‹ Du siége et la nature des maladies, ou nouvelles considérations touchant la véritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animaleChapitre 21 sur 24 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le Système absorbant n’est pas un tout lié dans ses parties , comme le système sanguin ; il se compose de plusieurs systèmes isolés .

ï l serait inexact, nous l avons déjà vu , de considérer le système absorbant comme formant un tout dont les parties seraient subordonnées les unes aux autres à la façon du système sanguin. On peut, au contraire, assurer quechacun des organes de l’ économie animale offre dans sa composition intime une fraction du grand système des vaisseaux absorbans dont les propriétés sont modifiées et participent de celles de l’organe auquel ces vaisseaux se trouvent appliqués, de manière (jue les fluides qu’ils admettent diffèrent essentiellement d’une partie à l’autre. Ces vaisseaux absorbans dévolus ainsi à chaque organe, ou du moins à chaque système d’organes, s’occupent sans cesse à puiser dans le sang les matériaux qui doivent en servir le développement cl la nutrition , travaillent à fixer ces divers ma-

tériaux dans les tissus, à les confondre avec la propre substance de ces organes, ou bien détournent et éliminent ce qui pourrait être une surcharge ou devenir un obstacle à l’intégrité des fonctions.

Dans l’état de santé , ces vaisseaux parenchymateux, quoique doués des mêmes facultés , quoique pénétrés de la même susceptibilité que les autres vaisseaux absorbans , ne recevant que l'uniforme impression des mollécules avec lesquelles ils sont le plus naturellement en rapport, forment autant de systèmes isolés et distincts dont les propriétés paraissent limitées et circonscrites, plus qu’il n’appartient au système de vaisseaux qui les produit. Ainsi l’on voit ces vaisseaux séparer dans les os de la gélatine et du phosphate calcaire, dans les cartilages de la gélatine seule , dans les muscles de la fibrine, avec une constance et une régularité qui semblent peu se concilier avec la mobilité du système absorbant; mais une exaltation plus ou moins vive , plus ou moins prolongée de la sensibilité de ces vaisseaux , ne laisse aucun doute sur leur véritable nature. On sait que les forces absorbantes dont ils sont doués peuvent subir une révolution qui, changeant tout-à-coup l’ordre de leurs propriétés, et le mode de leur action , amène des rapports qui n'existaient pas

auparavant, et de nouvelles substances bien differentes de celles qu’ils avaient coutume d'absorber. A l’occasion de certains états de maladie, les os deviennent rouges et charnus , les muscles blanchissent ou s’ossifient dans quelques points de leur étendue , le tissu cellulaire se convertit en cartilages , le foie se pénètre d’une graisse blanchâtre ou dégénère en substance cérébriforme , par le seul effet des modifications accidentelles de la sensibilité des vaisseaux absorbans dont se composent les tissus parenchymateux de tous ces organes. Chacune de ces espèces de parenchyme offre donc bien réellement une division du système général des vaisseaux absorbans , jouissant jusqu’à un certain point, durant l’état de santé, d’une vie particulière, quoique doués des mêmes qualités qui distinguent les vaisseaux de ce système ,* qualités que la faible excitation des humeurs séparées par la plupart de ces divisions rend obscures et quelquefois à peine manifestes , mais qui pourtant suffisent toujours à l’exercice des fonctions nutritives, de même qu’au maintien delà correspondance sympathique qu’on remarque entre toutes les parties de l économie animale.

Mais, indépendamment de ces centres d’absorption consacrés à la nutrition particulière des organes , il existe d’autres divisions du système

absorbant , lesquelles jouent un rôle plus important et présentent une utilité plus générale.

Nous connaissons déjà celle qui, formant la base du système nerveux, préside à l'accroissement du solide animal ; mais nous n’avons rien dit encore de l’une des plus remarquables et des mieux connues de ces divisions , de celle qui recueille la lymphe de toutes les extrémités, ainsi que le chyle produit parla digestion, pour verser ensuite ces liquides ,au moyen du canal thoracique , dans les veines sous-clavières. Une seconde division sur l’existence delaquelle les anatomistes ne s’accordent pas si généralement est celle qui se compose de cette multitude de vaisseaux absorbans capillaires , lesquels servant d’antagonistes aux vaisseaux absorba ns d’exhalation , résorbent les substances désormais superflues pour la nutrition, mais devant fournir matière à certaines humeurs excrémen-récrémentitielles , et les font rentrer dans le torrent de la circulation sanguine en les précipitant dans les dernières ramuscules veineuses ; ou bien , à la faveur d'un autre genre de terminaison , expulsent du corps celles de ces substances qui n’y doivent plus rentrer, en les versant dans certains grands émonctoires. Une autre division très-importante, quoique la nature n on soit pas plus généralement reconnue, est celle

qui puise dans 1 air atmosphérique le principe qui change le sang veineux en sang artériel autour des cellules pulmonaires. On peut même eu trouver d’autres tout aussi remarquables , soit dans les organes glanduleux et sécrétoires , soit dans la matrice et ses dépendances, ou nous les verrons présider aux premiers travaux de la conception , ainsi qu’aux premiers développemens du nouvel être qui va se former sous leur influence. Portons successivement nos regards sur chacune de ces fractions du système absorbant , et voyons si nous pourrons saisir avec les traits qui les distinguent les traits qui servent à les rapprocher , et doivent nous autoriser à les regarder comme appartenant au même système , malgré la dissemblance des effets qu’elles produisent.

§ I. De la division du système absorbant chargée de transmettre à la circulation sanguine la lymphe elle chyle .

Toutes les molécules nutritives qui sont puisées dans le sang ne se trouvent pas utilisées d’abord , la nature ne mettant jamais dans ses ceuvresune parcimonieuse précision. Le superflu , qui ne saurait en conséquence être admis comme identique avec la substance même des

organes, est recueilli par des absorbans qui se détachent de la profondeur de nos parties, est reporté dans le sang , s’y mêle aux principes de ce fluide pour s’en détacher de nouveau , et fournir encore à la nutrition répétée, à l’accroissement progressif des organes. Ainsi, quelqu’admirable que le travail de l’absorption nous paraisse par le rassemblement , par le mélange , par la réunion des matières absorbées , ce n’est pas dans cette seule opération que réside toute l’utilité du travail ; ce n’est pas par ce seul côté que cette fonction devient importante. La faculté que possèdent les vaisseaux absorbans d’aspirer toutesles substances exposées au contact de leurs orifices , cette espèce de succion toujours active qu’ils présentent ne s’applique pas seulement à faire passer les matières nutritives du sang dans les organes, à les y lixer, à les y combiner, elle prépare encore le renouvellement et l’entretien de la nutrition , et par conséquent de la vie , en faisant repasser des organes dans le sang un excédant qui peut être de nouveau soumis à l’action spéciale des vaisseaux chargés de nourrir et de faire croître nos parties.

Une branche considérable du système absorbant réunit donc et combine ce superflu de nos humeurs , ce résidu de nos organes , et la lymphe semble former le produit immédiat de cet assem-

blage et tîe cette combinaison. Les physiologistes ont pensé qu’il existait dans le nombre des principes constituaos du fluide lymphatique une grande variété de matières très-différentes les unes des autres , puisque toutes les parties solides ou fluides du corps animal , livrant à l’absorption le résidu de la matière organique dont chacune de ces parties est elle-même composée , il paraissait que la réunion d’une foule de substances semblables à celles de toutes les parties du corps devait produire un résultat fort compliqué , et que le fluide commun dans lequel on les supposait uniformément confondues , devait renfermer des principes analogues soit aux organes , soit aux humeurs qui en avaient été la première source. Toutefois , il n’en est pas ainsi : les vaisseaux absorbans d’exhalation élaborent le sang chargé de sucs alimentaires , et lui enlèvent les parties propres à la nutrition de 1 organe dont ils forment la base , c’est-à-dire, les matières qui doivent être contenues dans les tissus parenchymateux. l\îais , dans le même temps que ces vaisseaux sont occupés de cette importante opération , ils reçoivent eux-mêmes incessamment des nouvelles quantités du principe qui les constitue. Cet élément du solide vivant est fourni par la nature avec la même profusion que les autres matières qui entrent

dans la composition de l’économie animale : il y a donc aussi du superflu dans ce principe éminemment vital. 1: se passe aux extrémités absorbantes de 1 intérieur de nos parties à-peu-près ce que nous voyous arriver sur les surfaces séreuses lorsqu’il s’établit une fausse membrane : dans ce dernier cas , tou! ce qui ne s’organise pas dans la matière épanchée se trouve résorbé et rendu au torrent de la circulation : c’est précisément ce qui a lieu daus la profondeur de nos organes au moyeu de ces vaisseaux absorbans valvuleux que nous voyons parcourir les membres en longs canaux parallèles et noueux , pour aller aboutir à travers les ganglions glandulaires au canal thoracique ; ces vaisseaux se chargent de l’importante élaboration qui succède à celle de 1’ accroissement de chacune de nos parties , élaboration dont le résultat se trouve la production d’un fluide contenant déjà tout formés les démens du solide vivant qu’il doit concourir à

re£?euerer.

Eu effet , quoique la lymphe ressemble, au premier coup-d’œil, à la sérosité , il existe entre ces deux liquides plus de différence que d analogie : l’un et l’autre , à la vérité , sont limpides et transparens, du moins chez l homme ; mai* la lymphe se distingue d une manière tranchante de la sérosité; d’abord, par l’odeur de sperme

D e ô Maladie s. 20 >

humain que lui a reconnu M. Dupuytren , ensuite par une concrescibilitë spontanée supérieure à celle du sang veineux , égale à celle du sang artériel, et d’ailleurs tellement rapide quelle s’exerce à l’embouchure des vaisseaux par lesquels cette humeur s’écoule. Hewson dit avoir vu la lymphe se coaguler autour des lèvres d’une plaie des tégumens qui recouvraient le tibia , chez un sujet où les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés avaient été divisés accidentellement.

Le fluide des surfaces n’a jamais paru, dans les expériences de Cruikshank, avoir cette propriété que la lymphe possède de se coagulera l’air en s’extravasant ; et les essais que Hewson avait entrepris , dans la vue de prouver l’identité de ces deux sortes de fluides , n’ont jamais pu réussir à Cruikshank (1). J. Hunter est également bien éloigné d’attacher la même importance à la sérosité du sang qu’à la lymphe coagulante ; selon lui , l’usage de la première de ces liqueurs semblerait être uniquement de tenir suspendus les globules rouges du sang , ainsi que les matières étrangères à ce fluide qui peuvent s’y trouver mêlées dans certaines occasions. L’on voit, en effet, dans l’ictère , que le sérum est plus jaune qu’à l’ordinaire , et il c^fc

(1) Dumas, Physio/og. , t. u , pag. 224 et suiv.

également plus foncé lorsqu’on a pris de la rhubarbe (i).

Quant a la lymphe coagulante , ce physiologiste trouve qu’étant commune à tous les animaux , tandis que les globules rouges ne sont pas aussi généralement répandus , on doit croire qu’elle est la partie la plus essentielle du sang , et avec d’autant plus de raison , qu’on voit cette humeur être seule capable de subir , dans certains cas , des changemens spontanés qui sont nécessaires à l’accroissement et à la conservation des corps animaux (2).

La propriété de se coaguler spontanément , que possède la lymphe à un si haut degré, annonce d’une manière assez claire que ce fluide est déjà tout imprégné de la vie, et qu’il tient en fusion et rouie avec lui les élémens de ce solide animal dans lequel la sensibilité semble être généralement diffuse. Aussi voyons-nous que le sang dans lequel vont aboutir ces principes donne des signes de vitalité qui n’ont pu échapper à la sagacité de plusieurs physiologistes. Ces auteurs ont très-bien vu que les phénomènes observés pendant la concrétion de la fibrine indiquent tous une propriété vitale an a-

(1) If ailé du Sang eide l’infl. , t. 1, pag. (>3.

