‹ Du siége et la nature des maladies, ou nouvelles considérations touchant la véritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animaleChapitre 18 sur 24 · DES M A T, A D I F S · texte numérisé non relu

DES M A T, A D I F S

encore la couleur (les fibres (i). H est dune évident , par cela meme , que la fibrine n’est pas poussée dans les fibres musculaires par 1 impulsion du cœur; mais que celte substance est. puisée dans les artères par les fibres elles-memes, en vertu d une propriété tout-à-fait semblable à celle que nous avons reconnue aux vaisseaux absorbans , propriété qui , clans l’asphyxie, leur donne la force de repousser le sang noir dont leurs orifices sont baignés, puisque ce sang remplit tous les vaisseaux artériels; propriété qui s'augmente ou s’affaiblit suivant les circonstances, de telle sorte, par exemple, que 1 exercice augmente la couleur rouge d’un muscle , et que le repos la diminue (2) ; propriété qui varie suivant les âges et d’un animal à l’autre, ou même d’une partie à l’autre dans le même animal , de manière qu on voit les muscles d une couleur différente aux trois grandes époques de la vie , et qu’on voit dans la même classe d’animaux â sang rouge les uns avoir les muscles blanchâtres , les autres mêlés de fibres blanches et de fibres rouges , d’autres, enfin, tout-a-fail rouges avec des nuances variées d intensité dans la couleur d’une partie à l’autre.

(1) De la Trie et de !a Mort.

{■•) Hunier, de la Nalnre du sang, I. 1 , pg- 8;.

Au reste , quelle que soit la couleur dont les fi b res musculaires se pénètrent, elles n’en conservent pas moins les propriétés qui leur sont inhérentes. Gorter , qui a le premier fait cette observation , assure que si l'on injecte un fluide chaud dans un muscle on lui enlève sa couleur, et il pâlit comme les membranes , sans perdre pour cela le mouvement. La nature présente même dans la matrice des muscles rouges pendant la gestation , qui se trouvaient avant de couleur Manche, et reprendront une seconde fois cette couleur après l’accouchement (1).

La contractilité dont les fibres musculaires jouissent indépendamment de l’humeur qui les pénètre est , sans contredit , la propriété la plus saillante des organes dont elles forment la base. Trouvera-t-on qu elle serve à les distinguer des vaisseaux absorbans ? On saîl, au contraire, que 1 irritabilité de cette sorte de vaisseaux a été prouvée par les anatomistes. Cruikshank leur reconnaît même positivement une nature musculaire. Peut-être, en prenant pour point de comparaison les organes les premiers formés, les premiers en action , serait-il plus exact de dire quece sont bien plutôt les musclesqui présentent une nature lymphatique , tout extraordinaire

(i) De Âîoiu vilali } in~ 4°.

des maladie s.

que dût paraître celle expression. En cffel , les trames légères du lissu cellulaire primitif qui se montrent dans la mucosité des premiers instans de l’embryon jouissent déjà de toutes les propriétés dévolues aux vaisseaux absorbans, comme le prouve l’activité de l’accroissement et de la nutrition si remarquable à celle époque, et cela, bien avant qu’on aperçoive la moindre trace des organes musculaires.

Au lieu donc de dire que les vaisseaux absorbans ont une nature musculaire, il serait plus convenable de reconnaître que les muscles possèdent éminemment la propriété inhérente à ces vaisseaux, de se contracter et de se relâcher toutes les fois qu’ils sont soumis à l’influence d’une irritation; et s’ils s’en montrent pourvus à un si haut degré , ce n’est pas à la nature particulière de leurs libres qu’ils doivent cette prérogative, mais seulement à la manière dont ces fibres sont disposées dans la structure intime de ces organes , à la réunion de ces innom-

brables faisceaux parallèles dont toutes les parties environnantes concourent à favoriser le jeu et les contractions multipliées. D’ailleurs, ne voit-on pas toute l’économie animale agitée de rnouvemens qui partent du même principe? Sans doute la peau ne paraît pas irritable de la même manière que les muscles; elle est pour-

