CHAPITRE XI
Les Vaisseaux absorbaiis de la peau , du tissu cellulaire et des membranes muqueuses ^ forment seuls ce qu’oii pourrait nommer système capillaire général.
Nous avons vu, dans le chapitre cinquième de cet ouvrage, qu'il n'existe pas d’intermédiaire entre les artères et les veines , et que le sang passe d’un cours continu de l’un à l’autre de ces deux ordres de vaisseaux ; que le système capillaire, comme l’entendent les modernes, n’a par conséquent aucune existence réelle. La moindre réflexion suffit , en effet , pour faire sentir le vague de cette expression de système capillaire général, mise en vogue par Bichat et si fréquemment employée de nos jours. Qu'entendait cet auteur par cette expression? voulait-il parler du seul épanouissement des artères , ou de celui des veines , ou bien de celui des vaisseaux absorbans , car ce sont là les trois espèces de vaisseaux positivement reconnues dans l’économie animale ? Non sans doute , puisqu’on ne peut i, 18
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isoler les artères des veines, ou celles-ci des vaisseaux absorbans , dans les inextricables réseaux capillaires, et que, d’ailleurs , l’expansion d’un seul ordre de vaisseaux ne saurait être regardée comme un système général. Voulait-il parler de toutes les sortes de vaisseaux possédant le diamètre capillaire ? Mais c’eût été confondre dans le même système les propriétés et les fonctions les plus disparates , et mettre pour ainsi dire en bloc toute l’économie animale. A vrai dire, il paraît bien qu’il enveloppait dans celte dénomination toutes les espèces de vaisseaux qui composent nos parties ; mais il regardait tous ces vaisseaux divers comme doués de propriétés spécifiques analogues , malgré la différence de leur nature primitive ou essentielle, et comme formant un ordre à part , auquel il assignait des attributions particulières très-étendues. C’est, dumoins,ce qui résulte de plusieurs passages de l’Anatomie générale , où cet auteur donne aux vaisseaux capillaires sanguins le même mode de vitalité qu’aux vaisseaux exhalans et aux vaisseaux absorbans; de sorte que, dans ce système, les artères ne sont plus des artères, les veines tic sont pas encore des veines, et que les unes et les autres ne font pas partie du cercle circulatoire sanguin, dont on les suppose tout-à-fait indépendantes. D’après le vague de ces idées , doit-on
s'étonner que certains physiologistes aient regardé ce nouveau système de vaisseaux comme une pure fiction , lorsqu'on voit surtout qu’il n’est appuyé sur aucune démonstration positive?
Quant à nous, il ne nous paraît pas possible d’envisager sous le même point de vue uu composé d’objets si disparates. Nous ne reconnaissons de véritable système capillaire général que celui qui résulte de l’ensemble des petits vaisseaux formant la base des organes liés par les rapports les plus fréquens et les plus multipliés avec les autres organes : tels sont les vaisseaux capillaires de la peau, des membranes muqueuses et de ce tissu cellulaire libre qui ne forme pas une portion essentielle des parenchymes de nutrition ,et se trouve abondamment répandu, soit sous le tissu dermoide, soit sous le tissu muqueux, et communique de l’une à l’autre de ces membranes en se repliant à l’entour et dans les interstices de toutes nos parties. Voilà les capillaires qui sont véritablement le siège de ces grands mouvemens de l’économie animale, de ce flux et reflux des humeurs, et de ces phénomènes sympathiques qui sont causés ou ressentis tour-à-tour parles organes intérieurs et par ceux que nous venons de désigner. Mais pour expliquer ces grands mouvemens et cette
correspondance intime, i! n’est pas besoin de recouiir à un ordre de vaisseaux imaginaires : ici, comme par-tout ailleurs, il n’y a de vaisseaux vraiment doues d’activité, du moins d'une activité remarquable , que les seuls vaisseaux absorbans. Les artères et les veines s’anastomosent dans ces réseaux capillaires, et ne sont douées que du mode de sensibilité obscure qui leur est propre. C’est en dehors du cercle circulatoire sanguin, et non pas entre ces deux ordres de vaisseaux, que se passent tous ces phénomènes qui changent à tout moment d intensité et de nature , selon les modifications diverses que reçoit la sensibilité des vaisseaux absorbans : il sera très- facile de s’en convaincre en jetant un coup-d oeil rapide sur la structure , les usages et les propriétés vitales des tissus muqueux, dermoide et cellulaire.
Le système muqueux nous offre plusieurs choses à considérer, savoir: une couche plus ou moins épaisse qui constitue principalement ce tissu, et que, par analogie avec le chorion cutané, on a nommé chorion muqueux; un grand nombre de petites glandes qu’on n’aperçoit pas également dans toutes les parties, mais qui sont très-manifestes dans quelques-unes ; une foule de petits prolongemens qui le surmontent et qu’on nomme villosités ou papilles; de plus un
réseau vasculaire très-éparioui à sa surface recouverte d uo léger épiderme.
Malgré l’aspect pulpeux du chorion, cette partie n'est qu’un lacis de vaisseaux extrêmement fins, puisque, dans les organes où la rougeur du tissu muqueux est peu prononcée la dessiccation la rend entièrement diaphane, au lieu qu’on lui découvre une teinte plus ou moins foncée lorsque plu^ ou moins de sang se trouve accumulé naturellement ou par accident dans la portion soumise à l’expérience; d’où il résulte que des vaisseaux chez lesquels on peut remarquer une si grande inégalité de couleur, et même la transparence la plus complète , ne sont pas de la nature de ceux qui composent le cercle circulatoire sanguin , lesquels , soumis à un mouvement régulier et subordonné à l’im-
pulsion du cœur , contiennent toujours du sang en quantité seulement variable.
Les petits corps glanduleux qu’on regarde comme faisan! partie des membranes muqueuses situées au-dessous du chorion ou même dans son épaisseur , sont très-appareus aux bronches , au palais , à l’œsophage et aux intestins , et il est probable que , dans les points où la nature les cache à nos yeux, elle supplée par leur nombre à leur ténuité. Us sont mollasses et vasculaires , et n’ont qu’une enveloppe celluleuse. Onleursup-
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posela fonction de versersans cesse, par des trou^ imperceptibles, une humeur mucilagineuse qui lubrifie la surface libre des membranes muqueuses. Mais quoi qu’on veuille penser , et de leur nombre, et de leur situation , et de leurs usages , toujours est-il vrai que , d’après les considérations dans lesquelles nous sommes entrés précédemment à l’égard des corps glandulaires , nous devons nous croire autorisés à ne pas regarder ceux-ci comme plus étrangers que leurs analogues au système des vaisseaux absorba ns.
On a manifesté, sur la nature des villosités du système muqueux , des idées bien différentes les unes des autres. Ces parties ont été considérées f à l’œsophage et à l’estomac, comme destinées à i’exhaialion du suc gastrique, tandis qu’on leur donnait, dans les intestins, la fonction d’absorber le chyle. Mais Bichat dit avec raison qu’il est difficile de concevoir comment un organe, partout à-peu-près le même, remplit en diverses parties des fonctions si dissemblables. Il est plus raisonnable de penser, ajoute cet auteur, que ces villosités ont une base nerveuse entourée d’un réseau vasculaire d’absorbans , les uns chargés d’exhaler le suc gastrique dont ils ont puisé les matériaux dans le sang, les autres charges de pomper dans la masse chymeusc qui
parcourt les intestins les molécules qui doivent former le chyle (i).
