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propriétés qui règlent les systèmes vivans, etauxquelles toutes les fonctions sont subordonnées. On ne regardait point encore la sensibilité comme le principe de l’action spécifique de nos organes ; Cullen n’avait point encore entrepris de développer ses vues fécondes sur le système nerveux , source originelle du sentiment , du mouvement et de toutes les variations qu’éprouve le corps humain. Enfin , lesMonro, les Hunter,les Hewsonjes Mascagni n’étaient point encore venus créer par leurs découvertes , et par leurs prodigieux travaux , une branche nouvelle de la science anatomique et physiologique , à peine ébauchée par les Aselli , les Nuck , les Ruisch et les Bartholin.
Mais à mesure que les lois de la sensibilité furent mieux connues , et que l’attention des anatomistes se porta plus particulièrement sur le système lymphatique et absorbant , on apprécia mieux l’importance de ce système, on comprit mieux le rôle qu’il pouvait jouer d ms l’économie animale, en même temps qu’on travailla de tous cotés à recueillir de nouvelles données, propres à répandre un plus grand jour sur les caractères distinctifs , l’origine , la marche, et les fonctions de cet ordre de vaisseaux. La réunion des efforts d’un grand nombre d’anatomistes très -habiles fit sentir de plus en plus que, pour avoir la clef
des phénomènes de la vie, l’essentiel n’était pas de considérer l’origine elle cours du sang , mais bien plutôt d’étudier ce qui concerne les vaisseaux absorbons, dont l’ensemble fut même regardé par Hunter comme 1 animal véritablement agissant à l’aide de ses bouches multipliées, animal dont tout dépend , ou bien auquel tout aboutit dans le corps, puisque, en suivant les dépendances de ce système , on trouve qu’il existe eu définitive peu de chose autre que des absorbons (i). On sentit que non-seulement ces absorbons étaient une partie active dans l’économie animale , mais qu’ils avaient encore beaucoup plus d’importance qu’on ne se l’était imaginé; que souvent ils détruisaient ce que la nutrition avait établi , déplaçaient des organes entiers , séparaient des parties mortes ou malades , en même temps qu’ils étaient comme le moule dans lequel sont jetées les parties qui servent au développement du corps lorsqu’il est dans son accroissement (2). On put alors reconnaître que l’action de ces vaisseaux 11'est pas limitée aux parties les plus fluides du corps, et quelle n’épargne ni la graisse à demi concrète, ni la substance compacte des solides les plus
(1) Hunter , Traité du Sang, t. 111 , p3g. 12*7
(2) Ibid. , pag. 129.
DES M ALADIE S.
durs ; que c’est cette action qui dépouillé le tissu cellulaire et détermine l’amaigrissement , qui détruit en de certaines circonstances tantôt la pulpe nerveuse et cérébrale , tantôt la peau , tantôt les vaisseaux sanguins , tantôt les muscles et les tendons , tantôt les cartilages et les os ; que c’est enfin par cette action qu’une portion considérable d’un os fracturé, une tumeur osseuse d’un gros volume , une excroissance charnue très-élevée, peuvent disparaître spontanément , comme l’observation clinique eu fournit de nombreux exemples.
L'esprit frappé de ces sortes de résultats , les modernes n’ont peut-être pas entièrement saisi la grande variété d’effets produits paries vaisseaux absorbans dans l’économie animale, effets disparates, qu’on peut considérer sous des aspects bien différens , et dans lesquels on peut admettre une grande variété de divisions , suivant l’ingénieuse remarque de Hun ter (i). En continuant d’attribuer aux extrémités artérielles l’exhalation des sucs nourriciers, et le travail delà nutrition, les modernes ne dépouillent-ils pas les vaisseaux absorbans de leur plus belle prérogative , puisqu’ils semblent ne leur reconnaître d’activité que pour la dissolution de nos parties , et
i) Ibid.
pour l'exhalation de quelques substances étrangères? Celte question est d’une telle importance qu'elle mérite d'être soumise à l'examen le plus approfondi de notre part , et avec d autant plus de raison, que c'est le point capital , et comme le pivot autour duquel doivent rouler et se concentrer tous les raisonnemens et toute la doctrine de cet ouvrage. Mais nous ne pouvons nous livrer avec fruit à celte recherche, si nous ne considérons d abord quelles sont les particularités qui distinguent les vaisseaux absorbans des al tères et des veines.
