NATURE »U SOMMEIL
DIVISION DB LA QUESTION. — ORDRB A SUIVRB DANS CETTE ÉTUDB.
Que j'envie^ iMessieurs^ la fortune du poète! Un spectacle frappe son regard et Témeut;!! saisit sa lyre et il chante! Il chante, non pas tout ce qu'il voit, non pas tout ce qui est , niais ce qui le charme et le ravit. Libre de prendre et de laisser , il s'en tient à ce qui peut plaire. Nous lui permettons plus encore. Si la nature n'est pas assez belle , que son imagination Tembellisse ! Le champ du réel est pauvre; qu'il puise à pleines mains dans les trésors de l'idéal ! Aussi sommes -nous, et avec raison, sévères pour la muse; que savez-vous , Messieurs, au-dessous d'un méchant vers?
Combien est différente la condition du philosophe ! Il faut qu'il décrive les faits tels qu'ils sont et non pas tels quMl les désire. II ne lui est même pas permis de les prendre comme la nature les donne. Son analyse effeuille, disloque, dessèche tout ce qu'elle touche. Ce ne sont plus des corps vivants, ce sont des cadavres, des squelettes que son crayon reproduit. Mais aussi quelle n'est pas l'utilité de cette froide anatomie, et qu'y a-t il, la vertu exceptée, au-dessus de la science?
Marchons donc stoïquement au milieu de ces débris dont nous sommes condamnés à semer notre route, et que le but nous fasse oublier le chemhi !
Mais par où prendre > par où attaquer ce phénomène complexe et multiple . que nous avons à suivre dans tous ses détails, à envisager sous toutes ses formes?
Le sommeil est ou du moins paraît double ; le corps et l'âme semblent également veiller tour à tour et dormir. Psychologue avant tout , nous nous établirons d'abord dans Fâme d'où , d'ailleurs , nous inclinons à croire que le sommeil part et rayonne ; nous terminerons par quelques observations sur le sommeil du corps.
L'âme elle-même , toute simple qu'elle est au point de vue de la substance , nous offre , au point de vue de la qualité, un certain nombre de facultés distinctes que notre regard , pour les bien voir , doit nettement séparer les unes des autres, et dans chacune desquelles il nous faudra successivement étudier l'action du sommeil.
Ces facultés , dont la liste n'est pas encore définitivement arrêtée , des études spéciales m'autorisent à les ramener à cinq : l'homme intérieur, selon moi, veut, pense, croit, sent et fait effort ou agit; il veut, pense, croit, sent et agit, quand il dort comme quand il veille. Nous aurons donc à rechercher ce que deviennent, lorsque le sommeil s'en empare, la force active ou motrice, la sensibilité, la foi^ l'intelligence et la volonté.
Enfin, et pour mettre quelque ordre dans ces recherches, nous partirons du centre personnel où nous pensons que le sommeil commence , pour le suivre de proche en proche jusqu'au point de jonction où l'esprit se met en rapport avec les organes. En d'autres termes.
nous étudierons > à l'état où le dormir les amène, — i^ la volonté, ce sanctuaire où réside ce qu'il y a de plus profond et de plus vrai dans Thomme; — 2^ rintelligence, qui , après la faculté de vouloir, semble être de toutes nos puissances celle qui se distingue et se sépare le plus de la matière ; — 3". la foi » qui s'attache étroitement, comme leur complément nécessaire, aux opérations de la pensée; — 4°. la sensibilité, qui nous laisse déjct de toutes parts pressentir le voisinage 'du corps; — 5°. la force motrice qui n'avoisine plus seulement^ mais touche les organes, et sert, en quelque sorte> de lien entre les deux mondes.
Ce plan arrêté, mettons-nous immédiatement à l'œuvre , et voyons comment se modifie , sous le coup du sommeil, la faculté personnelle par excellence, c'est-à-dire la volonté !