vaissecuix^ absorbons lymphatiques du tissu féticulaire cutané.
Mais quel nom donnerons-nous à ces phleg^ masies cutanées superficielles et souvent côloye'es comme Térysipèle, rampantes et mobiles ' eomme Térysipèle , soulevant et détruisant l'épî-i derme y produisant des humeurs limpides ou Jaunâtres comme l'érysipèle, offrant, en un mot, de si frappantes analogies avec cette phleg-» xhasie ^ que les médecins anciens et modernes. les ont également remarquées? Les nommerons-^ BOUS des érysipèles , ou leur cdnsacrerons-rlbuâ> des noms particuliers , comme étant d'une nature distincte ? 11 est vrai qu'elles diffèrent dé Mérysii^eie légitime y produit constant de l'irritation des vaisseaux absorbans artériels , et par leur marche y qui tend à devenir chronique , et par les faibles sympathies qu'elles déterminent sur le cœur et sur les vaisseaux sanguins, et par la sensation particulière qu'elles produisent , laquelle n'est plus une douleur cuisante , mais un prurit insupportable j il est vrai qu'elles en diffèrent par la nature , moins séreuse que lymphatique et albumineuse, des humeurs exhalées, lesquelles s'épaississent, se convertissent eu^
écailles farfuracëes oa forment des croûtes bisarrement variées ; il feSt vrai qu'elles ea difïètenl encore par leur disposition à devenir constitutioiinelles ^ à produite des ëngorgemens glanduleux , des indurations blanches des vis-^ tèrèâ, le marasme et l'hydropisie, lorsque, âpres une longue durée ^ le mal a été porté à ton comble.
Tels sont, à vrai dire , les caractères qui rapprochent et qui distinguent les afiections her-^ pétiques dejs affections érysipélateuses. Les analogies que nous veinons de remarquer ne prouvent-elles pas que ces deux sortes d'affections occupent le même organe ? Les différences qui nous ont frappé ne démobtrént-élles pas de leur côté que l'irritation est ici portée sûr une autre branche du système àbsoî*banl , les vaisseaux absorbans lymphati(|Ues? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux que nous avons vu produire les fièvres les plus longues et les plus "susceptibles d'entraîner à leur suite des maux chroniques ? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux dont nous avons vu l'irritation à peine ressentie sur les di'gànes de la circulation sanguine dans les fièvres de cette nature ? N'est-ce pas ce genre de vaisseaux qui fournit au bouton varîoleux les sucs concrescibles qui le convertissent en croule sèche et consistante? N'est-ce pas ce
AÎb DU SIEGE ET DE LA NÀTtJRE
geare de vaisseaux qui nous a paru se charger d'impréguer la constitution des principes qui déterminent les divers genres de contagion? En un mot 3 ne retrouvons - nous pas ici les principaux phénomènes qui nous ont déjà manifesté dans plusieurs circonstances les lésions àe cette branche importante du système absorbant? II sufTit , d'ailleurs , pour se convaincre que rirrildlion s'y trouve fixée dans ce cas, d'examiner attentivement le siège du mal avec une forte lentille : on y aperçoit une foule de petites vésicules lymphatiquçs , chacune desquelles est entourée par un disque rougeâtre ; et Ton découvre plus profondément, à travers les fentes qui se trouvent entre ces vésicules, un réseau de vaisseaux blancs qui parait avoir pris accidentellement une couleur jaunâtre et sale. C'est là le fond de toute espèce de dartres y quels que soient les noms difFérens que reçoivent ces maladies , suivant les diverses formes des pustules ou des produits crustacés qui les recouvrent (i).
Nous n'ignorons pas , au reste, qu'il est d'au-? tant moins besoin d'insister sur ce point, que les médecins conviennent généralement aujourd'hui qu'il faut attribuer ces maladies aux désor-
^i) Lorry, de Morbis cutançis , pag. 299.
dres du système lymphatique. Déjà le célèbre Lorry, s'étant aperçu de l'analogie des accidens * intérieurs produits par les dartres invétérées et par les scrophules , de l'échange assez ordinaire de Tune de ces maladies en l'autre , de la facilité avec laquelle la rétrocession des efflorescences dartreuses déterminait des engorgemens glandulaires , de l'apparition fréquente de ces efflorescences à la suite de la .petite-vérole chez les enfans , expliquait par là pourquoi ces affections se trouvent si souvent accompagnées de la tuméfaction des glandes voisines, pourquoi elles se trouvent si souvent coïncider avec des maux de gorge , des coryza , des vices de la voix, et pourquoi leur longue durée entraîne si souvent la phthisie pulmonaire. Il est vrai que , suivant la méthode des anciens , qui voyaient les causes des maladies dans les effets de la lésion de organes sur les humeurs, il ne parle que de l'altération des sucs lymphatiques (i). Mais ces idées , rectifiées de nos jours , n'en établissent pas moins la vérité de son observation. Nos connaissances plus positives sont loin de contredire le fond de la pensée de cet illustre auteur ; elles nous donnent seulement l'avantage de pouvoir mieux déterminer quel
(f ) Ibid, , pag. 3o2 , 3o3 , 3o4*
j84 DX^ SlicE £T DK LÀ NÀTURK
est le poiat fixe de récouomie animale où se trouve la première source du mal , et de pouvoir reconnaître que les affections herpétiques sont le produit de l'irritation des vaisseaux absorbans lymphatiques ^ disséminés dans le ré^ seau rétîculaire de Malpighi , comme Férysipèle proprement dît est le produit de l'irritation des vaisseaux absorbaps exhalans ou bieù artériels de ce même réseau, tomme leè érysîpèles gangreneux sont eux-mêmes le prddùît de l'irritation ou d'un mode quelconque d'etcîfation des vaisseaux absorbans , résorbans ou veineux^ lesquels font aussi partie^ dausune certaine proportion ^ de ce réseau réticulaîre.
Sans doute qu'entre des variétés de vaisseauit si rapprochées , si intihiement unies , et qctî nô paraissent distinguées que par les délicates nuan«* ces d'une sensibilité très-vive et très-mobile, il doit s'établir une fréquente simultanéité d'affections, une sorte d'ébranlementqui se communique facilement des unes aux autres lorsque l'une d'elles est lé siège spécial d'une irritation , et qu'il. doit résulter de celte manière d'être des complications inévitables et fréquentes. Aussi voil-on souvent des érysîpèles offrir FaSpect et les phénomènes herpétiques, des datlres débuter, et marcher accompagnées de la rougeur et de l'acuité des affeclioas érysipélaleuses, et ïe*
tiDB et les autres se confondre et se perdre assez sou vea t dans les sombres couleurs d' une gangrène commençante , suivant les nombreuses modi« fîcations qu'une multitude de causes peuvent imprimer à l'économie animale. Nous voyons , par un effet naturel de ces dispositions , les descriptions que les auteurs nous donnent de ces maladies varier autant que ces maladies elles* mêmes , et présenter un grand nombre de distinctions , de divisions , dé subdivisions , suivant la prédominance de telle ou telle humeur dans la partie malade , suivant la couleur ou le degré dé consistance de ces humeurs, c'est-à-dire, suivant que l'irritation s'est plus particulièrement fixée sur l'un de ces trois genres de vaisseaux , et suivant le degré d'ébranlement que cette irritajîpn a développé syrapathiquement ou par continuité sur les autres fractions du système absorbant qui concourent à former le réseau vasculaire étendu sur la surface cutanée. Ce n'est même, à vrai dire , qu'à celte sorte d'ébranlement par continuité que la peau doit l'aspect rougeâtre qu'elle présente assez souvent dans celle de ces portions qui se trouve frappée de l'inflammation lymphatique d'où résultent les dartres, puisque cette rougeur, lorsqu'elle se montre , loin d'être le produit d'une injection par-tout égale du sang dans les vaisseaux absorbans exhalans, n'est
a86 DU SIEGE ET DE LA NATURE
autre chose que le produit d'une multitude d'a^* réoles rougeâtres déterminées par la présence d*un égal nombre d'ampoules lymphatiques circonscrites par ces aréoles ; tandis que les ampoules elles-mêmes et le développement d'un réseau de vaisseaux blancs gorgés d'un fluide jaunâtre forme réellement le fond et l'essence de la maladie y ce qui reçoit le plus grand degré d'évidence par l'état de consistance lardacée dans lequel se trouvent les parties après la mort, lorsque la violence et la ténacité du mal ont fait succomber les malades (i).
' Il n'est pas difficile de reconnaître la nature lymphatique des afifeclions dart reuses à tous les caractères que nous venons d'exposer; mais peut-être y pourrait-on trouver plus de difficulté si l'on envisageait ces maladies sous un autre point de vue. Si l'on considère , en effet , ces démangeaisons analogues aux cuissons de Térysipèle; si l'on considère ce prurit insup* portable, celte ardeur brûlante , ces élancemeus difficiles à décrire; si l'on considère même ces violens mouvemens de fièvre que déterminent certaines variétés de ces maladies , on ne retrouve plus , dans la vivacité de ces sensations
(i). Alibert, Précis théorique et pratique /sur fef Maladies de la peau , 1. 1 , pag. 338.
DIS MALÀDIBS. 387
et de ces mouvemens^ ^espèce de calme et de tranquillité , la froideur ^ en quelque sorte^ qui préside à la fièvre muqueuse, et, en général , à toutes les affections qui siègent spécialement sur cette branche du système absorbant. Mais, dans Tappréciation des phénomènes que présentent les maladies , il faut toujours faire entrer en ligne de compte la structure particulière de l'organe malade ; et , par exemple , il faut ici se rappeler qu'indépendamment de Tenire-croîsement , de Tintime liaison , de l'espèce de fusion que nous avons remarquée entre toutes les sortes de vaisseaux qui composent le tissu réticulaire, cet organe est encore traversé par une multitude presque infinie de papilles nerveuses qui viennent s'épanouir à la surface dermoide , et la constituent l'instrument des perceptions tactiles. Or, si le voisinage.de l'irritation suscite un ébranlement sympathique ou de continuité sur les vaisseaux , ce voisinage doit en susciter, à plus forte raison ^ un tout semblable sur les parties nerveuses, reconnues pour être des foyers plus concentrés de sensibilité : delà viennent , selon toute apparence , ces ardeurs dévotantes , ces élancemens quelquefois intolérables qui , dans certains cas , tourmentent les malades , et persistent même long-temps après que les phénomènes locaux dépendaas du sy*s-
fi88 ï>^ SIEGE ET DE LA NAtÛRE
tème vasculaire se sont évanouis (i). On doit également se souvenir que les follicules sébacés ne restent pas insensibles au désordre qui les environne^ comme le prouve l'humeur onctueuse dont la peau ce trouve recouverte au début de certaines éruptions dartreuses ; et ces follicules^ morbifiquement excités , versant , sui? la partie douloureuse et enflammée^ des quan«* tités sans cesse renouvelées d'humeurs plus ou moins dépravées , la présence et le contact de ces humeurs deviennent , pour les papilles ner-^ veuses et pour les vaisseaux epx-même$, des causes toujours persistantes d'irritation ^ lesquelles ne peuvent qu'accroître la vio^lence et la complication des accidens. C'est en effet par dc^ telles raisons qu'une inflammation blanche, produit de l'irritation spéciale des vaisseaux ^bsorbans lymphatiques ^ presque inaperçue dans la plupart des autres parties, se présente , sur le tissu réticulaire de Malpighi, sous des apparences qui la rapprochent quelquefois des inflammations sanguines ^ et développe des phénomènes qui pourraient en faire méconnaître la véritable nature.
■ ■ III II — — — — —IM^ilM»
(i) Alibert , ibid, , pag* 282.
%W. De T Inflammation dans les vaisseaux àhsorbans afiérîels du charion y et du tissu cellulaire souS'Cutané%
Ce serait ici le moroent de placer quelque^ considérations toacfaatit certaines maladies ded organes nerveux ou corps papillàires placés 608S répiderme , s'il était vrai que ces maladie^ jtossent le résultât d'une action organique semblable à eelle qui produit l'inflammation ; mais les données que nous possédons 6tir ce difficile sujet $ont si vagues et si peu nombreuses^ qu'il Vaut mieux avpuer notre ignorance et nous bor* lier au peu de mots qui précèdent. En nous imposant désormais la même retenue dans tout le cours de ce chapitre y nous nous réservons de traîlor séparément des maladies qui se fixent sur le système nerveux , non pas tant dans la Vue de nous conformer à Tusage établi , que dans l'espérance de trouver , plus tard , les es^ prits mieux préparés à recevoir les nouvelles idées que nous exposerons concernant la na^» ture de ces maladies. Quant à présent > suffisamment éclairés sur les différens modes inflamma** toires qui peuvent tour-^à-tour ou simultané^ ment altérer là partie la plus $uperficl€^ile de la peaiu^ notre unique soin doit être de porter
âgO T>V Si£gE E7 D£ la NATUKt
nos regards dans l'épaisseur même de cet orga« ne , afin d y saisir les principaux traits qui doi« vent nous faire reconnaître ces modes divers , aa milieu de la confusion qu'entraînent nécessairement les propriétés générales de tissu que Firrîtation y développe. IVous ferons surtout nos efforts pour démêler, à laide d'une exacte analyse y la simplicité de ces affections, des complications déterminées par le voisinage et Tintime liaison des vaisseaux qui peuvent être le siège isolé ^ tantôt des unes , tantôt des autres.
Il suffit , en effet , que des causes semblables à celles qui produisent Térysipèle, mais plus intenses, frappent un sujet d'ailleurs plus fortement prédisposé , pour qu'on puisse voir naître et se développer, dans l'épaisseur même du derme et dans les couches cellulaires sousjacentes , des phénomènes qui prouvent que les vaisseaux absorbans artériels de ces parties sont dans un état d'exaltation inflammatoire. Le point qui doit être le siège du mal devient douloureux, rouge, gonflé, tendu comme dans l'érysipèle , avec cette différence pourtant que la douleur , au lieu d'être cuisante , est gravative , poignante et bientôt pulsativé; que la chaleur est très-vive , sans être mordicante ; que le gonflement présente une base plus profonde; que la rougeur , plus foncée , ne disparait plus
sons la pressioQ du doigt, va dëcroissant da centre à la circonférence, pour se perdre insensiblement dans h nuance de la peau saine ; que la tension , enfin , est accompagnée de beau- . coup plus de rénitence que dans la première ^laladie. Les parties circonToisInes se tuméfient et s'engouent d'humeurs séroso-lymphatiques , lesquelles afiluent vers ce point en quantité toupurs proportionnée à la violence de Tinflammation ; tandis que , d'un autre côté, ces phénomènes locaux s'accompagnent , pour peu qu'ils soient prononcés , de mouvenâensj>yrext« ques généraux , quoique , à vrai dire ^ il ne soit pas rare de les voir marcher indépendans de toute sympathie du cœur et de toute accélération des mouvemens circulatoires.
Lorsque , par l'effet d'une réaction modérée des forces vivantes ^ par ja faiblesse ou le peu de persistance de la cause morbifique , ou par l'effîcacité des secours administrés , cette inflammation se trouve arrêtée dans sa marche^ les accidens décroissent bientôt au lieu d'augmen* ter ; la douleur s'apaise et cesse d'être puisative ; la rougeur se ternit et s'efface de jour en jour; la tumeur devient moins rénitente et moins dure ; un empâtement presque indolent s'étend au loin sur le menibre et se dissipe par des gradations insensibles : les médecins disent
Sigl DtJ SIEGE ET DE LA !(rAtùnÈ
alors que la maladie se termine par résolution; Que si l'inflammation dépasse , au contraire , sans amendendent 9 l'époque après laquelle on doit cesser d'espérer la résolution , les phénomènes redoublent d'intensité , l'engorgement acquiert plus de consistance et d'étendue, la chaleur et la rougeur deviennent plus vives , la douleur ^ plus aiguë , s'exaspère encore par les pulsations réitérées qu'on ressent dans la partie. Peu à peu le centre de la tumeur se ramollit et prend une teinte blanchâtre; ce ramoUissen^ent et cette blancheur gagnent en peu de temps la circonférence ; et l'on sent enfin qu'une ondulation de liquides se rapproche de plus en plus de l'épiderme : la douleur et l'irritation paraissent , à ce degré y céder la place à un sentiment de pesanteur^ bientôt soulagé lui-même par l'issue d'une quantité plus ou moins considérable de matière purulente mêlée de sang , laquelle se fait jour à travers le point le plus saillant et le plus aminci. Telle parait être la terminaison la plus ordinaire du phlegmon ; telle est sa marche; tels sont les phénomènes ex« térieurs qu'il présente ; et telle est aussi la nature de Thumeur produite par le mode d'action vasculaire qui s^élablit dans la partie malade durant le cours de cette affection.