La première des propriétés servant de ligne de démarcation entre le système absorbant et celui de la circulation sanguine est celle qui lui fait choisir et recevoir les humeurs ou les molécules atténuées des solides animaux , d'après des modifications de sensibilité infiniment variées et tou -à-fait inappréciables; c'est cette espèce de succion qui lui est propre et d'où les anatomistes ont tiré le nom sous lequel ils désignent aujourd hui ce système. A la vérité , beaucoup de physiologistes ont pensé , et quelques-uns pensent encore que les veines sanguines partagent la fonction absorbante des vaisseaux lymphatiques, opinion qui leur paraît fondée sur diverses circonstances de structure et sur quelques faits de physiologie et de pathologie.
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Cette façon de penser remonte à l’époque où I on connaissait à peine l’existence des vaisseaux absorbans ; mais les decouvertes du dernier siècle sur ce système de vaisseaux , les belles expériences de Hunter et de ses frères, celles de Cruikshank, de Mascagni, de Desgenettes, etc., ne doivent-elles pas faire croire généralement aujourd hui que les vaisseaux lymphatiques jouissent seuls de la faculté d’absorber ? Toutefois ce point reste encore en litige parmi les savans ; il s’élève encore tous les jours des voix plus ou moins imposantes en faveur de l’absorption veineuse (1). Les argumens qu’elles rapportent pourraient bien prouver, il est vrai , moins encore l’absorption opérée par les veines sanguines que 1 existence d’une division particulière de vaisseaux lymphatiques aboutissant directement aux veines sans l’intermédiaire du canal thoracique. En effet, tout se réduit a démontrer, au moyen des injections, la communication facile qui existe entre les veines et certaines parties que Ton suppose, en conséquence, être essentiellement veineuses , quoiqu’elles soient blanchâtres dans l étal naturel. Tout se réduit à rapporter des faits de pathologie ou
i / oyez 1(' Mémoire déjà cité de M ttibes , dans les '•! >n. lit la Soc. nuJ. d'cmul.) t. vm.
d’anatomie pathologique , lesquels montrent la graisse , le pus , la sanie, la bile mêles au sang veineux dans le voisinage des foyers pürulens , des tumeurs cancéreuses ou de l’organe qui sécrète la bile. Mais le tissu cellulaire, par exemple , qui est une de ces parties que l’on a trouvées plus particulièrement en rapport avec les veines, est évidemment composé de vaisseaux blancs qui ne sont pas plus des veines que des artères ; et si ces vaisseaux communiquent plus facilement avec les unes qu’avec les autres, il ne s'ensuit pas qu’ils ne jouissent d’une nature qui leur soit, propre; la simple continuité ne pouvant établir l’identité de nature entre les vaisseaux , puisque nous avons vu qu’ils formaient tous un canal continu quand la mort avait fait tomber les barrières posées entre eux par la sensibilité. Or, si la graisse , le pus , la sanie qui séjournent dans le tissu cellulaire, composé d’un lacis très-compliqué de ces vaisseaux blancs , reconnus par Mascagni,Cruikshank, Desgenetles, Bicbat pour être de la nature des absorbans , sont aperçus dans les veines non loin du point oii ces fluides restent sfcagnans , 11’est-il pas évident qu'ils doivent y avoir été portés par ces vaisseaux absorbans, ces veines lymphatiques dont le judicieux Senac avait reconnu l’existence et l'usage, loin ’davoirété puisés par les veines, qui n’ont d’em-
DES MALADIFS
pîoi véritablement constaté que celui de continuer le cercle circulatoire sanguin en s’abouchant aux artères ?