(2) Ibid , t. 1 , pag. 4g.

logue à celle qui décide les contractions des fibres musculaires. Hunier n’hésite pas à regarder ces deux propriétés comme identiques , à leur assigner une cause commune. ïhouvenel nomme la première concressibilitc plastique , pour signifier qu elle est du domaine de la vie. Parmentier et M. Déyeux, qui reconnaissaient au chyle assez de rapports avec le sang pour le regarder comme un vrai sang privé seulement de la matière colorante rouge, et qu’un excellent esprit empêcha daiileurs dadopter les préventions que pouvait suggérer leur science , ont bien également senti l influence de la vitalité sur la formation du caillot, puisqu’ils l’attribuèrent à la matière fibreuse du sa ns con-

tractée sur elle-même par uu mouvement semblable à celui des chairs expirantes (i).

L’écrivain anglais est même persuadé que le coagulum a le pouvoir , en certaines occasions , de produire des vaisseaux dans sa propre substance. Il assure être parvenu à pousser ses injections dans le commencement rl’une formation vasculaire du coagulum , lorsqu’aucun vaisseau ne pouvait venir des parties environnantes. Il compare ce fait et quelques autres semblables à ce qui se passe dans beaucoup

(i) Dumas, Phjsiol t. i, pag. 4^° > |33.

d’inflammations violentes où le sang extravasé forme des taches étoilées susceptibles d’être injectées comme les caillots , et surtout à ce qu’on sait avoir lieu dans la formation du poulet, où l’on voit une zone détachée au-delà des vaisseaux réguliers qui tiennent au petit embryon , laquelle est semblable à l’extravasation ci -dessus , et devient en peu d’heures vasculaire : d’où il conclut que ces parties ont la faculté de produire des vaisseaux en elles-mêmes en vertu d’un principe identique pour toutes, parce qu' elles possèdent de la matière vitale (i).

Les observations de ce physiologiste lui ont en effet démontré que tous les genres de mort qui empêchent la coagulation du sang détruisent aussi la contraction musculaire et l'irritabilité; que la faculté de se coaguler, de se concréter est accélérée ou ralentie , augmentée ou détruite dans le sang par les mêmes causes , les mêmes circonstances qui accélèrent ou ralentissent , augmentent ou diminuent dans les muscles la force de se contracter. Ce principe vital du sang que Hunter rapproche de celui des parties solides , doit , selon lui , son existence à la même matière vitale de laquelle chaque

(i) Traité du Sang et de ITnfl t. i , pag. i65.

partie de l’animal possède une portion , c’est-àdire, a quelque chose d’analogue à la matière du cerveau répandu dans tout le corps et même contenu dans le sang(i).

Les faits précédens , les opinions, les considérations diverses que nous venons d’exposer, en venant à l’appui de ce que nous avons avancé plus haut touchant l’espèce de nutrition dont le cerveau et le système nerveux se trouvent chargés , confirment également nos idées sur la nature du principe qui forme la base de la

(1) Ibid . , t. 1, pag. i58.

Hufeland émet une façon de penser à-peu-près conforme à celle de Hun ter, dans sa Palhogcnie. Il croit que si l’on examine de près la nature du sang et ses fonctions , on ne peut s’empêcher d’y reconnaître la pre'sence de la force vitale : c’est ce fluide qui fournit les élëmensde tous les organes ; il en est le conservateur : c’est par son interposition que se réorganise la continuité des parlies solides , lorsque, par quelqu’accident t elle a été détruite. Tout se lépare de lui , jusqu’aux fluides nerveux. Le sang a dans sa constitution un tel rapport avec le principe vital , que les affections de celui-ci ont la plus grande influence sur sa texture , et cela d’une manière si rapide , que, dans une saignée, une impression passagère de crainte a fait paraître le sang toul-à-fait dissous dans une palette, tandis que celui qui avait coulé avant et après avait une apparence toute opposée. Le même auteur se livre à des considérations semblables sur la liqueur séminale.

lymphe , principe que cette humeur apporte incessamment dans le sang au moyen de cette division du système des vaisseaux absorbans qui va se terminer par le canal thoracique aux veines sous-clavières, et dont les ramifications, plus apparentes et mieux connues, ont long-temps été prises et passent encore pour la totalité de ce système.

Mais avant que de pénétrer dans la grande circulation , ou plutôt , avant que d’y rentrer comme dans sa première source , la lymphe doit recevoir une augmentation et des modifications indispensables pour l’entretien et le renouvellement de la nutrition. En traversant les innombrables réseaux qui environnent les organes digestifs , cette liqueur, essentiellement animale , doit se mêler et se combiner avec Je produit des alimens, et si , d’un côté , le chyme en augmente la quantité, de l’autre elle imprime à ce mélange encore imparfait le cachet delà vitalité. Ce nouveau travail se passe comme tant d’autres dans le secret du système capillaire, et lorsque les résultats en deviennent palpables , nous ne retrouvons plus ni la lymphe qui venait des extrémités, ni le chyme absorbé dans les intestins. Le nouveau produit qui s’offre à nos regards est le chyle, fluide blanc dont les propriétés sont presque identiques avec celles de

la lymphe , et dont toute la différence paraît consister dans les globules qui lui donnent la couleur blanche.

Au reste, quoique la lymphe soit indispensable, selon toute apparence, pour la formation du chyle, il n’est pas aussi nécessaire que toute la masse lymphatique subisse la transformation chyleuse. Aussitôt après la digestion , les vaisseaux lactés reprennent l’apparence des autres \ aisseaux lymphatiques, et ne contiennent plus qu’un fluide diaphane, au lieu de la liqueur blanche qu’ils ont versée dans le canal thoracique tout le temps qu'a duré l’exercice des fonctions digestives. La lymphe reporte au sang le superflu d une première élaboration nutritive; mais elle ne pourrait le rendre capable de fournir longtemps à de nouvelles déperditions, si, dans son cours , la plus grande partie de sa masse, en se mêlant au chyme , ne transmettait à ce mélange les principes de la composition animale qui lui manquaient auparavant, et ne rétablissait ainsi la proportion des matériaux nécessaires pour réparer , accroître , développer toutes les parties organiques. C’est par le mélange de ces matériaux envoyés de tout le corps avec ceux du chyme extrait desalimens, que la nature reproduit sans cesse une liqueur éminemment nourricière , et la mieux adaptée possible

à l’entretien des organes et au renouvellement des humeurs.

SU. De la Division du Système absorbant chargée de résorber les humeurs qui ne doivent plus faire partie de nos organes.

Jusqu’ici nous avons trouvé le système absorbant toujours et uniquement occupé de la nutrition et de l’accroissement. Nous l’avons vu retirer du sang, dans le système nerveux, cette matière précieuse qui doit alimenter lesolide vivant ; nous venons de le voir s’appliquer à recueillir l’excédant de cette même matière pour l’aller mêler aux produits delà digestion, dans les nombreux réseaux lactés du bas-ventre , et la verser ensuite dans le sang veineux, au voisinage du cœur et du poumon, où ces fluides, mêlés et confondus , doivent recevoir une impression et des qualités nouvelles. Et , comme le solide vivant a peu besoin de nourriture, non- seulement parce qu’il ne forme qu’une très-petite partie de la totalité du corps , mais encore parce que sa substance souffre peu de déperditions (i), le

(i) Plusieurs auteurs recommandables, comme Bolin , Clifton Wintringharu, Schellamer , Lister, etc., pensaient que les parties solides n’éprouvaient pas de déperditions ;

canal thoracique , tout disproportionné qu’il paraît avec les gros troncs du système sanguin , suffit au passage de la lymphe et du chyle* , seuls liquides véritablement réparateurs du fluide sanguin artériel.

Nous avons fait également remarquer un autre genre de réparation opéré par le système absorbant : nous voulons parler de l’exhalation des matières diverses contenues dans les tissus, vasculaires et parenchymateux, espèce de nourriture que nous avons soigneusement distinguée de 1' accroissement des parties solides , et qui ne consiste qu'en une reproduction continuelle de sucs puises dans le sang par ces vaisseaux et sans cesse enlevés et renouvelés. Les humeurs ou les matières qui, après avoir rempli les parenchymes, les abandonnent sans retour, sont entraînées par une certaine portion du système absorbant chargée de les verser dans les extrémités capillaires des veines, pour que, de nouveau mêlées au

que l’identité de la personne est dans les solides primitifs : ce qui le leur faisait penser était la durée constante des marques de petite-vérole et des autres cicatrices. Haller opposait à ce sentiment les ch mgemens qui s’opèrent dans les os mais la terre calcaire qui en fait la dureté n'est qu’une parti#* contenue dans le solide vivant dont elle est le produit. Cette matière peut donc changer et se renouveler , quoique le solide vivant ne change pas.

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fluide sanguin, elles puissent, avant que Je sortir du corps, se transformer en excrémens récrémentitiels destines à diffërens usages : ou bien ceshumeurssont precipitëesdesuite parla même nature d absorbâtes sur les organes excréteurs, si leur présence doit être désormais plus nuisible qu’utile à l’intégrité des fonctions. C’est à ces dernières portions du système absorbant qu'est particulièrement applicable l’opinion trop exclusive de Mascagni , laquelle lui faisait regarder le système lymphatique comme l’antagoniste et le destructeur de la nutrition.

Il faut donc se garder de croire , avec la plupart des physiologistes , que le canal thoracique soit Tunique débouché de tous les fluides qui traversent le système absorbant pour arriver dans les veines. Ce canal , et le grand rameau lymphatique qui le plus souvent l’accompagne , portent l’humem qu’ils charrient dans les deux veines sous-clavières , d ou elle passe dans le cœur par le moyen de la veine cave supérieure ; et cette humeur, confondue, identifiée avec le sang , rentre dans cet organe immédiatement après avoir traversé le poumon pour retourner , imprégnée de nouvelles qualités vitales, dans toutes les parties du corps par la voie des artères. Si le canal thoracique était Je seul débouché du système absorbant , la masse du sang veineux ne se-

DES M ACADIE S

rail donc augmentée que dans l’espace qui se trouve entre les veines sous-clavières et le poumon ? Nous voyons au contraire que cette masse l est non-seulement dans cet espace, mais encore dans tout le système veineux (i).

Cette disposition fait assez comprendre la nécessité que tous les points de 1 économie animale soient garnis de suçoirs qui se réunissent aux capillaires des veines où ils versent les produits qu’ils ont absorbés ou résorbés. Ce sont ces produits qui entretiennent les proportions du sang veineux ; c est l’action de ces divers suçoirs qui fait entrer dans les veines la sérosité cellulaire et des grandes cavités, la graisse, la synovie, la moelle et les autres matières surabondantes, ou qui abandonnent les parties qu’elles occupaient. Que l’on compare toutes les bouches par lesquelles le sang artériel se dépense, avec les embouchures des deux troncs lymphatiques par lesquelles on suppose que passent tous les matériaux versés dans la masse sanguine, et l’on verra que si ces embouchures étaient les seules voies par les— quell es le sang pût recevoir des augmentations, il n’y aurait bientôt plus de sang veineux, et par conséquent plusde circulation. Cette considéra-

(i) M. Ribes, dans les Mémoires de la Société médic» d'émulation , t. vin, pag. ôi8.

tion est une nouvelle preuve que la plupart des fluides absorbés se rendent directement dans les veines, sans passer par le canal thoracique. Pourrait-on concevoir , d’ailleurs , que les veines ne recevant , jusqu’aux sous-clavières , autre chose que cette portion du sang , qui n’a pas été employée par les diverses exhalations nutritives, continssent néanmoins une masse de fluides plus considérable que tout le sang artériel (1) ?

