CHAPITRE IX
Les V aisseaux absorbans du système nerveux retirent du sang la matière du solide vivant .
Tous les phénomènes que nous venons de voir modifier nos organes pendant la durée de la vie confirment l’idée générale que Legallois s’était faite de la puissance nerveuse, puissance qui, selon lui, constitue à elle seule l’individu comme être vivant, puissance que tout le reste de l’organisation conspire à mettre en rapport avec les objets extérieurs, et en faveur de laquelle se rassemblent les matériaux qui peuvent en servir l’entretien etlerenouvellement(i). Plus nousportons un œil attentif sur ces phénomènes si variés, si multipliés, si mobiles, plus nous sommes ramenés à l idée que le système nerveux, nonseulement exerce quelqu influence sur l’accroissement, mais encore en est un des instrumensles plus essentiels; opinion qui a déjà été soutenue par un assez grand nombre de physiologistes.
(i) Expériences sur le principe de la vie , avant-prc- P°s, paç. xvj.
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L’ingénieux Quesnay disait que l’accroissement des pal lies solides ne peut se faire que dans les petits vaisseaux, que dans ceux qui composent la trame dont nos parties sont formées, et que ces petits vaisseaux ne peuvent être nourris que par le suc qui coule dans leur intérieur (i) : or, on sait que la pulpe des nerfs est effectivement épaisse et visqueuse, et qu’elle porte tous les caractères d’une humeur véritablement nourricière (2); on sait que le tissu cellulaire formé de ces sortes de petits vaisseaux se distingue des autres organes par la facilité avec laquelle il pousse des végétations , s’allonge et se reproduit; on sait encore qu’on a reconnu la même faculté aux vaisseaux absorbans que tant de raisons nous portent à confondre avec les cylindres nerveux épanouis hors de leur enveloppe.
Mais est-il vrai, dira-t-on, qu’à mesure que la puissance nerveuse s’entretient et se renouvelle, le corps se nourrit et prend de l’accroissement? Est-il vrai que le siège de la sensibilité le soit aussi des fonctions nutritives? Avant de faire une réponse affirmative à ces deux questions , nous devons ici nous expliquer.
(1) Economie animale , t. ni , pag. c)3.
( 2 ) Gmnauti , second Mémoire sur la Nutrition.
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Le corps est composé de deux élémens principaux : de ce qui contient et de ce qui est contenu. Ce qui est contenu, ce sont les fluides et les matières terreuses qui circulent combinées dans le sang ou bien isolées dans les libres; ce qui contient, ce sont les vaisseaux, de quelque nature qu’ils puissent être. Les organes de la poitrine et de 1 abdomen ont pour usage de former et de mettre en circulation le sang dans lequel roulent confondues les molécules nutritives de nos parties, Ceux de l’abdomen en particulier travaillent à préparer les matériaux réparateurs des pertes que les sécrétions font éprouver au sang ; ceux de la poitrine, de leur côté, impriment à ce fluide un caractère éminemment vital , le distribuent et le poussent dans les parties les plus éloignées. Mais qu'arrive-t-il dans ces parties où le sang artériel vient affluer? Ce fluide vient, nous dit-on, servir la nutrition de ces parties, en déposant ici du phosphate calcaire, là de la gélatine, plus loin de la fibrine. Abus nous demanderons encore comment se fait la séparation de ces diverses matières? et 1 on nous répondra quelle a beu par le moyen ocs vaisseaux de chacune de ces parties, lesquels, en raison dune vitalité qui leur est propre, choisissent ce qui convient à l’organe dont ils constituent la charpente. Ces vaisseaux existaient
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donc dans les parties avant le sang qu’ils élaborent ; ce n’est donc point la portion de ce fluide qui leur arrive par les artères d'où dérive le principe de leur nutrition ; ce n’est donc point le phosphate calcaire, la gélatine, la fibrine qui les nourrit, qui les fait croître.