L'autopsie cadavérique fait connaître , d'au*
BES maladies; agS
tre part,^ que, dans ^iniériçur d€ ces laaieurs phlegmoneuseSy le iissu cellulaire est d'un rouge vif et paraît généralement injecté de sang , lequel se trouve même souvent épanché dans les aréoles de ce tissu. Lies incisions pratiquées sur ces tumeurs^ pendant la vie, démontrent biea .mieux encore la vivacité de cette couleur rouge et la grande afiluence de saqg artériel qui la produit (i)> en même temps quelles permettent de voir, en quelques circonstances , le. pus formé ^ dès les premiers jours, dans uu nombre plus ou moins considérable de cellulosités (2). Il n'est donc pas possible de douter que le phlegmon ne soit l'effet d'un certain mode d'exaltation des propriétés vitales des vaisseaux absorbans artériels , ou d'exhalation qu'on sait former l'une des principales bases du tissu cellulaire cutané et sous-cutané ; que le phlegmon ne soit Teffet d'une modification particulière de la sensibilité qui dispose ces vaisseaux à pomper le sang et à retirer de ce fluide les matériaux de l'humeur purqlente. On comprendra facilement , d'après ces données , que celte humeur , exhalée dans les aréoles cellulaires , s'y^ accu'
m ■ m ,iik<»>m<m m. ■■■! ' l'i i^— MiWM— »^N— 111 „ ^
(1) Hanter, Traité surh Sang ec les InflàtHmaiians ^ t.ii, pag. 171 etsuiv.^t. I, pag. ia5.
(2) Quesnay y Traité de la Suppuration ^ pag. 26L
^94 ^^ Sïiat ET DE LA NATURE
mule sans pouvoir eu être résorbée ^ les vais^ seaux absorbansse trouvant^ dans la première période du mal , les uns dans un état de forte constriction > les autres livrés à des mouvemens exagérés d'exhalation , d'où il résulte que le sang et le pus distendant ces petites cavités, il se produit de très«vives douleurs. Ou compren^ dra tout aussi facilement que ces derniers accidens sont même ici d'autant plus prononcés y que la plus grande partie du tissu cellulaire enflammé se trouve engagée dans les porosités du chorion, auquel on sait que Bichat a reconnu tous les caractères des membranes fibreuses , et que ce tissu cellulaire , S^^S^y distendu par la grande quantité de sang et de fluides que l'irritation lui fait y en quelque sorte , assumer, éri- ' gé , d'ailleurs , par une espèce de force de turgescence qui lui est propre , distend à son tour le chorion dans tous les sens, nouvelle cause qui contribue , peut-être plus que la première , à rendre les douleurs du phlegmon poignantes et gravatives.
D'un autre côté, l'on n'aura pas de peine à concevoir que le battement des petites artériples engagées dans la tumeur venant frapper continuellement sur des parties dont la sensibilité est extrêmement exaltée, doit, non-seulement être aperçu, mais encore devenir douloureux, et que
BZS MALADIES. 2g5
telle tst ea partie l'origine des douleurs pulsatives qui ne manquent pas d'accompagner et de caractériser ces sortes de tumeurs. Mais ce se« rait méconnaître les lois de la vitalité que de ne pas admettre dans l'explication de ce phéno* mène l'exaltation de la sensibilité des parois ar-« térielles elles-mémes.,Quelleque soit l'apparente insensibilité de certaines parties dans l'état phy* siologique^ il n'en est aucune dans l'économie anî* maie qui ne puisse devenir douloureuse par l'inflammation dans son tissu propre , ou dans les organes qui lui sont contigus. On sait que la peau devient douloureuse au toucher vis-à-vis le point enflammé de la plèvre ^ et que les côtes elles-mêmes peuvent non*seulement ac^ quérir une sensibilité plus ou moins vive ^ mais participer réellement à celte inflammation y comme le prouvent des faits d'anatomie pathologique très-intéressans, rapportés par M. le professeur Chaussier (i). Pourquoi les artères d'où naissent les vaisseaux qui sont^ dans le phlegmon^ le siège de l'irritation inflammatoire , seraient* elles plus impassibles au milieu de l'exaltation de sensibilité qui les entoure? Elles ne peuvent, I 11 ■ Il ■■
( I ) Dans les notes dont ce savant a bien voulu enrichir la traduction de la Pyrùologie de Selle, donnée par M. Nauche.
^g/S nu SIEGE £T BE LA ICATVRB
certes , pas rester étrangères à ua désordre qm les touche de si près. Aussi les voîl^on s'émou-^ voir lorsque 1 accumulalioa du pus y distendaut les aréoles cellulaires y ajoute y par cette cause mécaaique, à la vivacité des douleurs, el monte le tOQ de la sensibilité des vaisseaux et des nei&i disséminés dans la tumeur au degré le plus élevé» Aussi la dilatation de leurs tubes est-elle alors douloureuse par elle-même ,. indépendamment des tiraillemens et des froissemens qu^elle doit occasioner dans les portions vasculaires eQ-« flammées qui sMmplantent sur ces tubes (i); aussi l'impulsion que ces vaisseaux impriment à la colonne sanguine^ subordonnée^ ^ns l'état de santé ^ à la grande impulsion du cœur y s'en affranchit - elle , en quelque sorte y dans une tumeur phlegmoneuse, et produit-elle des mou* vemens plus précipités ^ qui ne se trouvent plus en harmonie avec ceux de la grande cir-
•mf-
(i) M, Ribes a trouvé dans ces sortes de tumeurs , Iors«* qu'il a eu rocGa^ion d'en examiner c|[uelqu'une après la mort, Fextéi ieur des artères et même des veines âoconeaz,, et la surface interne àes artères rouge et enflammée, fait d'autant plus remarq^aable qu'il vient àl^appui des injee^ lions de VieusSén^ et de Bleuland ^ et j,ustifie pleinement notre manière de voir sur cette origine des vaisseaux ab'^ sorbanset sur le siège de l'inâammation pblegmoneuseK {Mém. de la Soc. méd* » t. vin, pag. 6ai . ),
Gidaticm y surtout lorsque riaflammatîoa n'îaflu€ pas assez sur l'état général du nlalade pour déterminer des phénomènes fébriles (i).
Au reste, on ne doit pas trouver étrange de nous voir attribuer la douleur pulsative du phlegmon à la dilatation du tube artériel devena lui-même trop sensible , quand on sait que ce phénomène se présente dahs le cours de certaines fièvres ardentes et dans les accèis de cer« laines douleurs hystériques , sans qu'il soit possible de l'expliquer dans ce cas par le froissement des parties enflammées circonvoisines. On doit
•(^■«■BaiMMBHMaaMMiMiHiHKiariiVa
(i) Hanter, touten croyant que Faction inflammatoire le passe dans les petits vaisseaux , puisqu'elle peut être bornée à un point seul ou les petits vaisseaux existent , et puisque , selon lui , les gros vaisseaux né doivent étrd considërés que comme les porteurs de la matière , pour que les plus petits en disposent et agissent sur elles , n'ea avait pas moins noté cette participation des gros vaisseaux & l'exaltation d'une partie enflammée dans laquelle ilà aboutissent, et il en déduisait la raison des pulsations douloureuses de ces tumeurs. Il avait même observé que si l'inflammation est très-considérable dans le panaris, l'ar-i tère^ jusqu'au poignet, parait très-afiectée ( t. ii , p. io8).
M, Ribes a vit; chez des malades morts avec des dépôts phlegmoneùx , les parois des petites artères épais^ lies, et leurs tunîijuès rûuges et enflammées, tandis que la tunique iff^emé des veines était à peine colorée.
agS DU SIÈGE ET DE LA NÀTtJR*
s'étonner encore moins y aujourd'hui qu'on esC désabusé y d'allribuer l'inflammation à des causes mécaniques d'obstruction et d'arrêt du sang, de nous voir parler de cette fièvre locale , de cette accélération du mouvement circulatoire , d'ailleurs si constamment observé dans les artérioles entourées de l'engorgement inflammatoire phlegmoneux (i) ; et , toutefois , il ne nous parait pas possible d'expliquer le cours plus rapide du fluide sanguin à travers cet engorge* ment , si l'on continue de placer le désordre inflammatoire dans un système de vaisseaux intermédiaire eqtre les artères et les veines, comme le font les modernes. Comment conçe* voir y en effet y qu'une masse considérable de vaisseaux capillaires gorgés de sang et d'humeurs y soit interposée entre les extrémités arté-^ rielles et veineuses sans arrêter de suite la cir-* culation y sans produire proniptement la gangrène ? On doit nier , malgré l'évidence, que le sang puisse circuler dans une partie enflammée y si l'on n'admet pasque l'afflux et l'engorgement
( I ) Galîen , en disant que toute inflammation est accom« pagnée de fièvre , ajoute que les plus considérables le sont de la fièvre générale , et les moindres d'une fièvre locale et bornée à la partie malade. (-Z^^ Puisibus ad TjrroneSy eap, un • et de Method. med, ad Glaitcum, lib, ii , cap, .i i
qui s'y forment s'opèrent dans un ordre de vaisseaux placé en dehors du cercle circulatoire ^ et tout-à-fait étranger aux mouvemens réguliers de cet appareil. Ce n'est qu'à l'aide de cette dernière explication qu'on peut concevoir les faits de pratique les plus avérés , quoique totalement en opposition avec la théorie (^e nos jours. C'est en sachant apprécier comme il convient le rôle des vaisseaux absorbans dans les phénomènes inflammatoires ; c*est en plaçant le siège de ces phénomènes dans ce système , que l'on sauve l'apparente contradiction qui fait voir le cours du saog précipité dans une tumeur phlegmoneuse ^ en même temps qu'on est forcé de reconnaître que ce liquide s'y trouve stagnant y ou du moins ralenti dans sa progression.
Ne sommes-nous pas tous les jours les témoins de Faction au moyen de laquelle les vaisseaux absorbaos irrités attirent le sang dans leur intérieur ? Ne voyons-nous pas le tissu cellulaire , dans les plaies où cet organe est mis à découvert , passer successivement de la couleur blanche au rouge le plus vif par l'injection plus ou moins rapide des vaisseaux absorbans qui le composent ? Ne voyons* nous pas les vésicules de ce tissu , diaphanes un instant avant , former dans le fond des plaies des bourgeons charnus uniformément
colorés par le sang artériel (i) ? Ne voyonsnous pas cette surface cellulaire y ainsi modifiée , retirer du sang qu elle vient de s'approprier les matériaux de Fhumeur purulente , et continuer d^exbaler le pus aussi long-temps que la cicatrisation ne la met pasà Tabri du contact des corps ambians dont elle est jusque là sans cesse blessée ? Pouvons-nous douter que ces phénomènes , opérés sous nos yeux lorsqu'un instrument tranchant a divisé les tégumens , ne soient les mêmes que ceux qui s'opèrent au-dessOus et dans l'épaisseur de ces tégumens pendant le cours des inflammations phlegmoneuses? Poûvods-nous douter que cette matière purulente répandue chaque jour dans les appareils dont on , recouvre les plaies ^ ne soit de la même nature^ et ne se produise en vertu des mêmes lois que celle qui s'accumule dans les aréoles cellulaires j les distend avec violence y les déchire , renverse enfin et brise leurs cloisons pour former les collections humorales plus ou moins considérables 9 qu'on sait être le terme le plus ordinaire de ces sortes de tumeurs ?
(i) J. Hunter remarque avec sagacité que la coalebr ëcarlatedes inflammations est la même que celle du sang contenu dans les artères. ( Traité du Sang et des Inflam^ mations ^ f. ii, pag. 175. }
t»CS MALADIES.' Sût
S^il est difficile de se défendre d'attribuer les phénomènes dont nous venons d'exposer la marcBe et les résultats à un mode d'action réservé fieulement au système des vaisseaux absorbans ^ il est peut-être encore plus difficile de ne pas reconnaître l'action et les propriétés vitales de ces vaisseaux dans la manière dont les inflammations pblegmoneuses, arrêtées avant le terme de la suppuration ^ s'affaissent ^ se résolvent et finissent par disparaître. Ne semble-t-il pas évi-> dent que^ dans cette circonstance^ les portions résorbantes de ce système disséminent peu à peu le sang accumulé sur le point irrité ^ le remportent dans les réseaux voisins dont la sensibilité est moins exaltée ^ dont les mouvemens sont moins irréguliers ^ et le font de là rentrer dans le torrent de la circulation générale ? Ne regarde-t-on pas également comme prouvé que ces mêmes portions résorbantes font dîspa* raitre le pus des cavités cellulaires où l'exhalation morbifique l'avait d'abord versé y pour le diriger de là vers les capillaires veineux et vers les émonctoires ? Nous ne connaissons ^ du moins ^ aucun autre genre de vaisseaux ^ dans l'économie animale ^ capable de produire des effets de eette nature (i). Disons plus encore ;
(i) On a y a dans la première partie toutes los j'aisona
5oa DU SIEGE ET DE LA NÀTUKE
le témoignage de Sœmmeriag y qui cite des cas où Ton a vu le sang et le pus séjourner dans les vaisseaux absorbans lymphatiques au voisinage d'une inflammation (i) , le témoignage de M. Rîbes , qui , de son côté , dit avoir rencontré des humeurs ichoreuses et purulentes stagnant dans les veines^ non loin de parties soumises à des altérations semblables (2), doivent nous faire comprendre que les deux fractions résorbantes du système absorbant ^ quoique appliquées à des fonctions distinctes y quoique chargées^ dans rétat de santé , de recueillir des humeurs préparées pour une destination contraire^ peuvent néanmoins concourir l'une et l'autre y dans le moment du désordre inflammatoire , à dégorger les parties malades.
qui doivent détourner de l'idée que les veines soient capables d'exécuter de tels mou vemens. Les livres sont remplis d'exemples oii l'humeur purulente y déjà formée et rassemblée sous la peau , s'est tout-à-coup évacuée par les urines , les selles , les crachats ^ etc. Or , ces métastases subites et rapides ne peuvent s'exécuter que dans le vaste réseau de vaisseaux absorbans placés hors de l'influence du cerde circulatoire sanguin, dont la marche régulière se trouve peu, ou même ne se trouve point du tout altérée au milieu de ces rapides déplacemens d'humeurs.
(i) De Morb, Vas, ahs. , pag. 2 et 8.
(2) Mém. delà Soc, méd.^ÉmuL , t. yin;pag. 621.
BSS MALADIE $• SoS
Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas venus jusqu'ici sans être frappés des nombreux rapprocbemens qui existent entre l'afiectioa dont nous venons de nous occuper et la fièvre in^ flammatoire. Cette première période d'irritation y dans laquelle le sang artériel y attiré dans le tissu cellulaire et les tégumens, les remplit et les colore ; cette seconde période de suppuration ou de coction dans laquelle l'état moins violent des vaisseaux leur permet d'exercer des fonctions , vicieuses il est vrai , mais se rapprochant en quelque chose des actions naturelles ; cette troisième période de résolution ou de crise dans laquelle la sensibilité se trouvant ramenée à l'état naturel y les vaisseaux absorbans résorbent l'humeur purulente produite par le travail morbifîque, la disséminent et la dirigent vers le sang veineux et vers les émonctoires ; la présence, enfin , de cette humeur, manifestée dans les deux circonstances par la couenne inflammatoire dont le sang des sai-r gnées se recouvre^ manifestée bientôt après par le sédiment blanchâtre que les urines dé^ posent ; tout indique , tout démontre l'identité de nature des mouvemens qui président à ces deux états roorbifiques. Mais, en même temps que ces sortes de phénomènes pe^'mettent d'établir cette analogie , n'oublions pas que Tinten-
3a4 t>v stioz tt tos la irA¥toAt
rite beaucotip plus grande «des accidens ^ iMf évidente concentration sur un seul point ^ Faf* flux de sang et d'humeu^ plus considérable daos le tissu cellulaire ev^xm^é que dans le tissu cellulaire fébrile ^ rextrème distension des cellules de ce tissu ne manquant jamais d'ayoir 4ieu dans le phlegmon ^ la désorganisation qui se trouve la suite la plus ordinaire de cette distension , font assez connaître quelle est la nuance propre à distinguer les inflammations phlegmo^ neuses des fièvres dont la nature parait leur
correspondre ^ et Ton a pu voir que «c'était par des nuances du même genre que Térysipèle différait de la fièvre éphémère*
§ V. De V InflamnuUion dans les vaisseaux absorbons, veineux du chorion et du tissu cellulaire sous^aUané.