Au reste , l’opinion favorable à l’absorption prétendue des veines a été victorieusement combattue en Allemagne. Schreger a multiplié les expériences sans pouvoir trouver la moindre propriété absorbante à ces vaisseaux. L inaptitude des ve nés pour l’absorption lui a paru telle que lors -même qu’il les rendait béantes par une plaie faite dans les parties charnues , il ne parvenait à leur faire prendre rien de ce qu’ii appliquait h leurs orifices , tandis que les vaisseaux absorbans placés dans les mêmes circonstances ne tardaient pas à se remplir (i ). Ondernan, de son coté , avait rapporté des argumens très-importans , qui prouvent que l’absorption est exclusivement réservée aux vaisseaux lymphatiques , en même temps qu’il avait démontré qu’au lieu d’avoir des bouches propres à l’absorption , les veines s’unissent immédiatement aux artères comme Malpighi , et Leuvenhoek l’avaient découvert (2). Peut-on, d’ailleurs,
(1) De Funclione Placentœ u le rince , in-8., 1799» L'.rlang.
(•2) De Venarum prœcipuè mesciraicarum fabricd et aciivne , in-8. , 1794*
penser différemment quand on sait que la diversité d’action dans les parties animales a pour cause la différence de structure, de telle sorte que de cette différence de structure doit naître celle de l’action ? Car il suit de ce principe que les veines ne peuvent remplir les mêmes fonctions que les vaisseaux lymphatiques, puisqu’elles nont pas la même structure que ces vaisseaux. La disposition qui les fait voir entrecoupés de valvules dans certaines de leurs divisions , à-peu-près comme les veines, n’influant en rien sur la texture intime de leurs parois, ne peut infirmer ce principe et le laisse subsister dans toute sa force. 11 est même facile d'observer que la nature a distribué ces valvules en plus ou moins grand nombre, selon le besoin , tantôt dans les veines, tantôt dans les lymphatiques , tantôt même dans certaines parties du canal artériel et du tube alimentaire , sans que leur présence modifie d’aucune manière les propriétés vitales des organes qui les présentent , ou donne l'idée de supposer entre tous ces organes des facultés semblables.
La propriété qui permet aux vaisseaux absorbans d être ou de n ôtre pas en action, suivant les circonstances, et rend la vélocité des fluides* absorbés différente d’un instant à l’autre , est aussi très-digne de remarque. On voit souvent
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ces sortes de vaisseaux avoir leurs orifices plongés , pendant des mois et même des années y dans l’eau d’une ascite sans en prendre néanmoins la plus petite partie ; et tout-à-coup , à l’occasion de quelque stimulant, la pomper en trois jours , comme les exemples n'en sont pas rares. D’un autre côté, Cruikshank a vu, dans quelques-unes de scs expériences , Je chyle parcourir dans les vaisseaux lactés du mésentère un espace de quatre pouces dans une seconde , ce qui fait vingt pieds dans une minute ; d autres fois , il a vu disparaître les fluides circulant dans ces sortes de vaisseaux avec une vélocité presque incroyable (i), quoique, dans l’état ordinaire, ils ne paraissent livrés qu’à des mouvemeus d’une lenteur plus grande que celle qu’on observe de coutume dans la progression du sang.
L irrégularité des mouveraens imprimés aux fluides dans l’intérieur des vaisseaux absorbans les caractérise encore d une manière spéciale. Ces fluides peuvent y prendre toutes les directions possibles et meme la rétrograde , si l’on en croit Laldani (2; et Darwin (3) , qui ont éta-
(1) Anat. des vaiss. obs. , pag. 63.
(2) Rlflessioni sopra alcuni punlidi un nuovo sistema. di ias> assor/jfnlt\ pag. 58.