Nous trouvons en effet que ces canaux sont entièrement étrangers aux matières qu’ils contiennent, que si l’on enlève auxorganeslesdifférentes substances qui les pénètrent , aux os le phosphate calcaire parles acides , aux cartilages la gélatine par l’ ébullition , il reste un résidu cellulaire et vasculeux, présentant le même aspect sur les os, sur les cartilages , sur la peau , sur les muscles ; d’où l’on peut conclure qu’il est le même pour tous, et doit être indépendant delà nutrition propre des organes. 11 sufîit, d’ailleurs, pour s’en convaincre, de nous rappeler que nous l’avons vu préexister à tout dans les premiers instans de l’embryon. A cette époque, nous n’avons aperçu qu’un tissu cellulaire diaphane, abreuvé de mucosités, sans organes , sans même de système nerveux distinct; nous avons trouvé cette masse à la fois sensible et irritable dans toutes ses parties; car on ne peut douter que les tissus imperceptibles dont elle se compose ne soient , pour ainsi dire , imprégnés de ces deux facultés nécessairement co-existantes que décèlent les
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raouvemens intérieurs d’accroissement et de nutrition. Psous avons vu ces deux facultés ne pas tarder à se concentrer dans deux foyers principaux , la moelle épinière et le cerveau ; nous avons vu se former dans ces foyers une élaboration plus active, d’où partiront désormais tout à la fois les irradiations du sentiment et les accroissemens du solide animal dans lequel la taculté de sentir et d’exécuter des mouvemens est généralement diffuse (i).
Pour fournir de nouveaux élémens à cette nutrition particulière, aussitôt que le sang parcourt les vaisseaux à peine ébauchés, il afllue vers l’organe encéphalique. Selon l’observation de Malpighi, la moitié, ou tout au moins le tiers du sang que contient le corps , est habituellement envoyé à ce troisième, ou plutôt a ce premier, a ce principal centre d’accroissement. Certes, une aussi grande quantité ne peut être nécessaire au seul entretien de cet organe, et il est difficile de ne pas croire qu’elle soit consacrée à cette importante branche delà nutrition.
Les nerfs, qui sont les premiers développés , forment à leur tour les autres organes, au moyen de répanouissement des nombreux filets qui ies composent et qui se convertissent , on oserait
f») Richerand , Physiologie.
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presque dire qui reparaissent en lilets cellulaires, en fibrilles musculaires, en un mot, en parenchymes nutritifs des organes, A mesure que les rudimens de ces divers parenchymes sont rassembles , chacun d’eux agissant d après la modification de sensibilité que la nature a dû leur imprimer, les uns se remplissent de phosphate calcaire ou de gélatine, matières très-peu susceptibles de donner de 1 activité aux propriétés vitales; les autres reçoivent , au contraire, la partie colorante du sang, qui les maintient dans un état continuel d’excitation ; les autres se pénètrent , enfin , d une combinaison plus ou moins variée des matières nutritives, et c’est ainsi que se développent nos parties avec les caractères qui les distinguent.
C est donc dans le sens que nous venons d’expliquer que la pensée de Legallois est de la dernière vérité; c’est dans ce sens que la puissance nerveuse constitue à elle seule tout l'individu comme être vivant ; c’est, dans ce sens que le siège de la sensibilité i est aussi des fonctions nutritives ; c’est enfin dans ce sens que l’organe encéphalique forme le premier centre de nutrition , centre d où part et duquel dérive le solide vivant , solide pour lequel s’élabore et se distribue dans les deux centres secondaires l’aliment qui le tait naître, l’aliment qui le pénètre , 1 ali-
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ment qui eu ravive et soutient l'action pendant toute la durée de la vie.
5Iais comment admettre, va-t-on s’écrier, que le tissu cellulaire est une expansion du système nerveux, quand on le trouve si peu sensible dans l’état naturel ? INous demanderions à notre tour pourquoi , par la meme raison , l'on n’exclut pas le cerveau de ce système , quand on voit tous les jours, dans les blessures ou les opérations, enlever des portionsassez considérables de ce viscère sans occasioner beaucoup de douleur? Si le tissu cellulai re parait d’abord très-peu sensible et irritable, cela tient à des circonstances dépendantes de 1 organisation qui lui est propre; mais on ne peut oublier jusqu’à quel point il devient douloureux dans les inflammations dont il est le siège.