Que si l'intensité ou la persistance de la cause irritante y ou bien quelque fâcheuse prédisposition du sujet portent le sentiment au plus haut degré dans la partie enflammée ; si Tafilux humoral continue et devient démesuré , d'un côté la quantité des fluides n'est plus proportionnée / l'extension des solides , et ces derniers perder leur ressort; de l'autre^ l'énorme et subite ace mulalion de <:es fluides dans des canaux plac
illES MAL.AblES; §o3
ëfl très-grand nombre autour des capillaires san-
gains^^ comprime ces vaisseaux^ intercepte enfîa
le cours du sang , et ce li<}uide«e coagule et se
décompose rapidement au milieu dé ces parties
que la vitalité vient d^abandonner (i)% Telles sont
la source et la marche des gangrènes qui peu«
vept succéder à des mouvemens intlammaloires
aussi rapides que violens. Mais telle n'est pas
Forigine de ces inflammations qui présentent
dès le principe une teinte livide ^ une chaleur
peu marquée , un très-faible développement dé
£orce^ vitales et des mouvemens obscurs et lan-
guissans ; de ces inflammations qui y froides au
toucher , font éprouver dans leur intérieur un
continuel sentiment d'érosion ^ une ardeur cor-
rosive et brûlante ; de ces inflammations qui ^
gangreneuses dès leur apparition , n'ont pour
produit qu'une sanie brunâtre et ichoreuse^
n'ont pour terme naturel que la mort des parties
(i) Le docteur Wilsoh a fait des expériences desquelles il résulte que la yélocité du sang ce ralentit de plus ea pfusdans une partie enflammée, etqu'au plus haut degré ^e rinflamniàtion il paraît qu'elle s'arrête tout-à fait» [Annales de liltêr, étrang, , noTembre 1812 j pag. 447») J. Hunter , de son côté , a trouvé le sang coagulé dans les artères au voisinage et niême à quelque distance d'une partie gangrenée. [Traité du Sang et de V Inflammation j t. II , pag. 25 1 . )
5o6 DU SIÉCE ET DE LA NATURE
qu'elles envahissent ; de ces inflammations enfin qui naj^'sent sur des sujets afiaiblis par Tâge^ la tnisère , les maladies^ ou se produisent pendant le cours des fièvres adynamiques et pestilentielies. Tout manifeste ici que, par une funeste rétroversion des mouvemens, les vaisseaux absor* bans veineux s'emparent du sang noir , le disse* minent et l'accumulent dans la partie malade. Aussi ne retrouve-i-on plus dans ces pernicieux phlegmons ni la vive coloration qui manifeste la présence du sang artériel , ni la chaleur que les vaisseaux absorbans exhalans puisent surtout dans ce liquide , ni les douleurs pulsatives que peuvent seuls produire les battemens des artères participant à l'inflammation qui les entoure , ni la matière purulente , résultat constant de l'élaboration du sang rouge par les vaisseaux absor* baus les plus naturellement en rapport avec ce liquide : aussi ne retrouve-t-on plus l'heureuse tendance des moùvemens d'où résulte presque toujours une favorable issue du mal dans le phlegmon légitime.
C'est donc avec grande raison que notre ingénieux Bichat assurait que ces sortes de tumeurs sont à la fièvre adynamique ce que le phlegmon légitime est à la fièvre inflammatoire. Ilestim* possible de douter que , dans les deux cas , Ie$ moùvemens ne soient de la même nature , et
l)SS lu AL A DI ES. S07
H' aient pour siège la même espèce de vaisseaux. Nous avons déjà vu^ dans l'un des chapitres pré-* cédens^ que Ludwîg s'était assure^ l'un des preiniers, par les autopsies cadavériques ^ que led stases sanguines sont dans ces phlegmons adyna^ uniques formées par le sang veineuxé Le docteur Selle y Sarcone y Grimaud , connaissaient égale* ment la différence des inflammations formées par le sang artériel et des inflammations formées par le sang veineux : seulement ces auteurs re« gardaient de telles affections locales comme le produit des fièvres qui leur sont analogues , sans considérer que la pratique en offre souvent des exemples isolés de tout mouvement fébrile y ou du moins dans lesquels ces mouvemens ne sont que des effets consécutifs et secondaires. Ici , comme dans la fièvre adynamiqùe y ce ne sont pas la faiblesse et l'atonie qui font passer le sang veineux dans le système cellulaire ; mais c'est bien plutôt un mode particulier d'action qui s'élablitdans les vaisseaux absorbans veineux du point affecté ; action qui remplit cette partie d'un sang noir et délétère; action qui devient manifeste par le sentiment particulier d'érosion qu'elle produit ; action qui^ se propageant sur les veines qu'entourent les vaisseau^ irrités , y déteriiiine une phlogose violacée s^étendant assez souvent à quelque distance du çiége du
5lO ru SIÈGE ]ET DE LA NATURE
Que la soudaine iropréssion d'un courant d'air froid y qu'une transition brusque de température saisisse^ par exemple^ une femme récemment accouchée y frappe Tun ou l'autre de ses membres imprudemment découvert : presque touL-à'COup il se développe^ sur le point irrité ^ ^e la douleur y de la chaleur et du gonflement. Mais ici la douleur.^ aiguë et non pulsalive y ré- "pond surtout au trajet des vaisseaux absorbant lymphatiques^ et se fait, ressentir avec force dans les paquets glanduleux voisins j mais ici la chaleur s'accompagne rarement de la rougeur ^e la peau ^ dont la couleur reste natikrelle f^t blanchit même au contraire : du moii^s les veh* nés qui formaient des traces bleues s^effàcent et disparaissent (^); mais idi^ bien^ue le gonfle* rment soit rénitent et dur comme *'dànâ'4e premier phlegmon y il est moins circooècrit et peut facilement envahir tout le meijabrô malade* 'Cette tumeur est d'ordinaire unie ^ luisante , 'pâle j égale au toucher , si ce n'est qu'on y sent quelquefois de petites élévations -noueuses et dûtes dans les parties où se trouvent naldrellement situées les glandes lymphatiques;' A de
telles apparences^ on croirait reconnaître une
(i) While, an Jnqttirf into ihe Nature and cmise ej ihat Swelling y etc. London^ ^792» ' ■
DES maladies; 5it
de ces infiltrations séreuses que produit Tanasarque, si le récit des souffrances de la malade , si la vive sensibilité de la partie et des glandes voisines ^ si l'absence de la couleur jaunâtre et paillée y compagne de ces infiltrations séreuses^ ne détournaient bientôt de cette idée , dont y au reste y on voit le peu de fondement si l'on pratique dçs mouchetures; car alors les petites plaies faites par la lancette ne laissent échapper aucune humeur y ce qui établit encore une nolable différence entre celle phlegmasie blanche y nommée par Callisen phlegmatia alba (i)y et l'anasarqueou les infiltrations séreuses analogues. Les mouvemens fébriles que suscitent les phé** nomènes locaux dont nous venons de donner Ja courte description se marquent par des frissonnemens vagues parcourant tout le corps plusieurs fois le jour , à des heures indéterminées , et préludant ainsi à des redoublemens irrégulîers , tels qu'on en voit dans les fièvres muqueuses (2), Ces mouvemens ont une tendance h se prolonger au-delà de plusieurs semaines^ comme ceux des fièvres muqueuses ^^durenÇ
(i) Principia System* cliirurg. hod£em,j pag. 18, 3o, § xxxiv, part. 11.
(2) Voyez Histoire de V Èléphantiasii de$ Arabes, pag. a5ç), not.
5l2 DU SIEGE ET DE LA NATURE
quelquefois plus longTtemps que l'aiTection locale elle-même , et se convertissent en une sorte de consomption y comme on le voit souvent arriver à ces (lèvres. Celte tendance à la chronicité est également Tun des caractères les plus saiUans des tumeurs qui sont la cause de ces monvemens fébriles*. Souvent , au lieu de suppurer ou de '^e résoudre ^ le gonflement reste dans la partie qu'il occupe ^ et devient très-difficile à détruire. Le chorion et le tissu cellulaire sous- jacent conservent une grande épaisseur, tout en cessant d'être douloureux ; et la superficie de la peau , d'une blancheur transparente y est marbrée par les vaisseaux sanguins qui reparaissent sous l'épiderme après la chute des accidetiè dîgus (ï). Dans cet étal, le mal peut rester plusieurs mois, et même des années , sans qu'on puisse le faire disparaître.
Au reste , il faut convenir que la disposition dans laquelle se trouvent les femmes après Tac-* çouchement , surtout s'il a été difficile et labo-* rîeux , est très-favorable pour donner à cette l^blegi^afBie , tout à la fois l'état de plus grande acuité et fétat de plus grande simplicité possi* l)Ie. Le profond ébranlement que les douleurs
■ ■ 1 I .Il ■ I II .1 m,^if
' (i) C B. Lagre^fe , Mémoires e( Observations de m^-s. fltçinc'pratiquç, Paris, i8o§.
Di^s maladies; 3i3
lié renfàdtem^At viennent d'imprimer à la sên** sibilité d'une grande m^sae de vaisseaux absor-* bans; Texaltation des propriétés vitales, et Faceroissétûetit kk^ fonctions qu'ont dà nécessiter dans le systènfie général de ces tàmestxxx^ et en "piârticulfer danâ \e» vaisseaux éhsorbans lyn^ fihatiqués^ ta nutrihoh, le développement du fijetus 9 ainsi qàé le$ eftort^ préparatoires d'où résulte l'imporlànte fiiéci*étîOn èvt lait; enffîfi, Ténotïtie déperdition dé sang que ' vient d'entraîner la déliN^rancê^ déperdition qui , privait les vaisSeatix absôrbans aHériels â'ûM grande i^rt4e de lèui^ stimulus le plus actif et le plus *ifttergique , les plonge dans une espèce de som*? tiiteil : tout cohsjiiré , tout Concourt à Ce but dans cette circonstance.
Aussi , Firritation de ces mêmes vaisseaux, née de causes semblables fixées sur les mêmes organes , revêt des apparences presque opposées, lesquelles en déguisent et masque la natui^e lorsqu'elle survient à tonte autre époque de la vie, ou lorsqu'^elle attaque des individus de l'autre sexe. Il est rare alors qu'aux douleurs et atix tuméfactions glandulaires , il ne se joigne pas une rougeur plus ou moins vive de la peau , rougeur symplomatique , rarement poussée au degré de l'inflammation , puisqu'elle ne produit pas les phljctènes séreuses et la chute de Tépî-f
5l4 DU SIEGE ET DE LÀ NATURE
derme ; rougeur superficielle et disparaissaDC sous la pression du doigt ^ parce que ce n^est pas le sang qui distend le chorion , mais une humeur blanche et lymphatique ; rougeur éten^ due et recouvrant toute la partie malade ^ mais toujours précédée d*une trace en forme de ruban^ dessinant le trajet des principaux troncs :d0$ vaisseaux |ibsorbans lymphatiques ^ et de laquelle la cplpration semble partir poi|r se répandre sur le reste de la tumeur. Ce vif ébran* lement produit, par continuité dans les vaisseaux absorhans artériels du tissu réticulaire ^ s'accom- .pagne de frissons plus marqués et plus intenses que dans le premier co&y bientôt suivis euxmênies de chaleur et de sueur ; et ces derniers phénomènes vasculaires reprenant après. un repos plus oa moins prolongé , simulent les accès d'une fièvre intermittente. Mais on retrouve toujours, malgré ces nuances remarquables , le même fond de maladie , le même éloignement pour la suppuration , la même disposition à la chronicité , la même épaisseur du derme et du tissu cellulaire, et la même difficulté à réduire et à faire disparaître les engorgemens que laissent dans les parties ces sortes d'inflammations (i). On doit même savoir que la tendance à Tétat
(i) Histoire de VÉléphanU des Arab, , pag. 218,
, HES MALADIES/ 3l5
'chronique est si naturelle aux phlegmons de cette nature 9 qu'il faut, pour les éloigner de cette forme particulière , des circonstances extraordinaires y telles que des couches pénibles et laborieuses (i) , le séjour dans des climats sou- :irent exposés à des constitutions éminemment inflammatoires (2) , ou bien encore certaines -dispositions individuelles assez rares , du moins parmi nous , et dans ce cas encore l'état aigu se trouve plutôt une phase de ces maladies que le caractère essentiel qu elles revêtent. Mais le •plus souvent , dans nos climats, l'inflammation des vaisseaux absorbans lymphatiques de l'organe dermoïde s'opère , en quelque sorte , à petit bruit , et ne se manifeste que par un engor** .^ment peu douloureux et peu considérable , i^uelquefois recouvert d^une légère teinte érysipélateiise. Il ne faut riea moins que le retour .plus ou moins fréquent de ces phénomènes ^
; chap. vil. An Essajr on the Glanduiar dîsease ofBafh
. ftadoes by Jam flendj.
,,(i) /^qT-c^ les ouvrages de White^ Gallisen , Puzos > Astruc , etc.
(2) Voir à ce sujet lés ouvrages de J. lïendy , an Essajr on the Gïandular diseàse of Barbadoes^' etc. Hîllary , Observât, on ihe changes oj the air , etc. G. Casai , Historia naturaL y medica de el principado de Astu-^ nos , etc, Prosper Alpin , etc.
5l6 DU SIEGE ET DE LA NATURE
que les effets permanent qui eu résultent ^.pour déceler en quelque sorte Texisteaceet découvrir la nature de ces obscures Inflammations (i)-. Tel est , en général , le propre des affections de cette branche du système absorbant ^ comme nous avons eu déjà plus dune occasion de nous en convaincre.
Quoi qu'il en soit , si le sang artériel abreuve le tissu cellulaire dermoïde et sous-cutané dans ie phlegmon légitime ; si le sang noir pénètre Ces parties dans le phlegmon gangreneux , c'est ici la lymphe qui s'y répand et s'y insinue. Mais une remarque essentielle à faire , c'est que la :iprésence de celte humeur ne produit sur les vaisseaux qui s'en pénètrent accidentellement aucune modification propre à déterminer uoe -excrétion morbifique semblable au pus et à la sanie. Cette lymphe se répand dans les aréoles du tissu cellulaire , les dbtend insensiblement, y séjourne sans altération , et s'y combine en •quelque sorte^. Celle lymphe s'introduit dans les imperceptibles vaisseaux des laminules cellulaires, les injecte et s'y fixé égfàlement sans pro-« duire la moindre action qui tende à la repousser, ^ la chasser au dehors,ou qui puisse la convertiren
*ia*i
(t) Voyez mes nouvelles observations sur YÉiéphani^ 4fcs Arabes , i&u.
• DBS MÀLABIES.^ 5l7
j^toduits excrémentitiels d'aucune espèce. C'est ainsi que nous avons vu Tinnocuité de cette humeur laisser les fièvres muqueuses se terminer sans évacuations critiques de nature particu* lière'^ lorsque ces fièvres ne recevaient aucune complication ; et c'est sans doute encore par ^ cette disposition que ces mêmes fièvres établies sur les réseaux absorbans lymphatiques engendrent si souvent dans les viscères des engorgefhens chroniques presque toujours incurables. Ici le nouvel état de choses qui s'établit dans le derme ne tend ni a la suppuration , ni à la gangrène , comme dans les précédentes phlegmasîes ; c'est en quelque sorte un nouvel organe qui se forme ^ un nouveau mode de nutrition qui s'opère. On ne retrouve plus , dans les parties affectées de la sorte , la peau naturelle k l'homme ; on ne reconnaît plus cet organe souple et perméable, qu'un tissu cellulaire flexible et léger doit soutenir et pénétrer avec mollesse , dans l'enveloppe dure, lardacée, souvent même (!;artilagineuse , qu'on voit se former à la place de cette membrane. Lorsque, dans les autopsies cadavériques, on divise cette couerine quelquefois épaisse de plusieurs pouces , on aperçoit rhumeur gélatiwoso-albwntnetise , base princi* pale de ces tumeurs superficielles coalenue dans ~ les aréoles du chorion et du tissu cellulaire pro-
*" "f elle»" ï'r? 'ùoo« M tZ ; »»*^ "'"L ..lit»» '.^tl de le»' '"ts «"""""î^
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DES MALA^DIES; Zig
compliquées et plus ou moins mêlées et coqfoadues. Eu effet , tant de causes individuelles , tant de causes extérieures et de pur accident peuvent renverser les faibles barrières que la sensibilité ou la structure de Torgane paraissent établir entre les trois fractions du système absorbant y et leurs plans superficiels et profonds dont Tirritation spéciale produit ces sortes d af« fections^ qu'il n'est rien de plus fréquent que de voir les phénomènes des unes et des autres tantôt marcher de front , tantôt se succéder , et s'amalgamer y pour ainsi dire y en mille manières y suivant la multiplicité presque infinie des combinaisons de ces différentes causes* Un tel effet n'avait pu se dérober a la sagacité des anciens observateurs. Accoutumés à suivre pas à pas la nature y ces médecins s'étaient bientôt convaincus que les tumeurs phlegmoneuses ne 5e trouvaient pas toujours formées de sang pur; mais que ce liquide s'y rencontrait quelquefois mêlé dans des proportions variables avec d'au-* très humeurs. L'étude attentive qu'ils faisaient de la marche des maladies leur avait également fait apercevoir que la superficie de la peau ne se bornait pas toujours à répondre a l'^flammatioa profonde de cet organe par une simple rougeur sympathique ; mais qu'un état vraiment érysipélateux venait quelquefois compliquer la tu-
S:2a Btj siicE «t dc la kàturé
meur phlegmoneuse. Ces données fournies par la plus scrupuleuse observation les portèrent à diviser ces tumeurs en autant d'espèces que nous y avons nous*mêmcs reconnu de variétés susceptibles de marcher seules ou de se con^ fondre , et à les distinguer par la nature des hu^neurs qu'ils croyaient y voir prédominer^ Ailisi la tumeur formée par le sang pur fut pour eux le phlegmon légitiàie ou exquis ; la tumeur dans laquelle la bile ou la pituite paraissait mêlée au sang fut pour eux le phlegmon érysipélateux ou bien œdémateux , comme la tumeur formée par le mélange du sang et de la mélancolie fui , pour eux le phlegmon schirreux« Désignant par ces sortes de dénominations tous les cas où Icf sang se trouvait en plus grande proportion que les autres humeurs y ils réservèrent pour les cas où la proportion de ces humeurs l'emportait sur celle du sang , les noms d'érysipèleSy d' œdèmes , de sckirres phlegmoneux , et ne virent dans la gangrène qu'un affreux état de dissolution et de mort imminente produit par un sang épais ^ noir et d'une âcretécorrosive (i) , état qui règne et domine seul sur les parties .qu'il occupe , soit qu'il se développe spontanément , soit qu'il re-
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(i) Fernel ,' Oper, de Extern, corpor. Affsctib.f lib. VI i> ca}f* Viir
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connaisse pour cause les accîdens d'un état coq** traire poussés au dernier degré de violence.