Au reste, toutes les variétés du sang de la veine porte particulièrement, et celles du sang veineux en général, sont de très-fortes preuves que les substances absorbées se rendent directement dans les veines capillaires, et que ces vaisseaux reçoivent , aux différentes surfaces ou dans l’intérieur de nos organes , une multitude de substances diverses qui font que le sang veineux d’une partie diffère toujours en quelque chose de celui d’une autre. La lymphe ou le chyle n’offrent pas des variétés aussi nombreuses ni des qualités aussi disparates. De tous les fluides, ce sont ceux qui présentent le plus faiblement et le plus rarement les caractères des substances absorbées; tandis qu’on retrouve souvent dans les veines ces substances dans toute leurinté-

(i) Considérations sur les fonctions du système lymphatique , etc. ; par J. Duplan, in~4° , p. a5. Paris, i8oi>.

T)ES MALADIES. 2 I y

"rite, et sans qu’elles aient éprouvé d’altération.

On y a même plusieurs fois découvert du pus sans que rien portât à présumer que cette matière fut le résultat de l’inflammation de ces vaisseaux: il existait seulement, dans ces différens cas , des abcès ou des foyers purulens dans quelque partie du corps. Chez une femme morte à la suite d’une péritonite, presque toutes les veines de l’abdomen étaient remplies de sanie purulente. M. Chaussier, qui a de fréquentes occasions de faire des autopsies à la suite de ces sortes de maladies , trouve souvent de la matière sanieuse dans les veines des viscères de l’abdomen ; on rencontre même quelquefois , dans ces sortes de cas, le pus mêlé au loin dans le sang, et paraissant avoir circulé avec ce fluide (i). Enfin, dans le voisinage des cancers et dans quelques autres circonstances, beaucoup de points luisans surnagent au milieu de ce fluide, et ces points luisans ne sont autre chose que des globules de graisse. M. Piibes assure n’avoir jamais rencontré rien de pareil dans les artères ou dans les lymphatiques, quoiqu'il ait attentivement observé ces vaisseaux (2).

(1) M. Ribes, dans les Mémoires delà Société médic^ d'émulation , t. vnr, pag. (j j/^.

[ 2 ) Ibid.

Devons-nous tirer de tous ces faits les mêmes inductions que le physiologiste qui les rapporte ? Croirons-nous avec lui que ce sont autant de preuves de l’absorption des veines? On a déjà pu voir ce qu’il fallait penser de cette absorption veineuse qui nécessite le transport sur un système de vaisseaux des propriétés dévolues à un autre système , qui accumule sur le même ordre de vaisseaux des propriétés essentiellement contraires. Certes , si les artères exhalent , les veines peuvent bien absorber ; si les artères se terminent par d’innombrables orifices qui versent des sucs séreux et nutritifs, les veines peuvent bien naître dans les surfaces cellulaires et membraneuses par des villosités à-peu-près analogues. Mais s il est prouvé que ces deux ordres de vaisseaux s abouchent réciproquement, s’anasfomosent , sont enfin par-tout continus; s’il sont toujours plus ou moins remplis d’une colonne de sang qui part du cœur et revient au cœur; s'ils se font remarquer par le faible degré de sensibilité et d irritabilité qu’ils outen partage, comment concevoir qu’ils aient en même temps des bouches béantes et libres , des canaux vides ou pleins indifféremment, une sensibilité très-facilement mise en jeu et soumise à des variations continuelles ? Car toutes ces propriétés sont nécessaires pour exercer les fonctions qu'ou leur

suppose, et toutes ces propriétés sont contraires aux fonctions qui leur sont réellement dévolues par la nature.

D'ailleurs, M. Ribes lui-même va nous fournir un fait précieux que nous ne pouvons mauquer d’opposer aux partisaus de cette opinion. Il avance qu il avait long-temps conjecturé que les vaisseaux lymphatiques existaient dans la cavité médullaire des os , absorbaient la moelle et s’abouchaient aux veines , et il déclare que l’expérience est venue en partie vérifier ses conjectures , en lui montrant que l’injection des veines sus-hépatiques peut remplir les vaisseaux lymphatiques superficiels du foie. Cette expérience, répétée plusieursfoisaveclemême succès, prouve évidemment que tous les vaisseaux delà nature des lymphatiques ne vont pas en totalité se rendre au canal thoracique (i). Et , si l’on se rappelle que Y ieussens a vu de la même manière de ces sortes de vaisseaux se rendre dans les veines ; que le même anatomiste assure avoir vu dans ses nombreuses injections, en même temps que des lymphatiques artériels partant des parois des artères capillaires , des lymphatiques veineux s’abouchant aux parois des veines

(i) Mémoires de la Société médicale <C émulation , t. vin . nac. 618, note.

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capillaires; que Senac, et quelques autres ana* tomistes dont l’exactitude est connue, admettent l’existence de ces sortes de vaisseaux, qu’ils distinguent soigneusement de ceux qui vont se rendre au canal thoracique, on ne pourra se défendre de partager cette fois l’opinion de M. Ribes.

Pourquoi faut-il que , malgré ce fait remarquable qui lui est particulier, et les données fournies par quelques grands anatomistes des derniers siècles , il persiste toujours à croire que les veines sont douées de la propriété d’absorber ? qu’il aille même jusqu’à penser que le nombre de ces vaisseaux surpasse celui des artères et des lymphatiques dans la texture cellulaire , ainsi que dans les corps caverneux , le parenchyme de certains organes et le tissu spongieux des os ; jusqu’à penser que ces parties, où tant de mouvemens se font apercevoir , où tant de flux et de retlux s'établissent, en sont même formées ! 11 est vrai qu’il ajoute à l’instant : ou que ccs vaisseaux dit moins font avec elles un corps continu , ce qui n’est plus du tout la même chose, et meriled’être soigneusement distingué.

Blais, nous le demandons , sur quoi peut se fonder l’opinion qui fait jouer un rôle si important aux veines , lorsque ces sortes de vaisseaux avaient paru dans le principe notre uniquement.

destinés qu’au retour du sang des extrémités au cœur ? On s’éiaye d’abord des considérations précédentes et des faits déjà cités, tendant à prouver que le canal thoracique n’est pas le seul débouché des fluides qui vont augmenter la masse du sang veineux. Mais de ce qu’il est démontré que ce canal ne peut suffire aux usages qu’on lui attribue , s’ensuit-il rigoureusement que les veines doivent absorber ? il suffit de voir par quels caractères tranchés les vaisseaux absorbans se distinguent des veines, pour être loin d’admettre entre ces vaisseaux une telle identité de fonctions. Le second appui qu’on cherche à l’absorption veineuse dans le succès des injections et dans quelques phénomènes cadavériques , pathologiques et physiologiques, dont nous allons nous efforcer de faire apprécier 1 importance , pourrait bien ne pas présenter à l’examen une solidité beaucoup plus grande.

Si les injections citées en faveur de l’absorption veineuse ne tendaient qu’à prouver la continuité des veines avec les vaisseaux du tissu cellulaire et de certaines autres parties, nous nous contenterions de renvoyer à ce que nous avons pu dire sur ce sujet dans le chapitre où nous avons montré cette continuité toujours existante sur le cadavre, quand la mort a fait tomber les barrières que la sensibilité mettait

pendant la vie entre tous les vaisseaux. Mais lorsque, par les procédés employés pour exécuter ces injections , par les circonstances choisies pour en obtenir la réussite, on est amené à croire qu’il existe une énorme différence entre la facilité que les artères ou les veines peuvent avoir à communiquer dans certains parenchymes , dans certains organes ; mais lorsque le résultat de ces injections fait accorder aux veines une immense supériorité sur les artères et même sur les vaisseaux absorbans dans la composition de certaines parties , et dans les mouvemens qui s'y opèrent ; lorsque, d’ailleurs, ces résultats sont en opposition avec ceux qu’avaient obtenus et proclamés les anatomistes les plus habiles dans l’art des injections, les Ruisch , les Vieussens, les Mascagni , les Cruikshank , nous devons porter des regards attentifs sur ces procédés , sur ces circonstances , sur ces résultats , et voir s’il ne s y est rien glissé qui ait pu faire tomber dans l’erreur.

Or , nous voyons que M. Ribes ne réussissait dans ses injections des veines qu’en forçant les valvules sur des sujets arrivés à un commencement de putréfaction (i). Il convertissait alors

(i) Mémoires de la Société médicale dé émulation , t. vui , pag. 609.

la peau en une lame d'injection ; le tissu cellulaire , le placenta , devenaient des masses. Doiton s’étonner de ce résultat quand la'dissolution des parties membraneuses favorisait l’extravasation des liquides à travers les parois vasculaires ? Peut-on raisonnablement arquer de ce fait une plus libre communication entre les veines et le tissu cellulaire , qu’entre ce dernier et les artères ou les vaisseaux absorbans? Les artères, d’un tissu plus ferme et moins promptement attaquées par la putréfaction, présentaient à 1 opérateur des résultats bien différens sans doute ; mais nous ne croyons pas que cela tînt en aucune manière au peu de rapports de ces vaisseaux avec le tissu cellulaire. Schreger, qui a démontré que le succès des injections veineuses dépendait uniquement de l’étal de putréfaction des tissus , a fait voir , par des expériences positives, que , dans les parties nouvellement frappées de mort, et lorsque la vitalité maintient encore les voies naturelles dans leurs véritables rapports, les matières injectées passent, au contraire, plus facilement des artères dans les parenchymes et le tissu cellulaire , taudis qu’après un certain laps de temps et pas plus tard que le lendemain de la perte de la vie , lorsque la cohésion des tissus commence à s’affaiblir , ce sont les veines qui paraissent livrer un passage

22/f. DU SIÈGE ET DE LA NATURE

plus facile aux injections (i). Cette différence , au reste, se comprend très-bien quand on songe à la force d’astriction et d’élasticité que les artères possèdent et conservent long-temps après la mort , et au peu de force et de résistance que présentent les veines , et dont ces vaisseaux se trouvent encore bien plus tôt dépouillés que les artères. Nous devons donc recevoir avec une extrême défiance les inductions tirées des injections pratiquées sur les cadavres dans un commencement de putréfaction, et dans lesquelles encore on a poussé les matières avec assez de force pour surmonter la résistance des valvules.

Maison ajoute que, sur un cadavre teuu pendant quelque temps dans une température élevée , le tissu cellulaire se gonfle , les veines deviennent apparentes , contiennent de l’huile grasse et surtout de l’air en communication avec celui qui distend le tissu cellulaire ; que si , dans de pareilles circonstances , on frotte un membre séparé du corps dans le sens de la circulation veineuse, on voit découler des veines un liquide rougeâtre , quelquefois une matière fibrineuse et concrète, et toujours un peu d’huile grasse (2).

(1) De Functione PLacenlœ ulerinœ. Erlang, 1 799 >

pg. 3y.

(2) M. Ribes , dans les Mémoires de la Société média* d’ émulation , t. yiii , pag. 6it3.

Eh bien , que trouve-t-on dans ces nouveaux faits , si ce n’est la preuve de la faible cohésion des tissus veineux , de la distension facile des pores dont se trouvent garnis ces vaisseaux devenus capillaires et dans lesquels s’implantent les vaisseaux absorbans ; la preuve enfin de la communication de ces vaisseaux avec le tissu cellulaire, que nous sommes loin de vouloir révoquer en doute ?

D un autre côté , lorsqu’on trouvera quelques rameaux veineux plus ou moins rougis dans le foyer d’une violente inflammation, sera-t-on en droit d’en conclure que ces vaisseaux sont les seuls artisans de cette inflammation ? Suffira-til d’assurer que les vaisseaux lymphatiques ne présentent pas une égale altération ? comme si , dans le désordre, il était possible de distinguer ces deux sortes de vaisseaux parmi tant de capillaires divers également gorgés de sang. Une partie qui contenait la veille des sucs blancs et présentait une couleur analogue, devient toutà-coup d'un rouge plus ou moins foncé, et la présence du sang qui pénètre accidentellement cette partie suffira seule pour faire regarder les vaisseaux qui s’en trouvent momentanément injectés comme des vaisseaux sanguins ; et les vaisseaux sanguins, qui ne répondent pas même

apres la mort a la puissante excitation du galvai. 1 5

nisme , seraient, pendant la vie, le siégé de celte vive sensibilité , de cette turgescence , de ces afflux irréguliers d humeurs qui s’observent daus l’érysipèle, le phlegmon, et, en général, dans les inflammations ? Nous ne pouvons le penser.