Enfin , les membranes muqueuses reçoivent un très-grand nombre de vaisseaux , comme la rougeur qui les distingue suffirait pour le prouver , lors meme que les injections ne le démontreraient pas. Cependant M s’en faut que cette rougeur soit par-tout uniforme : elle est presque nulle dans les sinus de la face , et dans l’oreille interne, dont les membranes sont blanchâtres. Dans la vessie , dans les gros intestins , dans les excréteurs, la teinte rouge, quoique encore trèspàle, se prononce un peu plus, et elle devient très-marquée à la bouche, sur la pituitaire , sur la palatine et au vagin. Cette couleur dénote la présence d’un réseau vasculaire extrêmement divisé et multiplié, lequel s’épanouit à l’infini sur la surface du chorion muqueux; et les phénomènes de l’inflammation , en rougissant les parties naturellement blanches de ces membranes, achèvent de prouver que ce réseau subsiste dans toute leur étendue. Mais ce qu’il importe surtout de relater ici, c’est que Bichat a déjà fait 1 importante observation que cette couleur caractéristique des membranes muqueuses est analogue à celle du système musculaire , c’est-à-
( î ) Anatomie générale.
dire , qu’elle ne dépend point du sang circulant dans les petites artères qui parcourent le tissu muqueux ; mais qu elle est hors du cercle circulatoire sanguin , et tient à la partie colorante du sang combinée avec ce tissu , ou plutôt , disous-le , passée dans les vaisseaux absorbans qui en forment la base.
L’existence de ces derniers vaisseaux dans les membranes muqueuses est en effet démontrée par l’absorption du chyle et des boissons sur les surfaces intestinales, parcelle du virus vénérien sur le gland et dans l’urètre , par celle de la portion séreuse de la bile dans la vésicule , par celle enfin de l’urine et de la semence quand ces humeurs séjournent dans leurs réservoirs respectifs. Le mode même de cette absorption décèle la présence des seuls vaisseaux capables de l’opérer , puisqu’elle est loin de s’exercer d’une manière constante. Le gland prend ou laisse le virus vérolique suivant des circonstances variables et peu susceptibles d’appréciation. La surface interne des bronches tantôt accorde, tantôt refuse l’entrée aux miasmes contagieux ; et les modifications sans nombre de la sensibilité des vaisseaux absorbans dont se composent ces membranes, expliquent de telles variations, de même que le pouvoir de l’habitude sur la sensibilité de ces vaisseaux explique la di-
minution graduelle des fonctions des organes muqueux entraînée par la décadence de l’âge. Ces vaisseaux ont un surcroît de vie chez l’enfant; leur vitalité s’émousse chez le vieillard : aussi dansl’un la sensibilité très-active dessurfaces alimentaire, biliaire , urinaire, etc., concourt à produire cette rapidité avec laquelle les phénomènes digestifs et sécrétoires se succèdent ;
tandis que dans l’autre cette sensibilité, pour ainsi dire énervée par l’habitude du contact , n’enchaîne qu’avec peine tous ces phénomènes.
C’est au grand nombre de vaisseaux absorbans qui forment la base des organes muqueux qu on doit attribuer le mode de vitalité qui anime ce système. Toute irritation un peu forte appliquée sur les tissus dont ils se composent a pour effet de rougir d’abord le point irrité , ou de donner plus d’intensité à la couleur rouge si elle y existait déjà , de crisper ensuite pendant quelque temps les conduits glanduleux ou absorbans, et d’arrêter ainsi la sécrétion , qu’elle provoque ensuite abondamment. Peu nous importe de savoir si cette surabondance de fluides est fournie par les glandes muqueuses ou par les vaisseaux du réseau capillaire. L’opinion commune est que l’irritation des extrémités des conduits glanduleux met en jeu l’activité des glandes , et que ce sont ces organes qui fournissent toutes ces
mucosités. Cette explication, ful-elie exacte, serait loin de faire rejeter faction du système absorbant dans la production de ces phénomènes* Mais la chose est au moins douteuse , puisqu’on ne trouve pas dans les cadavres des personnes mortes avec des catarrhes la moindre altération dans ces corps glanduleux, et que le tissu membraneux , au contraire, présente des traces manifestes d’inflammation. On cite beaucoup d’exemples d’épaississement des membranes muqueuses à la suite d'inflammations chroniques , et jamais ou n’a remarqué , dans ces sortes de glandes, rien qui pût même indiquer une correspondance d affection, bien loin qu’elles fussent le siège principal de la maladie. On sait d’ailleurs qu’on peut produire à volonté sur la peau quelque chose de très-analogue aux membranes muqueuses. Rien , en effet , ne ressemble mieux à ces membranes que la surface rouge d’un vésicatoire en pleine activité ; et jamais on ne s est avisé d'attribuer à des Mandes la sécrétion abon-
dante de matière purulente qui a parfois lieu sur cette surface continuellement irritée parles cantharides. On sait aussi que la peau des nouveau-nés, qui présente à l’œil tant de ressemblance avec les membranes muqueuses , est disposée, pour plus grande analogie, à produire des suintcmcns plus ou moins épais et plus ou moins
aBondaus, sous l’influence de la plus légère cause» d irritation , sans que ce soit non plus dans ce cas les glandes sébacées qui fournissent ces suintemens, toujours précédés d’un exaltation de sensibilité dans les vaisseaux absorbans capillaires de la partie , et de l’abord d’une plus ou moins grande quantité de sang dans leur intérieur.
Ce rapprochement peut , d’un autre côté , nous aider a comprendre la cause de la rougeur habituelle de certaines portions des organe muqueux , rougeur qui est indépendante des artères , comme on l’a déjà vu ; car on conçoit aisément , d’après ces exemples, que celles de ces portions qui sont exposées sans cesse à des irritans de nature variée, et par conséquent dans une action continuelle , restent constamment rouges comme la surface du vésicatoire ; tandis que celles qui, renfermées dans des boîtes osseuses ou dans la profondeur des organes sécrétoires, sont à l’abri des corps étrangers, et ne reçoivent que l’uniforme impression des mêmes fluides à laquelle l’habitude les rend peu sensibles, n’admettent que peu ou point de sang, restent blanchâtres, et fournissent une petite quantité de mucosités devant suffire à leurs obscures fonctions. Or , ces variations n’auraient pas lieu si le réseau vasculaire si souvent rouge qui est épanoui sur les
surfaces muqueuses était composé d’artères et de veines , au lieu de l’être en grande partie de vaisseaux absorbans.
C’est également à cette dernière cause qu’il faut rapporter les innombrables variations que présentent les fluides muqueux dans les maladies. Comme une foule d’agens divers se trouvent appliqués sans cesse sur les membranes muqueuses ; comme milleexcilans renouvelés les agacentcontinueliement , l’état de leur sensibilité et de leurs forces toniques est sans cesse variable, ainsi que les fonctions qui en résultent. Suivant que ces propriétés sont diversement altérées , les absorhansqui font la base de ces membranes se mettent en rapport avec telles ou telles substances , attirent les unes , rejettent les autres ; de sorte que le même organe peut , en vertu de faction naturelle à ces vaisseaux, séparer de la masse du sang un grand nombre de substances diverses , les refuser un jour, les admettre le lendemain ; et , sous ce point de vue , peu de systèmes méritent autant que le système muqueux de fixer l’attention des médecins physiologistes.
lien est aussi très-peu qui sympathisent plus fréquemment avec les autres parties, sans doute à cause de sa grande étendue et de la quantité de nerfs et de vaisseaux absorbans qui concourent à sa texture : tantôt il les influence ; tantôt
il en est Influencé. Un point quelconque de ce système étant irrité , enflammé d’une manière ou d’autre , toutes les forces vitales peuvent entrer en action dans les autres systèmes. Tantôt c’est le diaphragme , les muscles intercostaux ou les abdominaux qui se contractent pour produire , ou l’éternuement dans l’irritation pituitaire, ou la toux dans l’irritation de la membrane des bronches , ou bien le vomissement dans l’irritation de celle de l'estomac ; tantôt c’est un spasme général qui s’empare de tous les muscles à l’occasion d’un corps étranger s’engageant entre les bords muqueux de l’épiglotte ; tantôt enfin c’est le crémaster qui rétracte le testicule par l’effet d’une pierre formée dans la vessie; mais c’est surtout l’estomac qui produit les sympathies les plus remarquables. La moindre affection de ce viscère important répand dans toute F économie animale une influence pénible, et toutes les autres parties s’en ressentent plus ou moins. L’affaiblissement qui, dans la faim, se manifeste presque tout-à-coup est une preuve de celte sympathie, de même que le surcroît instantané de forces qui résulte du contact des alimens sur la surface muqueuse stomacale.