Peut-être nous adressera-t-on encore une seconde objection fondée sur ce que des corps aussi petits , aussi grêles que les nerfs ne peuvent donner naissance à des organes qui les surpassent aussi énormément en dimension que le font les muscles, j ar exemple. Une telle objection ne supposerait pas qu’on y eût fait une sérieuse réflexion ; il serait facile d’en sentir le vide , pour peu qu’on n’eût pas oublie que dans le fœtus et l’enfant, les nerfs qui fournissent alors à l’accroissement du solide vivant une plus grande, quantité de matière nutritive sont tellement
développés, qu’ils ne seront pas plus considérables dans les âges suivans ; pour peu qu’on eut réfléchi que le solide vivant peut se diviser en cylindres si infiniment petits , que les toiles cellulaires qui s’en trouvent foi niées sont quelquefois aussi minces et aussi diaphanes que des bulles de savon , et que les fluides ou les matières variées que ces vaisseaux contiennent selon les parties dont ils sont la base , forment la plus grande masse du corps humain. Qui ne sait, en effet , que le tissu solide de nos parties se réduit presque «à rien par le dessèchement ? Le muscle grand pectoral, d’une si grande épaisseur durant la vie, devient, en le soumettant à ce procédé , mince et transparent comme un parchemin, quoiqu’il soit injecté. Senac a même vu le poumon , ce viscère si vaste , réduit à l’étendue de deux pouces par une hémorrhagie de l’aorte (i). De telles observations diminuent singulièrement l’apparente disproportion qui aurait pu faire élever des doutes sur l’opinion que nous cherchons à faire prévaloir.
Hippocrate regardait déjà, de son temps, le cerveau comme un corps glandulaire. Si nous voulons interroger l’observation , nous verrons combien cette façon de voir se rapproche de la
(:) Sînuiurc du cœur , liv. nt, pag. 1 4? .
vérité , combien du moins eile est spécieuse. En effet , pendant que le cerveau présente un volume relatif très-considérable; pendant que ce viscère offre aux yeux de l’anatomiste une teinte rougeâtre, indice de la grande quantité de sang qui s’y rend à cette époque; pendant que les nerfs sont également fort gros comparativement aux autres parties, que leur substance médullaire possède les mêmes apparences que celles qui se voient sur le cerveau et que la moelle de l’épine partage, le tissu cellulaire et les glandes lymphatiques paraissent participer au même développement , à la même activité de vie et de nutrition , à la même couleur. Et les ganglions, qui sont comme les glandes plongées dans beaucoup de tissu cellulaire , qui montrent, comme ces organes, une couleur rougeâtre avant la naissance, un tissu mou , spongieux , pulpeux, dans lequel les injections fines découvrent une trèsgrande quantité de vaisseaux , ne pourraient-ils pas être aussi des corps glanduleux analogues à ceux qu’un célèbre physiologiste moderne a nommés ganglions lymphatiques ?
Quoi qu’il en soit , cette grande analogie , ces rapports du cerveau , des ganglions et des nerfs avec le tissu cellulaire , les glandes et les vaisseaux lymphatiques ne nous induisent-ils pas à considérer toutes ces parties comme de simples divi-
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sionsd’un même système d’organes éminemment appliqué à la nutrition et à l’accroissement? Ne justifie-t-elle pas, en quelque sorte, l'idée que Je père de la médecine s’était faite de la nature du cerveau ? C’est , du moins, d’après des considérations du même genre que Charleton, Glisson, Warton , Willis , BufTon, Grimaudet plusieurs autres se sont déterminés à prendre la même idée de ce viscère, et à le considérer comme le seul instrument de l’action qui entretient et fait croître nos parties (i).
L’opinion d’Hippocrate a été renouvelée depuis peu par Jean Van-der-Haar, qui a cherché à l’adapter aux connaissances modernes sur le système absorbant. Ce physiologiste établit que les nerfs sont de véritables vaisseaux destinés à conduire dans toutes les parties du corps la mucosité albumineuse qui constitue la masse cérébrale et opère la nutrition. Quoique Jean Vos ait réfuté cette opinion , Benj. Humpag n’en persista pas moins , quelque temps après , à regarder, à l’exemple de Van-der-Haar , le cerveau comme une glande lymphatique, et les nerfs comme des vaisseaux du même genre
(i) Grimant! y Traité des fièvres , t. ni , pag. 2o5 ) et Mémoire sur la Nutrition. Buffon , Discours sur les ani¬
maux carnassiers..
chargés de porter le véritable principe nutritif dans toutes les parties (i). Et , en effet , il serait facile de démontrer que si quelques-uns des plus forts argumens de Vos paraissent sans réplique , ce n’est que pour ceux qui ne comprennent pas, sous le nom générique de cerveau , le cerveau proprement dit et la moelle épinière , ou pour ceux qui ne se font pas une juste idée de l'intime liaison qui existe entre le tissu cellulaire, les vaisseaux absorbans et le système nerveux.