(3) Zoonomic, et Annales de la Littérature médicale étrangère , 1. 1, pag. 219 et 323.
bli ce fait par des expériences intéressantes. Il est vrai qu’on oppose à ces auteurs l’existence des valvules; mais il est très - constant que les lymphatiques valvuleux ne sont pas les seuls de leur espèce dans l’économie animale, puisque on a pu voir que Nuck , Ruisch , Vieussens, Helvétius, Senac, ont évidemment trouvé des vaisseaux blancs dénués de valvules. On peut même douter que ces valvules soient un obstacle insurmontable dans les grands courans de fluides qui s’établissent quelquefois pendant la vie ; puisque Hun ter, Haller et Marchettis(i) ont rencontré des cadavres sur lesquels les valvules laissaient passer l’air d’une manière opposée au cours ordinaire des fluides absorbés; puisque le second de ces physiologistes a vu le san^ revenir dans le cœur malgré la valvule de l’aorte; puisque Baglivi a pu se convaincre du mouvement rétrograde du sang dans les veines; puisque les expériences microscopiques font voir également de ces sortes de mouvemens dans les petits vaisseaux. D’ailleurs, la valvule située à l’orifice supérieur de l'estomac ne permet-elle pas aux matières contenues dans ce viscère de revenir par 1 œsophage dans le vomissement ?
( elle de î orifice inférieur ne se prête-t-elle pas
'i) Cruiksjiank , pag.
des maladies.
egalement à l’entrée de la bile qui, des intestins, reflue dans l’estomac ? Le mouvement rétrograde du canal intestinal ne décide- t-ii pas le vomissement des matières fécales , malgré la valvule du colon ? Enfin , les vaisseaux absorba ns de la vésicule du fiel n’ont-ils pas souvent paru teints d’une couleur jaunâtre analogue à celle de la bile? La résorption de celte humeur n’imprègne-t-elle pas les autres fluides sécrétés des qualités qui lui sont propres à la suite d’une vive émotion de l ame, qui la fait brusquement refluer dans les vaisseaux absorbans ? Les valvules ne sont donc pas toujours un obstacle au mouvement rétrograde des fluides dans les vaisseauxqui s’en montrent pourvus. Peul-êtrememe il vaudrait mieux croire avec Berger que ces replis membraneux sont placés dans les vaisseaux lymphatiques comme autant de petits muscles chargés de continuer le mouvement donné par la première impulsion (i). Quelle que soit l’opinion (pion adopte à ce sujet, toujours est-il certain que les humeurs contenues dans ces vaisseaux sont à tout instant livrées pour la moindre cause aux mouvemens les plus irréguliers , tandis que le sang marche toujours dans les vaisseaux sanguins d’un cours uniforme et
fi De Nalurâ humand , pag. 83.
q4 PU siège et de la nature
constant , susceptible seulement d’une accélération plus ou moins marquée.
Une quatrième propriété non moins remarquable , et qui établit une différence essentielle entre la manière d être des vaisseaux absot bans et celle des vaisseaux sanguins, c’est d’être alternativement vides ou remplis de telle sorte qu’ils sont visibles sur le corps vivant , et quelquefois même sur le cadavre quand ils sont gorgés de liquides , et qu'ils échappent à la vue de l’observateur quand ils se vident , comme l’ont remarqué N. Pechlin, C. Lenoble, Haller et plusieurs autres.
On sait encore que les vaisseaux de ce système reçoivent indifféremment tous les fluides
par l’effet de certaines modifications de la sensibilité , et que dans l’état le plus ordinaiie I on voit la lymphe succéder au chyle dans le canal thoracique à la fin delà digestion , et le chyle reprendre pour quelque temps la place de la lymphe quand une nouvelle digestion recommence , phénomène qui a été bien observé par Pmdbek , Slenon le fils , Elsener et G. Musgrave (i). Tandis que, d'un autre côté, nous voyons dans le cours de la vie ces sortes de vaisseaux se colorer alternativement de nuances
(i) Trans. phil. , 168,4, art. 1G6. Mascagni , Prolcg.
successives qui marquent le passage d’autant d humeurs différentes, comme il est facile de s’en convaincre sur le globe de l’œil par l’ophthalmie et les diverses espèces d’ictère; et sur la peau dont la teinte naturelle est d’un blanc légèrement
rosé , par cette foule de maladies cutanées qui en allèrent si étrangement la couleur, ou bien encore par les traces fugitives que les passions impriment à certaines portions de cet organe.