. Les connaissances plus approfondies que les modernes possèdent sur la structure et le jeu des parties^ confirnoiexit , à peu de chose près , ces aperçus de nos plumiers maîtres. Mais ces connaissapces ^ tout en nous autorisant à tracer , en général^ les mêmes lignes de démarcation^ nous font envisager y sous un autre point de vue, les humeurs qui forment ces engorgemens.Pour nous , ces humeurs ne sont pas les causes de ces maladies , mais les effets de quelque altération dans Faction de certaines vaisseaux chargés de les faire mouvoir et de les élaborer, ou du moins qui se trouvent avoir avec elles un point quelconque de contact. Pour nous, la présence de Tune ou de l'autre de ces humeurs , dont la nature est d'ailleurs mieux appréciée de nos jours, est 1 indice d'une irritation spéciale fixée sur l'une ou l'autre portions de ce système vasculaire auquel la nature a confié le soin d'assi* miler les produits de la digestion, de nourrir, de faire croître et de renouveler incessamment la substance des corps animaux. Pour nous, le mélange de plusieurs de ces humeurs réunies dans un engorgement inflammatoire , est la preuve que l'irritation porte à la fois son influence sur plusieurs branches de ce système vasculaire II. ai
l'autre de ces maladies vienne compliquer Tînflammalîon des vaisseaux absorbans lymphalH ques du chbrîon et du lissu cellulaire sous-jacent, et bientôt à la douleur aiguë^ à la trace rouge et bosselée qui marque le trajet des principaux troncs de ces' vaisseaux , aux douleurs et aux gonflemens glandulaires viendra se joindre , si cest Térysipèle , la douleur cuisante de la peau; si c'est le phlegmon légitime , la douleur puisative et poignante. L'engorgement , pâle et rénitent, prendra prompternent une couleur rouge, laquelle disparaîtra dans le premier cas sous la pression du doigt , et ne pourra s'effacer dans le second. Cette couleur rouge , l'unique produit dans le principe d'un ébranlement de continuité qui n'est pas encore inflammatoire ^ se trouvera bientôt suivie , si l'exaltation des proprîétés vitales monte au degré de l'inflammation, du travail morbifique, d'où résulte tantôt l'exBalaCion de la sérosité , tantôt l'exhalation de la matière puriforme ; et ^ d'un côté , la nuance de la tumeur deviendra jaunâtre , l'épidèrme se soulèvera sous forme de vésicules séreuses pour se détacher bientôt en écailles furfuracées; et, de l'autre côté , des foyers purulens se» formeront dans l'épaisseur du derme et des cellulosités sous-cutanées , foyers moins vastes que dans le phlegmon légitime ^ mais be^aucoup plus multi*
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*plfés, parce que les laniinules cellulaires^ déjà pénétrées de sucs lymphatiques qui les épaississent et les condensent, se déchirent moins facilement , et que le pus exhalé trouvant plus de résistance y brise et renverse un petit nombre de ces cloisons , et se trouve plutôt infiltré dans ces tumeurs que rassemblé sur un seul point en collections considérables y comme il arrive dans le phlegmon légitime dégagé de tout mélange. Que rinflammation des vaisseaux absorbans lymphatiques se trouve enfin compliquer à son tour l'une ou Tautre de ces maladies , et les symptômes qui caractérisent celte sorte d'inflammation viendront se joindre aussitôt à ceux 4jui sont le propre des érysipèles et des phlegmons sanguins dans leur état de simplicité; les glandes du voisinage deviendront ou douloureuses , ou gonflées y quelquefois l'un et l'autre ; des bosselures s'élèveront sur la tumeur et suivront le trajet des principaux troncs lymphatiques; lesphénomènes.inflammatoirés perdront de leur acuité, leur.marche deviendra plus lente^ et, loin de se terminer rapidement par la résolu* tion , la suppuration pu laprodiiction de quel* ques sérosités, ils laisseront dans la partie une induration toujours difficile à détruire et trop souvent même incurable. Ajoutons encore que l'ébranlement inflammatoire ^^s yais3eiiux ab-
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sorbans lymphatiques du chorion et du tisstt cellulaire se propageant également dans celte circonstance à ceux de ces vaisseaux qui rampent dans les réseaux réticulaires , il est rare que les tumeurs nées d'une telle simultanéité de niouve* mens vasculaires ne se recouvrent pas d'efflorescences darlreuscs ordinairement assez rebelles: c est y encore une fois , ainsi que Ton voit se former les érjrsipeles et les phlegmons squirrheux que mentionnent certains auteurs ; c'est ainsi que l'observation nous dévoile la marche et les principaux traits de toutes ces complications.
La fréquente confusion dettes divers élémens inflammatoires n'a pu manquer de répandre du vague dans les descriptions que nous donnent de rérysipèle et du phlegmon la plupart des auteurs qui ne se sont pas rendu compte des eflels de cette sorte d'amalgame. Rien n'est plus commun que de voir figurer dans le tableau de ces maladies des symptômes qu'elles ne présentent jamais dans leur état de simplicité^ et dont la présence n'i\)dique autre chose si ce n'est qu'elles sont arrivées à un état complosé de plusieurs sortes d'affections. Rien n'est aussi plus commun que de voir attribuer à Tune ou à l'autre de ces maladies des résultats secondaires qu'elles n'offrent jamais que par suite de leur complication entre elles^ ou bien avec de cer-
taines lésions spéciales capables d'entraîner ceux de ces résultats qui ne peuvent être les produits de ces deux affections. Rien n'est plus .commun encore que de voir l'inflammation des vaisseaux absorbans lymphatiques de l'organe dermo'ide ifiéconnue y et regardée , par les observateurs ^ tantôt comme un dépôt laiteux y tantôt comme un érysipèle rare et singulier y tantôt comme tine fièvre érysipélateuse ^ tantôt comme un phlegmon , tantôt même comme un squirrhe y suivant Tétat de simplicité, le genre de compli* cation y ou l'ancienneté plus ou moins grande que présente cette inflammation y tandis que ces mêmes observateurs ont été jusqu'ici peu frappés des modifications qtie l'irritation de cette sorte de vaisseaux peut apporter à l'érysipèle et au phlegmon légitimes , lorsq^u'ufte telle irritation vient se joindre à celle des vaisseaux ab^ çorbans artériels., cutanés , superficiels ou projfonds, qui constitue ces dernières maladies* jlVIais les développemens dans lesquels nous ve« nons d'entrer au sujet de l'irritation inflammatoire de chacune des principales^ branches du système absorbant dermoïde, nous apprendront à mieux distinguer désormais , à travers cette apparente confusion dç symptômes , ceux qui sont le propre de chacune de ces Içsions com« binées, et nous permettront de mieux apprécier
l'iafluence de ces combinaisons sor la marche f la durée et la terminaison des maladies qui s'en trouvent spécialement formées.
On peut, au reste , suivre de l'œil les différens effets de ces irritations spéciales ^ lorsqu'une solution de continuité met à découvert le derme ou le tissu cellulaire. On peut voir la même plaie tantôt fraîche et vermeille , tantôt noire et livide , tantôt recouverte d'un enduit jaune ou grisâtre, tantôt unie et superficielle, tantôt inégale et profonde, tantôt promptement cica-^ trisée , tantôt s'^établissant obstinément sur les parties , s'agrandissant même et produisant une vérilabl'? perte de substance , suivant que rinflammalion d'où dérive cet ulcère passe elle-même par certaines nuances successives analogues à celles sur lesquelles nous avons précédemment fixé notre attention. On peut remarquer y d'un autre côté, que les ulcérations provenant de quelque cause interne présentent les caractères de la causé qui lés à déterminées, et manifestent par des signés constans quelle iest la portion du système absorbant le plus particulièrement lésée dans chacune dé ces circonstances ; que , par exemple , a la suite de la disposition inflammatoire propre à faire naître sur la peau des clous, 'des furoncles, des anthrax, l'aspect rouge et granulé de l'ulcération
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quî peut succéder à ces tumeurs , la suppuration qui s'en échappe ^ ainsi que la prompte cicatrisation qui la termine , indiquent suflisaniment que les vaisseaux absorbans artériels sont ^ dans ce cas, l'unique siège de l'irritation ; que Tapparence brunâtre et violacée^ des ulcères scorbutiques y la tendance de ces ulcères à devenir putrides , ichoreux et sanguinolens , leur difficile et lente cicatrisation font assez connaître que les vaisseaux absorbans veineux sont ici plus particulièrement affectés, comme les vaisseaux absorbans lymphatiques paraissent Fêlre d'une manière plus directe dans les ulcères pustuleux , croûteux, gorameux, muqueux, calleux^ nés sous l'influence des dialhèses vénérienne, herpétique , scrophuleuse , ou se montrant sur les tumeurs des éléphant iasis, ulcères non-seulement chroniques et souvent interminables.^ mais présentant en outre, pour l'ordinaire, unç surface vicieusement absorbante qui détache et résorbe les molécules solide^ de U partie malade , corrode et rouge les tissus en même temps qu'elle renvoie les funesles^^ produits du travail morbifîquè local vers les sources de la nutrition et de la vie.
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5 VIII. Rapprochement des phénomènes in-* flammaloires cutanés , et des phénomènes de même nature qui se fixent sur les autres corps membraneux*
Au restç , si la nature expose à nos regards ^ dans les plaies et les ulcères , les phénoraènea que recouvrent et voilent Tëpiderme et les parties superficielles des tégumens dans les tumeurs ërysipélaleusesetphlegmoneuses^ on peut dire avec autant de vérité qu'elle nous manifeste également y dans cette circonstance ^ ce qui se passe sur les autres organes membraneux y et particulièrement sur les surfaces muqueuses et séreuses^ durant le cours de leurs inflammations. Le derme qu'on irrite , et qu^on fait suppurer à l'aide des épispastiques ^ n a-t-il pas^ en effet^, la plus grande analogie avec les membranes muqueuses en état de catarrhe ? La pellicule cellulaire qui revêt les bourgeons charnus ne se rapprpche-t-elle pas essentiellement deSrmem-^ branes séreuses enfianimées? Les phénomènes vasculaires ne sont-ils pas les mêmes ^ dans les deux cas, sur les unes et sur les autres de ces parties ? Le premier effet de l'irritation n'est-il pas , sur ces membranes y comme sur la peau , l'afflux plus considérable du sang et des bu-
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meurs y la suspeasion momeLitanëe de toute exhalation y de toute sécréliou et de toute al>sorption ? la partie malade ne rougit^elle pas à Toccasion du passage du sang dans des vaisseaux qui n'en contenaient pas un instant avant, on qui n*en renTermaient qu'une quantité beaucoup moindre? Dès que Tirritation commence à perdre de son intensité y Texsudalion ou la sécrétion de ces membranes , d*abord suspendue , ne se rétablit-elle pas y comme celle çle la peau dans rérjsipèle, co'^nime celle du tissu cellulaire dans l'inflammation pfalegmoneuse ? Ne présente-t'elle pas le même genre d'altération que nous avons remarquée dans les produits vasculaires cutanés? Ne ressemble- t-elle pas d'abord aux sérosités érysipélateuses, et bientôt après aux matières puriformes du vésicatoire et du phlegmon ? Si les ulcérations cutanées se recouvrent d'exsudations albuminiformes , susceptibles de s'organiser en cicatrices y les membranes muqueuses et les membranes séreuses n'ont-elles pas aussi leurs fausses membranes produites en vertu des mêmes lois et par l'ac- *' tion du mêmie genre de vaisseaux ? Il faut eu convenir ; si quelques diâerences se font apercevoir entre les affections inflammatoires de tontes ces parties , ces diflerences tiennent plus ^ à la diversité de structure primitivement établie
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dans chacun de ces tissus qu'à la diversité de nature des vaisseaux qui les composent. C'est parce que les membranes muqueuses et le& membranes séreuses sont beaucoup moins épaisses que la peau , qu'on ne voit presque jamais les fluides s'y accumuler en tumeurs circonscrites, comme dans celte dernitre; c'est parce que le tissu cellulaire qui pénètre et soutient le churion muqueux est beaucoup moins abon* dant y beaucoup moins expansible que celui du chorion dermoïde , qu'on ne voit presque jamais le premier de ces organes être le siège d'engorgemens semblables aux engorgeraeos phlegmoneux. C'est par les mêmes raisons encore qu'on voit rarement Tinflammatioa se terminer en formant dans l'épaisseur de ces membranes des collections du produit de Tirrilatioa inflammatoire , et que ce produit , déposé à la surface, se confond toujours pour nous avec celui de la sécrétion ou de l'exhalation cutanée, laquelle Tenlraîne et lui donne , en s'y mêlant, une foule d'apparences diverses , comme on peut en juger par les mucosités jaunâtres , verdâtres , brunâtres , visqueuses de3 narines , des bronches, dés poumons, des voies intestinales^ de la vessie , de l'urètre , ainsi que par les sérosités grisâtres , lactescentes , floconneuses , rous-^ sâtres , ichoreuses du péritoine , de la plèvre ,
du péricarde; humeurç qui s'écoulent eu abondance au dehors y ou forment des épanchemens plus ou moins considérables dans les principales cavités, selon la disposition des parties affectées et les fonctions qui leur sont dévolues.
Sans doute y les points d'analogie que nous venons de remarquer ne sont applicables qu'à la circonstance où l'irritation est spécialement fixée sur les vaisseaux absorbans artériels^ seuls vaisseaux de l'économie animale qui s'injectent y dans l'inflammation, d'un sang rouge et vermeil; seuls vaisseaux d : l'économie animale dont le travail morbifique ait pour résultat la production de la matière puriforme. Mais on n'ignore pas que la pratique offre des exemples dans lesquels ces vaisseaux, frappés d'une sorte d'inertie, semblent ici , comme sur les téguraens , abandonner presque toute Faction inflammatoire à leurs antagonistes , les vaisseaux absorbans veineux, et que cette disposition fait naître des phlogoses violettes , noirâtres et gangreneuses , qui exfolient et dénudent les membranes muqueuses dans une étendue, tantôt limitée, tantôt plus ou moins considérable, ainsi que des espèces de sidérations qui frappent dé mort certains points des membranes séreuses durant le cours des maladies adynamiques et pestilentielles. On n'i«gnore pas davantage qu'il se forme parfois , sur
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quelques portions des membranes moqueuses^ telles que le cardia , le pj'Iore y le col de la matrice , etc. , des épaississemens chroniques et lardacés qu'on ne peut se défendre de rega^ der comme le produit de l'irritation inflammatoire des vaisseaux absorbans lymphatiques, de même qu'il n'est pas rare de rencontrer, dans les autopsies , les membranes séreuses transformées en un tissu blanc, quelquefois simplement iardacé , d'autres fois entremêlé de petits noyaux osseux ou tuberculeux , indices qui laissent pea d'incertitude sur le siège spécial de l'inflammation dans ces dernières circonstances.