C’est encore un sujet digne de fixer l’attention que devoir 1 irritation dans un point quelconque des membranes muqueuses déterminer une aug-
mentation d’action , ou bien une sensation plus ou moins désagréable dans un point de la même membrane qui n’est pas irrité. Car les anatomistes ayant reconnu cette propriété sur les vaisseaux absorbans considérés isolément , il en résulte une nouvelle preuve du grand nombre de vaisseaux de cette nature qui entrent dans la composition de ces membranes. Qu’un spasme des organes génitaux supprime le travail des règles, et bientôt la muqueuse pulmonaire exhale du sang , et supplée en quelque sorte la muqueuse delà matrice et du vagin dans ses fonctions. Que l’action du froid arrête la sécrétion vicieuse de l’urètre, et sur-le-champ la conjonctive est le siège d’un écoulement abondant et d’une inflammation intense. Qu’une pierre irrite la muqueuse de la vessie , et il en résultera de la démangeaison au bout du gland ; de même que de l’agacement de celle des intestins par la présence des vers il résulte un prurit incommode au bout du nez. De tels exemples sont si vulgaires qu'il est inutile de les multiplier.
D’un autre côté , l’on voit souvent l'irritation des autres systèmes susciter à son tour la sensibilité des membranes muqueuses. Dans une foule de maladies qui affectent des organes différens , on éprouve un sentiment de chaleur brûlante dans la bouche, dans l'œsophage, dans
les intestins, et cependant la surface où sie>e cette sensation ne dégage pas plus de calorique qu’à l'ordinaire : c’est un effet analogue > • ^ a celui qu’on remarque dans le frisson cutané
des fièvres intermittentes. Il faut encore regarder comme un effet sympathique du même genre la soif ardente qui survient dans toutes les affections graves, à la suite des grandes plaies et des grandes opérations, sympathies dont le siège principal est encore dans la bouche, dans l’œsophage et dans l’estomac.
Ce court exposé suffit pour faire comprendre que le système muqueux est un composé dans lequel dominent par excellence les élémens nerveux et absorhans, dont les ingressions sont aussi peu émoussées que possible par le tissu diaphane qui les revêt et les protège. On conçoit que cette délicate organisation lui était nécessaire , quand on réfléchit qu’il est le théâtre des grands phénomènes de la digestion , de la respiration et des sécrétions ; qu’il est par-tout en contact avec des corps hétérogènes à celui de l’anim al , soit que ces corp3 , introduits du dehors pour la nourriture , n’aient point encore subi d'assimilation , soit qu’ils viennent du dedans, et ne puissent plus faire partie de la propre substance des organes; quand on réfléchit que ce système est une sentinelle placée entre les or-
ganes et les matières qui leur sont étrangères, pour garantir les premiers de l’impression fâcheuse ou funeste qu’ils pourraient en ressentir, ou pour enlever aux dernières les molécules nécessaires à la nutrition ; et qu’enfin , par la continuelle sécrétion dont il est le siège , il joue un rôle principal dans l’économie animale, etse trouve un des grands émonctoires duquel s’échappent sans cesse au dehors le résidu de la nutrition , ainsi que les produits de la décomposition habituelle des solides et des fluides, et cela dans une étendue qui surpasse celle de l'organe cutané.
La peau nous présente à-peu-près la meme organisation que les membranes muqueuses , si ce n’est que le chorion en paraît plus dense et plus épais; que les petits corps glanduleux sont moins appareils, s’il est vrai qu’ils existent; que les papilles ou villosités sont moins prolongées ; que le réseau vasculaire superficiel est plus habituellement rempli de fluides blancs, et que l’épiderme présente plus de consistance. Le chorion peut être conçu comme une espèce de tissu cellulaire dont les cellules , très-prononcées au-dedans,le deviennent moins à la surface extérieure, avec laquelle toutes ces cellules communiquent poury transmettre diversorganes. Ce chorion sert à loger toutes les autres parties qui entrent dans
DES MALADIES. 2§(j
îa structure de la peau , contribue à leur donner la forme quelles doivent avoir, mais leur est absolument étranger. Les aréoles qu’il présente sont de simples communications de l’intérieur à l’extérieur , par où passent les poils , les vaisseaux absorbans, les vaisseaux sanguins et les nerfs qui viennent se rendre à la surface du derme, toujours enveloppés d’un petit paquet celluleux. Si les papilles cutanées sont moins apparentes que les villosités muqueuses, cela lient à leur moindre longueur et à la transparence du leseau \asculaire qui les recouvre , transparence qui est telle que ces vaisseaux ne sont pas visibles à l’œil nu dans l’état naturel. Mais les injections fines le rendent sensible au point de changer entièrement la couleur de la peau. L’on peut concevoir ce réseau , qu’on nomme aussi cor ps 1 eticulaire , comme un vaste système capillaire entourant l’organe cutané, et formant a\ec les papilles un corps intermédiaire entre le chorion et l'épiderme. Ceréseau ne contient, chez la plupart des hommes, que des fluides blancs. Chez les nègres, ces fluides sont noirs, et ils prennent une teinte mixte très-variable dans les différentes races basanées. Sous ce rapport, la peau ressemble encore aux membranes muqueuses, dont la coloration dépend des fluides contenus dans leurs vaisseaux absorbans capillaires.
Mais, indépendamment delà portion du corps réticulaire qui est le siège de la coloration , il y en a bien manifestement line autre que des humeurs limpides parcourent d'habitude : ces humeurs s'y meuvent d’un cours plus ou moins rapide, et cèdent avec la plus grande facilité leur place à d’autres. C’est de cette portion que missent les extrémités exhalantes qui fournissent la sueur; c’est dans ce réseau que se passent les phénomènes de l’érysipèle et de la plupart des maladies cutanées étrangères au chorion. Si le sang ne le pénètre pas dans l’état naturel , mille causes peuvent à chaque instant le remplir de ce fluide ; à la moindre irritation, la sensibilité des vaisseaux absorbans qui le composent s’exalte et leur fait absorber le sang qu’ils repoussaient auparavant. Une simple émotion , une passion un peu vive déterminent une rougeur subite des joues, tant est grande la tendance de la sensibilité de ces vaisseaux à se mettre en rapport avec ce fluide, qui leur est naturellement étranger : il suffit même d’une simple agitation du corps, telle qu’une course un peu précipitée. Au reste, les capillaires absorbans de la face sont , plus que ceux de toutes les autres parties , exposés à s’en pénétrer ainsi; l’effet des passions fait rougir ou pâlir les joues , tandis que le reste de la peau change rarement de couleur , si ce
n est au voisiuage de la face; et l’on sait que, dans les asphyxies, cette partie presque seule est constamment violette , disposition qui paraît tenir à deux causes : d’abord , à l’extrême sensibilité de cette portion du système absorbant , puisqu’on voit pendant la vie le sang y aborder et en disparaître par l’effet de la moindre cause; ensuite à une particularité de structure qui rend plus libres ou plus multipliées les communications entre le système absorbant facial et les artères du chorion, comme semble le prouver la facilité avec laquelle les injections colorent celte partie sur le cadavre.