On ne manquera pas de répondre à cette objection que les veines ne paraissent pas, durant la vie, aussi dépourvues de sensibilité qu’on le croit communément ; que les tissus caverneux, regardés par quelques physiologistes comme étant particulièrement composés cle veines , sont essentiellement susceptibles d’érection ; qu’ils jouissent même , à un très-haut degré , de la faculté de se resserrer , de se contracter; que les corps caverneux de la verge ont souvent été trouvés appliqués contre la symphyse du pubis, dans un état de rétraction qui en diminuait singulièrement le volume et les rendait très-durs; que le tissu spongieux , le bulbe de l’urètre et le gland sont aussi très-souvent pris de cette contraction, de ce resserrement , qu’on a également remarqués dans le tissu de la rate et des poumons sur les animaux vivans soumis à des expériences.

Loin de repousser de pareils faits, nous les accueillons avec empressement pour les opposer à l’assertion qui les précède. Non , nous le disons avec confiance , malgré l’imposante autorité des illustres physiologistes qui ont mis

en crédit cette opinion ; non , nous ne pouvons croire que des tissus doués de cette sensibilité délicate qui les fait se remplir et s’ériger par le simple effet des sensations fugitives de la vue et de 1 imagination ; que des tissus doués d’une contractilité semblable à celle qu’on vient de nous représenter ; que des tissus qui sont destinés à être tantôt vides , tantôt pleins , soient étrangers au système des vaisseaux absorbans, et se trouvent en grande partie formés de veines. Qu’on y reconnaisse un plexus veineux considérable et très-compliqué , la chose est palpable ; mais que ce plexus veineux soit le siège des mouvemens spontanés qui s’y manifestent, c’est ce qui n’est nullement démontré; mais que ce plexus veineux ne serve pas de base aux radicules absorbantes dont les entrecroisemens forment les cellulosités dans lesquelles s épanché le sang , et dans lesquelles il est repris pour rentrer dans les veines , c’est encore ce qui n’est nullement démontré. Sans doute, ces parties sont constamment rouges et to it-r.-fait imprégnées de sang ; mais nous avons vu qu’il fallait juger de la nature des vaisseaux plutôt par leurs propriétés vitales que par l’espèce de fluides qui les parcourt ; nous avons surtout vu que les vaisseaux absorbans étaient susceptibles de se laisser pénétrer indifféremment de toutes sortes

d’humeurs et même de molécules solides, selon la nalure des parenchymes dont ils étaient appelés à former la base. Le sang qui baigne les corps caverneux ne doit donc pas faire prendre tous les vaisseaux qui les composent pour des vaisseaux sanguins , et, au contraire, l’action nécessaire de l’absorption pour faire passer le sang des veines dans les cellulosités , l’action toujours nécessaire de l’absorption pour faire rentrer le sang dans le torrent circulatoire, doit nous autorisera dire que là , comme partout ailleurs, le système absorbant est chargé des mouvemens instantanés , irréguliers , indépendans de la circulation que présentent à l’observateur ces sortes de parenchymes.

Nous sommes donc fondés à regarder les veines comme lout-à*fait étrangères aux mouvemens de résorption qui font rentrer dans la circulation sanguine les d bris des matières solides ou le superflu des fluides contenus dans les divers tissus vasculaires et parenchymateux , et nous ne pouvons douter que le système absorbant n’y prenne au contraire une part très-active. D’un autre côté , nous avons acquis la certitude que la portion de ce système qu’on peut nommer par excellence lymphatique, puisqu’elle est uniquement consacrée au retour de la lymphe et au passage du chyle formédu mélange du chyme

et de celte liqueur , est totalement étrangère à cette résorption ; de sorte qu’il faut de' toute nécessité que cet important travail soit opéré par certaines divisions du système absorbant qui, partant de la profondeur des organes ou des surfaces cellulaires et membraneuses, se rendent diîectement dans les veines et dans les excrétoires.

Ce mode particulier de circulation peut seul expliquer la promptitude avec laquelle une quantité considérable de certaines boissons passe ou canal intestinal dans les voies urinaires; peut seul faire comprendre comment les affections nerveuses, le premier stade de ia fièvre, l’impression d un air froid , 1 effet d’une frayeur subileou d’une vive émotion de lame déterminent un flux d’urine si abondant et si prompt , qu’il est impossible de supposer que cette liqueur ait traverse le système vasculaire avec la masse du. sang ; peut seul donner la raison qui fait que les asperges , le nitrate , le prussiate de potasse, introduits dans 1 estomac , donnent bientôt dans les urines des signes certains de leur présence, tandis que le sang veineux, du moins celui que 1 on tire du bras , ne manifeste aucune altération et ne contient aucune matière etrangère(i); peut

'i; Darwin ; Zoonomie , cite par Grimaud , second Mémoire sur la Nutrition , pag. Doct. Wollaston .

seul donner la raison qui fait qu’uneliqueur chargée de principes odorans , versée dans le basventre, fait connaître de suite sa présence dans le sang veineux (i) , et qu’une liqueur analogue , versée dans les intestins , pénètre promptement dans les vaisseaux lactés et reste étrangère aux veines (2) ; la raison qui fait qu’une nourrice éprouve, peu de temps après avoir pris des alimens , surtout liquides , un sentiment d'ascension du lait, accompagné d’un gonflement bien marqué de tout le tissu cellulaire avoisinant les seins (3); la raison qui fait que le lait retient l’odeur et les autres qualités dominantes des alimens, quoique le sang formé par ces alimens et les humeurs dérivées du sang ne présentent ni la même odeur ni les mêmes qualités (4) ; peut seul, enfin, donner la raison qui fait que certaines substances, comme le lait , beau pure ou mêlée d’essence de térébenthine, introduites dans une plaie des tégumens, pénètrent

dans les Annales de Littérature médicale étrangère , décembre 1 8 1 3 , pag. b/, 2.

(1) Bibliothèque médicale , t. xxxn, pag* 17-

(2) Hunier, cité par Grimaud, second Mémoire sur la Nutrition , pag. 43.

(3) Grimaud, premier Mémoire, pag. i36.

(4) Prosper Marlian , de JN al puer , pag. 28. Grimaud, Mémoire sur la Nutrition.

dans les vaisseaux ly mphatiques valvuleux et non dans les veines (i) ; tandis que certaines autres substances, comme l’ upcis-tieutè , par exemple, introduites de la même manière, pénétrent, au contraire, rapidement dans les veines , comme le prouve une belle expérience rapportée par M. Magendie (2).

Après des ellets aussi divers , conservera-t-on le moindre doute sur l’existence des petits centres d absorption que nous venons d'admettre, chacun desquels, modifié suivant la partie qui lui donne origine et suivant la diversité des irrilans , dirige les matières résorbées sur les veines , sur les vaisseaux lactés, ou sur certains organes excréteurs ? Peut-on expliquer autrement que par les propriétés connues des vaisseaux absorbans , les résultats en apparence contradictoires obtenus par les expérimentateurs ? L’action spécifique qui choisit et pompe ces matières ; l’action irrégulière qui tantôt les prend , tantôt les laisse , tantôt les meut rapidement , ou d’une manière insensible ; l’action dépravée qui les produit et les verse parfois en si grande abondance , que toute l’économie animale semble se résoudre dans ces sortes de

(1) Schrcger, de Funcl. placent, nier pag. io, i i; i/t.

(2) Bibliothèque médicale , t. xxv, pag. r2(jS.

colliquations , tous ces phénomènes découvrent la véritable nature des vaisseaux chargés d’opérer les mouvemens de résorption exécutés dans l’économie animale, et ne permettent pas de penser que les veines puissent être chargées de ce travail, pour lequel les propriétés dont ces vaisseaux se trouvent pourvus seraient tout-afait impuissantes.

§ III. De la Division du Système absorbant chargée de mêler avec le sang Voxigene puisé dans b air atmosphérique .

Quoi qu’il en soit , le sang noir , après avoir reçu du système lymphatique le résidu du travail digestif et sécrétoire dont les vaisseaux lactés sont le puissant instrument , a besoin d’éprouver une dernière modification sans laquelle il serait encore impropre à l’entretien de la vie. C’est dans le poumon qu’il doit se mêler au principe excitant, à l’aliment spécifique d’où vont dériver ses qualités artérielles , et nous retrouvons ici, comme par-tout ailleurs, le système absorbant chargé du rôle principal. Les vaisseaux de ce système puisent l’air que l’inspiration introduit dans les cellules pulmonaires, le mêlent au fluide sanguin, en favorisent la décomposition, et rejettent au dehors les résidus de celte sécrétion, de cette combinaison d'une

espèce particulière. Puis , à mesure que la salutaire influence de l’oxigène a donné au sang de nouveaux caractères , ce fluide est conduit au cœur , et de là daus toutes les parties , où il va porter l’excitement et la nutrition. La disposition des réseaux vasculaires qui entourent , comme l’a vu Malpi ghi (i) , les milliers de vésicules dont se compose l'organe pulmonaire , ne permet guère de douter de cette vérité , confirmée d’ailleurs parles expériences de plusieurs physiologistes. Swammerdam prouva que l’air se mêle réellement au sang dans la respiration , eu rapportant une expérience par laquelle , suivant la méthode de Ilook, il insufflait les veines pulmonaires par la trachée-artère, et parvenait de cette !

manière à remplir d’air le ventricule aortique luimême (2). Borrichius certifia, de son côté,l’exactitudede ces résultats comme témoin oculaire(3). INous avons vu , dans le commencement de cet ouvrage , que les injections de Vieussens avaient pénétré tous les vaisseaux blancs qui forment la masse des poumons, indépendamment des artères et des veines ; et nous trouvons qu’en les

(1) De Pulmonibus , pag. 1 85.

(2) De Respiratione , in-8°.

(3) Barthol. , Episl. , lib. îv , uxvi , VaS- *44* JiUt, de la Médecine, de Sprengel ? t. iv, pag. 180.

poussant clans la trachée-artère* il les faisait passer clans les veines pulmonaires et le ventricule gauche du cœur, ce qui lui fit penser que l’air prenait la meme voie chaque fois que nous respirions (i). L’académicien Bouillet , rappelant ces expériences et celles de Sylvius , de Thruston et de Berger, qui consistaient à verser peu à peu de l’eau tiède colorée dans les bronches , et à la faire ainsi pénétrer dans la veine pulmonaire , sans y employer aucune force et sans comprimer les poumons , s’attacha dans ses écrits à démontrer que cette eau, versée dans les vésicules pulmonaires , pénètre , s'insinue dans les veines au moyen des vaisseaux que Vieussens désignait sous le nom de lymphatiques artériels nerveux (2).

De nos jours, M. le professeur Chaussier, considérant la structure de l’organe pulmonaire, le grand nombre de vaisseaux et de glandes qu’il contient, la grande quantité d’urine que rendent dans les temps humides et pluvieux certains malades auxquels on interdit les boissons, î’odeur aromatique que contracte ce liquide lorsqu'on respire une atmosphère contenant des huiles volatiles en expansion , la teinte noirâtre

(î) McJad. int., t. 11 , pag. 8.

(?.) Académie royale dus Sciences , >7*3*

DES M A L A D I ES. 2~5

que prennent les glandes lymphatiques pulmonaires chez les ouvriers qui travaillent dans un air chargé d’émanations carboneuses, l’absorption qui se fait continuellement des fluides muqueux exhalés sans interruption dans les cavités bronchiques, et celles non moins certaines des liquides aqueux introduits par accident ou par \oie d’expérience dans les cellules aériennes , en assez petite quantité pour ne pas déterminer à l instant la suffocation , établit comme un principe fondamental que le poumon est un organe essentiellement absorbant (i). L’on sait que Cruikshank regardait également ce viscère comme l’un de ceux où l’on rencontre le plus de vaisseaux absorbans avec ou sans valvules.