D'un autre coté, Haller a reconnu que les vaisseaux lymphatiques étaient très-contractiles, et qu’ils jouissaient d’une irritabilité bien supérieure à celle des artères et des veines. Cruikshank leur attribue également une nature irritable et musculaire; ils ne se vident pas seulement eux-mêmes d’une manière prompte lorsque I air froid peut avoir accès sur eux ; mais encore , si l’observateur les touche avec un irritant , ils se contractent dans toute leur étendue, de ta même manière que les fibres musculaires soumises aux mêmes épreuves ; ils absorbent , indépendamment d aucune communication avec le cerveau , comme les muscles d’une tortue continuent à se contracter par le contact de l’air, plusieurs heures après que la tête est séparée du corps (i Cette irritabilité s’accompagne d’une
i’; Anal, dcsvaiss. abs pag, 12 i el suiy.
sensibilité très-susceptible de s’exalter. La facilité que ces vaisseaux montrent à s’enflammer à l’occasion de quelque virus qui parcourt leurs tubes, ou de quelque douleur un peu vive ressentie à leurs extrémités, est un de leurs caractères spécifiques : ajoutez à cela que leur irritation paraît se manifester d’une manière toute particulière en produisant le frisson. Hewson , Huuter , Cruikshank , ont vu la piqûre d’une épingle sur un vaisseau lymphatique du bras , produire, en peu de minutes, les frissons, le malaise , des ligues rouges et douloureuses sur le trajet de ceux de ces vaisseaux qui se rendent à Faisselle (1). L’absorption de toutes les substances délétères produit également le frisson , comme précurseur ou compagnon des autres symptômes.
Une propriété singulière du système absorbant , qu'il est encore essentiel de noter en cette circonstance, est celle qui permet aux vaisseaux de ce système de s’allonger et de se raccourcir selon les besoins de la nature (2) ; de se loger, de se ramifier dans les tissus environnans, comme on peut le déduire de la manière dont les parties croissent et s’unissent ensemble quand une
(1) Cruikshank, pag. 1G0.
(2) Pag. 1 33.
DES MALADIES. cfl
violence quelconque les a divisées ; comme le prouve ce que l’on voit arriver aux tumeurs solides , susceptibles de disparaître quelquefois pendant la vie avec les vaisseaux qui les nourrissaient; comme le prouvent également les expériences de Brugmans , desquelles il résulte que les surfaces cicatrisées récupèrent la faculté d’absorber, ce qui ne pourrait avoir lieu si les vaisseaux absorbans ne possédaient celle de croître et de se régénérer (i); faculté de la dernière importance, au moyen de laquelle nous les verrons être les premiers artisans de la vie daus le sein de la mère , et le moyen d’union qui établit les rapports les plus intimes entre deux êtres, dont l’un est si nécessaire à l’autre ; faculté que ces vaisseaux ne partagent pas avec les artères et les veines, lesquelles ne pullulent jamais ainsi dans les tumeurs dont on les trouve souvent enveloppées , ou dans les cicatrices qui viennent réunir les parties divisées, et ne sont tout au plus susceptibles que d’une augmentation plus ou moins sensible de leur calibre. Car il ne faut pas croire que les fongosités nées sous l’empire de certaines circonstan-
(i) De Koning, de Affect, morb. Spst. Ijmph. Lugd. Ii.y 1793, pag. 42 ; et Schreger , de Fond. placent, uterince , pag. C9.
q8 DU SIEGE ET DE LA NATURE
ces capables d’imprimer une modification vicieuse à la sensibilité, soient le produit d’un développement de vaisseaux sanguins, par cela seul que les vaisseaux qui les forment paraissent gorgés de sang , puisque ces mêmes vaisseaux, soumis à des circonstances dif férentes, se rempliront également de sucs albumineux , graisseux et lymphatiques, à l’époque fatale où cette même fongosité deviendra cancéreuse.
