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DE LA CATALEPSIE

La confusion que nous avons signalée plus haut dans l'histoire de l'hypnosie africaine est peu de chose si on la compare à celle qui règne dans la science à propos de la catalepsie, et les observations publiées sous ce titre forment la collection la plus disparate qu'on puisse imaginer.

C'est que la plupart des auteurs qui ont employé ce mot ont complètement négligé d'en donner une définition précise, et l'ont appliqué aux formes morbides les plus diverses : les uns l'ont considéré comme une maladie distincte, d'autres comme un symptôme commun a une foule de maladies; certains en ont fait un état caractérisé par l'impossibilité de se mouvoir, avec conservation de

la conscience, et l'ont confondu ainsi avec la léthargie lucide; d'autres, s'attachant exclusivement à un symptôme, ont vu de la catalepsie dans tous les cas où les membres du malade conservaient les attitudes qu'on leur faisait prendre.

Cette confusion est telle que certains auteurs, dont Falret, se sont demandé, en comparant les observations entre elles, si la catalepsie constituait une entité morbide définissable et si les accidents protéiformes qu'on Lui attribuait n'étaient pas des associations de symptômes empruntés à d'autres maladies.

De fait, il vaudrait peut-être mieux rayer le mot de catalepsie du langage médical et trouver, pour désigner les phénomènes réunis à tort sous ce nom, d'autres dénominations qui ne prêtassent point à l'équivoque. Mais les noms consacrés par l'usage ne sont pas faciles à remplacer et il est plus prudent de se borner à en préciser l'emploi. — Or, grâce à l'étude expérimentale des phénomènes du sommeil pathologique, reproduits par l'hypnotisme, on a pu obtenir l'état cataleptique vrai, dégage des symptômes accessoires qui le défigurent souvent dans les faits cliniques.

Nous pouvons donc distinguer la catalepsie proprement dite, parmi toutes les formes morbides indûment confondues sous ce nom, et en tracer une description régulière.

Nous définirons la catalepsie une forme de sommeil pathologique caractérisée à la fois par la perte du sentiment, par l'abolition de la motilité volontaire, et par une exagération de la tonicité statique des muscles, d'où il résulte que le tronc et les membres prennent sans résistance et conservent sans effortpendant un temps indéfini toutes les positions qu'on leur communique.

La catalepsie se manifeste en général sous forme d'accès d'une durée plus ou moins longue. L'invasion des

accès peut être subite: dans ce cas ils succèdent le plus souventà une vive émotion morale. Une enfant de 5 ans citée par Tissot(l), vivement choquée de ce que sa sœur avait pris la première dans le plat un morceau qu'elle convoitait, étendit sa main armée d'une cuiller et demeura tout à coup immobile ; elle conserva cette position pendant plus d'une heure. Fehr (2) rapporte le cas d'un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeura muet, la bouche béante, les yeux ouverts et menaçants, le poing tendu vers son insulteur. J. Franck a vu un homme pris de catalepsie en montant une échelle. D'après Lafaille(3) deux cordeliers furent atteints en entendant la lecture de la Passion, au Consummatum est, et demeurèrent immobiles dans l'attitude de la dévotion.

Dans d'autres cas l'invasion est plus lente, et précédée de symptômes précurseurs tels que de la céphalalgie, des douleurs épigastriques, une sensation de constriction à la gorge ou d'autres troubles nerveux. Elle peut aussi succéder à une véritable attaque d'hystérie etmême, ainsi qu'on le verra, cà une autre forme de sommeil pathologique.

Quel que soit le début, l'accès cataleptique une fois déclaré présente une physionomie remarquablement constante. Le malade est immobile comme une statue et conserve la position dans laquelle il a été surpris ; les yeux sont ouverts et fixes, les paupières sans clignement, la physionomie est tantôt inerte, tantôt elle porte l'empreinte de la colère ou de la frayeur. La motilité volontaire est, comme nous l'avons dit, entièrement abolie, mais les membres ne sont point paralysés ; ils ne sont pas davantage dans l'état de raideurou de contracture que certains

(1) Tissot. Œuvres complètes, t, II, ch. xxi.

(2) Fehr. Hiera picra, seu de Absinth., 1667.

(3) Lafaille. Ann. de Toulouse, lro part., 1415, p. 167.

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