Il est donc vrai de dire que dans les phénomènes de la coloration du sang artériel , l’oxigène , au lieu de traverser mécaniquement les prétendues porosités des vésicules pulmonaires, est puisé par les vaisseaux absorbans. Quelques physiologistes ont déjà été tentés d’admettre cette absorption , et n’ont été retenus que par la théorie au moyen de laquelle on l’expliquait. 11 est impossible, en effet , d’admettre avec les

( i ) Cité par M. Coûta nccau , dans son Mémoire sur V application des lois chimiques aux phénomènes i le. la respiration. Bibliothèque tnédic. , t. xxxvn , pag. 283»

partisans actuels de cette opinion , que l’oxigène parcourt toutes les voies de la circulation lymphatique pour arriver au sang pulmonaire. On aurait une idée bien plus juste de ce phénomène si l’on connaissait mieux les propriétés du système absorbant ; si i on n’assimilait pas les mou* vemens qui s’opèrent danscet ordre de vaisseaux à la circulation artérielle ou veineuse; si l’on admettait qu’une partie des vaisseaux de ce système reste vide la plupart du temps , et n’est mise en action que momentanément; si l’on convenait que, dans certaines portions de ce système , les substances absorbées parcourent un trajet très-court pour arriver à leur destination et qu elles y parviennent sans se mêler au torrent circulatoire , car c’est précisément ce qui a lieu dans le poumon.

Cette vérité jaillit de tous les phénomènes de la respiration. On voit les vaisseaux pulmonaires recevoir la quantité d’air respirable qu’ils peuvent contenir ; exercer sur ce fluide une «action qui l’altère et le décompose ; en retirer tout ce qui est nécessaire à l’entretien delà vie; rejeter le superflu avec la portion d’air ou de gaz impropre à la respiration que l’atmosphère leur fournit; former enfin dans le poumon d’autres principes qui se mêlent à ces résidus, et sortent avec eux pendant l’expiration. L’organe pulinouaire

DES 31 A L A D I E S. 057

choisit donc et pompe, à la manière des vaisseaux absorbans, le principe qui sert à l’entretien de la vie. Cet organe évite et refuse comme ces vaisseaux ce qui pourrait lui devenir nuisible ou l’oflenser. La résistance qu'il apporte contre un air vicié , uu gaz délétère dont l’impression l’affecte ,en lui causant desmouvemens extraordinaires, manifeste dans les vaisseaux quile composent le même genre d irritabilité que nous avons vu caractériser les vaisseaux absorbans. Qu’on y introduise une vapeur âcre par voie d’expérience , sur-le-champ les parties internes de ce viscère s’irritent et semblent battues de convulsions; qu’on en touche la superficie avec une brosse ou la pointe d’un scalpel , comme l’a fait \ arnier , et de suite on le verra s irriter, rougir se gonfler, se durcir et même s’enflammer. En y faisant pénétrer un peu d’eau styptique, ce physiologiste a crispé les vaisseaux aériens, et toute la substance du poumon s’est contractée. Lorsqu il employait des irritations légères , il ne faisait que ranimer les mouvemens de la respiration et les rendre plus fréquens (i). D’où l’on voit que l’action et le mouvement des organes pulmonaires ne leur sont pas seulement communiqués par le thorax ; mais que, doués d’une

' 1 ) Dumas , Phjsiologie , t. 111 , pag. 58.

force active, ces viscères concourent directement par eux-mêmes aux. phénomènes de la respiration , et se comportent , à l’égard de l’air atmosphérique , de la même manière que les autres parenchymes le font à l’égard du sang artériel, et toujours en vertu de l’action spécifique des vaisseaux absorbans , qui forment la partie agissante de leur texture.

Si les moyens qui excitent la vitalité de ce centre d’absorption pulmonaire manifestent 1rs propriétés que ses vaisseaux ont en partage , les moyens qui tendent à paralyser son action ne montrent pas moins clairement la nature des fonctions qu’ils exercent. Ces moyens confirment également l’existence d’une certaine liaison , d’une espèce de fusion établie entre ces sortes d’absorbans et les nerfs de la huitième paire, fait intéressant que la dissection avait déjà découvert à Vieussens. La ligature de ces nerfs nefait cesser, en effet, l’action chimique de l’air qui donne au sang noir la couleur royge, que par cela seul qu’elle détruit le jeu de ces vaisseaux , lesquels n’absorbent plus l’air introduit dans les cellules bronchiques parla respiration, et l’empêchent ainsi de pénétrer comme il convient dans le tissu intérieur de l’organe : ce qui le prouve, c’est que le trouble imprimé par la douleur à la respiration suffit pour altérer la

DES MALADIES. 2 3g

couleur rouge du sang artériel , et pour le rendre noir, comme ferait la section des nerfs qui vont aux organes pulmonaires, parce que, durant ce trouble, 1 air n’y pénètre plus assez librement: ce qui le prouve , c’est que le sang artériel ne se noircit pas dès que la section des nerfs est faite, et qu il ne prend la couleur noire que lorsque l’air déjà contenu dans le tissu intérieur des poumons est totalement décomposé : ce qui le prouve , c est que la section des nerfs opérée, et le sang ayant passé du rouge au noir , on rétablit la couleur rouge si l’on introduit forcément ou de 1 air atmosphérique, ou del oxigène, par une impulsion mécanique dans les poumons: ce qui le prouve enfin , c’est qué les animaux soumis a la section des nerfs de la huitième paire sont en proie aux accidens qui résultent de la privation dair, plus tôt qu’à ceux de l’asphyxie par les gaz délétères et non respirables (i). Ces résultats obtenus par un célèbre physiologiste, M. le professeur Dumas, confirment pleinement les premières données fournies par Vieussens , lequel avait vu les filets nerveux de la huitième paire se perdre et se confondre dans les parois des lymphatiques, dont il trouvait les poumons

KifjUoth'vque médicale , t. xxm , pag. Jauni, ■-icM. SediIJot , t. xx x.i 1 1 , décembre i8o3.

en grande parlie formes (i); confirment egalement les idées de M. le professeur Chaussier sur le mode d’action et la nature des organes pulmonaires, et doivent ajouter un nouveau poids aux considérations qui nous ont fait admettre la division du système absorbant par fractions isolées et , en quelque sorte , indépendantes les unes des autres.

Nous pouvons ajouter que les fonctions de l’organe pulmonaire ne se bornent pas à introduire ou à combiner les principes de l’air dans le sang ; mais que cet organe possède certaines autres attributions qui prouvent le grand nombre et l’activité des vaisseaux absorbans dont il se compose. Le fluide veineux, en circulant dans l’artère pulmonaire, cesse de recevoir , comme dans les canaux qu'il vient de parcourir, des humeurs qui lui sont étrangères ; il joue, au contraire, dans les poumons le rôle que le sang artériel jouait par-tout ailleurs; il se dépouille de certaines parties surabondantes au ipoyen de ces bouches toujours actives qui sont implantées sur les parois des capillaires artériels, et qui, dans la plupart des autres parenchymes, enlèvent au sang rouge les produits de l'exhalation nutritive. M. Magendie semble avoir mis hors de

(i) Malad . int. , t. n , pag. 7.

doute celte action particulière des vaisseaux absorbans pulmonaires, par une expérience qu’il 11e sera pas inutile de ('aire connaître ou de rappeler à la mémoire. En injectant peu à peu dans les veines d’un chien médiocre un litre d'eau distillée à 5f> ou J^o degrés de température , ce physiologiste produisit une augmentation si subite et si considérable des liquides circulatoires et une telle distension des vaisseaux, que l'animal pouvait à peine se mouvoir, et que les membres paraissaient ankylosés. Bientôt la respiration

devint accélérée; l’animal fut haletant; une quantité prodigieuse de vapeurs sortit avec l’air expiré ; l’eau coula même de sa gueule, et en moins d’une heure l’animal reprit son état ordinaire (1). La vapeur pulmonaire ne doit donc pas naissance à une combinaison chimique opérée dans les poumons, et cette vapeur est formée par l'action perspiraloire de cet organe. Ou conçoit que l’économie animale peut , dans certains cas , se débarrasser par cette voie, soit d’une trop grande abondance d eau qui serait mêlée au sang , soit de certaines autres matières qui se trouvent dans le système circulatoire et doivent être rejetées au dehors. L’haleine fétide de quelques personnes, l’haleine contagieuse

1 j B ibtioihecjue médicale, t. xxxii , pag. i5.

des malades atteints de fièvres pestilentielles, Fhaleine cadavéreuse des agonisans, et plusieurs autres particularités de ce genre, viennent à l’appui de cette opinion.

Mais s’il existe dans les poumons des vaisseaux absorbans qui partent des parois artérielles capillaires , il y a également des vaisseaux de cette nature qui aboutissent aux parois veineuses ; de sorte que le sang artériel renfermé dans les veines pulmonaires , au lieu de donner, comme par-tout ailleurs , reçoit à son tour dans cet organe. Il est vrai que ces canaux n’ont probablement à lui rapporter qu’un certain nombre de particules gazeuses!' échappées à la combinaison qui s’est opérée autour des vésicules, ou bien le sang lui-même, que la moindre irritation sur ces tissus délicals peut faire sortir de ses vaisseaux, et qui s’y trouve ramené par cette voie. Ce dernier usa^e rend même ces canaux d’une, grande importance, puisque c’est par leur moyen que s’exécute la résolution des nombreuses inflammations qui surviennent dans cette partie. On conçoit qu’il ne doit pas résulter des dispositions que nous venons de signaler une aussi grande étendue dans le système veineux pulmonaire que dans celui du reste du corps : aussi les poumons présentent-ils , sous ce rapport , le contraire de ce qu’on voit par-tout ailleurs;

les vaisseaux veineux semblent y avoir moins de capacité que les artères. C’est une observation qui n est point échapée à plusieurs célèbres anatomistes , tels que Helvétius, Winslow, Santo) ini , Michelot , Haller, Meckel , qui tous ont constamment trouvé que la somme des artères réunies surpasse de beaucoup celle de toutes les veines pulmonaires jointes ensemble.

Remarquons en passant que Bichat , entraîné par les théories de Fabre , s’était fait une fausse idée des mouvemens intestins des poumons. La manière de voir qu’il avait adoptée sur ce qu’il nommait le système capillaire , lui fit avancer que la circulation du sang dans les organes respn atoires était , comme par-tout ailleurs , sous 1 influence des forces toniques de la partie , et non sous celle de l’impulsion du cœur, qu’il regardait comme se terminant à l’extrémité des rameaux de l'artère pulmonaire (i).Mais comment concevoir que cette impulsion s’atténue s anéantisse dans le court trajet que le sang se trouve parcourir de l'oreillette droite aux rameaux de cette artère l Cette objection est si naturelle , que Bichat lui-même, voulant expliquer comment l’équilibre s’établit entre le système capillaire des poumons et celui de Joules

(i) A nalomie generale , t. n, pag. 5/f5.

les autres parties, oublie qu’il n’admet pas l’influence du cœur sur les capillaires, et donne entre autres raisons celle que, dans les poumons, il n’y a qu’une seule impulsion , qu’une seule direction , et que le voisinage du cœur pour ce viscère, et l'éloignement du cœur pour les autres parties , sont des causes réelles du maintien de cet équilibre (i). Or , comment le voisinage du cœur peut-ii accélérer le passage du sang à travers les vaisseaux pulmonaires , si l’action s’en trouve arrêtée vers les rameaux de l’artère de ce nom ? ii y a dans ce raisonnement une palpable contradiction qu’on ne peut éviter qu’en cessant d’envisager le système capillaire comme une expansion artérielle servant d’intermédiaire au système à sang rouge et à sang noir. Dans les poumons , comme dans tout le reste du corps, les mouvemens indépendans du cœur existent dans un ordre de vaisseaux qui se trouve hors du cercle circulatoire sanguin. Les artères et les veines s’anastomosent dans cette partie comme dans toutes les autres, et le sang n’y forme également qu’une colonne continue du cœur au cœur, ce qui fait mieux comprendre la rapidité du cours de ce fluide , sauve toute contradiction , et se concilie d’ailleurs avec les

(i) Ibid, pag. 558, 53y.

faits qui démontrent la présence et l’action des vaisseaux du système absorbant dans le tissu pulmonaire.