Quoi qu’il en soit , peu d’organes contiennent un plus grand nombre de vaisseaux absorbans que la peau, il y en a peu surtout dans lesquels les fluides circulent avec plus de liberté. Dans les os , dans les muscles, dans les viscères, dans certaines membranes , ces vaisseaux sont gênés par les entraves de l’organisation particulière à chacune de ces parties , et par la nature des matières qui les remplissent; ils s’y trouvent d'ailleurs presque toujours livrés au même genre d’excitation , ce qui ne leur donne que des mouvemens dont l’obscurité les dérobe aux regards de l’observateur , au lieu que dans les réseaux réticulaires cutanés , libres de toute combinaison qui serve de base à cet or-
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gane , livres d’ailleurs à des excitations sans cesse renouvelées, et dont la force et le mode varient à l'infini , ces vaisseaux sont constamment dans une action manifeste, et font mouvoir les fluides qu’ils absorbent avec une rapidité proportionnée à leur extrême susceptibilité.
De ce réseau superficiel , et de celui même qui est disséminé dans l’épaisseur du cliorion , partent divers faisceaux d’absorbans d’un plus gros calibre , lesquels rampent au dessous delà peau, et s’y trouvent en si grand nombre que toutes les veines en sont entourées, et qu’ils forment dans les membres une espèce de couche continue intermédiaire entre cet organe et les aponévroses (i). Le nombre de ces vaisseaux , rendus apparens par les injections , est proportionnellement trop considérable pour n’avoir d’autres fonctions quecelle de rapporter la graisse et la sérosité des parties voisines. Il est d'ailleurs une foule de médicamens qui sont visiblement absorbés ; on connaît aussi l’absorption des ditTérens virus , et de cette foule de principes contagieux qui tantôt s’insinuent à travers l’épiderme, et tantôt ne pénètrent qu’après le soulèvement de cette membrane. Tous ces phénomènes et les 1 difFérens genres d’inoculation
(i) Bichat , Anatomie générale.
des maladies:
prouvent manifestement les usages et l’importance de ce réseau , ainsi que des branches qui en naissent , quoique les médecins n’y aient pas fait jusqu’ici autant d’attention que ces objets semblent en mériter.
011 lie sera Pas étonné de la grande sensibilité et de l’énergie des propriétés vitales dont b* îeseau réticulaire de la peau se montre doué , si 1 on se remet en mémoire ce que nous avons pbis haut des rapports et de 1 intime liaison, qm subsistent entre les nerfs et les vaisseaux absorbans. Beaucoup de branches nerveuses considérables forment en effet un système souscutané d’où partent toutes celles qui pénètrent d.uis le derme. Les anatomistes supposent qu’après avoir traversé les aréoles du choriou ces branches viennent former les papilles; mais il existe encore ici un défaut de proportion qui doit faire penser que ces filets nerveux , nombreux et considérables comme ils le sont , n’ont bl‘ ’ pour st ul usage la formation de ces corps papillaires , dont la petitesse est telle qu’ils sont imperceptibles; l’analogie nous induit plutôt a cioire que dans la peau , comme dans le tiS'sii ct'Uulait c, comme dans lès-muscles^ comme dans les poumons , leurs dernières extrémités vont se perdre et se confondre avec les petits cylindres qui forment la première base du ré-
seau capillaire cutané, quoique nous soyons forcés de convenir que l’extrême finesse de ces objets rend impossible toule certitude à cet égard.
Au reste , on n’ignore pas que les phénomènes sympathiques sont plus remarquables dans le système dermoïde que dans tous les autres. On connaîtle froid delà crainte, de même que celui qui sert de début aux maladies aigues générales ou locales ; on sait qu’à l’instant de l’éjaculation de la semence un froid subit et sympathique se répand sur toute l’étendue de la peau , et que le commencement de la digestion produit un phénomène semblable , quoique moins vivement prononcé; on sait aussi qu’à l’occasion de certaines affections internes , des bouffées de chaleur se répandent parfois irrégulièrement sur cet organe , sans être accompagnées d’un plus g rand dégagement de calorique. D’un autre côté , toutes les fois que les papilles sont vivement excitées , comme dans le chatouillement des personnes très-sensibles , divers organes peuvent être altérés sympathiquement : tantôt c'est le cœur, et de là les syncopes ; tantôt c'est l'estomac, de là les vomissemens ; tantôt enfui c’est le cerveau , et de là les convulsions que ce procédé peut entraîner quelquefois. Il faut
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cependant faire ici la remarque importante que, de tous ces organes, l’estomac est celui qui parait être le plus souvent affecté et le plus immédiatement sous l’influence de la peau. En ajoutant à ces divers exemples le tremblement dont les muscles deviennent le siège , la lésion de l’action régulière du cœur, manifestée par la fréquence ou l'irrégularité des baltemens du pouls , phénomènes que l'influence de la peau péniblement affectée par le froid suffit seule pour produire ; enfin les pleurésies et les diverses inflammations des viscères qui surviennent à la suite d’un refroidissement subit de cet organe; nous aurous donné une idée suffisante pour notre objet, quoique bien légère , des rapports multipliés qui lient la vitalité du système dermoide à celle de tous les autres organes.
Mais il faut convenir que, de tous ces organes, ceux qui sont en grande partie formés de membranes muqueuses manifestent la correspondance la pli s intime avec le système dermoide. On retrouve dans une foule de circonstances différentes des preuves multipliées d’une réciprocité d action , d’un balancement de forces, d’une correspondance de vie et de sensibilité qui mettent en quelque sorte ces deux vastes membranes dans la dépendance l’une de 1 antre. Un corps froid appliqué sur la peau crispe les
vaisseaux des membranes muqueuses et arrête b écoulement du sang qu’ils laissent échapper dans les hémorrhagies. La production de la plupart des catarrhes est souvent le résultat de l’action subite du froid sur l’organe cutané, moins en supprimant la transpiration qu en irritant sympathiquement les vaisseaux de ces membranes. Lorsque la température de l'atmosphère engourdit la tonicité cutanée , celle du système muqueux reçoit un accroissement remarquable ; d’où il résulte une exhalation pulmonaire plus considérable en hiver , des sécrétions internes plus abondantes et une digestion plus active. Lorsque, au contraire, la chaleur du climat eide la saison vient épanouir la surface de la peau, celle des membranes muqueuses semble se resserrer ; il y a diminution des sécrétions , lenteur de la digestion et inappétence. Enfin , la pratique de la médecine fait voir que, dans diverses affections générales de la peau , certaines portions des membranes muqueuses sont presque toujours affectées, comme la gorge dans la scarlatine , la pituitaire et la conjonctive dans la rougeole, etc. , etc.
