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auteurs ont confonduà tort avec la catalepsie ; ilsoffrentau contraire une souplesse remarquable, qui a été comparée souvent à la flexibilité de la cire (flexibilitas cerea), mais cette expression ne rend qu'imparfaitement la parfaile docilité avec laquelle les membres se laissent déplacer et conservent sans effort apparent toutes les positions qu'on leur communique. On peut varier les attitudes à l'infini, étendre ou élever les bras, incliner le tronc dans tous les sens ou le faire tenir tout entier sur les ischions; si incommode que soit la position, pourvu qu'elle soit compatible avec les lois de l'équilibre, le malade la conserve sans changement et cela pendant un temps quelquefois fort long. On peut modifier cette posture avec la même facilité et la remplacer par une autre toute différente ; les membres n'opposent aucune résistance, tout au plus faut-il parfois les maintenir pendant quelques secondes avant de les abandonner à eux-mêmes. Si on met le malade debout et si on le pousse en avant, il fait un pas ou deux à la manière d'un automate, et retombe aussitôt dans son immobilité.
Pendant toute la durée de l'accès, l'anesthésie sensitive et sensorielle paraît complète ; les excitations cutanées les plus violentes ne déterminent aucune réaction. L'entendement et la conscience sont également supprimés : sauf dans quelques cas rares le malade est absolument étranger à ce qui se passe autour de lui. Cependant les fonctions organiques ne paraissent nullement troublées, la respiration un peu ralentie est régulière, le pouls conserve son rythme habituel, les autres fonctions continuent à s'exercer régulièrement.
La longueur de la crise est variable ; elle est ordinairement d'une à deux heures au plus ; elle peut atteindre une journée entière. On a même cité des états cataleptiques qui avaient duré des semaines, mais il s'agissait alors d'accès complexes interrompus par d'autres phé-
nomènes nerveux (état léthargique, attaques de contracture, accès hystériques proprement dits). Quant à la durée de la persistance des attitudes, elle varie selon les sujets et aussi (bien qu'à un moindre degré) selon que ces attitudes sont plus ou moins en opposition avec les lois de la pesanteur. Il est difficile d'ajouter foi sur ce point aux anciennes observations, où la recherche du merveilleux est trop évidente. Le professeur Charcot, dans ses recherches sur la catalepsie provoquée, a vu l'extension horizontale du bras persister pendant une demi-heure en moyenne; au bout de ce temps le membre retombait graduellement le long du corps ; Berger (de Breslau) a vu les attitudes cataleptiques les plus anormales se maintenant pendant une heure, deux heures et même jusqu'à sept heures consécutives chez une jeune fille qui fut gardée à vue sans interruption.
La terminaison de l'accès est en général aussi subite que le début. Elle est tantôt spontanée, tantôt provoquée par une influence extérieure ; comme nous le verrons plus loin, il suffit pour mettre fin à l'état cataleptique de fermer doucement les paupières du malade, mais alors il tombe dans un sommeil léthargique, et il est nécessaire pour l'en faire sortir d'employer d'autres moyens : le meilleur est de lui souffler doucement au visage. Quand l'accès de catalepsie se termine spontanément, les muscles perdent tout à coup leur tonicité et les membres re tombent dans la résolution.
Le malade semble sortir d'un long sommeil ; il reprend graduellement l'usage de ses sens et se souvient si peu de ce qui s"est passé qu'il continue une phrase interrompue ou achève un mouvement suspendu au début de l'attaque.
Tel est l'aspect général de l'état cataleptique, qui présente naturellement de nombreuses variétés selon les sujets.
Une observation duc à Eichmann (1) est tout à fait typique ; une jeune dame était prise subitement d'attaques cataleptiques ; elle interrompait la phrase commencée et restait immobile dans la position qu'elle avait avant l'accès ; la flexibilité des membres était absolue ; toutes les sensibilités, tant générales que spéciales, étaient complètement abolies, la pupille ne réagissait pas même à la plus forte lumière ; le visage était pâle, le pouls lent et plein, la respiration très faible, la température de la peau un peu abaissée ; l'accès se terminait aussi subitement qu'il avait commencé, la malade reprenait la conversation où elle l'avait laissée ; il y avait amnésie complète.
Un petit garçon bien portant, âgé de 9 ans, observé par Mayer (2), fut trouvé un matin à 7 heures en état de catalepsie. Le pouls régulier était à 60, la respiration lente et superficielle, la face pâle, les globes oculaires convulsés en haut; la sensibilité cutanée complètement abolie. A 2 heures de l'après-midi, il se réveilla brusquement avec un soupir ; les pupilles étaient très dilatées. Pendant cinq ou six jours les accès se répétèrent quotidiennement aux mêmes heures ; ils cessèrent après l'administration d'un vermifuge, qui amena l'expulsion de nombreux ascarides.
