‹ Du sommeil non naturelChapitre 11 sur 20 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

De l'hypnotisme ou sommeil nerveux provoqué

Il y a peu d'années encore, un candidat à l'agrégation, obligé d'aborder dans sa thèse la question de l'hypnotisme, se serait trouvé dans un grand embarras. Les phénomènes réunis sous ce nom étaient si obscurs et si mal connus, il s'attachait à toutes les pratiques de ce genre un tel renom de charlatanisme, que les médecins, sauf de rares exceptions, évitaient d'en parler et reléguaient volontiers le sommeil nerveux parmi les questions qu'on ignore volontairement, faute de savoir les éclaircir.

Un homme que sa haute renommée de neuro-pathologiste mettait au-dessus du soupçon, a bravé le préjugé. Portant dans l'étude de ces difficiles problèmes la méthode et la précision scientifique dont tous ses travaux portent l'empreinte, il a su dépouiller l'hypnotisme (le magnétisme si l'on veut) de ce voile mystérieux dont l'avait revêtu la crédulité publique. Il en a classé les symptômes, en a défini les lois et a montré que tous les phénomènes avérés étaient justiciables d'une interprétation physiologique. Cet homme est M. le professeur Cliarcot. Dans l'exposé qui va suivre, nous nous guiderons principalement sur ses travaux et ceux de ses élèves. Les faits qu'ils ont mis en lumière sont, à l'heure qu'il est, pleinement démontrés; ils ont été vérifiés nombre de fois en tous pays ; seuls ils peuvent servir de base à une étude comme la nôtre. Quantaux résultats disparates et souvent contradictoires obtenus par d'autres observateurs, dont

quelques-uns n'ont peut-être pas su s'entourer de toutes les garanties nécessaires, nous ne les mentionnerons qu'incidemment et avec la plus grande réserve, persuadé qu'en matière d'hypnotisme comme en bactériologie, comme dans toutes les questions neuves et difficiles, les témoignages se pèsent et ne se comptent pas.

Après avoir jeté un rapide coup d'œil sur l'historique de l'hypnotisme, nous énumérerons les divers moyens par lesquels on peut provoquer le sommeil nerveux. Nous décrirons ensuite les symptômes et les phases de l'hypnose, tels qu'on les observe tous les jours à laSalpêtrière, et après ce tableau général, nous reprendrons, au point de vue analytique, l'étude de chacun des phénomènes que nous aurons constatés. Puis nous tâcherons d'élucider la difficile question de la nature et de la pathogénie du sommeil nerveux, et nous terminerons par quelques considérations thérapeutiques et médico-légales.

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