De ce qui précède on peut conclure que la peau et les membranes muqueuses, au moyen du grand nombre de vaisseaux absorbans qu’elles reçoivent dans leur texture , sont les seules par-
lies organisées de manière à recevoir impunément le conlact des substances étrangères au corps de 1 animal, à pomper une partie des molécules qui composent ces substances pour les soumettre au travail de l'assimilation , ou bien à rejeter au dehors tout ce qui devient hétérogène et superflu. L’un et l’autre, parle mode de sensibilité qu elles tiennent des vaisseaux absorbans, par leur structure particulière, sont propres à servir d’aboutissans au reste des organes, à devenir les émonctoires de toutes les humeurs. Si les membranes muqueuses ont leurs sérosités intestinales , leurs mucosités nasales , leurs vapeurs pulmonaires, la peau, de son coté, possède 1 insensible transpiration et les sueurs de différentes qualités. Nous venons de le voir; qu une atmosphère chaude épanouisse le tissu dermoïde, augmente son action, et la plupart des fluides qui forment le résidu de la nutrition et de la digestion sortent par cet organe ; que 1 hiver crispe et resserre ces vaisseaux , et bientôt ils refusent d’admettre ces fluides , qui passent alors par les membranes muqueuses. On ne peut trop admirer l’harmonie qui existe dans leur activité constamment inverse. Ces deux organes sont si essentiels qu'ils peuvent à eux seuls constituer l’individu dans les animaux les plus imparfaits ; iis ont des rapports si mul-
o or\()
l i plies entre eux , qu’ils sont susceptibles de se remplacer l’un l'autre chez ces animaux. En quoi consiste en effet l’organisation de ces zooplryles qui ont la forme d’un doigt de gant, d’un sac, d une poche qui digère ? La hase de ces êtres bizarres n’est-elle pas une membrane muqueuse et la peau , l’une qui pompe les matières nutritives , l’autre qui en exhale continuellement les résidus ? Et lorsqu’on vient à retourner cette singulière poche sans déranger les fonctions qu’elle remplit, et qu'on voit seulement changer les rapports d’action des deux membranes , peuton s’étonner que ces dernières restent encore liées par des points si multipliés dans les animaux dune organisation plus compliquée?
Le tissu cellulaire diaphane, imprégné de mucosités , et sans doute quelques libres musculaires imperceptibles collées à leur surface interne, comme le pcaucier l est au derme de la plupart des quadrupèdes , sont les organes qui représentent ces machines si compliquées que révêtent et protègent ces deux corps membraneux dans les animaux d’une espèce supérieure. Les unes et les autres de ces parties internes sont, pour ainsi dire, accessoires à l’essentiel de la vie matérielle ; elles demeurent constamment étrangères aux corps extérieurs, et se contentent de recevoir leur nourriture des organes qui nous occu-
des maladies. 299
pent : chacune d’elles peut manquer tour-à-tour, tontes même se trouver supprimées dans le décroissement de l échelle des etres , jusqu à ce qu’en fin l’animal soit réduit à la poche dont
nous venons de parler.
Loin de nous, toutefois, de vouloir établir une parfaite analogie entre les membranes du polype et les systèmes muqueux et dermoide de l’homme et des espèces voisines. Nos rapprochemens ne portent que sur la similitude de fonctions , et non sur celle de structure. Dans ces ébauches de 1 animalité , tout se réduit aux élémcns les plus simples; on ne retrouve plus ce riche assemblage de vaisseaux et de tissus de diverse nature ; l'organisation consiste en quelques filets ^ en quelques cloisons cellulaires à peine reconnaissables à travers les viscosités qui les imprègnent. Mais ces premiers ünéamens sont doués pourtant de la faculté de sentir , de se contracter , d’absorber et de rejeter, comme i! est facile d’en juger par les phénomènes que présentent ces curieux animaux. S il est donc vrai qu’il ne reste plus à cette extrémité de 1 é~ chelle des êtres que deux membranes analogues aux muqueuses et à la peau pour constituer l’individu, i! n’est pas moins certain que de ces deux organes il ne subsiste plus alors que les parties éminemment douées des quatre pro-
priétës que nous venons de signaler , c’est-adire , les cylindres primitifs du solide vivant ou les vaisseaux absorbans, nouvelle preuve du rôle important que jouent ces vaisseaux dans les fonctions muqueuses et cutanées.
Il est sans doute facile de se rendre raison de l’affinité qui existe entre deux membranes collées pour ainsi dire l’une à l’autre , comme le sont, dans les zoophyles, la membrane digestive et la peau ; mais par quel moyen ces membranes peuvent-elles correspondre quand une grande distance et des corps d une notable épaisseur les tiennent séparées, comme il arrivechezî homme et dans les animaux des espèces supérieures ? Ce moyen est le tissu cellulaire, système dune grande étendue, par-tout répandu, par-tout continu , qui enveloppe les organes , enchaîne les uns , sépare les autres , constitue la base de plusieurs, et établit entre eux une communication réciproque. Ce tissu , dont toute l’organisation ne consiste qu’en des toiles diaphanes etdes filets plus ou moins déliés, uniquement composés de vaisseaux absorbans , est comme le réceptacle et le soutien des parties les plus solides ; il di-* vise et sépare celles qui sont contiguës ou voisines ; il pénètre si exactement toute la masse du corps , il paraît si bien lui servir d’enveloppe et de moule , que s’il était permis de retrancher
DES ni A L A D I E S.
3ül
par la pensée tout ce qui n'est pas tissu cellulaire, pour nelaisser subsister quelui, lecorps de l'homme et chacune de ses parties ne changeraient ni de position ni de figure. Il forme, suivant l'heureuse expression de Boerhaave , une atmosphère particulière dans laquelle toutes ces parties se trouvent plongées, et qui sert à les unir ou à les isoler, suivant les modifications infiniment variées qu'une foule de causes impriment à la sensibilité, La peau , surtout , et les membranes muqueuses reposent sur une couche de ce tissu, et les anatomistes regardent même le chorion comme formé par une condensation cellulaire. De telles dispositions, aidées de la vitalité propre et de la perméabilité de ce tissu, le rendent susceptible de recevoir les impressions des choses qui agissent sur les organes , et de partager les modifications avantageuses ou nuisibles qu’ils en éprouvent , de propager ces modifications en les partageant , et c’est ainsi que l’altération d'un seul organe peut, en gagnant de proche en proche , intéresser à la fois toute a constitution. Au reste , le système cellulaire ne se borne pas à recevoir l’influence des autres organes ; mais étant directement affecté , il peut en exercer une à son tour sur le reste de 1 économie animale. Sans doute , il faut convenir que les rapports de ce système sont trop mulli-
302 du siège et de la nature
pliés pour qu i! soit facile de les bien apprécier. Comme il est par-tout disséminé, comme il concourt à la structure de toutes les parties, on ne peut qu’avec peine distinguer ce qui lui appartient de ce qui forme l’attribut des organes das s lesquels il se trouve confondu. Cependant ces rapports deviennent manifestes , en plus d'une circonstance , dans les maladies aigues et dans les maladies chroniques, comme il nous sera facile de le démontrer par la suite.
Quant à présent , la seule induction que nous veuillons tirer des faits et des rapprochemens que nous avons consignés dans ce chapitre, est que, s’il exisle dans l'économie animale un certain ensemble de vaisseaux .qui puisse être nommé sjslè me capillaire général , aucun n’a plus de droit à celle dénomination que ce vaste réseau d’absorbans muqueux, cutanés et cellulaires, dont chaque point se lie à quelque grande fonction ou à quelqu’organe principal, dont la sensibilité correspond à toutes les sensations, quelqu’étrangères qu elles puissent lui paraître d’abord , et dont les mouvemens irréguliers comme les excitations qui les produisent, agitent, transportent, mêlent, combinent, reçoivent ou repoussent des humeurs de nature infiniment variée, et en des temps et des circonstances souvent inappréciables.
CHAPITPvE XII.
Les Vaisseaux absorbons sécrètent la chaleur vitale de la même manière qu’ils sécrètent les humeurs animales .