S iv. De la Division du Système absorbant chargée des sécrétions .

La masse de fluide qui sort du poumon , quoique présentant une apparence homogène , est toutefois composée de différentes matières que la chimie analyse et sépare; cette masse renferme des principes gélatineux , albumineux, lib reux , terreux , salins , colora ns , etc. , qui doivent servir au renouvellement des solides et des fluides. Nous savons que Ja circulation les amène aux organes , qui les saisissent pour en assimiler une partie à leur propre substance, et nous allons voir que certains de ces organes forment avec le reste des produits étrangers à leur composition. Ces produits résultent d’un changement intime, d’une combinaison nouvelle dans ces différens principes du sang, et c’est encore ici le jeu de plusieurs centres particuliers d’absorption qui transforme ce fluide en diverses humeurs , rejetées de suite ou retenues , selon les qualités et les usages de ces humeurs ou de ces combinaisons.

Il y a des humeurs séparées du sang sans

2/j6 DU SIEGE ET DE LA NATURE

aucun appareil de sécrétion déterminé, et simplement extraites par de petits vaisseaux absorbans qui les gardent dans leur intérieur ou les versent sur les surfaces des membranes ou de la peau, dans le tissu cellulaire ou les grandes cavités. De ce nombre paraissent être la sérosité, la graisse, la synovie, le suc médullaire, le fluide delà transpiration , les humeurs aqueuse , cristalline, vitrée des yeux , etc. On connaît des humeurs préparées dans un appareil de sécrétion simple qui ne sont pas seulement extraites du sang, mais qui , recueillies, déposées dans le tissu inlérieurde certains organes, en éprouvent l’action et le travail. Les fluides muqueux , l’humeur sébacée , le suc gastrique, l’intestinal, le cérumen , les larmes semblent appartenir à cette classe ; leurs organes sécréteurs sont de petites glandes pourvues deconduits excréteurs, mais d’une structure simple, isolées , cachées dans le tissu cellulaire entre des membranes , sans canaux déférens et sans réservoirs. Il existe un troisième ordre d’humeurs préparées dans un appareil plus composé, qui présentent des changemenspius intimes et uneélaboration profonde, qui exigent de la part des organes sécréteurs des circonstances d’organisation plus compliquées et plus nombreuses : tels sont la salive, le suc pancréatique , la bile , le lait , etc. Il su Ait de

connaître les glandes salivaires , le pancréas , le foie , pour juger que la- structure composée de ces organes indue sur le caractère et le mélange des liquides soumis à leur action.

Peut-on d'ailleurs concevoir le moindre doute sur la nature des agens qui produisent ces mélanges , ces combinaisons , ces transformations qu’on voit s’opérer dans la profondeur des or-

ganes sécrétoires ? IV est-il pas évident que les vaisseaux absorbans sont encore ici les principaux artisans de ces phénomènes? Si l’on en juge par les injections des anatomistes, peu de parties contiennent plus de vaisseaux absorbans que ces sortes d organes ; on y peut injecter et s vaisseaux par les artères , par les veines ou par les canaux excréteurs; et l’immense quantité qui s en découvre par ce procédé n’est sûrement pas destinée à la seule composition ou décomposition du parenchyme glandulaire; car, dans ce dernier cas , on n’en rencontrerait qu’en proportion du volume de l’organe : ces vaisseaux y remplissent donc des usages particuliers relatifs à certaines fonctions déterminées. Le foie, par exemple , est un des viscères les plus vascuîeux du corps, et les vaisseaux absorbans y sont le double des artères et des veines réunies. Dans les reins, les vaisseaux absorbans ont aussi paru surpasser en nombre les vaisseaux sanguins.

et dans aucune partie du corps, ils n’ont été trouvés ni si multipliés, ni si volumineux que dans les testicules. Il serait facile de pousser ce détail beaucoup plus loin : contentons-nous d’ajouter, comme une seconde preuve de la prépondérance marquée du système absorbant dans les glandes à parenchyme granuléet blanchâtre , qu’il s’y trouve beaucoup de tissu cellulaire. Non-seuiementchaquelobe ,maisencore chaque lobule et chaque grain glanduleux a pour limite des paquets de ce tissu , comme on le voit dans les salivaires et dans les mamelles. En doit-on nier l’existence dans les testicules, parce qu’on n’aperçoit entre chaque grain que des espèces de fils ? et peut-on avoir quelque certitude que ces fils soient des excréteurs plutôt que des filets celluleux ? Les filets celluleux et les excréteurs s’éloignent-ils, d’ailleurs , beaucoup de nature? les uns et les autres ne sont-ils pas des vaisseaux ahsorbans qui prennent des noms différons suivant qu’ils sont appliqués à différens usages , ou qu’ils forment la texture de telle ou telle partie? Quant h certaines autres glandes à parenchyme serré, comme le foie, les reins , etc., quoique le tissu cellulaire y soit très-peu apparent , sans doute à cause de la matière colorante don t il est imprégné , on n'en peut cependant révoquer en doute l’existence dans ces organes , puisque la

macération l’y démontré , et que l'anatomie pathologique nous fait voir assez souvent des tumeurs fongueuses , des kystes , des hydatides nés et développes dans leur intérieur , au milieu même de leur substance.

S’il est vrai que toutes ces circonstances d organisation disposent à ranger les organes sécréteurs et excréteurs au nombre de ceux qui sont le plus éminemment absorbons, le genre de sensibilité qui préside à leurs fonctions doit achever d’entraîner la conviction. En effet, les humeurs sécrétées n’existent pas toutes formées dans le sang; mais ce fluide doit recevoir dans les glandes des modifications , des ehangemens , des altérations qui déterminent leur nature. La sensibilité spécifique de ces organes les met en rapport avec les matières dont se compose l’humeur de chaque sécrétion ; c’est par l’effet de celle sensibilité vitale, de ce tact sensitif que ces organes distinguent, attirent, absorbent, retiennent et frappent d’un caractère spécifique des fluides qui leur sont naturellement destinés. Au moment où lasécrétion se prépare, I organe se tuméfie , peut-être même s’érige, se durcit et s’imbibe de sang , que ses vaisseaux pompent des arteres ou des veines; il devient un centre d action et de mouvement vers lequel les forces et les humeurs sont rapidement entraînées , de

même que certaines portions du tissu cellulaire dans les tumeurs phlegmoneuses , comme les abcès et les furoncles , par exemple , se durcissent , s’imbibent de sang , et deviennent une sorte d’organe glanduleux momentané , qui sécrète le pus , et auquel il ne manque que des canaux excréteurs et déferons.

Dans l’état de santé, chaque glande a un mode à-peu-près uniforme de sensibilité qui donne à chaque fluide sécrété une apparence, une composition et une nature toujours à-peu-près les mêmes. Mais dans les maladies, mille causes changent à chaque instant les nuances de celte sensibilité : tantôt nous voyons une augmentation de sécrétion , comme dans le diabète , la salivation , le llux immodéré de bile ; tantôt une diminution , une suspension des fonctions de ces organes , comme dans les maladies aigues , où tous les couloirs se ferment pour ainsi dire momentanément , comme aussi dans la suppression d’urine et la sécheresse de la bouche ; tantôt, enfin , nous trouvons une variété singulière dans

les fluides sécrétés, d où naissent toutes lesaltéraiions que subissent parfois la mucosité , la biie, l’urine ; car lien ne ressemble moins à ce s lîuides que les produits rejetés en certains cas par le foie, la vessie , l’estomac et les intestins. Or, d’où viennent toutes ces variations? a est-ce

DES MALADIE S

pas de ce que la maladie modifie la sensibilité des vaisseaux de ces organes de manière à leur faire absorber des substances qui leur étaient étrangères dans 1 état naturel / La même glande, sans changer de tissu , peut être la source d’une infinité de fluides difïérens par la seule modification de ses forces vitales. Au reste, ce n’est pas seulement sur la sécrétion que portent les altérations diverses de la sensibilité des vaisseaux des glandes; ces altérations , lorsqu’elles se prolongent , portent aussi sur la nutrition de ces organes : de là les changemens de tissu, les tumeurs de différente nature , les désorganisations si fréquentes observées dans ces parties, lesquelles sont, avec les systèmes cutané, muqueux, séreux, cellulaire, en grande partie formés de vaisseaux absorbans, celles qui fournissent la plus ample moisson de faits à l’anatomie pathologique.

Il pa raît même que l’action des vaisseaux absorbans n’abandonne pas les fluides sécrétés , lors i nème qu'ils sont déjà parvenus dans leur dernier réservoir. La partie la plus fluide de ces humeurs parait être résorbée et transportée dans le système de la circulation générale, ou elle se trouve ramenée à sa première source. Ce qui parait le prouver, c’est que les urines du malin sont moins claires que celles de la journée, qui

restent moins long-temps dans la vessie ; c’est que la hile du foie est moins consistante que celle de la vésicule; c’est enfin que le sperme et le lait sont plus (laides , plus dissous un instant après leur sécrétion que lorsqu’il y a déjà quelque temps qu’elle est opérée. On peut même ajouter que l’activité des vaisseaux absorbans peut être quelquefois poussée à un degré d’énergie tel qu’ils absorbent toute la quantité de liquide contenu dans l’organe sécrétoire ou dans les réservoirs excréteurs. Ainsi l’on voit une absorption trop active supprimer tout-à-coup le lait sécrété par les mamelles , faire disparaître brusquement les urines , etc.

Les humeurs absorbées ainsi d’une manière prompte et soudaine peuvent, au lieu d’être conduites au système sanguin, tendre vers des organes difïérens de ceux qui les avaient séparées, et affecter ces organes de leur impression. La bile , enlevée au foie par l’absorption , va teindre la peau de sa couleur jaune; l’urine, détournée des reins ou de la vessie , communique au fluide de la transpiration son àcrcté et son odeur, et il en est ainsi de plusieurs autres. 11 existe donc des circonstances dans lesauelles les fonctions des

organes sécrétoires sont tellement interverties, que ces organes peuvent servir à des usages insolites; ou bien être remplacés l’un par l’autre*

Ou voit quelquefois le sang lui-même sortir par les voies de la sueur , de l’urine , de la graisse ; et la matière de la transpiration, répercutée par Je froid, par la crainte ou par toute autre cause, se porter sur les intestins, et déterminer des diarrhées (i). Tous ces mouvemens irréguliers peuvent-ils avoir leur siège autre part que dans les vaisseaux situés hors du cercle circulatoire sanguin? peuvent-ils provenir d’une autre source que du mode particulier de vitalité du système absorbant ?

D’un autre coté , nous avons des preuves multipliéesde la part active que le système nerveux, qui est si intimement lié à celui des vaisseaux absorbans, prend aux phénomènes des sécrétions. Monsieur le professeur Dumas assure que si les nerfs d’une glande sont liés ou coupés, la sécrétion y est suspendue ou complètement arrêtée ; il a prouvé par des expériences la nécessité des nerfs delà huitième paire pour la sécrétion dusuc gastrique; il a tenté les mêmes épreuvessur d’autres organes, et il a toujours vu que la section ou la ligature des nerfs les empêchait de sécréter convenablement leurs fluides. D’ailleurs, la suspension des mouvemens sécrétoires pendant le sommeil , où l’action des nerfs est interrompue,

(i) Dumas, Physiologie .

leur affaiblissement par l'usage des narcotiques, leur augmentation par F impression des stimulans , l’influence des passions de l’âme , des maladies nerveuses, du plaisir et de la douleur sur l’ordre , la marche et la quantité des sécrétions ; voilà des faits incontestables qui démontreraient l’influence du système nerveux sur les fonctions des organes sécrétoires , si l’on refusait aux preuves expérimentales le degré de certitude , d’authenticité et de confiance qu’elles paraissent mériter (1).