Dans certains cas les accès sont précédés de symptômes nerveux, manifestement hystériques : un jeune paysan de 28 ans, dont Hubertz (3) a recueilli l'histoire, fut pris périodiquement pendant huit années de crises caractérisées par une tension au creux épigastrique et une sensation de constriction du thorax, à la suite de laquelle il tombait dans un état d'automatisme, conservait
(1) Eichmar.n. Katalepsie. Preuss. Vereinsszeitung, n° 21
(2) Mayer. Ann. de la Soc. médicale d'Anvers, mai 18G;>. (8) Hubertz. Canstatt's Jahresbericht, 1843.
toutes les attitudes qu'on lui faisait prendre, marchait sans résistance quand on le conduisait par la main, et, livré à lui-même, restait immobile les mains dans les poches. Il ne prenait pas de nourriture, mais mâchait et avalait lentement les aliments qu'on lui mettait dans la bouche.
On a vu que dans la catalepsie il y a généralement anesthésie sensitivo-sensorielle complète et inconscience absolue. Cette règle comporte cependant quelques exceptions, et il y a des malades qui voient et entendent, et se rendent compte de ce qui se passe autour d'eux. Indépendamment des histoires assez nombreuses rapportées par les anciens auteurs, tels que Ccelius Aurelianus, on peut citer à ce point de vue une observation fort curieuse de Jones relative à un artisan de 60 ans qui, ayant eu le moral ébranlé par la mort de sa femme, fut pris, après divers accidents nerveux, d'un accès cataleptique. Durant cet accès, qui se prolongea pendant huit heures, on put lui faire prendre et garder les attitudes les plus incommodes et les plus grotesques; il paraissait insensible et les excitations extérieures les plus diverses ne provoquaient aucune réaction. Cependant il déclara ensuite n'avoir pas perdu connaissance, avoir vu et entendu les assistants, avoir senti les moyens thérapeutiques employés (douches froides, électrisation), et avoir souffert des altitudes ridicules qu'on lui donnait; mais tout cela sans pouvoir donner signe de vie, ni surtout faire le moindre mouvement pour se défendre.
Ce fait, comme nous le verrons plus loin en étudiant la catalepsie provoquée, est tout à fait anormal; il montre que dans les névroses, plus encore que dans les autres maladies, les types cliniques sont susceptibles de déviations nombreuses et que toutes les combinaisons de symptômes peuvent être observées.
On peut mettre à côté du cas précédent une forme
rare et anormale, qui a été confondue avec la catalepsie, bien qu'elle présente un tableau clinique exactement inverse : c'est la léthargie lucide, état singulier dans lequel les membres sont flasques, les muscles (môme ceux des paupières) incapables du moindre mouvement, la respiration et le pouls presque suspendus, et dans lequel pourtant les sens fonctionnent, l'intelligence reste éveillée, la conscience du moi subsiste. Cricliton, cité par Hack Tuke (1), a rapporté un cas de léthargie lucide dans lequel la malade fut réveillée par l'émotion que lui causèrent les apprêts de ses funérailles : « Au jour marqué pour les obsèques, on chanta des hymnes devant la porte. La malade avait conscience de tout ce qui se passait autour d'elle et entendait ses amis déplorer sa perte. Elle sentit qu'on la revêtait du linceul et qu'on la plaçait dans la bière, ce qui lui causa une inexprimable angoisse. Elle essaya de crier, mais sa volonté était sans action sur ses muscles ; elle avait beau essayer d'étendre les bras, d'ouvrir les yeux, cela lui était également impossible. Quand on se mit en devoir de clouer le couvercle du cercueil, son angoisse devint si vive qu'elle commença à réagir sur son état physique, une légère sueur apparut sur son visage et augmenta rapidement; bientôt de légères convulsions agitèrent ses mains et ses pieds; enfin elle ouvrit les yeux et poussa un cri de détresse. »
Nous pourrions citer d'autres observations analogues, mais il nous semble inutile d'insister. Revenons à la catalepsie.
Le diagnostic de cette forme de sommeil pathologique exige une certaine attention de la part du médecin, et c'est au défaut d'attention, non moins qu'à la confusion des idées régnantes, qu'il faut attribuer le grand nombre
(1) Hack Tuke. Tho influence of the mind upon the body. London, 1872.
d'observations publiées sous le titre de catalepsie et relatives en réalité à toute autre chose.