Vos oppose d’abord à son adversaire que la nutrition continue à s’opérer malgré l’absence du cerveau , tandis que ce fait ne prouve autre chose , si ce n’est que les nerfs de la moelle épinière suffisent à l’accroissement du tronc et des membres. La masse cérébrale, en même temps qu’elle est particulièrement destinée aux perceptions et à la direction des mouvemens volontaires , en même temps qu elle renferme les inst rumens de l’âme , est sans doute le grand foyer de la nutrition du solide vivant ; mais scs prolongemens , qui semblent présidera la vie matérielle ou organique , peuvent fournir seuls à l’accroissement des parties qui se trouvent dans leur ressort, et soutenir la vie dans un être
(1 ) Ilisl. de la Médecine fie Sprengel , 1790, pag. 162.
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imparfait tel rpie le fœtus avant la naissance.
Quand ensuite Vos ajoute que les os et les cartilages se nourrissent sans nerfs , on pourrait lui répondre que si l’on ne considère que ces faisceaux de filets creux et imperceptibles qui traversentla longueur des membres dans une enveloppe membraneuse faite pour les protéger et ne lesabandonner que lorsqu’ils doivent s’épanouir, son objection pourrait être de quelque poids ; mais si l’on suit ces mêmes filets au moment où ils s’écartent, se divisent à l’infini, s’entre-croisent, se combinent de manière à former ces parenchymes primitifs de nos parties dont il a été question plus haut ; si , d’ailleurs , on se rappelle la vive sensibilité que les maladies peuvent développer dans les os et les cartilages, on trouvera que celteobjection n’a plus aucune importance.
Les deux suivantes en ont encore moins : dire que les artères sont indispensables pour la nutrition , n’est pas prouver que le système nerveux ne serve pas à cette fonction : autrement , on pourrait nier que l’estomac soit chargé de la digestion , parce que les alimens sont indispensables pour l’opérer; enfin , dire que le cœur est la partie qui se forme la première dans l’embryon est un fait trop éloigné de la vérité pour atténuer les assertions de A ander-Haar , puisqu’il est constant que la moelle
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épinière envoie le prolongement où l’on voit se former la punctum saliens(i).
Les travaux de Y an-der-Haar et de Humpag nous autorisent donc à répéter avec confiance que ce qui contient, c’est-à-dire, le solide vivant est produit, accru renouvelé par le cerveau, la moelle épinière et les nerfs , au moyen de cette humeur épaisse , visqueuse, cristalline que ces organes retirent de la portion considérable du sang qu'ils reçoivent ; que ce qui est contenu cest-à-dire, les différentes matières solides ou fluides qui remplissent les parenchymes ou circulent dans les vaisseaux , se sépare de cette autre portion du fluide sanguin répandu dans le reste de nos parties, laquelle y rencontre une innombrable quantité de canaux , véritables ramifications du solide vivant destinées à l'élaborer de mille manières différentes. C’est faute d’avoir distingué convenablement ces deux genres de nutrition que les physiologistes ne se sonl pas entendus sur ce qu’il fallait penser des fonctions nutritives, du système nerveux.
Il est sans doute difficile de remonter au premier principe des êtres, et de décider lesquels des solides ou des fluides ont existé les premiers : ce qui est certain , c'est qu’on les trouve réunis
1) Boerhaav. , de Virb. Med., pag. 5q.
igo du siège et de la nature
dans le sperme, comme le prouvent les observations des naturalistes qui ont cru remarquer dans cette liqueur, les uns des animalcules , les autres des vaisseaux déjà tout formés , nageant dans la mucosité qui la constitue ; (G ce qui est certain, c’est que îe germe une fois formé. Faction des solides sur les fluides commence pour ne plus finir qu’avec la vie. Dans les premiers jours de l'embryon , ainsi que dans la vaste classe des animaux à sang blanc, les solides trouvent un aliment suffisant dans les sucs lymphatiques qui les abreuvent ; mais dans l’homme et les animaux à sang rouge, la nature faisant aboutir dans le fluide sanguin les produits de la digestion pour les mêlera un principe excitant qui doit rendre la nutrition et la vie plus actives, le sang devient indispensable pour celte fouction et pour la vie elle-même.