Enfin , le propre des vaisseaux absorbans est de naître de toutes les superficies internes et externes , par d’innombrables radicules qui échappent à nos sens , et que le microscope le plus aigu peut à peine faire apercevoir. Cette origine est bien prouvée sur la peau par l'absorption de l’eau du bain , du mercure , des cantharides , de la térébenthine ; sur les intestins , par l'absorption du lait et des autres fluides inlroduitsdans l’intérieur de ces organes; sur les membranes des grandes cavités, par l’absorption des fluides aqueux injectés dans l’abdomen et le thorax , par la nécessité que les fluides versés dans ces cavités sans issue soient absorbés pour ne pas produire l’hydropisie. Cette origine est encore prouvée dans le tissu cellulaire par l'absorption des humeurs séreuses ou graisseuses venant des cellules de cet organe, par la facilité de la résorption de 1 air qu’on y souille dans les
O £ S MALADIES
expériences, par la facilite qu’on a d’injecter les vaisseaux absorbans eu poussant les matières dans ce tissu. Enfin cette origine est démontrée sur la surface de la trachée*artcre et des cellules aériennes par les expériences de Sylvius, Swammerdam et de Thruston , répétées par Berger etVieussens (i). Mais la plus importante des origines de ce système , celle qui le rend propre à puiser dans le sang les matériaux de la nutrition, qu’il transporte incessamment dans 1 intérieur de nos organes , celle , en un mot , qui a lieu sur les parois du système artériel , est généralement méconnue de nos jours.
On a pu voir combien était imposant l’ensemble des faits recueillis par Nuck , Leuvenhoek , Vieussens , Helvétius, Senac, et quelques autres anatomistes , en faveur de l’existence de certains vaisseaux blancs et lympha^ tiques partant des artères. Les théories erronées qui sont venues répandre de l’obscurité sur des vérités d’ailleurs si bien démontrées, ne peuvent empêcher les faits reconnus d’exister réellement , quelque fausses que soient les conséquences qu'en aient voulu tirer les expérimentateurs qui les ont constatés. Les modernes qui les révoquent en doute sont-ils donc plus cou-
(i) Acad, des Science* , *74^; Méoi. de Bouillet.
séquens ? leurs connaissances et leurs raisonnemens sont-ils plus en droit de nous satisfaire ? Les uns, convaincus de l’intime connexion des artères etdes veines, n’admettent pour expliquer îa nutrition, qu’une transsudation mécanique des humeurs à travers les parois artérielles (3). Les autres , modifiant cette théorie mécanique, admettent, il est vrai, des pores, mais ils les supposent organisés, de sorte que les matériaux des sécrétions séparées du sang transsudent ou s’exhalent d’après certaines lois de la vitalité ; et ils ne s’inquiètent pas de savoir quel est l’organe qui sépare ces matériaux du sang, ou comment ils peuvent en être séparés avant de transsuder (2). Certains autres , tout aussi certains que les premiers de l’anastomose des artères et des veines, n'en reconnaissent pas moins que les artères , en même temps qu’elles s’abouchent aux veines, se terminent en vaisseaux séreux , en canaux excréteurs , sécréteurs , et même exhalans , ce qui , pour le dire en passant , les rapproche singulièrement de la façon de voir de Vieussens , d’Helvétius et de Senac , quoiqu’ils n’en veuillent pas convenir, car la différence qui paraît les séparer de ces auteurs n’est que dans
(1) Mascagni, et ceux qui suivent son opinion.
(2) Dumas , Physiologie .
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les mots, comme on peut s’en convaincre par la moindre réflexion. D’autres enfin , toujours persuadés, à l’exemple de leurs prédécesseurs, que les artères s’abouchent aux veines, interposent, toutefois , entre le système artériel et le veineux un organe intermédiaire dans lequel les artères cessent d’être des artères , et des veines ne sont pas encore devenues veines , et placent encore dans ce chaos des vaisseaux séreux et exhala ns, partant des dernières extrémités artérielles : l’esprit se perd dans une telle confusion.