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tant très-sensible à l’impression des irritans, qui la font rougir, pâlir, se gonfler, se crisper, devenir roide, etc. Sans doute le tissu cellulaire est immobile dans sa totalité ; mais la moindre irritation ne le rend-elle pas le siège de mouvemens divers, que l'observateur apprécie par le déplacement des fluides opéré dans son intérieur ? Bien plus encore, si les innombrables canaux qui forment la texture de ses lames quittaient toutà-coup les enlre-croisemens qui les unissent pour prendre une direction parallèle et libre, cet organe pourrait, en quelque sorte, devenir musculaire ^ comme il est facile d en juger par la portion qui se trouve sous la peau du scrotum, laquelle affectant cet arrangement particulier, se rapproche aussi par ses mouvemens de La nature musculaire.

L’important serait de s’en tendre sur ce que peut être cette nature musculaire. On ne manque pas de di re que les mouvemens par lesquels les zoophy tes retiennent ou repoussent les corps étrangers, s’éloignent ou se rapprochent de ce qui leur est nuisible ou nécessaire, sont de nature musculaire, quoique l’on n’nperçoive aucune trace de m u sc l e da n s la pl u pa r t d e ces a n i m a i » x . Sa n s do u t e ces mouvemens sont de la meme nature que le mouvement musculaire : i! s'agît seulement de sa-

voir positivement ce que sont les parties ou re-

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sidc cette faculté dans les muscles et dans ces animaux privés de ces sortes d organes.

Haller avait concentré l'irritabilité dans la seule fibre musculaire ; mais cet auteur avait des idées bien vagues sur cette fibre elle-même. 11 croyait i’irrilabiiilé indépendante des nerfs, parce qu’il voyait qu’elle n’était pas bornée à la classe des animaux pourvus d’un système nerveux, et que le polype, une infinité de coquillages, la vaste classe des insectes microscopiques, sans tête, sans nerfs, sans aucune distinction départies, sont plus irritables et. souvent plusagiles que l'homme même. Albinus allait plus loin encore: voyant ranimai d’autant plus irritable qu’il ressemblait plus à de la gelée, il crut trouver dans celle gelée le siège de 1 irritabilité (i).

Ma is ces gelées mouvantes ne pourraient jouir de ce privilège de contraction et de locomotion, et ne seraient point organisées, si elles n’étaient renfermées dans un tissu cellulaire diaphane, qui les a choisies dans les matières alimentaires, qui les fait flueret refluer dans son intérieur, et les rejette pour les remplacer par d’autres au bout d’un certain temps. Or, ce tissu cellulaire , plus ou moins vague , plus ou moins serré, à filets plus ou moins croisés, plus ou moins parallèles,

(i) Mémoire sur les parties irritables et sensibles ,

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nedifférant que par la ténuité de celui des grands animaux, est évidemment le siège de ces contractions remarquables , puisqu’il est la seule partie solide qui existe dans ces êtres à peine ébauchés. On peut même voir, en remontant d’un degré l’échelle des êtres, quelques-uns de ces filets seulement juxfa-posés sans se trouver liés par la moindre cellulosilé , former le premier type des organes musculaires, comme on l’observe sur certains insectes (r).

Les vaisseaux absorbans qui sont , à n’en pas douter, la base du tissu cellulaire, sont donc le sié^e de l’irritabilité et des mouve-

mens, dans une classe très-considérable d’animaux. Pourquoi répugnerait-on à leur reconnaître la même prérogative dans les classes supérieures, surtout après ce que l’on sait déjà de l’espèce de fusion qui s’opère dans les muscles, entre les nerfs et le tissu cellulaire, et de celle qui paraît avoir lieu de la même manière entre ceux-ci et les libres musculaires? quand on sait, d ailleurs, que les vaisseaux absorbans sont trèsirritables et très-contractdes , et que, d'un autre côté, les fibres musculaires, également irritables et contractiles , présentent des formes qui leur donnent la plus grande ressemblance

ti) Anat . cowpurée de IVI. Cuvier.