Il nous paraît important d’examiner quelle influence peut avoir l’action des vaisseaux absorhans sur cette faculté commune à tous les animaux d’avoir une chaleur propre qui surpasse constamment celle du milieu dans lequel ils sont obligés de vivre. On sait qu’il ne peut y avoir d’être animé qui soit entièrement privé de chaleur ; le froid absolu répugne à l’état de vie, et les plantes même sont toujours de quelques degrés plus chaudes que la terre où elles végètent. Les êtres vivans diffèrent par là de ceux qui font partie de la matière brute, puisqu’ils ont la faculté de se donner à eux-mêmes un température propre et qui neleurest ni communiquée ni transmise. La chaleur vitale , une fois développée dans le corps, s’arrête à un point fixe et déterminé , lequel ne varie guère pendant toute la durée de la vie , l’intensité de la cha leur restant la même dans les diflérens
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âges , comme il a etc constaté par les expériences de Dehaën. Ou avait long-temps cru celle de l'enfance bien autre que celle de la vieillesse, réputée le temps delà sécheresse et déjà froideur ; mais ceci doit s’entendre seulement de la puissance par laquelle un animal produit une quantité de chaleur capable de résister à des froids rigoureux, plutôt que de la chaleur actuellement produite. La faculté d accroître ou de diminuer la chaleur au besoin est effectivement, comme toutes les forces de la vie, moindre chez le vieillard: aussi ne peut-il opposer qu’une résistance impuissante à faction des températures extrêmes. Quoi qu’il en soit , si les corps vivaus sont capables d’avoir une intensité égale et constante de chaleur, ce ne peut être que parce qu’ils en produisent eux-mêmes une certaine partie dans un milieu très-froid , ou qu’ils en détruisent , au contraire , une certaine partie dans un milieu très-chaud , et cela toujours en proportion de la température de ces milieux.
Quand on veut rechercher les causes de ce curieux phénomène, et qu’on porte des regards attentifs sur les systèmes inventés pour en rendre raison , il doit paraître naturel qu’un célèbre professeur de l’Ecole de Paris ait voulu éviter les défauts communs à toutes les théories physiques , mécaniques et chimiques de la chaleur
vitale , en l’attribuant à une propriété particulière des êtres vivans qu’il nomme caloricité 9 et dont il se borne à rechercher les lois. Mais Bichat et Dumas pensent, au contraire, que c’est un résultat, un phénomène de l’action vitale plutôt qu’une faculté distincte à laquelle ou ne saurait assigner un ordre d’opérations bien caractérisé. Les effets de toutes les parties vivantes , le concours de tous les mouvemens or paniques et vitauoc injluent sur le développé— nient de la chaleur vitale , dit le professeur de Montpellier ; Voxigéne et le calorique puisés dans 1 atmosphère peuvent être considérés , non comme fournissant les matériaux de la chaleur vitale , mais comme exerçant sur les organes une Jorce stimulante qui tour-à-tour , suivant certaines conditions , provoque ou arrête l’émission du calorique intérieur. Cela étant une fois admis y ajoute-t-il ,, le corps animal aurait en lui-même la source et le fonds de sa chaleur habituelle ; il pourrait l’émettre ou la ralentir par l’effet des stimulus appropriés , et sans le concours de quelques circonstances déterminées. Chaque organe y excité comme il convient, développerait autour de lui une quantité de chaleur suffisante , delà même façon que les organes sécréteurs , soumis a un mode d excitation convenable , développent les produits qui forment
lm 2Q
5o6 DU SIEGE ET DE LA NATURE
nos humeurs . (i). Cette opinion accorde
trop, il faut l’avouer, à la puissance vitale; elle isole trop le corps animal des substances chargées de le nourrir , d entretenir , de renouveler en lui tous les élémens de la vie. Sans doute , le corps peut , dans certaines occasions 9 émettre la chaleur comme les glandes produisent leurs sécrétions ; mais cette comparaison meme sert à prouver qu’il ne peut y parvenir qu’en agissant sur les matériaux apportés dans le sang par les alimens et parles diverses substances qui pénètrent dans ce liquide , soit au moyen de la respiration , soit au moyen de l’absorption cutanée.
Sous ce rapport, Bichat semble approcher davantage de la vérité, lorsqu’il avance que le calorique arrive au système capillaire combine avec la matière des sécrétions , avec celle des exhalations et de la nutrition; que le sang est le fluide commun qui résulte de toutes ces combinaisons ; que dans le système capillaire général chaque partie se sépare , le calorique pour se répandre dans tout le corps et sortir ensuite au dehors , les fluides des sécrétions pour sortir par les glandes f ceux des exhalations pour sortir par leurs surjaces respectives , et les molécules nutritives pour séjourner dans les or -
(i) Dumas, Physiol. , t. ni, pag. 16g.
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g ânes . (1). Mais qu’il n’y ait de dégage¬
ment de calorique qu’à l’occasion des transformations et des alterations que le sang éprouve pour former les matériaux des diverses fonctions comme cet auteur le donne à comprendre, voilà ce qui paraît démenti par l’observation : la peau est souvent brulanteet sèche, sans sueurs, sans exhalations d'aucune espèce, du moins appréciables.
Pourquoi 11’admettrait-on pas que l’action de nos organes peut dégager le calorique du sang , indépendamment de toute combinaison préliminaire de ce fluide? Ne voit-on pas, dans certaines maladies nerveuses, des gaz d’une autre espèce être , en quelque sorte, exhalés dans les intestins ou dans les aréoles du tissu cellulaire ? Avec cette légère modification faite à l’opinion de ce physiologiste , on pourrait facilement rendre raison de tous les phénomènes que présente l’émission de la chaleur vitale. Sans cette modification, au contraire, on doit convenir qu i J restera toujours quelques difficultés à les expliquer par les transformations chimiques du fluide sanguin.
Mais quelles que soient les circonstances favorables à rémission de la chaleur dans l’économie
(i) Anatomie générale , t. n , pag. 52,f.
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animale, ne pressent-on pas déjà , d’après le siège que B i chat n’a pu se défendre d’assigner à cette opération de la vie , que les vaisseaux absorbans sont encore ici les seuls agens dont l’activité suffise à son entretien constamment soutenu ? On ne peut, en effet , en charger, avec quelques physiologistes, les vaisseaux sanguins, toujours consacrés aux mêmes mouvemens et au même fluide, surtout quand on sait que la chaleur est susceptible de variations qui ne changent rien au mouvement du sang ; que bien souvent, au contraire , elle augmente ou diminue eu raison inverse de la circulation. Les expériences de Desamontons , de Home, de Deliaén , prouvent combien les altérations de la chaleur vitale, soit en plus, soit en moins, correspondent peu à la fréquence et à la force du pouls. Ce dernier a bien des fois observé des fièvres intermittentes , rémittentes , continues , qui amenaient des impressions brusques , soudaines et répétées de chaud et de froid , et qui laissaient le pouls toujours au même état ; tous les médecins ont eu l’occasion de faire des observations analogues. Sydenham , Whylh , Slorck , Sauvages , Dehaën , Tissot, Stoll , citent des exemples d’aiffictions hystériques durant lesquelles le corps devenait froid et glacé , quoique le pouls restât sans altération. Senac ,
DES MALADIES. 3og
Petit , Üehaën , Pearson , Fouquet , ont vu des circonstances où l’artère ne cessait pas de battre, de donner les pulsations accoutumées , lorsqu’un froid pénétrant saisissait tout le corps ; ils en ont remarqué d’autres où l’action des vaisseaux sanguins était sensiblement ralentie et comme déprimée , lorsque la chaleur ne perdait rien de son intensité; enfin, dans beaucoup d’autres circonstances, le pouls devient fréquent , vite , tendu, quoique la chaleur subisse de la diminution plutôt que de l’accroissement (i). Des faits de cette nature nous forcent donc de chercher hors du cercle circulatoire sanguin les organes
propres à produire les phénomènes calorifiques.