Quoiqu'il soit vrai dédire que Tinflammation peut siéger isolément ^ tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre des trois branches principales du système absorbant qui font partie de la texture de ces corps membraneux , tout aussi-bien que du corps dermoïde, il n'est pas moins exact de reconnaître que la proportion dans laquelle ces vaisseaux s'y trouvent distribués peut influer sur les particularités qui distinguent les inflammations de ces parties, en déterminant l'affiection plus fréquente de Tune de ces branches plutôt que de l'autre, ou certaines complications de mouvemenis vasculaires, de préférence à d'autres. Cette réflexion porte surtout sur les membranes muqueuses, d une organisation pluscom-
DïS MALAniES. 535
pliquée que les séreuses y lesquelles ne sont y à proprement parler y que de vastes toiles cellulaires. On voit rarement les phlegmasies des organes muqueux déployer le même caractère de simplicité que celles de la peau* Si quelques observateurs parlent de plaques érysipélateuses se promenant sur les réseaux muqueux y on ne peut douter que le plus fréquemment les causes irritantes ne produisent sur ces organes ce que Ton a coutume de désigner sous le nom de catan'hes, sorte d'affections composées de Firritation et de Tinjection sanguine des réseaux su« perficiels y de Firritation des follicules et des glandules disséminées à la surface ou dans l'épaisseur de ces membranes , en même temps que de l'afflux des humeurs lymphatiques vers ces petits organes sécréteurs, d'où résulte l'écoulement abondant et de nature variée qu^on voit toujours accompagner et caractériser ces phlegmasies. L'irritation ainsi fixée d'une ma* nière simultanée sur les vaisseaux absorbans artériels y et sur les vaisseaux absorbans lymphatiques y non-seulenfient donne lieu à des phénomènes locaux qui se distinguent par une physionomie pit)pre y mais imprime encore aux phénomènes généraux qu'elle détermine des caractères spéciaux parfaitement saisis par les observateurs , et qui semblent tenir le milieu entre
l'jetat de vigueur et d'acuité des maladies saa« gulnes y et rëlal de langueur et de chrooicité des maladies lymphatiques.
La différence que nous venons de remarquer entre les inflammations muqueuses et les inflammations dermo'ides n'est pas la seule qu'établisse la disposition variée des parties^ quoique , au fond^ les phénomènes aient toujours leur siège dans le même système de vaisseaux. L,oin que ces membranes présentent une surface uniforme dans toute leur étendue , elles reçoivent , au contraire , dans chaque région qu'elles traversent, des modifications telles que certains anatomîstes modernes sdnt tentés de les regarder plutôt comme une suite de parties distinctes et contîguè's , que comme un vaste ensemble lié dans tous ses points y ainsi que parait 1 être le tissu cutané. Les muqueuses pectorales et supérieures^ par exemple, sont fournies d'une proportion beaucoup plus grande de vaisseaux absorbans artériels que les muqueuses abdomi'nales et inférieures, lesquelles reçoivent , au contraire , dans leur texture, beaucoup plus de vaisseaux absorbans veineux. 11 est fucile d'expliquer , d'après une telle disposition , pourquoi Taspect , les phénomènes , la marche et la* terminaison des inflammations qui se fixent sur ces différentes parties , sont aussi fréquemment
dissemblables ; pourquoi les phlegmasies des membranes supérieures vivement colorées en jrouge y affec^tent une marche plus aiguë que celles des inférieures ^ et déterminent une aboadante exhalation de matière puriforme qui se mêle aux mucosités que rejettent ces membranes > tandis que les phlegmasies des muqueuses inférieures^ plus lentes, plus obscures^ d*une teinte plus sombre, donnent presque toujours lieu à des produits morbifîques bru- « nâlres > noirâtres et quelquefois sanguinolens ^ dans lesquels la matière puriforme ne se trouve jamais mêlée, ou se rencontre en si petite quan*^ tité qu'on ne peut l'y apercevoir. C'est en ' considérant une telle disposition qu on explique pourquoi les phlegmasies des muqueuses Supé^ rieures, lorsqu'elles sont assez intenses pour déterminer un ébranlement pyrexique, susci"» tent des mouvemens qui se rapprochent de ceux de la fièvre inflammatoire que nous avons vu siéger dans les réseaux de vaisseaux absorbans artériels du tissu cellulaire général et sous-cui* lané , tandis que les phlegmasies des muqueuses inférieures, poussées au même degré de vio-» lence, entraînent plutôt des mouvemens fébriles qui prennent le caractère des affections adynamiques , dont le siège nous a paru se concentrer dans les réseaux des vaisseaux absorbans vei^
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neux da tissu cellulaire y et surtout du tissu cel-^ lulaire abdominal. Ajoutons encore qu indé-* pendamment des deux principales divisions que semble autoriser dans les membranes muqueuses la différente proportion dans laquelle s'y distri-' buent ces vaisseaux , on y trouve un grand nombre de points qui servent d'aboutissans ou d'origine à de petits systèmes absorbans dont les propriétés vitales ^ adaptées aux fonctions diverses des organes que tapissent ces membranes^ doivent nuancer infiniment les phlegmasie» qui peuvent y survenir, ce qu'on ne remarque dans aucune partie des tégumens. Mais quelle que soit la variété des résultats obtenus par la nature à l'aide des différentes proportions dans lesquelles se trouvent mêlées et distribuées les trois principales branches du système absorbant , à faide des modifications variées de sensibilité qu'elle leur imprime ^ on ne peut se dissimuler qu'en dernière analyse^ l'action physiologique, ainsi que l'action morbide, n'a réellement d'autre base , soit sur la peau , soit sur les autres membranes ^ que les propriétés absorbantes dont se trouvent doués ces vaisseaux , propriétés électives et spécifiques tant que dure l'état de santé , mais que l'irritation altère d'une manière tellement uniforme , que ces vaisseaux s'emparent alors avec avidité ; et s'injectent sans choix des
)btiineurs avec lesquelles leurs orifices se trou-^ vent en couiact^ Aussi les caractères par le&>quels les médecins distinguent l^inflammation de chacun de ces organes tiennent beaucoup plus à la différente structure qui leur est dé->partie , qu'à la nature intime des mouvement vasculaires y d'où dérive ce mode d'affection dans les uns et dans les autres^
Nous venons de voir ^ en effet, qu'il règne la {Jus parfaite uniformité dans les mouvemens inflammatoires des corps membraneux déjà soumis à notre examen. Si chacun d'eux, en vertu d'une disposition primordiale , présente un arrangement particulier des parties vasculaires qui en composent la texture intime ; si chacun d'eux présente un mélange différemment proportionné de vaisseaux absorbans artériels ^ de vaisseaux absorbans veineux et de vaisseaux absorbans lymphatiques ; si les fonctions de chacun de ces organes , d'accord avec les parti* cularités de leur structure y dispose l'une ou l'autre de ces branches vasculaires absorbantes à recevoir plus facilement que les autres Tim-^ pression des causes irritantes , il n'est pas moins certain qu'une foule de circonstances indivi"^ duelles ou accidentelles peuvent indifféremment établir l'irritation inflammatoire sur tous ced vaisseaux y quelle que soit d'ailleurs la différence
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du ii^su dont ik foot partie. C'est ainsi que sur la peau y sur les membranes muqueuses supérieures y Sur le tissu cellulaire sous-cutané y sur les membranes séreuses qui reçoivent une quantité prépondérante de vaisseaux absorbans artériels ou exhalans y les inflammations y quoique le plus souvent produites par Tirritation de ces vaisseaux^ s'injectant du sang qui coule dans les mi'ièresy peuvent néanmoins siéger quelquefois, quoique plus rarement y sur les vaisseaux absorbans veineux y lesquels se remplissent alors de s^ng noir; peuvent d^autvesfois se fixer sur les i^aisseaux absorbans lymphatiques y lesquels pompent dans ce cas et dévient les sucs déjà dirtgé^ \^rs le canal tboracique. C'est ainsi que 9ur les «meiïibranes abdominales dans lesquelles prédominent les vaisseaux absorbans veineux , les inflaramalions ordinairement produites par l'irritatior^ de ces vaisseaux peuvent néanmoins abaudonher leur teiuië violacée pour la couleur yiye qiiéi détermiue irirritation. des vaisseaux absorbais artériels 9 ou pour la teinte jaunâtre et tàrdacée qui résulte de Tirritation des vaisseaux absorbaos lymphatiques; et si nous pouissiôns nos recherches, jusqu'aux membranes ilbiieuses y nous verrions également que sur ces membranes, en grande partie formées de vais* seaux absorbans lymphatiques , les phénomènes
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ioflammatoires^ quoique le plus souvent bornes à cette portion du système absorbant , quoique ne produisant , pour l'ordinaire , dans le rhu-* matisme ^ que la déviation et l'épanchement de sucs albuminoso-gëlatineux , quoique ne produisant dans la goutte que répanchement d'hu* meurs de même nature , mêlées à des particules terreuses et calcaires , sans aberration du fluide sanguin, peuvent néanmoins , dans quelques circonstances très-rares^ se fixer sur les vaisseaux absorbans artériels y ou même sur les vaisseaux absorbans veineux , comme Tindi^ quent dans ces circonstances et la teinte rouge différenKnent nuancée qui se répand sur les parties affectées y et la différence des produits que détermine Tinflammation , et la différence tout aussi marquée des accidens qui raccompagnent. Il n'est pas , au reste y de tissu mem-^ brâneux dans le corps humain qui ne puisse présenter ces trois modes d'inflammation, parce qu il n'en est probablement pas qui puisse en-^ tièrement se passer de Tune et de l'autre des trois fractions du système absorbant , siège constant de ces phénomènes. L'analomie patho-* logique en reconnaît même des traces jusque sur les tubes artériels et veineux ^ dont la sensibilité a été le sujet d'une si grande fluctuation dans les opinions des physiologistes et des médecins.
On sait aujourd'hui que y quelles que soient les variétés de structure qui distinguent le» parois artérielles des autres membranes^ queU que isolées que soient ces parties des influences extérieures y il est pourtant des circonstances capables de déterminer dans la texture déliée dont elles se composent des phénomènes tout-'àfait semblables à ceux que nous avons vu Fin-* flammation développer dans les autres corp^ membraneux. Les mouvemens inflammatoires qui s'établissent d'ordinaire sur les parois des artères y produisent une rougeur bien moins légère et superficielle, que très-^vive, très-foncée, très-profonde , rougeur tantôt accompagnée d'une exhalation de matière puriforme , sans doute balayée par le courant sanguin , à mesure qu elle se produit à la surface , oii rarement il est possible d'en apercevoir des vestiges après la mort, mais retenue dans les cellulosités intérieures où nous la trouvons arrêtée et , pour ainsi dire, combinée avec le tissu très-épaissi de ces organes , tantôt accompagnée de l'exhalation d'une lymphe coagulabie et adhésive , absolument semblable , et par ses qualités et par ses effets, à l'exsudation qui sert de base aux dusses membranes , aux brides cellulaires , aux cicatrices des tissus muqueux , séreux et der-> ^oiide^ Nulle part y même ^^ ce modq inflam«
luatoîre n'est plus frappant, n'est plus simple , n'est plus exempt de complication. C'est ce procédé de la nature qui est ici plus directement y plus évidemment ^ que partout ailleurs , le premier agent réparateur*; c'est cet épauchement lymphatique qui réunit lesextrémi-* lés du vaisseau divisé , et qui , s'éteodant à sa membrane interne , devient la base de l'adbé^rence finale. C'est au moyen de cet épanchement que les parois des artères piquées se referment et se réunissent ; c'est à 1 aide de co procédé qu'une artère irritée par la compression se pemplit , s'oblitère , et peut se convertir avec le temps en un cylindre plein y celluloso-fi-» breux (i). Mais tandis que ces parties a£fectent une si grande tendance à l'inflammation adhé-» sive y nous devons avouer qu'elles se trouvent si rarement exposées à Tinflammation gangreneuse y qu'à peine en pourrait-on découvrir ua exemple dans les recueils d'anatomie pathoIo-«> gique. Cela ne tiendrait-il pas à ce que les artères, destinées à de continuels rapports avec U sang rouge , possèdent dans leur organisation capillaire une très-grande proportion de vais-^ seaux absorbans artériels y peddant que les vais<^
(i) Traité des Maladies dçs artères et des veines pair Hogd«on ^ t, i.
6eaux>absorbans veineuiç y sont , au contraire, trèf-^rares? Telle est, du moins, Tinduction naturelle qui résulte du point d'observation que nous venons de rappeler. Mais, quoi qu'on doive penser de cette exceptior> à la loi générale , tout jours est-il certain qu elle ne porte que sur les vaisseaux absorbans veineux , et non sur les vaisseaux absorbans lymphatiques contenus en assez grande quantité dans les artères , comme le prouvent les altérations qu'on rencontre si souvent dans le tissu de ces vaisseaux, altérations sourdement établies^ lentement développées , dans lesquelles les capillaires sont injectés de sucs grisâtres, jaunâtres et osseux; altérations qui nous indiquent suffisamment, par leur mar-^ che et par leur nature, que les mouvemens yasculaires qui leur ont donné naissance ont eu lieu dans la seule portion du système absorbant exclue par sa position de tout rapport direct ^vec l'une ou l'autre espèce de fluide sanguin,
D'autre part, on n'ignore pas que la même lumière [qui vient d'éclairer les modernes sur les altérations inflammatoires des artères s'est également répandue sur celles des veines. L'ar» natomie pathologique a singulièrement multiplié de nos jours les exemples de ces dernières fiffections , beaucoup plus fréquentes qu'on ne «e l'était figuré d'^bpfd, Oa a pu reconnaître^
DBS MALADIES. 54^
à Taide des autopsies cadavériques plus soigneu* sèment exécutées y non-seulement la présence de ces lésions sur ces organes y mais encore les caractères qui les distinguent des lésions de même nature fixées sur les artères ; on a pu re- "connailre leur moindre tendance à la terminaison adhésive , leur marche^ en général y plun lente y leur facilité plus grande à devenir gangreneuses , facilité relative , toutefois , et qui kie parait telle que par comparaison à Finapti» tude des artères pour une semblable termi^ naison. 11 arrive , en effet, de rencontrer dans ies parties frappées de gangrène les tuniques des veines devenues noires et se déchirant facilement, en même temps que ces vaisseaux con* tiennent de la sanie (i), ce qui parait n'avoir jamais été remarqué sur les parois artérielles ^ d'après le témoignage de M. Hogdson. Ne semble- 1- il pas naturel d'attribuer de telles iiuances de vitalité développées dans les in(lam-> mations de ces deux ordres de vaisseaux , à ce ique y tandis que les premiers reçoivent, dans leur texture intime, une proportion plus grande
(i) Voyez le Mémoire déjà cité de M. Ribes , Mém^ <fe la Société médic, d'ÈmuL , t. yiii. Voyez aussi les notes dont M. Breschet a enrichi sa Iraduclion dç l'ou» vrage 4e Hogdsqn,
de capillaires absorbans arlëriels , les seconds ea contiennent un plus grand nombre d'absorbans veineux ? Mais celte proportioi^ n'est pas telle qu on ne puisse voir assez fréquemment les veines exposées à l'inflammation aiguë y dont le siège se trouve dans les vaisseaux absorbans artériels, à l'inflammation qui colore les surfaces d'un rouge vif, et donne pour produit la matière puriforme ; et si Ton ajoute que ces vais*- ^eaux peuvent aussi se convertir en un tissu épais, gris , blanchâtre et fibreux ,* dont le développement se fait d'une manière insensible et lente, ne trouvera-t-on pas dans ces etii^>ositions une nouvelle preuve que ces parties membraneuses sont , comme celles que nous venons de passer en revue , susceptibles de devenir le siège des trois modes d'inflammation qui dépendent de l'irritation fixée tantôt sur l'une , tantôt sur l'autre des trois principales branches du système absorbant., en rapport soit avec le sang rouge^ soit avec le sang noir, soit enfin avec les humeurs lymphatiques? Au reste, nous ne craignons pas de le répéter^ il n'est pas de tissu membraneux dans l'économie animale qui ne puisse offrir ces trois modes inflammatoires, puisqu'on en pourrait même retrouver les caractères sur le périoste dans un certain nombre de circonstances.
S IX. De V Inflammation dans les vais^ seaux absorbans artériels du parenchyme pulmonaire.