Allons plus loin, et rappelons-nous que, parmi les propriétés reconnues du système absorbant, il en est une remarquable, laquelle, tout en imprimant des modifications diverses aux fluides qu’ils attirent dans leur intérieur, frappe ces fluides du sceau de la vitalité. Nous avons vu cette propriété présider à la formation du chyle , et nulle part elle ne paraît plus évidente que dansles organes sécrétoires. En effet , dans bien des circonstances, on ne peut s’empêcher de confondre leslracesde vitalité qu’on aperçoit dans les fluides avec celles que donnent les glandes et les organes solides , qu’il est bien difficile d’en séparer, li existe entre ces deux choses une harmonie réciproque , une correspondance perpétuelle qui

(i) Dumas, Physiologie , t. 11

DES MALADIE S

assujettît les propriétés, les phénomènes, les affections de leur vie commune à la même série de changemens et de variations. La salive, par exemple , partage très-facilement les impressions cjue l'animal ressent; elle subit des altérations qui en changent brusquement la nature , et qui la rendent âcre , irritante , corrosive , fétide, épaisse, visqueuse, à l'occasion d’une passion violente ou d’une douleur fixée sur une partie très-éloignée des glandes salivaires. Ces sortes d’altérations soudaines produites par un mode de sensibilité lésée ne sont pas simplement de nouveaux mélanges de molécules, elles tiennent probablement encore a des lois de sympathie , à des lois vitales qui ne peuvent exister qu’entre des parties également vivantes. Ce qui Je prouve, c’est que la rage, qui peut être transmise d'un animal à l’autre par l’intermède de cette humeur , cesse d'être communicable par ce moyen dès que, devenue étrangère au corps animal , la salive perd la faculté de s’affecter et de vivre avec lui (i). Au reste, ne donnons pas trop d’importance à ces sortes d’idées; elles ont besoin de plus de maturité pour être développées avec quelqu’avantage. Qu il nous suffise de faire remarquer ici

(0 D umas , Physiologie: y t. n, pag. G4-

que nous ne connaissons que ies vaisseaux absorbans ou lymphatiques susceptibles d’imprimer aux humeurs de tels caractères; et les organes sécréteurs en offrent de si fréquens exemples qu’ils doivent être regardés comme une des portions les plus importantes de ce système.

§ V. De la Division du Système absorbant mise en action dans les actes de la reproduction et de la génération.

Ici se terminerait la revue des différens centres d’absorption dont f influence est nécessaire à la vie géuérale , si nous ne voulions y comprendre une autre fraction du système absorbant qui, bien qu’en apparence limitée et circonscrite dans son existence et dans ses fonctions, présente néanmoins plus de généralité et d importance que les précédentes lorscpéelle est une fois mise en actiou. Nous voulons parler de cette portion du systèmeabsorbant qui, chez la femme, constitue la base des organes chargés de pro-

duire le germe, de le renfermer, de le faire croître lorsqu’il est fécondé ; qui établit les rapports de l’embryon avec la mère ; extrait du sang maternel l’aliment nécessaire au fœtus jusqu’à la fin de la grossesse; expulse le fœtus au dehors, quand le temps en est venu; dégorge, enfin, la

matrice, et fait disparaître l’énorme quantité de sucs dont cet organe s’était momentanément pénétré. Quoi ! dira-t-on , cette admirable variété de phénomènes peut-elle donc être le résultat de la seule action des vaisseaux absorbans ? Nous allons prouver qu’on doit l’attribuer en grande partie à ces vaisseaux, que ces vaisseaux en sont les véritables et les principaux instrumens.

Rappelons dans cette vue quelques particularités touchant la structure intime des organes

tante fonction sans laquelle l'espèce périrait bientôt privée de la faculté de se reproduire. La matrice est composée d’un tissu de fibres qui s’enlre-croisent en tout sens à la manière du corps réticulaire de la peau, avec lequel on lui a trouvé, d’ailleurs , d autres rapprochemens (i). Les anatomistes ont été peu d’accord sur la nature de ces fibres , qu’ils n’ont pas tous regardées comme musculaires : ceux qui n’ont considéré la matrice que dans l’état de vacuité et de repos, chez les filles et les femmes hors du temps des règles et de la grossesse , ne trouvant qu’un tissu pale, comprimé, serré, inégalement distribué autour d'une substance celluleuse, ferme , compacte et dure, ont pu nier que cet organe fut un muscle. Ceux , au

chargés de l’impor

(p Duverney, Anatomie , t. u, pag. 325. I. 17

contraire, qui l’ont considérée pendant le temps des règles ou pendant la grossesse, voyant des fibres rouges plus ou moins rangées en faisceaux, plus ou moins croisées ou parallèles , n’ont pu se défendre de l’idée qu’un véritable tissu musculeux en formait la base. Mais les uns et les autres conviennent qu’à mesure qu'on s’éloigne de l’âge de quarante-cinq à cinquante ans, les fibres de la matrice se resserrent de plus en plus ; que le sang qui les pénètre se retire , et que l’organe , en devenant plus compacte , perd son aspect musculeux pour prendre celui d’un corps cartilagineux , circonstance propre à jeter encore du vague sur la véritable nature du tissu de ce viscère considéré d'après les idées reçues généralement aujourd’hui.

Un muscle n’est-il pas , en effet, pour les anatomistes , un composé formé de fibres d’une espèce particulière ? ne distinguent-ils pas avec un soin scrupuleux cette fibre musculaire de celle qui forme la base du tissu fibreux , du tissu cartilagineux , du tissu cellulaire? Que peut donc être à leurs yeux un organe qui présente tourà-tour, et à plusieurs reprises différentes , tantôt la texture fibreuse et cellulaire, tantôt la texture musculeuse , et qui se trouve amené par les progrès de l’âge à présenter l’aspect cartilagineux ?

La structure singulière decet important organe

et î a série de phénomènes qui s’y font remarquer durant le cours de la vie, s’expliquent bien plus naturellement lorsque, loin de faire de la libre musculaire un corps s ai generis , on considère les muscles comme des faisceaux de vaisseaux absorbans disposés de manière à pouvoir se prêter à toute la contractilité dont ils sont susceplibles. Alors s expliquent facilement les change me ns qui s opèrent dans la matrice à l’occasion de la giossesse ; alors s expliquent les diflérens aspects que présente cet organe selon les âges et les circonstances dans lesquelles peuvent se trou- \ei les femmes avant, pendant et apres la conception.

Nulle part , le concours des vaisseaux absorbans dans la formation et la composition des muscles , ainsi que dans l’action contractile de ces organes , ne s’offre avec plus d’évidence que sur la matrice. C’est là qu’on peut suivre de l’œil, en quelque sorte, la transformation de ces vaisseaux en fibres musculaires et leur retour gradué à 1 ctat de filets celluleux. Déjà \ îeussens avait découvert que la matrice était eu grande partie formée d’innombrables vaisseaux lymphatiques s’implantant aux parois des artères et des veines; <jue ces vaisseaux étaient disposés de telle sorte qu’ils formaient divers ordres de fibres longitudinales , transverses, obliques , lesquelles rou-

gissant pendant la grossesse passaient pour musculaires , quoique uniquement composées des vaisseaux dont on vient de parler , puisque, peu après l’accouchement, tous ces vaisseaux rentraient dans l’état primitif , et qu’il n’en restait plus alors qu’un très-petit nombre de rouges et conservant l’apparence musculaire (i). Depuis les travaux de cet illustre anatomiste, Cruikshank a trouvé tant de vaisseaux absorbans, disposés par couches si épaisses dans la matrice , qu’il a été condu t à penser que cet organe n’était formé que d’une aggrégation de ces vaisseaux (2). Meckel en injectait également un si grand nombre dans cet organe, que tous les vaisseaux sanguins en étaient recouverts et disparaissaient sous l’injection. Mascagni obtint , de son côté , des résultats analogues (3) , ainsi que Walter et Ludwig (4) ; de sorte qu’on ne peut se défendre d’adopler la façon de penser de Vieusseus et de Cruikshank touchant la texture intime de la matrice , façon de penser qui se trouve confirmée d ailleurs par l’état dans lequel se présente l'organe avant d entrer en exercice.

(1) Novvas System a , pag. 7, \\, i5.

(2^ A natonve des vaisseaux absorbans , pag. 3o2.

(3) Tab. xiv.

(4) Schreger, t. 1 , pag. 69.

I>ES MALADIES. 26ï

et par les phénomènes dont il est le siège lorsflu '' a reÇu commotion qui le dispose aux importans travaux de la conception et de la gestation.

Ce muscle , unique de son espèce dans l'économie animale, a cela de particulier, qu’il reste le dernier dans i état où se trouvaient les autres muscles avant la naissance , ou plutôt, il a pour caractère singulier de rester toute la vie dans cette espèce d'imperfection et de repos , et de ne îecevoir la plénitude de son développement et de son action qu’à de certaines époques et dans ce certaines circonstances déterminées, après lesquelles on le voit se retirer sur lui-même, et rentrer dans des limites si étroites que l’obser- \aleui en est frappe d étonnement. L’accroissement de la portion solide et vasculaire qui le compose paraît même suspendu pendant le cours des premières années de la vie , et ce n’est guère que vers l'époque de la puberté que cette portion prend un peu plus de volume. Elle dii j . mue apr ès le temps de la cessation des règles, au point quelle devient extrêmement petite chez les femmes âgées. Blanchâtre dans l'enfance, cette partie se colore, dans l’adolescence, fi une legere teinte rouge qui augmente pendant les règles , non dans la totalité de sa substance, mais dans sa surface interne, comme le docteur

Huüter a trouvé l’occasion de s’en convaincre (i), et cette teinte s’efface entièrement pour ne plus reparaître après l’âge de cinquante ans, sans que jamais , dans ces différens étals , ou trouve la vive coloration naturelle aux chairs musculaires , du moins dans l’espèce humaine.

Mais aussitôt après la conception , la scène change , et l’on voit paraître des phénomènes bien plus remarquables. La matrice rougit et ses vaisseaux se gorgent de sang; elle présente tous les signes de l’inflammation , se gonfle, devient villeuse et comme spongieuse (2). En même temps que son volume augmente sa capacité s’agrandit , ses parois s’étendent et deviennent plus épaisses; la masse totale de son corps subit un développement qui s’opère dans tous les sens , dans toutes les dimensions à la fois, et lui fait prendre de la solidité , de l’épaisseur et de la masse en même temps. C’est alors que deviennent manifestes ces faisceaux de libres musculaires qui , soumis à divers arrangemens, tantôt descendent du fond de l’organe, tantôt l’enveloppent transversalement, et forment toutà-coup de la matrice l’agent musculaire le plus

( 1) ' Traité du Sang eide V Inflammation; Cruikshank. Ânalom. des vaisseaux absovbans , ]>ag. 1 u> et suiv.

(2) Haller , Phjsiol. : t. vu , pag. 29.

puissant de I’ëconomie animale. Ce qui surtout est digne de remarque , cest que le moment ou cet agent est le plus en état d’exercer la plénitude de son action , où même il vient de la déployer toute entière pour opérer l’accouchement , est aussi celui où les anatomistes ont pu voir les vaisseaux absorbans si développés et si nombreux dans sa substance , qu’ils en ont conçu 1 idée que tout l’organe n’était qu’un tissu de ces vaisseaux (1).

De leur coté , les trompes et les ovaires, dont l’organisation se rapproche bien plus de celle des organes qui , de l’aveu général , sont tissus de vaisseaux absorbans, ne demeurent pas étrangers aux altérations qu’éprouve la matrice dans ces grandes circonstances. Les trompes se dilatent , s’ouvrent , s’agrandissent, se pénètrent de sang , s’érigent en quelque sorte , exécutent même certains mouvemens inaccoutumés qui paraissent indispensables pour l’exercice et l’accomplissement de leurs fonctions. Les ovaires se gonflent et rougissent également, et les changemens qu’ils présentent coïncident avec ce qui se passe dans la matrice et dans les trompes.