Blumenbach présume que le cerveau n’est pas étranger à la production de ce phénomène , et qu’il contribue à soutenir par sa propre énergie le degré de chaleur et de température nécessaire à chaque espèce d’animaux. 11 étaye son opinion de f exemple des tortues, dont la chaleur à peine sensible répond à la petitesse extrême du cerveau bien plus qu’à l’état du sang artériel. Il cite les animaux à sang chaud qu’un profond sommeil engourdit tous les hivers, et dont la chaleur décroît à mesure que les fonctions du cerveau commencent à languir, il cite enfin
(i) Dumas, Physiologie , t. m , pag. \lxrj.
5ig du siège et de la nature
les accroissemeus de chaleur procures par les contentions d esprit et les émotions de l ame ( i ),
C est? à la vérité, le propre de la chaleur vitale d’être modifiée par les passions ; il en est qui excitent et échauffent le corps qu’elles dominent; il en est qui l’énervent et le refroidissent. On pourrait encore ajouter aux preuves de ce célèbre physiologiste les effets de 1 habitude , qui donne au Russe la faculté de se rouler impunément dans la neige par le froid le plus intense , après s’être tenu long-temps dans de chaudes étuves, qui donnait à ces jeunes filles , dont parlent Duhamel et Dutillet , la possibilité de soutenir pendant quelques minutes la chaleur d’un four chauffe à 176 degrés du thermomètre de Farheneith ; et l’on pourrait peut-être trouver un dernier argument en faveur de cette opinion dans l’histoire de certaines sympathies qui produisent tantôt une chaleur vive , tantôt un froid glacial, à l’occasion de la souffrance de telle ou telle partie plus ou moins éloignée.
Bien loin de repousser tous ces faits comme contraires à l’idée que nous nous sommes faite de l’action des vaisseaux absorbans dans la production de la chaleur vitale, nous les accueillons,
(1) Speciem Phjsiol. comparât. , png. 2i>; Instit , phjsiol. , s cct. x.
au contraire, avec empressement , comme un nouveau témoignage de l’intime liaison qui existe entre ces vaisseaux et les organes du sentiment. ISous pouvons meme ajouter à ce témoignage celui qui résulte de la similitude des lois qui régissent fout à la fois la calorification , la nutrition et les sécrétions. Eu effet, le dégagement du calorique est, commelesdeux dernières fonctions , toujours subordonné à l’état des forces vitales ; suivant que la tonicité est exaltée ou languissante dans une partie, celle-ci s’échauffe plus ou moins facilement. Cette dépendance dans laquelle la chaleur se trouve de l’état des forces est un fait que toutes les maladies et tous les phénomènes de la santé nous présentent ; il est aussi réel pour la chaleur que pour les sécrétions et pour les exhalations. L’afflux du sang dans une partie enflammée, et le dégagement du calorique ; l’augmentation de ce dégagement, et l’exhalation sanguine dans les hémorrhagies actives , sont , il est impossible d’en douter , des effets d une même cause. Bien plus encore; de même que dans chaque partie les vaisseaux absorbans jouissent d’une sensibilité spécifique, au moyeu de laquelle ils impriment aux fluides qu’ils séparent du sang des qualités et des quantités très - inégales , de même ces vaisseaux impriment à la chaleur qu’ils dégagent un tel
nombre de nuances que chaque système a sou mode et son degré de chaleur , comme chaque glande à son mode propre de sécrétion, et chaque tissu son mode propre de nutrition. Les cheveux , les ongles, l’épiderme, les organes blancs,
• en un mot , en fournissent moins probablement que les muscles, du moins les pattes des oiseaux, presque entièrement composées de ces parties blanches , sont bien moins chaudes que îe reste du corps. C'est encore en vertu de cette analogie que I on ressent dans les inflammations presque autant de sentimens dilTérens de chaleur qu’il y a d’organes , et que les maladies fébriles peuvent se distinguer, jusqu’à un certain point, les unes des autres par un mode particulier de chaleur, dont îe caractère échappe rarement au tact du praticien. Tout le monde sait que ces sortes de modifications sont aussi fréquentes dans les maladies que celles des sécrétions ou des exhalations, et qu’elles offrent toujours, comme ces dernières , un trouble précurseur dans les fonctions vitales.
Nous pouvons tirer un autre genre d'argument en faveur de l'influence des vaisseaux absorbons dans la production de la chaleur vitale , de certains phénomènes qu'on remarque après les asphyxies etles morts subites ou très-promptes. Bans ces circonstances, les cadavres restent
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cîiauds bien plus long-temps qu’à la Suile des maladies chroniques. Cela ne tient-il pas à ce que toutes les fois que la mort arrive brusquement, elle n’interrompt d’abord que les grandes fonctions , tandis que les vaisseaux absorbans y les derniers à perdre la vie, et dont une longue maladie n’a point encore épuisé l’excitabilité, conservent leur action pendant plus ou moins de temps après que l’individu a cessé de respirer et de vivre? Or , cette action dégage le calorique du sang qui se trouve dans les vaisseaux capillaires , de même qu elle absorbe les fluides slagnans dans les aréoles celluleux , de même qu elle donne aux muscles un frémissement remarquable, de même qu’elle fait', sans doute , que les glandes puisent dans le sang les matériaux propres aux sécrétions quelque temps encore après que l’homme a rendu le dernier soupir , de même, enfin , qu’on a vu des hémorrhagies continuer ou se reproduire jusque dans les tombeaux, et frapper les spectateurs de terreur et d’étonnement (i).
(i) Les hémorrhagies des cadavres méritent toute notre attention : ij ne s’agit pas de l’écoulement d’un sang putride et écumeux que le dégagement des fluides aéri formes fait sortir quelquefois des ouvertures naturelles , mais des effusions d’un sang vermeil Lien constitué, semblable à
5l4 DU SIEGE ET DE LA NATURE
Au reste, le calorique n’est pas le seul principe élémentaire , le seul fluide aeriforme que les organes des animaux puissent extraire de leur fluide nourricier. Nous avons vu que des substances gazeuses se répandaient en certaines circonstances dans l’intérieur du corps de 1 homme. Nous savonsqu’il estdesclasses nombreuses de poissons dont les vessies natatoires se remplissent , tantôt d’un mélange d’azote et d’acide carbonique , tantôt de gaz hydrogène , tantôt d oxigène ou d’acide carbonique , non-seulement suivant les espèces de ces animaux et la différence des organes sécréteurs , mais encore suivant la différence des circonstances où peut se trouver le même individu , si l’on s’eu rapporte aux observations que M. Brodbell a faites sur 1 espadon ( æiphius gladius). Nous savons encore que le fluide électrique lui-même peut être un produit de l’économie animale , et que l oti doit regarder comme une sorte de sécrétion l’accumulation de ce tluide dans les organes parlicu-
celui des personnes vivantes et saines. Or, les lie'morrliagies de celte espèce peuvent s'opérer , non-seulement peu d’instans après la mort, mais encore dans des cadavres de quatre à cinq jours : on en voit des exemples remarquables dans le Traite des Hémorrhagies de 31. le professeur LordaL
licrs que présentent la torpille , le gymnote électrique et le silure trembleur (i). Que si l’on n'a pu découvrir dans d’autres animaux possédant les mêmes (acuités électriques d’organes particuliers chargés de la séparation de ce fluide, c’est, selon toute apparence , que les vaisseaux absorbans de ces individus sont avec ce principe dans les mêmes rapports où se trouvent les vaisseaux absorbans des espèces supérieures relativement au calorique, et que toutes les parties de leurs corps sont également propres à le dégager ou à le produire.