Si telle est la nature spéciale et le siège cons* tant des phénomènes inflammatoires dans le» membranes^ on ne doit pas s'attendre à leur trouver une nature et un siège différens dans les parenchymes composés des mêmes élémens organiques. Il n'est besoin , pour s'assurer de l'entière analogie de ces sortes de phénomènes dans ces difierentes parties , que d'examiner attentivement les inflammations qui se fixent sur les poumons. Ces inflammations pourront devenir le type de toutes les autres de même espèce y comme les pblegmasies cutanées et cellulaires viennent de nous en servir pour les inflammations membraneuses. Aucun organe intérieur ne s'enflamme y en effet , plus souvent et plus facilement que le poumon. Il n'en est aucun de plus exposé aux irritations directes de Textérieur, soit par l'air qui le pénètre sans cesse et qui peut l'irriter au moyen dçs chan« gemens brusques de température^ soit par les substances hétérogènes dont cet air peut être le véhicule et l'introducteur. D'où vient que nulle partie de l'économie anipiale ne peut s'en"gorger avec autant de promptitude ^ ne peut
acquérir un aussi grand volume et un excès de pesanteur aussi considérable en si peu de temps ? Doit-on attribuer cette étonnante rapidité de Tengorgement inflammatoire à ce que ce viscère reçoit à lui seul autant de sang ^ue tout le corps ensemble ? Sans doute que cette raison mérite d*étre prise en considération ; mais est -elle vraiment la seule qu'on puisse trouver de cette singulière disposition ? Les ramifications artérielles et veineuses sont , il est vrai 9 très -divisées et très-multipliées dans le tissu pulmonaire ; mais le témoignage de plusieurs grands anatomistes nous donne la certi* tude que ces deux sortes de vaisseaux s'anaslomosant ensemble , forment un canal continu, dans lequel la circulation n'est jamais interrompue tant que rien ne trouble les battemens réguliers du principal agent circulatoire ; mais ces anatomistes ont observé , sur des êtres vivans y le passage du sang de l'un à l'autre de ces vais* seaux sur l'organe même qui nous occupe. Tout se bornerait donc à la stérile progression du fluide sanguin à travers cet organe, si ces ramifications artérielles et veineuses n'étaient elles-» mêmes plongées dans une masse de cellulosités composées de cloisons diaphanes , dans la texture desquelles entre , comme base principale , uoç maltiiude infinie de vaisseaux absorbans.
DES MALADIES. S/^g
charges ici , comme par-tout ailleurs , de TélaboratioQ qui préside à l'enlretica de la vie. Ces vaisseaux retirent de Tair introduit dans les vésicules pulmonaires certains principes qu'ils TODt mêler au sang pour lui rendre d'éminentes qualités vitales; ces vaisseaux sont ici , comme par-tout ailleurs 9 les iustrumens et le siège de. cette circulation capillaire qui fait mouvoir les fluides y indépendamment de Fimpulsion du oœur j et hors du cercle circulatoire sanguin; ces vaisseaux agissent ici y comme par-tout ailleurs , en vertu du mode de vitalité qui les caractérise, et que les moindres irritations altèrent et dénaturent ; ces vaisseaux s'implantent ici , comme par-tout ailleurs , aux parois artérielles et veineuses , ainsi qu'à toutes les autres surfaces ; en un mot , ces vaisseaux se trouvant ici dans une situation relative tout à-fait semblable à celle que nous avons reconnue dans les autres parties aux vaisseaux du même système , il est naturel de penser que leur irritation doit y produire des phénomènes analogues à ceux qui constituent l'inflammation dans les corps membraneux, phénomènes distingués des précédens par quelques nuances tenant à la texture y à l'organisation y à l'usage des parties y plutôt qu'à la nature spéciale des mobiles vaisseaux qui les produisent.
550 DtT SIEGE ET DE LA «TATURÈ
Aussi y peut-on dire avec assurance c[ue \à péripneumonie n'est qu'un vaste phlegmon dégage des entraves que le chorion cutané met à l'expansion inflammatoire du tissu cellulaire* Dans l'un et l'autre cas, les altérations locales présentent des apparences semblables; dansFun et l'autre cas y le travail morbîfîque a les mêmes résultats ; dans l'un et l'autre cas y les mouvexuens généraux de sympathie se rapprochent par un grand nombre de caractères. Il est vrai que^ dans cette affection profondément située y ii ne nous est plus permis de voir naître et se développer y de suivre de l'œil y en quelque sorte ^ dans leur marche successive, les nouveaux mouvemens vasculaires qui s'établissent. Mais, au défaut des observations auxquelles se refuse la nature vivante , l'anatomie pathologique nous fournit un certain nombre de données propres à justifîer de tels rapprochemens. On ne retrouve plus , en effet , à la suite de la péripneumonie , cet orgaue celluleux, mou, léger, crépitant, grisâtre , dont tous les points sont perméables à l'air durant la santé. Mais les poumons ne sont plus alors qu'une masse pesante, charnue, rouge , compacte , comme celle du foie , du moins dans les parties qui ont été le siège de la maladie. Or, d'après cette disposition , n'est-il pas évident que àe viscère , éminemment absor*
pËS IirALAÎJlES; 55l
bant y se comporte , dans les inflammations , comme le tissu cellulaire sous-cutane' ? N'est-il pas évident que les innombrables lacis de vaisseaux blancs et pellucides qui forment les cloisons de ses cellulositës se sont remplis de sang par l'effet de rinflammation ^ comme ceux qui forment les cloisons cellulaires s'injectent de ce liquide dans le phlegmon ? C'est pour cette raison y sans doute^ qu'il n'est besoin que d'une macération plus ou moins prolongée pour délayer et faire sortir ce sang nouvellement introduit dans ces vascularités absorbantes , et rendre au parenchyme pulmonaire sa légèreté et sa perméabilité naturelles. D'un autre côté, quoiqu'il semble , au premier aspect , qu'il suffirait de^ plonger le scalpel dans cette masse rouge et so-^ lîde pour en faire ruisseler le sang , les incisions qu'on y pratique ne donnent pourtant issue qu'à des humeurs blanchâtres et puriformes que la pression fait surtout couler en assez grande abondance. Peut-on se refuser à reconnaître , dans cette dernière circonstance , un nouveau point d'analogie entre l'inflammation du tissu pulmonaire et celle du tissu cellulaire sons-cutané, puisque dans les deux cas on retrouve le pus exhalé dans des aréoles formées par des cloisons auparavant minces et diaphanes, et maintepant épaisses et colorées en rouge ?
Que si la matière purulente se trouve rare-» ment rassemblée dans de grands foyers à la suite de la péripueumonie^ comme on le voit presque toujours arriver à la suite du phlegmon ^ il esl trop évident que cette légère dissemblance ne peut se rapporter qu'à la structure particulière de la partie y pour qu'il soit possible d'en rien préjuger contre l'identité de nature des vaisseaux mis en action dans les deux cas par l'irritation inflammatoire. Cette matière , épanchée dans les cellulosités pulmonaires y trouve une multitude d'issues naturelles qui la conduisent dans les bronches y d'oii nous la voyons sortir avec les mucosités dès l'instant que le violent état de spasme et de constriction qui marque les premiers temps de l'inflammation y commence à diniiauer. Ces sortes de voies sont si faciles qu'elles ne sont jamais entièrement fermées^ même pendant la durée du premier temps de la maladie , comme le prouve le sang qui vient teindre les crachats à cette époque, et qui arrive d'un certain nombre de ces cellulosités dans lesquelles ce liquide se. trouve épanché par suite des premiers efforts de l'absorption vicieuse qui vient de s établir. On conçoit que y dans un organe construit de la sorte , le pus trouvant uore multitude de points d'écoulement ne doit presque jamais faire effort contre les parois qui le
DES MALADIÏIS. $5$
tenferment^ d'où il résulte que ces cloisons cellulaires conservent leur intégrité y et qu'il ne se produit pas de ces sortes d'excavations dans lesquelles se trouvent rassemblées les collections purulentes y dernier terme des phlegmons or-« dinaires.
Il faut dire aussi que les poumons n'offrant rien , dans leur structure , qui remplaée les liens fibreux dans lesquels le chorion cutané retient et captive le tissu cellulaire ^ la turgescence inflam-^ matoire peut s^ développer sans contrainte. La sensibilité des portions vasculaires enflammées ne s'y trouve pas accrue hors de certaines pro* portions , ne s'y trouve pas exaspérée par les compressions , les tiraillemens , les résistances que doit produire , et que produit , en effet , le chorion dermoïde^ ce qui maintient la dou-* leur locale de l'inflammation péripneumonique dans un degré de modération rarement suivi de la déchirure et de la destruction des tissus. Cette dernière modification organique y ainsi que la précédente, sont les deux principales causes qui font que y dans la plupart des autopsies cadavé^ riques pratiquées à la suite des péripneumonies , les poumons ne se trouvent presque jamais que dans un état phlegmoneux commençant^ connu des médecins sous le nom d! képatisation ; état qui n'eût été qu une altération très - légère s'il II. a5
s'était fixé dans le tissu cellulaire sous-cutané y mais qui devient une affeclion mortelle dans les poumons , d'abord en raison de la facilité et de la rapidité avec lesquelles s'y peut étendre l'engorgement; mais surtout en raison de rexlréme importance des fonctions de ce viscère pour le maintien de la vie générale. C'est encore par Tefifeides mêmes causes que Thépaiisation chro* nique succède trop souvent à cette maladie. La turgescence sanguine peut , en efifel , s'y trouver poussée à un point considérable , sans exciter le degré de douleur nécessaire pour rétablissement et le maintien de la réaction^ qu'on a pu voir ame« ner les. tumeurs cutanées vers la résolution ou la suppuration. La première excitation, produite par la cause irritante , ne s'y trouve soutenue que par la présence du sang dans des vaisseaux qui n'ont pas coutume , à la vérité , d'en contenir ou de s'en trouver aussi long-temps gorgés , mais à la sensibilité desquels l'impression de ce fluide n'est pas tout-à-fait étrangère. On conçoit que^ dans ua tel état de choses, s'il arrive que la cause première soit éloignée, que l'irritation produite par la présence du sang, émoussée par l'habitude , devienne insuffisante pour la continuation du travail résolutif ou suppuratoire , la sensibilité des vaisseaux absorbans retombe alors rapidement au ton naturel , et même
Ï>£S AiALADiESv Sââ
au-dessous ; ces vaisseaux distendus au-delà dé leur élasticité naturelle , privés d'ailleurs de l'utile soutien d'une enveloppe fibreuse semblable au chorîon , hors de la portée des applications chimiques et des moyens mécaniques avec lesquels le chirurgien sait aider leur action ralentie et dissiper les engorgemens cutanés; ces vais* seaux , disons-nous , restent engoués de sang ^ presque sans action ; l'organe, profondément altéré par cette sorte d'întiis-susceptîoh, devient de jour en jour plus impropre aux usages qu'il doit remplir, et la suffocation vient tôt ou tard mettre un terme aux souffrances des malades.
Toutefois, convenons avec franchise qu'une aussi funeste terminaison serait plus rare si le traitement de ces maladies se dirigeait toujours avec la prudence" et laàagacîté que mettent dans leur pratique les médecins dont Texpérience a mûri le jugement. Peut-être ici, comme dans tant d'autres circonstances , devons-^nous accuser l'in-» suffisance des artistes plutôt que cellede la nature» Il est du moins incontestable que si , dans quelques occasions, qu'on pourrait rendre moins fréquentes, la structure particulière du parenchyme pulmonaire favorise l'établissement deces engorgemens chroniques si difficiles à guérir^ celte structure favorise bien plus souvent encore la résolution de la péripneumonie, au moyen d'une
certaine mode'ralîon , d'une certaine régularité dans les mouveraens qui déterminent, en temps utile , l'expulsion du produit morbifique par les voies naturelles destinées aux mucosités. Il est certain , d autre part , qu'une disposition contraire et qui rapprocherait le tissu pulmonaire de celui de l'organe dermoïde tendrait à développer dans l'intérieur des poumons, au sujet de la plus petite cause > des mouvemens inflammatoire^ d'une tellevîolence qu'onles verrait se propager^ comme dans le phlegmon cutané^ jusque sur les parois des artères et des veines, gagner, à cause du voisinage, le cœur lui-même, et faire de toute péripneumonie , quelque légère qu'elle pût être d'abord , une maladie presque inévitablement mortelle. C^est précisément ce qu'on voit arriver lorsque , par Feflfet d'une grande susceptibilité vasculaire, par l'effet d'une irritation forte, prolongée , ou fréquemment renouvelée sur un sujet pléthorique , les accidens inflammatoires ont été poussés à un très-haut degré d'exaltation; \ il se rassemble alors des collections considérables de matière purulente dans dévastes excavations formées aux dépens descellulosilés pulmonaires déchirées et détruites , et l'inflammation s'établit en même temps sur la plèvre, sur les artères et les veines pulmonaires , sur la membrane qui tapisse l'intérieur des cavités du cœur,
el quelquefois même jusque sur les princlpauic troncs de l'aorte , comme le font assez connaître les traces profondes qu on en découvre sur ces parties après la mort (i). N'est-il pas heureux que ces déplorables résultats ne puissent naître que d'un concours de circonstances difficilement réunies^ du moins au degré nécessaire pour surmonter l'obstacle naturel que leur oppose la construction cellulaire y molle y expansive et lâche du parenchyme pulmonaire? N'est-ce pas une sage prévoyance de la nature qu'une telle organisation dans un viscère situé près du cœur et des gros vaisseaux y et toujours en contact avec l'air extérieur , ce qui doit l'exposer sans cesse à de brusques , à de fréquentes irritations ? Mais si ces altérations organiques y mises à découvert par l'exploration des cadavres à la suite des péripneumonies^ nous permettent d'é* tablir l'identité de nature des mouvemcns vasculaires qui s'opèrent dans cette maladie et dans le phlegmon dermoïde , les phénomènes qui manifestent et caractérisent la première de ces inflammations durant la vie nous fournissent aussi de bonnes raisons en faveur de cette iden-
(i) Hogdson , Maladies des Artères et des Veines y 1. 1. Dalbant, Obsery. surVArtêrite ^ dissertât, in-4**^ 1819. Paris.
titë. Sans doute ici nous devons nous attendre à trouver des symptômes uniquement dépendans de la spécialité et de rimporiance de Torgaue malade ; mais à côté de ces symptômes il en est d autres qui tiennent davantage au fond el à l'essence des mouvemens suscités dans la texture intime des parties, et la nature de ces derniers s'accorde parfaitement avec celle des désor^ dres que l'autopsie cadavérique nous découvre* Disons mieux encore ; les symptômes déter-* minés par la lésion des fonctions de Torgane malade sont eux-*m.ênies des indices qui con-« courent à prouver à l'observateur judicieux que la péripneurponie a son siège dans le même ordre de vaisseaux que la tumeur phlegmo-» neuse. Ainsi, Toppression qui vient toutg^-coup gêner la respiration après uu frisson intense et pénétrant, le sentiment d'ardeurqui se développe dans la poitrine , Thaleine chaude et brûlantç qui s'en exhale, la douleur fixe, pongitive et profonde qui s'y fait sentir , la toux fréquente , d'abord sèche et bientôt suivie d'une expectoration sanguinolente, tous ces symptômes ,^ quoique présentant des nuances relatives à la structure particulière et aux usagesd^ l'organepulmonaîre, n'indiquent-ils pas que l'afflux sanguin, se fait ici , comme par- tout ailleurs , en vertu de l'action spéciale de ces vaisseaux irritables el ma-»
biles^ chargés des raouvemens irréguliers qui s'opèrent en dehors du cercle circulatoire saoguin ? N'est-ce pas à la subite exaltation des propriétés vitales de ces vaisseaux que Ton doit attribuer l'absorption excessive et déréglée qui engoue les poumons et les rend impropres à l'acte de la respiration, soit dans quelques-unes de leurs parties y soii dans leur ensemble? N'est-ce pas à la même cause que se rapporte le grand dégagement de ^calorique manifesté par le sentiment d'ardeur et l'haleine brûlante ? L'expuition sanguine ne prouve-t^elle pas également qu'ici^ comme dans le phlegmon , le sang peut être exhalé sur les surfaces et dans les cavités àréolaires, par l'effet de rimpétuosîté des premiers mouvement fluxionnaires ? En un mot , n'est-il pas évident ^ d'après ces symptômes, rapprochés des altérations qui subsistent encore dans la partie après la mort , que si les poumons étaient situés à l'extérieur comme la peau , nous poiiirrions facilement nous convaincre , par la vue et' par le toucher, de l'exacte parité d'effets locaux produits par les mouvemens intestine d^'qùels dérivent l'une et l'autre de ces affectiops^?