(1) Cruikshank, /. c Mascagni, /. c\;Astruc, Traité des Maladies des femmes , l. r, pag. 1 3 et 5 V ieussens, Mulad. inl. , t. 1 j 1 , pag. G, 7, et /. t.

Leur tissu dilaté se distend ; leurs vaisseaux attirent le sang et se tuméfient; un petit corps, semblable à une glande , s’élève de leur superficie, enveloppé d’une membrane cellulaire sur laquelle rampent une multitude de vaisseaux qui la font paraître comme enflammée et floconneuse (1). Cette vésicule, pleine d’abord d’une liqueur claire, limpide, susceptible de coagulation , se fend, s’ouvre, se rompt, et l’humeur qu’elle contenait changeant de consistance et de couleur, finit par être convertie en une matière épaisse , colorée , granulée , qui végète, s’allonge , devient ovale , et forme la substance propre du corps jaune, origine luimême de l’ovule que les trompes détachent et conduisent dans la matrice.

Il est évident que eet admirable concours de phénomènes prend sa source dans les petits vaisseaux qui forment la texture intime de toutes ces parties. Le point essentiel est de savoir si ces mouvemens se passent dans les vaisseaux du système sanguin, ou dans ceux du système absorbant. Mais, nous le demandons : sont-ce les vaisseaux sanguins qui restent vides et affaissés sur eux -mêmes pendant la plus grande partie

(1) Haller, Phjiiol. , loin, vu, pag. 29; Dumas, Physiologie , t. iv.

de la vie Sont-ce les vaisseaux sanguins qui donnent à cet organe la couleur blanchâtre qu’il garde jusqu’au moment où il entre en action .J Sont-ce les vaissaux sanguins qui attirent et pompent l’enorme quantité d’humeurs dont cet organe s’imprègne pendant la grossesse? Sont-ce les vaisseaux sanguins qui résorbent ces humeurs, et les dispersent après l’accouchement ! Sont-ce les vaisseaux sanguins qui fournissent ces fibres éminemment contractiles , d’abord blanches, rougissant pendant la gestation, blanchissantde nouveau lorsque l’important travail de la matrice est achevé? Sont-ce les vaisseaux sanguins qui peuvent cesser leurs fonctions après les avoir commencées , qui peuvent se vider, s’affaisser, se rétracter, se rapetisser, tomber en quelque sorte dans le sommeil des années entières , se réveiller ensuite au premier signal, et se trouver prêts à répondre à l’excitation spécifique produite par la fécondation ? Certes , cela ne peut être, on en conviendra facilement. Nous le demandons, au contraire, ces phénomènes divers ne s’appliquent-ils pas aux propriétés vitales reconnues aux vaisseaux absorbans ? ne s’expliquent-ils pas naturellement par ces propriétés ! l’affirmative paraît ne pouvoir être contestée.

LHe pourrait J être bien moins encore si l’on

appliquait la plupart des questions precedentes aux organes chargés d’extraire du sang les principes qui doivent constituer les germes. Ces comparlirnens membraneux qu’ils présentent ; ces toiles cellulaires qui les recouvrent ; ces humeurs, ou limpides et claires, ou jaunâtres et consistantes qu’ils produisent et que leurs cellules renferment ; celte vésicule ; ce tubercule ; celte végétation qui s'élève à leur surface au moment de la conception, et s’en détache peu de temps après ; tout indique dans les ovaires un travail soumis à des lois étrangères aux lois qui président à la circulation sanguine; tout prouve la présence et l’action spécifique des vaisseaux absorbans , seuls doués de propriétés capables de produire les curieux phénomènes qui se manifestent dans ces organes. Ne voit-on pas des phénomènes analogues étonner l’observateur sur des animaux qui ne présentent nulle trace de circulation sanguine ? Les naturalistes nous font voir les* polypes , ces êtres à peine ébauchés , et ne paraissant formés que d’un tissu cellulaire mince et diaphane contenant une humeur visqueuse , produire leurs semblables par un mécanisme conforme sous plus d’un rapport à celui que nous venons de remarquer dans les ovaires. Un tubercule s’élève également à leur surface , grandit 3 se développe et se détache

DES MALADIES. ^6j

comme l'ovule (i); de sorte que l’on peut dire de ces animaux si éminemment lymphatiques, qu’ils sout des ovaires vivans , comme on a dit de certains d’entr’eux qu’ils étaient des estomacs jouissant d’une existence isolée, d’une vie indépendante. Or, ce que les mouvemens des vaisseaux capillaires absorbans dont se compose exclusivement le solide vivant de ces curieux zoophytes peuvent seuls produire, ils le produisent encore chez les animaux plus parfaits ainsi que chez l’homme, et le produisent sans le concours des vaisseaux sanguins , dont le rôle se borne , dans les espèces qui les possèdent, à fournir sans cesse à leur action des matériaux plus nombreux et plus variés , en même temps qu’une excitation plus vive et plus puissante.

Allons plus loin encore , et rappelons-nous que, d’un coté, l’ovule, et de l’autre la matrice , projettent à leur superficie des villosités qui se joignent, se mêlent, se confondent , et que de ce mélange et de cet entre-croisement résultent des produits évidemment absorbans et cellulaires , base première du placenta qui doit nourrir le fœtus, et des membranes qui doivent le

i) Essai sur T Histoire naturelle du Polype insecte , par Henry Ij.-iker, pag. 8i ) Alcmoire pour servir àVliist. d’un genre de polj pe , par Trembley, 3e Mena., pag. <>.

sfiB DU SIEGE ET DF. LA NATURE

renfermer et serviront à l’isoler dans le sein de la mère. Rappelons-nous que Vieussens a découvert dans le placenta des vaisseaux en grand nombre , qui ne sont ni des artères ni des veines, et qu'il désigne sous le nom de laiteux lymphatiques ; que Cruikshanky démontrait également des vaisseaux absorbans , faisait couler le mercure de leurs rameaux déchirés qui se rendaient avant dans la texture intime de cette substance (2) ; et que Mascagni , de son coté , paraît y avoir découvert des vaisseaux analogues(3). Ajoutons qu’Hoboken avait observé le premier que les vaisseaux sanguins du placenta peuvent être distingués de certains réseaux blancs existansdans ce tissu vasculaire (4) ; que cet auteur avait, ainsi que Courvée, reconnu des valvules dans les vaisseaux de cette partie , observation confirmée par Senne, lors même qu'il paraît vouloir la révoquer en doute, puisque ce savant anatomiste , tout en attribuant cette apparence de valvules à de simples plis membraneux, convient qu’il a trouvé, dans le cours de certains vaisseaux formant une por-

(1) Malad. inl. , t. m , pag.

(2) Anatomie des vaisseaux absorbans , pag. 3o3.

(3) J? as . lympliat. Historia , t. xiv.

(4) Anal, secundin. hum an. repet,, ch. 1 , art. i4«

2Gl]

tion de la masse du placenta, des inégalités semblables à des nœuds ou bien à des varices (1) Ajoutons, de plus, qu indépendamment du témoïgnage de ces auteurs, plusieurs anatomistes se sont accordés à reconnaître dans le placenta la présence de ces vaisseaux valvuleux; cpie Everbard et Pascholi les regardaient comme chyleux; que Nedham leur donnait le nom de galactophores ; que Daussius les désignait sous celui de lactés , et Rosslin sous celui de lym~ phati co-lactés (2); que Bidloo , Munnick , et principalement Stahelin , sans assigner de dénomination particulière, se sont contentés de dire qu'ils avaient vu ces vaisseaux noueux pleins d’une humeur tantôt limpide, tantôt blanche (3\ que Reuss , enfin, les prenant pour des vaisseaux sanguins , a été réfuté par Michael, qui les a rangés dans la classe des absorbans (4). Et, lorsque nous aurons sous les yeux tous ces faits et toutes ces autorités en faveur de la participation des vaisseaux absorbans h la structure interne du placenta, nous pourrons rechercher

(1) Traité du Cœur , liv. ni , pag. 69.

(2) De Dijjer. inter, fœt. et adult. , pag. 92.

(5) Cité par Schreg^r, de F une t. placent, utérin ,, p. 7 ' (4) Observ. cire, placent ce ac Junc. anal. var. obs 1 790 , pag. 9 et suiv.

encore dans les phénomènes pathologiques qu’on observe parfois , de nouvelles preuves de la présence et de Faction de ces vaisseaux dans cet organe provisoire, qui ne doit , qui ne peut pas en être plus dépourvu que les autres organes.

Les recueils d’anatomie pathologique nous présentent, en effet , tantôt le cordon ombilical tellement rempli de vésicules qu’il ressemble à une chaîne (1), tantôt cette partie si fort gorgée de sérosité, par une sorte d’hydropisie , qu'elle égale la grosseur du foetus (2) , et tantôt le placenta lui-même changé en une masse d’hydatides , en une multitude de petits flocons vasculaires indépendans des artères et des veines (5). On y trouve même l'exemple d’un fœtus bien développé, quoique n’ayant qu’un petit placenta membraneux dépourvu de vaisseaux sanguins (4). D’un autre coté, les praticiens savent que, par une résorption subite , et sans qu’aucune membrane soit rompue, les eaux qui entourent et baignent le fœtus peuvent dis-

(1) Ruisch, Thés., n°45; Tab. 11 , fig. 5 ; n° if, fig i5.

(2) Albinus , Annot. acad. , t. v , fig. 4 el 6.

(3) Schreger , l. c. , pag. 84.

(4) Turnbull, Mem, of ilie med. Soc. of London ,

voï. III.

paraître et rentrer dans la circulation maternelle, de manière à produire la parturition sèche (i). Peut-on rien alléguer de plus fort, nous le demandons , en faveur de l’existence des vaisseaux absorbans dans le placenta? Ces faits remarquables , et beaucoup d’autres de la même nature qu'on pourrait extraire des ouvrages de Piuisch , d’Albinus , de Wrisberg , de Burgraff, de Western et de Bianchi, ne manifestent-ils pas de la manière la plus éclatante faction nécessaire et toujours présente de ces vaisseaux dans cette partie ? et ne confirment-ils pas les découvertes de Vieussens , de Cruikshank , de Mascagni , et de ceux des anatomistes qui les y avaient, les uns démontrés, et les autres tout au moins aperçus?

Il est donc vrai de dire que, de quelque coté que nous portions nos regards dans l’économie animale , nous trouvons toujours de nouveaux témoignages en faveur de cette division du système absorbant par fractions isolées et, pour ainsi parler , indépendantes les unes des autres; fractions chargées chacune d’un travail particulier , quoique liées au grand système par un mode d’action et des propriétés vitales ana-

r,j Rudolphi , de Parlu sicco , 1790 , où l’on trouve <3e.s exemples remarquables de ce phénomène.

logues pour tous les vaisseaux qui les composent. Que nous considérions en effet le transport de la lymphe et du chyle dans le sang , la résorption des diverses matières devenues surabondantes ou nuisibles , la sécrétion des humeurs destinées à différens usages étrangers à la nutrition, ou n’y prenant qu’une part indirecte et plus ou moins éloignée ; que nous considérions les phénomènes que présentent les organes pulmonaires , et les organes chargés de nourrir et de faire croître les produits de la fécondation , nous trouvons par-tout la même sensibilité élective , la même susceptibilité aux irritations , la même irrégularité des mouvemens, la même indépendance de l’impulsion du cœur ; en un mot, nous trouvons par-tout des preuves multipliées que le système absorbant, toujours présent, toujours actif, est le siège , le centre et l’agent principal des actions intestines qui maintiennent la vie ou la reproduisent dans les corps animaux, quelles que soient les parties dont les vaisseaux de ce système concourent à former la base.

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