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avec ces vaisseaux ; qu’elles s’imprègnent de leurs sucs en vertu des mêmes propriétés que ces vaisseaux; qu elles font mouvoir ces sucs en vertu des mêmes propriétés que ces vaisseaux; qu’elles peuvent les changer, les modifier en vertu des mêmes propriétés que ces vaisseaux , et refuser même ceux qui leur sont nuisibles ou ne se trouvent pas en rapport avec leur sensibilité, toujours en vertu des mêmes propriétés que ces vaisseaux, de telle sorte qu’il est bien difficile de ne pas regarder les muscles comme des faisceaux de vaisseaux absorbans disposés de manière à pouvoir obéir à toute la contractilité dont ils sont naturellement susceptibles, et rassemblés sur certains points , afin d’y concentrer les forces suivaut qu’il est nécessaire pour les actions delà vie et pour les mouvemensde la locomotion? Celte façon de considérer les muscles

expliquerait pourquoi ces organes conservent leur contractilité quelque temps apres la mort , comme les vaisseaux absorbans conservent leur action et sont les derniers à perdre la vie dans l’économie animale; pourquoi les travaux de l’enfantement, ou bien une marche forcée, déterminent parfois l’engorgement des glandes lymphatiques; enfin pourquoi les muscles participent si souvent au frisson, qui paraît être le mode particulier de sensatiou par lequel se

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manifeste ia souffrance des vaisseaux absorbans. Il serait aisé de poursuivre ainsi les vaisseaux absorbaus dans le parenchyme de tous nos organes; on les retrouverait dans les os mêmes, sinon par la dissection et les moyens que l’anatomie peut fournir, du moins par la considération des phénomènes que la nutrition et les maladies y produisent (r). Par tout on les verrait occupés à puiser dans le sang les principes nourriciers, à les distribuer dans les parties, ou bien à les expulser par les divers émonctoires, tandisque les vaisseaux sanguins n’ont d autre destination que celle de charrier le sang, et de leur présenter des matériaux qu’ils mettent seuls eu œuvre. On les verrait , par des entre-croisemens variés, par une combinaison plus ou moins intime, soit entr’eux, soit avec les vaisseaux sanguins, par des directions plus ou moins parallèles , parla diversité des matières retenues dans leur intérieur , produire ici du tissu cellulaire, là des membranes, plus loin des muscles ou des os. Quelque nuance qu’on observe dans la sensibilité de ces parties ainsi composées, on s’apercevra, pour peu qu’on y regarde

(i) Sœmtnering attribue lotit le travail de l'ossification aux vaisseaux de ce système. Voyez de Corporis human. Fabricâ , t. q pag, 3o.

avec attention, que toutes ces nuances peuvent; être facilement ramenées à la propriété que nous avons reconnue aux vaisseaux absorbans dé sentir et de se contracter, qui entraîne avec elle celle de choisir les fluides et de se les approprier;

Quelle admirable simplicité de moyens sait employer la nature! Dans les corps inorganiques , 1 attraction suffit pour que chaque portion de matière trouve sa place dans ce vaste univers. Dans le corps des animaux, la sensibilité produit les innombrables phénomènes que présente la vie. Le môme principe au moyen duquel s’opère l’absorption devient, dans les muscles, à la faveur d'une disposition particulière, le puissant mobile qui transporte l’animal d’un lieu dans un autre. Les memes vaisseaux qu’on voit mobiles par-tout ailleurs, se gorgeant dans les os de phosphate calcaire en vertu du môme principe, deviennent des corps durs qui servent de points d’appui et de leviers à ces mobiles dont nous venons de parler; et quelque densité que ces organes puissent acquérir, jamais elle 11’est telle qu’il en résulte la stagnation des molécules terreuses qu’ils ont puisées dans le sang. Ces molécules sont incessamment prises et rejetées au bout d’un certain temps : seulement elles avancent d’un cours si lent, que nos faibles sens ne peu yen t l’apercevoir.

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