On est encore frappé de la lùème aflàtogîe lorsqu'on porte ses regards sur les accidens généraux et sympathiques déterminés par ta 'péripneumonie. Un frisson intense sâisk toutes Les
B6o DU SIEGE ET DE LA NATURE
parties; une chaleur tantôt brûlante , tantôt halilueuse ^ se répand à la périphérie ; la peau^^ surtout vers les parties supérieures , se calore vivement en rouge; les muqueuses des yeux> .des lèvres ^ de la bouché et de l'arrière-bouche s'injectent profondément d'un sang vermeil ; le pouls est fort j fréquent et développé;: l'urine est rouge, claire , peu abondante; on retrouve, en un mot , dans la fièvre née sous Tinfluence de cette affectbn locale , tous les caractères'qui sont le propre de la fièvre inflammatoire , comr pagne ordinaire des tumeurs phlegmoneuses ; de la. fièvre inflammatoire que nous avons va dépendre de Tirritalion générale de la portion du système absorbant le plus immédiatement en rapport avec les vaisseaux et le sang artériels; de la fièvre inflammatoire à laquelle des auteurs reçpmmandables ont trouvé de si frappantes analogies avec la péripneumonie elle -^ même. Tout ,^ en efiei , se trouve conforme dans ces .deuX| afieçtipt^ ^ à cela près de Téleadue et de l'inteij^.ité de Tirrilatioa. Dans l'une et l'autre ,, le sang artj^riel s'introduii en plus oui moins grande, quainti té dans des vaisseaux qui n'avaient pasiç9u^tume d'en coutienir; dansl'uci^ et l'autre,, la r^dftipn dft. jcgç^r est très- vive ; dûn3 l'une et .l'aui(re>ij|^ prpduit :de J'action morbifique est \i?Qt-§-X*it; CKmfar^^ l'une et l'autre ]^
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enfia, les vaisseaux absorbans peuvent être modifiés de telle sorte j qu'au lieu d'exécuter le travail qui doit fournir la matière purulente, ces vaisseaux exhalent le liquide sanguin sans l'ai-* térer, et de là viennent ces funestes terminaisons de la péripneumonie y par de brusques héraorrhagies y lesquelles rappellent les exhalations de même nature qui s'établissent parfois sur toute retendue de l'organe cutané dans la fièvre^ inflamfnatoire.
Soit donc que l'on considère les altérations organiques trouvées dans les poumons à la suite despéripneumonies mortelles, soit que Ton considère les symptômes par lesquels cette affection locale se manifeste , soit que Ton considère les phénomènes généraux qu'elle détermine, on retrouve toujours des raisons de se convaincre de l'identité de nature des raouvemens vasculaires qui s'établissent dans l'intime profondeur des parties ', aussi bien dans la péripneumonie que dans le phlegmon , et même que dans la fièvre inflammatoire. La seule différence notable qui distingue ces affections consiste uniquement en ce que , dans la pre* mière , le mal a son siège dans les poumons , taMiis que, dans les deux dernières , il séjourne dans le tissu cellulaire dermoïde ou général; consiste encore en ce que , dans les deux pre-
36a DU SIEGE ET DE LA NATURE
mières , rirrilalioa se fixe sur un seul point avec plus ou moins de violence^ tandis que, dans la dernière , celte irritation, plus légère, est en même temps plus expansible , s'étend sur une beaucoup plus grande surface , ou plutôt en* vahit tout Fensemble du tissu cellulaire.
Quoiqu'il nous paraisse superflu de multiplier les preuves de cette vérité , nous ne pouvons nous défendre d'en produire une nouvelle, tirée de l'inspection du sang fourni par les saignées. On n'a sans doute pas oublié tout ce que DQU$ avons rapporté touchant les particularités que présente ce liquide d^ns la fièvre inflammatoire. On n'ignore pas également qu'on y remarque des apparences tout-à-fait semblables durat>t les phlegmons d'une grande intensité. Voyons maintenant quel est l'état de ce liquide pendant le cours d'une péiîpneumoiiie.
Si Ton saigne dans le début de la maladie , le sang paraît écumeux , et rien ne prouve^ qu'il ait encorç subi d'àuUre changement. Si l'on réitère cette opéralioA;^ comme cela dévient presque toujours nécessaire, lé sang, à peiné tombé dans le vase , prend une teinte sî diffé^ rente de celle qui lui est natt^relle , que J'en ne peut dk>uter qu'il n'ait subi do profondes altération$ par le mélange accidentel d'une matière étrangère assez abondante pour en masquer la
couleur propre* Nous avons plusieurs fois été frappés de l'aspect , noa-seulement verdâlre , mais même vert foncé ^ que nous offrait y quelques he^res après la saignée , le sang de cer-taias péripaeumoniques ^ d'ailleurs très-vigoureux et trèa-bien constitués. Quel(|a attention que nous ayons pu mettre à considérer ce liquide dans ces circonstances , il ne nous a pas été. possible d'y découvrir un atome de particule colorante roqgç , et pourtant ce même sang , CQ^^servé douze heures dans un lieu frais , s'est trouvé trèsrexactement séparé en deux parties distinctes : \ine couenne purulente^ épaisse , danse ^ jaunâtre , et un petit caillot rouge sous«jacenl, formant au plus le tiers du volume total. Ce sang était encore, vingt-quatre heures après, en gâteau splide 9 sans la moindre sérosité. Quoique nous ayons été plusieurs fois le témoin de cette profonde altération , jamais nous ne l'avons trouvée si remarquable que chez un malade logé dans la maison que nous habitons. M. le professeur Halle, que nous avions fait appeler en consultation, fut lui-même surpris de ce haut degré de décomposition , malgré sa longue expérience et les occasions fréquentes qui ne lui manquent pas de répéter ces sortes d'observations. Au reste , en cela comme en bien d'autres choses p chaque malade présente
jdes varîëlés qui lui sont propres , et qu il tient de son tempérament ou de son genre de vie. Mais ce phénomène^ bien que tantôt plus^ tantôt moins prononcé, ne s'en présente pas moins constamment en pareille occurrence si la maladie marche régulièrement^ parce qu'il est le résultat des lois de l'organisation.
Faut-il répéter ici les raisons qui nous induisent à croire que la principale de ces lois faites pour amener de tels résultats est cette faculté d'absorption dont se trouvent spécialement pourvus certains vaisseaux dans l'économie animale? Il est plus simple de renvoyer à xe que nous avons déjà dit sur ce sujet en traitant de la fièvre inflammatoire. Toutefois , le sang des péripneumoniques est si loin de ressembler à tout autre , qu'il mérite de fixer notre attention d'une manière particulière. Pourquoi le sang* tiré dans le début des péripneumonies est-il écumeux , tandis que celui qu'on tire dans le commencement des autres maladies aiguës est à-peu-près dans l'étal naturel? Pourquoi le sang extrait de la veine pendant la force des accîdens péripneumoniques esi-il presqu'entièrement converti en matière puruleuteoucouenneuse , tandis que celui des autres maladies aiguës inflammatoires présente toujours un caillot rouge très-considérable , et beaucoup plus con*
sidérable que la couenne qui le recouvre, couenne qui n'est le plus souvent qu'une pellicule grisâtre au travers de laquelle la couleur rouge du coagulum sanguin se laisse facilement apercevoir ? Nous allons voir que la solution de ces deux questions se rattache aux particularités de la structure et des fonctions de l'organe pulmoinaire plutôt qu'à toute autre cause capable de détruire les analogies que nous venons d'établir. En effet, q'est-il pas constant qu'à la suite de l'irritation d'où nait la péripneumonie , le sang est rapidement attiré dans des vaisseaux consacrés un instant avant à la circulation des fluides aériformes , ou tout au moins à la combinaison de ces fluides avec le liquide sanguin ? Or , ce premier écart des propriétés vitales des vaisseaux absorbans cause le mélange sans combinaisoa de l'air répandu dans tous les points de Torgane pulmonaire avec le sang qui vient tout-àcoup afHuer hors des limites qu'il doit parcourir , et ce sang , reporté dans le torrent circulatoire par les vaisseaux absorbans de résorption , pêle-mêle avec l'air dont il vient de s'imprégner, communique à toute la masse sanguine ces qualités spumeuses qui ont frappé les observateurs. N'est-il pas tout aussi constant qu'à l'absorption tumultueuse du sang dans le parenchyme pulmonaire succède un travail d'exhala-
lion propre à soustraire à ce liquide les matériaux de rhumeur purulente, laquelle, produite en très-grande quantité à cause de la multiplicité des surfaces ménagées dans Torgane où siège l'inflammation , s'accumule dans les nom* breuses cellulosités où nous la retrouvons sta«gnaute dans les cadavres ? Or , cette humeur est en partie retenue dans ces cavités aussi long* temps que l'inflammation propagée par continuité sur les membranes muqueuses en resserre et crispe les orifices bronchiques. A cette période de la maladie^ les vaisseaux absorbans de résorption sont les seuls instrumens de dégorgement qui puissent produire l'élimination de cette matière morbifique ; ils la puisent dans ces mêmes cavités où d'abord ils avaient trouvé du sang épanché, la conduisent de là dans les vaisseaux sanguins , et telle est la source de cette abondante matière couenneuse qui remplit les veines à cette époque. Ces vaisseaux en sont encombrés de la sorte , comme l'indique l'état du sang tiré par les saignées, jusqu'au moment où les mouvemens critiques s'établissent , c'està-dire , jusqu'au moment où le calme qui succède à l'irritation permet aux vaisseaux de reprendre leur action naturelle. Alors, d'un coté, les couloirs naturels des humeurs pulmonaires se rouvrant en enlèvent une grande quantité
qu'on voit sortir avec les mucosités; et^ de l'autre côté, les vaisseaux absorbans d'exhala* lion en produisant insensiblement beaucoup moins pour n'en exhaler bientôt plus , il arrive qu on la voit diminuer progressivement dans le sang à mesure qu il en parait davantage dans les crachats y et que Ton se rapproche de la fin de la maladie , terme où s'arrête toute puifî* cation.
§ X. De V Inflammatioîi dans les vaisseaux absorbans veineux du parenchyme pulmo^naire.
Il nous parait superflu d'avertir que les considérations dans lesquelles nous venons d entrer ne s'appliquent réellement qu'à l'état inflammatoire qui a pour principe l'irritation fixée sur les vaisseaux absorbans artériels ou d'exhalation. Mais, dans les poumons comme dans les autres parties, l'irritation peut se trouver placée sur d'autres vaisseaux, et donner naissance à des accidens qui portent le cachet de leur origine, et doivent ajouter un témoignage de plus en faveur des vérités que nous cherchons à faire prévaloir.
D'après ce que nous avons précédemment avancé sur la structure du parenchyme pulmonaire et sur la difficulté que les mouvemens
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péripneumoniquesy soient poussésà rextrênie^ OQ aura de la peine à se persuader que ces mouveraens y puissent devenir jamais assez violens pour épuiser la vitalité des vaisseaux absorbans exhalans ou artériels , exalter la sensibilité de leurs antagonistes , les vaisseaux absorbans de résorption ou veineux y et produire ainsi la gangrène, comme on le voit quelquefois arriver dans le phlegmon. Aussi rien n'est plus rare que cette terminaison de la péri pneumonie : aussi la gangrène , lorsqu'elle envahit les poumons , se présente-t-elle de prime-abord avec tous les funestes caractères des affections du système absorbant veineux. Les forces sont anéanties dès les premiers instans ; le malade tombe dans un état de prostration complète ; l'oppression devient sur-le-champ extrême; le pouls est petit , déprimé et fréquent ; une toux faible, quoique souvent renouvelée , amène des crachats diffluans , d'une couleur verle très-re-» marquable ; l'odeur de ces crachats est fétide et tout-à- fait semblable à celle qu'exhale un membre sphacelé ; bientôt l'expectoration , d'abord assez abondante, se supprime par défaut de forces; les bronches s'engouent, et le râle suffoque les malades (i).
(i) Laennec, de VAuscull* médiate, ùi, part, n, art. 3.
$i l'on veut s'assurer par Fautopsie cadavë- • rique de la nature des altérations locales , que la situation profonde de Forgane affecté dérobait àlobservation pendant la vie y on trouve le tissu puloionaire noirâtre , mou y facile à déchirer ; on trouve ce tissu bi^Earrement nuancé de teintes verdàtres et presque noires , jaunâtres ou d'un brun terreux , blanchâtres et sales y irrégulière* ment mêlées , en même temps qu'une sérosité de couleur sombre et d'une puanteur insuppor« table est épanchée dans les plèvres et dans la cavité peclorale. On rencontre d'autres fois sur quelques points de ce viscère y lorsque la gangrène est partielle y des masses putrilagineuses y desespèces de bourbillons de diverses grosseurs, disséminés çà et là ^ et au tour desquels se remarquent des portions pulmonaires injectées d'ua sang livide , ou bien des excavations formées par ces escarres liquéfiées , et tenant en suspen* sion des fragmens cellulaires encore teints du sang noir dont ils s'étaient pénétrés au comment .cément de cette sorte d'inflammation.
On le voit ; tout annonce ici le sommeil de$ vaisseaux absorbans directemènten rapport avec les artères , de ces vaisseaux absorbans qui na peuvent recevoir la moindre irritation sans atti* rer le sang artériel dans leur intérieur; tout annonce, au contraire, l'ébranlemeat de cette au«- II* a4
SyO DU SIÈGE ET DE LA NATURE
tre branche du système absorbant plus particulièrement liée aux parois veineuses, et dont nous avons déjà vu ^ dans plus d'une circonstance , Firritation se manifester par le passage du sang noir dans ses innombrables ramifications. Ce n'est plus ici , comme dans la péripneumonie légitime , cette exubérance d action el de sensibilité concentrée sur les poumons , ce grand dégagement de calorique , cette coloration rouge et animée du parenchyme pulmonaire, ainsique des surfacesrauqueuses el dermoïdes, cette force et ce développement que la continuité , plus encore qu'une vague sympathie imprime aux pulsations artérielles, ce n'est plus cette sérosité, cette matière purulente ou adhésîve , produits variés de l'élaboration du sang rouge par les vaisseaux absorbans artériels, plus ou moins irrités : ces phénomènes, qui sont le propre d'une nature énergique , manquent dans celte aflfection née d'une disposition toute contraire. La pâleur du visage et de la peau , l'abattement des traits ^ la flaccidité des chairs , la faiblesse des tnouvemens , y démontrent l'atteinte profonde portée à la force vitale des parties vasculaires le plus en rapport avec le sang rouge, tandis que l'aspect noirâtre et violacé de l'organe malade, suite évidente de l'abord plus ou moins rapide du sang veineux dans des vaisseaux capillaires
klancbâlres et pellucides un instant avant ^ tandis que le mode d^action morbifique qui -s'établit y tandis que les produits nouveaux qui en résultent 9 tandis que la prompte et funeste influence que ces produits exercent sur la colisti-* lution 9 témoignent clairement que le mal siège cette fois dans cette autre branche du système absorbant y seule en communication avec le sang noir , et seule chargée de faire refluer dans le torrent circulatoire veineux les substances qui ne doivent plus désormais compter parmi les élémens du fluide nutritif; siège dans cette pot* iion du système absorbant dont les mouvemens sont d'autant plus rapides et violens^ que la portion vasculaire qui doit lui servir de contrepoids se trouve plus afl'aiblie ; siège dans cette portion du système absorbant dont l'action déréglée menace toujours la vie d'un danger plus ou moins prochain , en répandant le sang veineux dans les parties, et en aggravant ainsi la fai« blesse qui déjà les énerve, ce qui n'a de terme naturel que la décomposition et la mort; siège ^ enfin , dans cette portion dusystème absorbant qui , par la nature des foncliohs^qu'elle remplit, verse dans le fluide sanguin les^traestes élémens de corruption qui se préparent et s'accumulent dans le foyer gangreneux, et dissémine •ainsi sur tous le^ points de l'économie animale
5'j2 DU SlicS Xf DE LA ffATURB
la mortelle impression du travail spécial qui s'établit dans la partie primitivement affectée.