Ce qui prouve, ce semble, d’une manière péremptoire que cet ordre de vaisseaux est chargé de ce travail d'une nature si analogue à tous ceux que nous lui avons vu remplir jusqu'ici , c’est qu’une nombreuse classe d’animaux où I on ne reconnaît presque plus d’autre caractère de vitalité que le sentiment et i absorption^ retirent des substances qui leur servent de nourriture , et ce même fluide électrique, et un autre principe qui donne lieu à des phénomènes plus curieux encore. Rien n’est plus digne de fixer les regards du physiologiste que les inléressans détails donnés par Pérou sur le pyrosome ,
(i) AI. Cuvier , Analom. compar. , xxx‘ leçon , art. ni,
tom. t.
espèce de zoophyte très-remarquable par la variété et par le brillant de ses couleurs. La phosphorescence qui distingue cet animal le rend un des plus beaux zoopbytes connus; des tubercules placés à la superficie de son corps tubuleux paraissent être le siège de celle phosphorescence. Celte propriété lumineuse se présente avec tous les caractères d’une fonction si fort dépendante de la vie , que lorsque l’animal repose ses couleurs se ternissent ; que les couleurs reprennent tout leur éclat dans les mouvemeas de contraction , soit spontanés, soit déterminés à la volonté de l’observateur par quelque légère irritation , et qu après la mort elles ne sauraient reparaître. Or, le pyrosome ne forme qu’un genre de cette vaste classe d’animaux phosphorescens qui semblent convertir les mers en de vastes nappes de feu (i). Parmi les merveilleuses meduses , il en est aussi qui présentent ces phénomènes lumineux (2) ; il en est d'autres qui en offrent d électriques , ce qui suppose dans tous ces animaux une action spé-
(1) Voyage de découvertes aux terres australes ; Mémoire sur le Pyrosome.
(2) Joyez , clans les T r ans net. philos., un Mémoire de M. J. Macartney sur les Animaux lumineux : et l't'xrrait de ce Mémoire 7 Bibliolliéfj . méd . , octobre :8i2.
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cifiqne sur leurs sucs nutritifs, au moyen de laquelle ils ont la faculté de produire de la matière phosphorique ou électrique à l'occasion d’une irritation quelconque , de la même manière que les organes des mammifères dégagent Je calorique lorsque leurs propriétés vitales se trouvent exaltées.
Quoi qu’il en soit, l’observation constante qui montre les animaux avec une température d’autant plus élevée que leurs organes pulmonaires sont plus développés ou dune structure plus parfaite , a fait penser aux uns que les poumons sont le foyer de la chaleur animale ; aux autres, que l’oxigène dont le sang se charge dans cet organe suliit pourdéterminer, parson excitation, 1’émission du calorique; aux autres enfin, que c’est par le moyen de la respiration que ce principe se combine en plus grande quantité avec le sang. Ne semble-t-il pas que, pour trouver la vérité, entre ces opinions, il conviendrait de prendre quelque chose de ces deux dernières ? Sans doute que l’action stimulante de l’oxigène favorise la production de la chaleur, comme de toutes les sécrétions; mais cette action ne pourrait avoir un tel résultat si déjà ce principe n’etait contenu dans le sang, comme s’y trouvent les matériaux de toutes les parties solides et liquides du corps animal. Sans doute que l’ap-
pareil destiné à puiser dans l’atmosphère le principe vivifiant qui anime toutes les forces de la vie doit y puiser aussi de certaines proportions du principe propre à devenir le fond , la matière de cette température constante , et de ces émissions soudaines et variées d une chaleur toujours soumise à l’action de nos organes , et, jusqu’à un certain point, indépendante de celle qui est extérieure au corps de l’animal ; mais s’il se trouve dans les poumons une température un peu plus élevée que dans les autres parties , c'est moins parce que cet organe est l’unique foyer de la chaleur, qu’à cause de l’action constante et non interrompue dont il est le siège , et qui suffirait seule pour maintenir un plus grand dégagement de calorique , ainsi qu’on le voit arriver dans tous les organes long-temps et fortement excités ; car, si les poumons sont la principale voie par laquelle le calorique pénètre dans le sang , il y a tout lieu de croire qu'ils partagent cette attribution avec la peau et les membranes muqueuses. Ces deux derniers organes paraissent être même le siège de l’action qui maintient les animaux dans une température toujours uniforme. On observe, en effet, que la peau résiste à des degrés de chaud très-supérieurs à celui du corps; qu’elle oppose une barrière presqu’insurmon table au calorique
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extérieur; que, cl uli autre côté, dans les climats très-froids, elle paraît être un obstacle à ce que le calorique interne se dégage de suite pour mettre le corps en équilibre avec le milieu environnant, tandis que la plupart des organes intérieurs étant mis à découvert nont point la faculté de conserver, aussi bien que la peau, celte indépendance de température. On sait également qu’après la peau ce sont les membranes muqueuses qui possèdent le mieux cette propriété , comme on a pu s’en convaincre dans les chutes du rectum et dans les autres accidcns qui exposent ces membranes aux impressions de l’air ambiant. Maintenant, nous le demandons, d on pourrait venir la faculté que possèdent ces parties , si elle n’était le résultat des modifications particulières des nombreux vaisseaux absorbans qui en forment la base ?
Ce sont les modifications inappréciables mais réelles de ces vaisseaux qui , tout autant que la privation du stimulus que fournit l’oxigène, établissent la différence de température des animaux à sang chaud et des animaux à sang froid. Il est bien vrai que l’imperfection de la respiration et delà sanguification doit donner unev:e plus languissante , une excitation plus faible, et par conséquent un moindre développement de chaleur. Cependant, quelque émoussée que pa-
?>2 0 du siegj et de la. nature raisse faction vitale dans les animaux à san"
froid, il s'y opère une transformation continuelle et très-rapide de gaz en fluides et de fluides en solides. Le système des vaisseaux capillaires domine dans la plupart de ces êtres animés; les organes digestifs y ont une étendue considérable , et les fonctions nutritives y jouissent dune grande activité. Voilà, sans doute , bien des causes de chaleur , d’après les idées reçues : pourquoi donc leur température estelle si peu élevée ? Serait-ce parce qu’ils vivent dans des milieux qui ne leur fournissent pas assez de calorique ? Mais l’air , l’eau , les substances où le calorique abonde sont la nourriture habituelle des amphibies , des poissons, des testacés et des zoophytes. Serait -ce parce que , privés d’oxigène , leurs organes ne possèdent pas assez d’énergie pour extraire le calorique de leurs sucs nourriciers ? mais la plupart sont munis d’appareils respiratoires , et ceux qui en sont privés respirent par toutes les parties de leur corps. D’ailleurs, certaines classes de ces animaux produisent en abondance , avec la chaleur vitale qui forme leur température naturelle , des quantités considérables de fluide électrique, de phosphore, de gaz oxigène , de gaz hydrogène, de gaz acide carbonique : fautil donc moins d’énergie vitale pour produire ces
principes que pour développer le calorique ? Convenons que ces différences tiennent plutôt à des modifications de sensibilité dont le créateur seul possède le secret, mais qui deviennent manifestes par les effets qu’elles produisent ; modifications au moyen desquelles les vaisseaux chargés d’absorber et de mouvoir les diverses
matières qui s’assimilent et se transforment en la substance des corps animaux , puisent tantôt un principe et tantôt l’autre. Comment C(S vaisseaux peuvent-ils s’emparer d’un fluide gazeux , le faire passer de l’état combiné à 1 état libre? On l’ignore; mais l’observation journalière prouve que la chose a lieu, quoiqu on ne puisse en donner d’explication satisfaisante.
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