Il était cependant très-facile de l’éviter en rapprochant les découvertes de Vieussens de celles que certains anatomistes modernes avaient faites sur le système des vaisseaux absorbans. IS avait-on pas sous les yeux les précieux ouvrages de Cruikshank ? On a déjà vu que cet anatomiste assure avoir injecté ces vaisseaux par les artères , et nous pouvons ajouter qu’il dit avoir observé , chez les animaux étranglés , ou chez ceux qui meurent d’une mort violente , les lymphatiques des environs de la rate et ceux de la cavité du bas-ventre , en général > presque toujours gorgés de sang, quoiqu’on ne pût voir en pareil cas aucune extravasation de ce fluide dans la membrane cellulaire, ce qui estune manière d injection naturelle, venant se joindre et ajouter encore à toutes les preuves déjà fournies.de
l’insertion des vaisseaux lymphatiques ou absorbans sur les parois artérielles et veineuses (i).
D’un autre côté , ne trouvait-on pas dans les travaux de quelques contemporains les faits les plus coucluans en faveur de cette vérité déjà reconnue par tant d’anatomistes? En effet, Bleuland, élève de Sandifort et de Van-Dœveren, publia dans les dernières années du siècle qui vient de s’écouler une belle expérience, dans laquelle il avait non-seulement injecté les vaisseaux blancs qui partent des artères , mais encore rendu leur origine aux parois artérielles d’une évidence incontestable. Cet anatomiste avait vu, comme ses maîtres , les injections poussées dans les artères passer dans les veines , dans les canaux excréteurs et même dans les vaisseaux lymphatiques, sans pouvoir s assurer comment ce passage s’effectuait. Pour éclaircir ses doutes , il prépara deux matières d’injection, l’une rouge, assez ténue pour s’introduire facilement dans les plus petits vaisseaux sanguins , mais pourtant colorée avec une poudre non soluble ; l’autre blanche , beaucoup plus ténue, et dont la matière colorante était entièrement soluble. 11 mêla ces deux liqueurs dans l’espoir que, pousséesensemble dans une petite artère, elles se sépareraient, et que la
(i) Cruikshank, pag. io/,.
io5
seconde pénétrerait dans les orifices trop petits pour recevoir la première. Ensuite il s’assura du degré de force qu’il fallait employer pour faire transsuder mécaniquement l’injection, afin de l’éviter dans son expérience. Ayant achevé ces précautions préliminaires , il injecta une portion d’intestin , les veines avec une matière bleue, et les artères avec les deux matières cidessus désignées. L injection terminée, il vit, à l’aide du microscope , une multitude de petits vaisseaux qui n’avaient reçu que la liqueur blanche sortir des parois des plus petites artères , et communiquer ensemble sous forme de réseaux. Ces vaisseaux étaient si nombreux qu’il eût été impossible d’introduire une aiguille dans les intervalles, et rien n était plus facile que de les distinguer des artères et des veines (i). Que peut-on ajouter à une telle évidence ? et surtout commentne passe rendre, quand on voit Bleuland publier son observation comme nouvelle , et n’avoir aucune connaissance des travaux de Vieussens et des autres anatomistes français , de sorte qu’il ne peut être soupçonné d’avoir examiné la chose avec les yeux de la prévention?
h) Experimenlum Anatomicum ejuo arteriosarum lymphalicarum exislenlia , etc. , à J. Bleuland, L. B. , 1784 > pag. 10 , 11, 12 et io>.
Mais , dira t-on , si les vaisseaux absorbais naissent des artères et communiquent aux veines, pourquoi ne parvient-on pas plus souvent à les injecter par ce genre de vaisseaux ? On peut répondre à cette objection que les veines sont certainement continues aux artères, et que cependant on regarde comme une heureuse injection celle qui a pu pénétrer de J un de ces ordres de vaisseaux dans l'autre. Il est souvent arrivé d injecter d une manière surprenante les artères des intestins avec le mercure, et pas une parcelle de métal ne revenait par les veines. On a fait l’inverse en injectant les veines jusqu’à leurs dernières ramifications, et l’on n*a point vu de mercure revenir par les artères. Concluerons-nous , d’après ces mauvais succès , que les artères et les veines ne sont point continues ?