Au reste, il n’est point rare d’apercevoir dans l’intérieur même des artères des traces du principe générateur du solide vivant, et c’est dans ce sens que Galien et Bordeu pouvaient dire avec quelque raison que le sang est une chair eu fusion. Souvent même les maladies peuvent séparer ce principe du fluide sanguin , et ce qui se passe alors nousdévoile le mécanisme de l’accrois-
(i) Transact. philosoph. , 1676,11° 142.
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sement des vaisseaux primitifs , qui forment les trames élémentaires de nos parties. En effet , personne n’ignore que le tissu cellulaire développé sur la surface exhalante des membranes séreuses à la suite de l’inflammation , est produit par le changement d’état de l’exsudation albuminiforme qui passe peu à peu , par un mécanisme que M. le professeur Chaussier nous a su dévoiler avec tant de sagacité , de l’état de liquide à demi concret à une organisation plus parfaite. Or, n’est-il pas probable que, dans ce cas, l’effet de la maladie a été d’imprimer aux vaisseaux absorbans de la partie une modification semblable à celle qui rend les vaisseaux du cerveau susceptibles de puiser dans le sang 1 humeur nourricière du solide vivant, et que cette humeur , répandue hors des vaisseaux par exhalation , s'est comportée sur la surface séreuse qui l’a rejetée comme elle eut fait si elle s’était appliquée aux dernières extrémités vasculaires qu elle est chargée d’accroître et de multiplier. Le tissu cellulaire qui se forme dans cette circonstance est naturellement composé de vaisseaux absorbans , sans quoi ce ne serait pas du tissu cellulaire ; de vaisseaux qui sont par conséquent doués de sensibilité et d irritabilité, et cela fait concevoir comment des expansions nerveuses , toujours plus ou moins
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chargées de ce fluide peuvent naître les fibrilles musculaires et les parenchymes des organes.
Que les vaisseaux absorbans soient les plus simples des vaisseaux , le fait d’anatomie pathologique que nous venons de citer le démontre avec la dernière évidence. Il n’est pas moins prouvé, ce semble, par tout cequi précède, qu’il faut les regarder comme une expansion du système nerveux , ce qui donne le moyen d’expliquer pourquoi ces sortes de vaisseaux sont véritablement l’animal agissant , selon l’expression de Hunier que nous rapellerons plus d’une fois dans cet ouvrage.
Mais n'est-il pas à craindre que cette nouvelle manière de considérer les choses ne jette de la confusion dans les idées du lecteur? Expliquezvous? Pourrait-il nousdire : les vaisseaux absorbans sont-ils des nerfs, ou les nerfs sont-ils des vaisseaux absorbans? Sans doute nous pensons que, dans l’exactitude la pins rigoureuse , tout le corps peut être réduit en dernière analyse à des vaisseaux absorbans. Si, par un effort delà pensée, on exécutait cette espèce de décomposition, on ramènerait l’homme au point d’où il est parti, à Pétât de germe ou d’embryon , en faisant toutefois abstraction du fluide sanguin, et de certaines autres matières contenues dans les vaisseaux et les fibres. Mais quoique le fond de nos parties soit
par-tout le même, des variétés sans nombre de texture , de combinaison , et surtout des modifications inappréciables dans la sensibilité , modifications qui sont le secret du créateur, et dont le jeu se voile toujours à nos regards , établissent la différence qui existe entre nos organes : partout l’action est la même , par* tout les appétits sont divers si Ton peut s’exprimer ainsi; c'est par-tout le même fonds de sensibilité, quoique l’arrangement diversifié de nos parties les rende propres à des fonctions différentes.