Au reste , les profondes altérations que nous venons de remarquer dans les poumons y se ren^ contrent assez souvent à la Suite de la fièvre jaune et de la pesle y horribles contagions y que nous savons porter leur influence^ avec une fatale prédilection y sur les vaisseaux absorbans veineux. Seulement y dans cette circonstance y ces organes ne sont pas seuls empreints des caractères propres à faire reconnaître la lésion de ces vaisseaux ; en même temps que les poumons des victimes de ces maladies regorgent d'un sang noir et sanieux , en même temps qu'ils présentent une couleur livide , ou bien qu'ils paraissent d'un blanc terne entre-coupé de lignes noirâtres y les autres parties offrent des apparences semblables et le même genre d'altération. Les tégumens sont recouverts d'écbymoses violacées y le tissu cellulaire est parsemé d'un lacis de vaisseaux pleins d'un sang noir et liquide y les intestins sont de couleur bru« nàtre; les plèvres, le péritoine , l'épiploon sont également marquetés de plaques violettes (i) ; en un mot y tout indique qu'il n'est pas une
(i) Senac, Traité de la Peste jkh^Trey y Campagne» militaires* ^*
DES MALADIES. SjS
portiou de récoaomie animale qui n'ait éprouvé la même sorte d'ébranlement que le parenchyme pulmonaire* Mais si y dans le premier cas , l'affection se concentre sur un seul viscère, et s'y trouve en quelque sorte limité ^ elle n'en siège pas moins sur le même ordre de vaisseaux^ elle n'en produit pas moins la même espèce de mouvemens ; elle n'en est pas moins suivie de résultats qui se rapprochent par de trisies ana-p iogies. Or y ces mouvemens s'exécutent y dans l'un et l'autre cas^ au moyen de vaisseaux ina-f perçus avant la maladie^ au moyen de vais-^ seaux que l'afflux du sang veineux vient teindre iout-à<»coup d'une couleur sombre ^ ce qui prouve et que ces vaisseaux sont différens des veines uniquement consacrées au fluide sanguin qui les colore plus ou moins , et qu'ils se trouvent dans un rapport direct avec ces dernières* Ces mouvemens s'opèrent de la manière la plus instantanée^ la plus irrégulière et la plus in^ dépendante de l'impulsion du cœur; ce qui prouve encore que les vaisseaux qui les pro-^ duisent font partie du système absorbant y seul système vasculaire capable d'un mode d'actiou de cette nature,
§ XI. De V Inflammation dans les vaisseaux absorbons y lymphatiques du parenchjme pulmonaire.
On sent très-bien qu'une afifection telle que la précédente est toujours préparée par une dispo-'sîlion individuelle tout-a-fait contraire à celle qui détermine la péripneumonie légitime; maiscette disposition particulière n'est pas la seule sur laquelle puissent agir les causes ordinaires des maladies. Il en est une où les vaisseaux absorbans lymphatiques se trouvent avoir un Surcroît plus ou moins grand d'action^ ou du moins dans laquelle la sensibilité de ces vaisseaux est plus susceptible d exaltation que celle des autres fractions du système absorbant. Les sujets ainsi prédisposés ont eu dans leur enfance des engorgemens glandulaires dans différentes parties , surtout au col el^ aux aisselles^ des ophtalmies ou des maladies cutanées rebelles. Ces mêmes sujets , dans un âge plus avancé , se trouvent exposés à des aiFeclionsdu genre de la goutte^ des rhumatismes , des exhalations blanches , et ressentent plus vivement que d'autres l'influence des constitutions atmosphériques^ d'où naissent les épidémies calarrhales.
S'il arrive donc que les secousses réitérées do la toux y que les violens accès d'une coquelucbe^^
D.£^ MAL ADIEd. SyS
que la brusque suppressioa d'exhalations blanches devenues habituelles y que la rétrocession de la goutte , du rhumatisme ou de quelque eflflorescence dartreuse ; que les brusques variations de la température pendant le cours d'une saison froide et humide y viennent porter Tirriiation dans le parenchyme pulmonaire de ces sortes de personnes^ les accidens qui surviennent n'ont plus aucun rapport avec ceux de la péripneumonie y n'en ont plus aucun avec ceux de la gangrène de ces viscères ; tandis que la marche lente et obscure qui les dérobe longtemps à la connaissance du médecin et des malades eux-mêmes y tandis que la nature des humeurs déviées ou extravasées^ ainsi que celles des mouvemens sympathiques produits par cette espèce d'inflammation font assez connaître que l'irritation se trouve placée cette fois sur uu autre genre de vaisseaux absorbans que ceux qui sont en rapport avec les artères y on que ceux • qui sont en rapport avec les veines.
Toutefois ici y comme dans les inflammitions blanches de la peau, le mal peut revêtir d^ls fot'mes assez aiguës et une marche asser rapide sous l'influence de certaines circonstances ca^pables de porter l'exaltation de la sensibilité defr vaisseaux absorbans lymphatiques à son: plus haut période : c*est ce que nous iroyoas trèsr
576 DU SIÉGB ET DE LA KATURS
fréquemment arriver chez les femmes , à la suite des couches, surtout chez celles qui ^ mariées trop jeunes y n'ont pas eneore éprouvé tous les résultats de la révolution qu'amène la puberté^ révolution chargée decontre-balancer l'action des vaisseaux absorbans lymphatiques par celle des vaisseaux absorbans artériels, qui prend de jour en jour plus d'empire à cetteépo* que. Indépendamment de cette première cause^ nous en trouvons encore ici de particulières à Torgane pulmonaire,' puisque l'âge de la puberté est le moment choisi par la nature pour diriger les forces sensitives vers cet organe , en même temps que vers ceux de la génération. Le triple concours de circonstances qui résulte du tem« pérament lymphatique naturel aux jeunes per^sonnes ; de la révolution de l'âge pubère , qui exalte les forces du système absorbant pulmo-^ naire; du travail de la grossesse et de l'enfante-^ ment , qui produit dans les vaisseaux absorbans lymphatiques en particulier le plus haut degré d'é-^ branlement que ces vaisseaux puissent atteindre, favorise donc. ici le développement dans la tex-^ ture des poumons xie phénomènes, dont lessuiles ^oiA plus funestes sans doute , à cause de Pex"» trémls importance de ce viscère , mais dont la îiàture est analogue à celle des phénomènes que nouçavoqs remarqués dans les tégumeos etd^a$
le tissu cellulaire dermoïde ^ à rocçaslou d*uae irritation quelconque appliquée sur les membres peu de temps après l'accouchement.
D'abord ^ les symptômes qui se présentent rappellent ceux que nous avons vu caractériser la péripneumooie. La toux , la douleur pectorale , Toppression indiquent assez que dans cette seconde maladie , comme dans la première, les poumons sont le siège d'un surcroît vicieux de sensibilité et d'un afflux humoral qui les obstrue et gêne leurs fonctions. Mais la fièvre^ qui bientôt accompagne ces accidens^ sujette à deux exacerbations journalières comme les fièvres muqueuses; mais les sueurs et les diarrhées colliquatives , qui ne tardent pas à s'y^ joindre , décèlent le véritable siège de l'irritation, et font pressentir sur quelle espèce de vais^ seaux se rencontreront les désordres après la mort , qui , dans ce cas y arrive à-peu-près dans l'espace d'un mois ou six semaines.
En effet, loin de trouver, à l'ouverture des cadavres , celte pénétration , cette combinaison du sang rouge dans le tissu pulmonaire que nous avons vu constituer l'hépatisation , suite ordi* naire delà péripneumonie légitime; loin draper* cevoir cette teinte sombre et livide qui résulte de la pr^ence du sang veineux dans les inflam« mations gangreneuses, on riencontre, dans ce
dernier cas , les poumons gorges de sucs blanchâtres y tantôt fondus dans la susblance de ce viscère^ de manière à lui donner quelquefois, et dans quelques portions de son étendue, l'aspect et la consistance du cai tilage ou même de la corne , suivant M. Portai (i) ; tantôt rassen:H blés en un seul foyer j sous forme d'une humeur ' épafsse et filandreuse , mêlée d'un pus grisâtre ; tantôt disséminés ça et là , et farcissant les poumons de petites concrétions lymphatiques stéatomateuses ou tuberculaires , distinctes les unes des autres ; tantôt recouvrant la plèvre d'exudations très-épaisses, et parfois celluloso-membra ni formes ; tantôt , enfin , épanchés dans la cavité pectorale, et formant dans les plèvres une collection de matières lactescentes., circonstance qui a fait donner à celte maladie le nom de dépôt laiteux. Et, dans le'même temps que la déviation des sucs lymphatiques manifeste ainsi dans le tissu pulmonaire la vicieuse exaltation qui devait exister , pendant la vie , dans la sen* sibilité et l'action des vaisseaux absorbans capillaires le plus naturellement en rapport avec ces liquides , les engorgemens plus ou moins nombreux , plus ou moins considérables^ qu'on découvre assez souvent chez de tels sujets ,
( i) Traité de la Phthisie pulmonaire^
dans les glandes du col et du mésentère ^ les épanchemens subsistans dans le bas-ventre^ le plas souvent composés de matières lactlformes et caséeuses^ tout-à-fait analogues à celles qu^on a vues dans la poitrine y achèvent de convaincre robservateur^parlespbénomènessympalhiques^ dont ils sont les traces manifestes , que le siège spécial de cette affection , si différente de la peripneumonie légitime et de la gangrène du poumon , est exclusivement concentré dans les vaisseaux absorbans lymphatiques.
Mais, de même que les phlegmasies blanches, des tégumens ne se montrent dans un état aigu prononcé que lorsque des circonstances extraordinaires sont venues exalter outre mesure la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques , de même ces phlegmasies , lorsqu'elles siègent dans les poumons, n'abandonnent la lenteur et l'obscurité de leur marche qu'en de certaines circonstances qui sont loin d'être les plus ordinaires. Le plus souvent , au contraire , les indurations pâles et d'un gris cendré qui se développent dans le tissu pulmonaire ne sont pas la suite d'inflammations aiguës , puisqu'on les trouve sur les cadavres de personnes chez lesquelles aucun des caractères extérieurs de ces sortes de maladies ne s'était manifesté. Cette espèce d'inflammation , nommée latente par
quelques médecins j à cause de robscurité de ses signes , peut sourdement s'établir après de longs ou de violens catarrhes y après le croup y la coqueluche ou de certaines maladies érup« tives y et les altérations locales qu'elle a coutume de produire et de laisser dans les poumons sont aussi considérables , dans ce cas^ qu'elles pour« raient l'être à la suite d'une maladie qui aurait présenté les symptômes de la plus violente in*flammation. Les médecins qui se sont le plus livrés à l'ouverture des cadavres à la suite des maladies , pensent que de telles indurations sont le produit d'une humeur lymphatique , laquelle s'est insensiblement et lentement répandue et condensée dans les poumons en vertu de mouvemens qu'on suppose analogues à ceux des maladies aiguës y quoiqu'ils ne s'exécutent ni avec autant de promptitude y ni avec autant de violence. N'est-ce pas dire, en d'autres termes y que ces mouvemens siègent dans le système des vaisseaux absorbans lymphatiques y puisque nous avons reconnu que ces vaisseaux en produisent constamment de cette nature dans les maladies y et qu'eux seuls sont dévolus à la circulation de ces sortes d'humeurs?
Au reste, ces condensations homogènes et compactes dont nous venons de parler , ne sont pas les seules ni les plus communes altérations
BE8 MALADIES. 38l
que puissent leatement produire daas le tissu pulmonaire les désordres de l'action naturelle aux vaisseaux absorbans lymphatiques et la déviation ou l'épancheraent des humeurs le plus en rapport avec ces vaisseaux. Il en existe de beaucoup plus répandues encore y et qui moissonnent tous les ans un très-grand nombre de victimes. Les poumons ne forment plus dans ces dernières une masse imperméable et solide ; mais plusieurs centres isolés d'action morbide produisant Texhalation d'une matière ou demitransparente et comme cartilagineuse y ou lardacée^ ou caséeuse dans certains points du parenchyme pulmonaire , on voit paraître cà et là dans ce parenchyme , d'ailleurs crépitant et sain dans le reste de son étendue , dès tubercules de diverses grosseurs , tantôt ronds, tantôt ovoïdes y tantôt de forme plus ou moins irrégulière. Le volume de ces tubercules varie depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu'à celle d'un œuf de poule. Il est très-rare de les rencontrer isolés , et quelquefois ils sont excessivement nombreux dans l'organe (i).
Les matières dont se composent ces petites tumeurs y versées dans les aréoles du tiss6 cel-
(i) Bayle , Phthisie pulmonaire ^ Laeunec, Auscuîi» médiate.
lulaire en distendent et irritent parfois les la<« minules y et ces toiles diaphanes s injectent plus ou moins de sang ; aussi les tubercules présentent^ils quelquefois, dans le principe de leur formation , une couleur rouge, tantôt claire , tantôt obscure et foncée , et ces différentes nuances permettant alors d'apercevoir dans leur intérieur les filamens cellulaires dans lesquels ils sont plongés , les font paraître de petits corps organiséso Mais insensiblement ces humeurs lymphatiques et albumineuses se pressant sur elles-mêmes et se condensant de plus en plus, compriment et oblitèrent les parties vasculaires qu'elles enveloppent , d'où il résulte que la couleur blanche gagne insensiblement du centre à la circonférence , et que l'on voit à mesure disparaître les traces de l'organisation.
Les choses arrivées à ce point, l'absence de toute circulation dans les parties envahies , et peut-être aussi une certaine action spécifique dont nous n'avons pas le secret, font tomber ces parties en une sorte de mortification , et les convertissent en putrilage. Le tubercule se ramollit alors, et la substance en étant ainsi liquëfiée , trouve dans les canaux bronchiques une issue naturelle au dehors. Il ne reslepluâà la fin qu'une matière purulente enduisant les parois d'une espèce de kyste formé par une mem-
brane mince , lisse et transparente , évidemment cellulaire , laquelle est elle-même tapissée par nne autre membrane plus épaisse y blanchâtre et tout-à-fait analogue à cette couche couenneuse que l'on observe sur les vieux ulcères. Ces parois^ au reste, comme celles des autreskystes, peuvent être également membraneuses , cartilagineuses et même osseuses. Elles deviennent surtout cartilagineuses après une longue durée delà maladie, et celle élaboration des vaisseaux absorbans lymphatiques d'où peut résulter la formation d'un cartilage épais et solide au milieu du parenchyme pulmonaire^ toute insolite et vicieuse qu'elle est elle-même , parait une ressource ménagée par la nature pour arriver à la guérison par l'adhérence des surfaces exhalantes dont Texislencé est beaucoup plus dangereuse que celle d'un cartilage bien organisé ; c'est du moins ce qui parait avoir été démontré par les intéressantes recherches et les observations d'un auteur moderne (i).
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en considérant
les tubercules un à un et d'une manière isolée
•qu'on peut être frappé du danger qu'entraîne
leur présence dans les poumons. Ces petits
(i) M. LaennèG , dans son ouvrage sur V Auscultation médiate.
584 DU siégf/et de la nature
kisles, comme toutes les autres tumeurs dé même nature y lorsqu'ils sont, peu considérables et en petit nombre ^ ne menacent la vie d*aucua danger; ils ne sont des causes de mort que lors« que 9 par leur nombre ou par leur volume , ils dérangent l'action organique de ce viscère. Mais nous avons déjà vu qu'ils se présentent rarement isolés et peu nombreux ; le plus souvent , au contraire , la modification imprimée à la sensibilité des vaisseaux absorbans lymphatiques par les causes de la maladie ^ en produit à la fois une quantité considérable sous la forme de petits grains demi-transparens , gris, quelque^ fois diaphanes et presque incolores , et les aber^ rations de la sensibilité de ces vaisseaux accumulant lentement , mais de jour en jour y de nouvelles matières^ ces grains grossissent et de<* viennent jaunes et opaques. Les plus voisins se réunissent en se développant y et forment alors des corps assez volumineux d'une densilé corn* parable à celle des fromages les plus fermes. L'ébranlement vasculaire qui a produit les hu-^ meurs lymphatiques d'où résultent ces petites tumeurs y se communique , à cette époque y au tissu pulmonaire environnant resté sain jusque-là , et ce tissu commence à devenir dur , grisâtre tt demi-transparent autour des tubercules^ par suite d'un nouvel épanchement de ces matières
b^S MÀLÀbiÈs; 585
tifùi s^infiltrent et produisent même quelquefois des masses tuberculeuses ou gélatineuses d uu grand volume par suite d'une semblable im^ prégnation.
L'irritation spéciale et la nouvelle action moi^"* bide des vaisseaux absorbans lymphatiques constatée par les phénomènes précédens , et pou-^ vaut même l'être quelquefois par l'altération et l'engorgement des glandes lymphatiques pulmonaires (i) y en faisant pulluler ainsi les tubercules dans ce' viscère 9 en le pénétrant de sucs que ce système vasculaire seul peut produire , dévier et faire mouvoir , se trouvent donc les premières et les principales causes de la gêne apportée dans l'exercice des fonctions de la res-^ piration et de l'hématose par ce genre de mala** dies 5 comme elles le sont des mouvemens sym-^ pathiques ultérieurement produits dans les vais»* seaux de même nature disséminés dans le reste de l'économie animale y accidens trop capables ^ les uns et les autres ^ de consumer les forces des malades, et de les conduire au tombeau par une route longue et douloureuse.
En effet , les traces de l'ébranlement de cet ordre de vaisseaux ne se bornent pas, chez les phthisiques, au seul organe pulmonaire. Il n'est
■•fci
(i) M. Portai, Phihisie pulmonuirc,