Mais , répliquera-t-on encore, si les vaisseaux absorbans sont continus aux artères comme les veines , pourquoi ne sont-ils pas, comme ces dernières, pi us ou moins remplis après la mort ? Les veines , en effet, sont alors gorgées de tout le sang veineux et artériel confondus. La raison de ce dernier phénomène est évidente. Le sau**
ïi est pas sculcmenlchassé desartères parle cœur, mais encore par une force inhérente aux vaisseaux artériels , et qui., tenant à une propriété
DES MALADIES. Io5
physique, à l’élasticité, peut subsister encore quelque temps après la mort , et lorsque la première impulsion venant du cœur se trouve éteinte sans retour. Or, comme les veines sont beaucoup plus spacieuses et plus dilatables que les artères , elles reçoivent facilement la totalité des fluides que renfermaient ces dernières. Mais la continuité des vaisseaux lymphatiques avec
les artères est d’une nature différente. Les veines
sont disposées pour recevoir le sang poussé par les artères, et dans cette fonction elles sont presque passives; les vaisseaux absorbans, au contraire , qui naissent de la surface interne des artères , doivent avoir leurs orifices tellement organisés, qu’ils puissent absorber les fluides dans certaines circonstances , et se fermer de manière à ne rien recevoir dans d’autres, et jusqu’à ce qu’il survienne une excitation nouvelle propre à l’absorption. D’ailleurs, ces vaisseaux possèdent une bien plus grande dose d’irritabilité que les artères et les veines ; ils sont les derniers vivans, et continuent à chasser leurs fluides quelque temps après la mort, et même lorsque tous les autres organes sont dans le repos le plus complet, de sorte qu’ils sont vides sur le cadavre , quoiqu’ils soient continus aux parois des artères et des veines.
Les faits nombreux que nous venons de mettre
sous les yeux du lecteur prouvent , ce semble , d’une manière évidente , que les ramifications des artères devenues capillaires donnent naissance par leurs parois à un autre ordre de vaisseaux doués d’autant d’activité qu’elles en ont peu, chargés de puiser dans le sang qui roule dans leur intérieur les molécules nutritives qu’il distribue dans les parties, et de reporter certains résidus de la nutrition dans les veines , sans que jamais le sang soit interrompu dans son cours, au moins dans l’état naturel. Ces faits démontrent , d’une manière tout aussi claire , que l’on a tort de restreindre , de nos jours, la classe des vaisseaux lymphatiques ou absorbans aux seuls vaisseaux de ce système qui sont garnis de valvules; mais qu’il faut revenir, comme le propose Bleuland(i), à l’opinion de nos anciens, lesquels donnaient plus d’extension à cette classe de vaisseaux , et ne manquaient pas d’y comprendre et les lymphatiques valvuleux, et ceux qu’ils avaient nommés artères et veines lymphatiques, vaisseaux que Ruisch et Boerhaave avaient plutôt devinés qu’aperçus ; mais que Vieussens, Helvétius, Hecquet , Ferrcin, Hovius, flambe rger, Senac et plusieurs autres anatomistes recommandables , ont démontrés avec la der-
i i) Ibid , pag. i5»
DES MALADIES. IO
nière ëvidence , les uns par des expériences multipliées , et les autres en soutenant ces expériences par des raisonnemens contre lesquels ou ne peut rien objecter de raisonnable.
Ces faits nous prouvent , d’autre part, que, tout en regardant l’existence de ces vaisseaux
comme certaine, il faut se donner de garde de tomber dans l’erreur des anatomistes qui les ont découverts , en les considérant comme d’un trop petit calibre pour recevoir les globules rouges , puisque nous avons vu que les plus petits vaisseaux du corps peuvent recevoir ces globules. Si donc on trouve ces canaux gorgés d’une sérosité limpide, ce ne peut être que parce qu’ils sont doués de la propriété d’absorber qu’ils s’en trouvent remplis. Si quelquefois ils reçoivent le sang ou d’autres fluides colorés , ce ne peut être encore qu’en vertu de la même propriété , modifiée par une irritation accidentelle; d’où il suit qu’indépendans de l’impulsion du cœur , ils peuvent livrer ces fluides à des mouvemens irréguliers, et qu’en un mot , toutes les propriétés que nous avons reconnues au système absorbant peuvent leur être applicables de même qu’aux lymphatiques valvuleux , auxquels seuls on a coutume de les attribuer aujourd’hui.
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