La masse encéphalique , par exemple, est un amas de vaisseaux diaphanes et vermiculaires , gorgés de l'humeur qu’ils retirent continuellement du sang. Les anatomistes connaissent bien imparfaitement les directions multipliées que prennent ces vaisseaux ; ils connaissent encore bien moins la manière d’agir des centres de sensibilité qui s’en trouvent formés; ils savent seulement que le cerveau possède , comme organe, des facultés distinctes ; mais dans la profondeur de sa texture, ce viscère absorbe comme toutes les autres parties, en vertu de certains rapports qui se trouvent entre les orifices des vaisseaux qui le constituent et l’humeur dont ces canaux sont avides. Toute la vie de cet important foyer de sensibilité n’est donc que dans les vaisseaux absorbans; après avoir extrait du
sang la substance médullaire , ils composent la masse de cet organe , en appliquant celte substance à leur propre accroissement et à leur multiplication.
D’un autre côté, nous savons que les nerts eux-mêmes sont formes d’un nombre considérable de cordons juxta-posés et qui résultent de filets également serrés et unis entr’eux par du tissu cellulaire ; nous savons que ces filets et ces cordons s’entrelacent dans l'intérieur des nerfs de manière à y former une espèce de plexus , lequel ne diffère des .plexus véritables qu’en ce que les branches appliquées les unes contre les autres ne laissent point voir au premier coup-d’œil leur entrelacement ; nous savons , par les travaux de Red , répétés en grande partie par Bichat , que la disposition intérieure des nerfs varie singulièrement ; que chacun de ces organes affecte presque une texture particulière, que chaque filet nerveux présente une membrane extérieure en forme de canal renfermant la moelle nerveuseelle-mème; nous savons que cette moelle paraît se former dans chaque nerf à la manière de la substance médullaire du cerveau , et provenir du sang apporté par les nombreux vaisseaux disséminés sur le névrilème , ce qui explique pourquoi la portion inférieure d’un nerf coupé ne se flétrit
point, et poorquoi une ligature, en interrompant ies communications cérébrales, n empêche pas la nutrition nerveuse ; nous savons enfin que les renflemens de certains nerfs connus sous le nom àe ganglions ne sont non plus , selon l’observation du célèbre Scarpa, qu’une sorte d’épanouissement des nerfs en une infinité de filets extrêmement déliés, s’entrelaçant les uns aux autres , et devenant très-distincts par la macération. lous ces divers assemblages de cylindres creux remplis d une humeur onctueuse et diaphane, en tout si ressemblans à ceux qui forment la masse cérébrale, ont pour attribut de certaines fonctions, de certaines propriétés distinctes; mais dans leur texture intime ils ne sont , à vrai dire, que des espèces d’organes secréteurs prolongés , qui retirent incessamment du sang la pulpe nerveuse par le moyen d’une absorption très-active, et fournissent ainsi aux épauouissemens par lesquels se développent les parenchymes. Les nerfs, tels que nous venons de les faire connaître, ne sont donc pas des vaisseaux absorbans , mais bien des organes composés en grande partie de vaisseaux absorbans , lesquels , en raison de l’arrangement particulier quils présentent, jouissent d’une vitalité spéciale : ce sont des corps composés, tandis que les vaisseaux absorbans sont des corps similaires.
Ce n’est pas que tous les vaisseaux doués de la faculté d’absorber soient d’une structure aussi simple que ceux que nous avons vu provenir de l’exsudation des membranes séreuses enflammées, ou qui sont formés par l’épanouissement des extrémités nerveuses. U y a saus doute des vaisseaux absorbans secondaires résultant de l’entre-croisement des vaisseaux primitifs; il y en a d’unestructure plus compliquée encore, et le canal thoracique paraît être le terme de cette progression. Mais ces entre -croisemens divers 11e changeant point les propriétés de ces vaisseaux , nous paraissent mériter peu d’attention. C est plutôt la grande variété d'effets que ces vaisseaux produisent dans l’économie animale , effets souvent disparates, qui pourraient porter à les considérer sous des aspects bien différens. L’espèce et la quantité de matière qu’ils enlèvent, soit aux solides , soit aux fluides du corps , parait surtout faire prendre à ces vaisseaux un caractère particulier dans chaque partie ; mais il est aisé de s'apercevoir que toutes ces dissemblances se bornent au fonda une pure modification de sensibilité , le mode d’action restant toujours le même et partant toujours du même principe, la vitalité du solide vivant que le système nerveux fait croître et végéter.
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