‹ Du sommeilChapitre 6 sur 8 · TU DU 50I1I1EIL · texte numérisé non relu

TU DU 50I1I1EIL

Noos recoDDaissoDS ces principes divers; nous savons quel parti en tire rimagination endonnie ainsi que la raison éveillée. Mais nous ne voyons là, pour l'ouvrier intellectuel, que des conditions et des instruments de travail; nous n'y pouvons voir des machines montées de manière à le dispenser de toute action personnelle, de toute coopération.

On ne remarque pas assez , en général, combien il nous faut de force active pour maintenir la mémoire, quand nous lui demandons une série telle quelle d'idées dans Tordre oit elle s'est chaijfée de les retenir , sur la ligne dont elle ne doit pas s'écarter. A chaque détail qu'elle nous représente se lient plus ou moins étroitement une foule de souvenirs qui, successivement éveillés , s'agitent et bourdonnent autour d'elle , l'appelant à eux , l'invitant à les suivre dans les innombrables avenues qu'ils lui ouvrent et où , si elle cédait un moment à leurs avances, elle se perdrait et s'égarerait sans retour. Le rêve, qui ne ferait, comme il arrive quelquefois, que répéter fidèlement une scène de la vie éveillée, serait donc encore tout empreint, tout pénétré de cette énergie qu'on lui conteste; se souvenir, qu'on dorme ou non , c'est agir.

Ainsi en est-il du concours que nous prête l'association des idées. Si cette disposition de nos connaissances à s'appeler les unes les autres en vertu de certaines sympathies naturelles ou artificielles était livrée à elle-même, si nous n'intervenions perpétuellement pour la contenir et la diriger, il n'y aurait plus pour l'esprit de combinaison soutenue, et le songe même, avec tous ses désordres, serait une œuvre trop

régalière pour qu'il en fût capable. J'ai d'ailleurs dans mOD sommeil ^ et à plus d'une reprise^ saisi sur le fait et à l'œuvre cette puissance qui sait, quand il lui convient, repousser d'importunes provocations. En voici un exemple. J'avais affaire dans une rue Amnette, à l'entrée de laquelle je lisais ce nom> qui m'est du reste parfaitement inconnu. Au milieu de mon rêve qui avait assez de suite> le mot omelette, attiré certainement par le nom de ma rue , se représenta plusieurs fois à ma pensée , comme pour la tenter. Mais je tins ferme ; et l'idée malencontreuse resta en dehors de la combinaison qu'en s'y mêlant elle aurait désorganisée (6&). Notre activité s'applique donc incessamment, dans le sommeil aussi bien que dans la veille , à la faculté de connaître. Ce n'est même qu'à cette condition que la matière intellectuelle , vague et informe de sa nature, se précise, se détermine et devient, comme disait lé moyen âge après Aristote, hoc aliquid, ce quelque chose , telle ou telle réalité qui se peut montrer , qualifier, nommer (65). Supprimez ce rapport, il n'y a plus pour nous ni souvenirs, ni idées; il n'y a plus, par conséquent, de pensée ordonnée ou désordonnée ; le rêve même est anéanti.

Le sommeil n'arrête pas, n'encbatne pas nos forces actives; il les met enjeu comme la veille, plus que la veille peut-être , mais autrement qu'elle ; sur ce point, ainsi que sur les autres , il frappe le sujet qu'il touche de son caractère propre.

L'effort gagne et perd à ce contact ; Il gagne en rapidité, en énergie ; il perd en tenue et en grandeur. Comme la pensée ;, qui n'est d'ailleurs que ce qu'il la

76 DU SOMHEIL.

fait être , il se brise en mille et mille éclats ^ et, loi» de se continuer, il s'^bandopae sans cesse et se trahit lui-même ; mais, comme elle aussi, il se meut avçc une vélocité qui tient du prodige» et on sent s'exalter et s'épanouir en lui, à un ioeiqMrimable degré, toutes les puissances de la vie.

Et comment n'eu serait-il pas ainsi? Qu'est-ce que i'activité proprement dite» l'activité telle que notre analyse la comprend» sinon une cause seconde et aveugle > obéissant, ea toute circonstance, à la cause première» à la cause intelligente dont elle relève, el dont elle prend partout et toij^oars les couleurs? Jamais (nous l'avons depuis lon^-temps et en plus d'un endroit (66) suffisamment étabU) jamais nos (orces actives ne s'ébiranlent sans un ordre formel de la volonté. De même qu'il faut, pour que la pensée apparaisse, que ractivité s'applique h l'inteUigence , de même, pour que l'effort se produise, il faut que la volonté s'applique ^ l'activité. La volonté est le graad ressort qui douae le branle à la machine entière; os ne pensa qu'ea raison de Feffort que Ton fait pour penser, et l'effort n'a lieu lui-même qu'autant que la volonté le prescrit, et dans la mesure où elle le prescrit. Telle sera et se montrera, à un moment déterminé, notre énergie volontaire, telle sera, au mémie moment, et se montrera notre force motrice. Or» ces défauts et c&s qualités» ces modifications» queUes qu'eUes soient» que nous venons de reconnaître dans, notre activité endormie, rappelons-le nous, ce sontprécisémeut les défauts et les qualités» ce sont les modifications que nous avons reconnues dans la vokmlé

DU SOBIMEIL. 77

tombée aax mains do sommeil; et nos dernières observations confirment de toat point les premières. Il nous est de plus démontré que cette harmonie de notre état volontaire avec les états divers qu'affectent les autres attributs de rame, t'esCpas fortuite» accidentelle, extérieure, mais intime^ nécessaire, rationnelle, et qu'il ne faut y voir rien moins que la relation du principe k ses conséquences, de la cause à ses effets. Ici, Alessiears, s'arrêtent nos études purement et «iduaivement psychologiques ; nous les interrompons, comme vous le voyez , au milieu d'une question. Mais nous me pouvions suivre notre activité, hors de Tintelttgence, dans la sphère où elle ^e matérialise en quelque sorte , sans avoir préalablement constaté l'état des organes auxquels elle s'adresse* Nous sommes parvenus aux limites extrêmes de l'âme ; le moment est arrivé de faire connaissance avec le corps.

Page 1