Les attaques d'hystérie avec tout leur cortège de symptômes compliqués, avec les crises tétaniques, les contractures provoquées qu'on y rencontre, en ont souvent imposé pour des accès cataleptiques et les observateurs sont d'autant plus facilement tombés dans l'erreur que l'hystérie est une des causes les plus fréquentes (pour ne pas dire la plus fréquente) de la catalepsie. Aujourd'hui que les travaux de Charcotet de son école sur le sommeil nerveux provoqué ont permis de distinguer nettement tous ces phénomènes les uns des autres, on peut voirclair dans les anciennes observations : c'est ainsi que le fait de Puel (1), par exemple, n'a rien à faire avec la catalepsie, mais se rapporte évidemment à des attaques hystériques avec diathèse de contracture et hyperexcitabilité musculaire. Les observations de Dassit (2), de Bellingham (3), de Camps (4), appartiennent à la même catégorie.
Les cas de mélancolie avec stupeur, dans lesquels les malades, dans le but de tromper, ou en raison de leur passivité, conservent parfois très longtemps les attitudes qu'on leur communique, ont aussi engendré des erreurs. C'est probablement un cas de ce genre qui a trompé Skoda (5) et plusieurs autres observateurs. Ces malades se distinguent des cataleptiques vrais en ce qu'ils présentent bientôt des signes de fatigue, du tremblement des membres maintenus en position gênante, etc.
(1) Puel. Mém. de l'Acad. de méd. de Paris, t. XX, p. 409,
(2) Dassit. Bull. gén. de thérapeutique, août 1841.
(3) Bellingham. Dublin raed. Press., 1846.
(4) Camps. Brit. med. Journal, 24 janv. 1857.
(5) Skoda. Zcitschrift der Gesellschaft der Aerzte von Wieu, 1862.
En dehors de ces circonstances, le diagnostic de la catalepsie est facile à faire, en s'appuyant sur les symptômes que nous avons indiqués.
Les causes de la catalepsie, comme on a pu le voir d'après les quelques observations que nous avons citées, sont encore et toujours les mêmes que celles des autres formes de sommeil pathologique : l'état nerveux dans toutes ses formes et avant tout l'hystérie, telle est la cause presque constante de cette étrange forme morbide. Parmi les causes occasionnelles, plusieurs auteurs ont signalé les vers intestinaux (Van Swieten, Pinel, Mayer, Hiïbertz*, mais les impressions subites et violentes, soit psychiques comme l'annonce d'un danger ou d'un malheur imprévu, soit sensorielles comme un bruit violent, une lumière vive, l'éclat de la foudre, etc., paraissent intervenir très fréquemment pour provoquer les accès.
Si la catalepsie reconnaît en somme les mêmes causes que le somnambulisme et le sommeil léthargique, il est vraisemblable qu'elle constitue un phénomène de même nature, el c'est encore la dissociation de l'activité des différents centres nerveux qu'on peut invoquer pour expliquer l'état si particulier des cataleptiques. Que l'on suppose exaltée la faculté de coordination des mouvements, et suspendue l'activité des centres corticaux qui président à la volilion, on n'aura pas de peine à comprendre la catalepsie. En admettant que l'activité cérébrale était abolie chez le cataleptique, Eulenburg nous paraît avoir dépassé la vérité : si l'activité cérébrale était réellement supprimée, celle de l'axe médullaire subsistant seule, il y aurait exagération des réflexes. Or c'est ce qui n'a pas lieu. Il vaut mieux dire avecHolm (1) qu'il y a simultanément interruption de la conductibilité entre le sensorium commune et le centre moteur, et action automatique de ce dernier centre sur l'innervation muscu-
(1) Holm. Nord med. Arkiv., 1871.
laire intacte. L'instinct de la stabilité persiste, il est même plus développé qu'à l'état normal, etc'estlaparfaite harmonie qui règne entre tous les muscles qui nous explique en partie comment le cataleptique maintient sans fatigue les attitudes les plus gênantes; mais le sujet est passif, il ne veut pas se mouvoir, parce qu'il m peut pas vouloir. Bien que l'on modifie sa position, en réalité son état ne change pas, et la distribution de l'influx neuromusculaire n'est aucunement modifiée : selon la remarque de Benedikt, comme chaque muscle que l'on allonge d'une quantité donnée perd une partie de sa puissance égale à celle qu'il gagnerait par un raccourcissement de même quantité, il est clair que si des muscles antagonistes ont une tonicité ou tension suffisante pour maintenir les leviers osseux dans une certaine position, la même tension suffira pour le maintien de toute autre attitude. Il n'est donc pas nécessaire de faire intervenir, comme le veut Rosenthal, une exagération des réflexes d'origine osseuse ou articulaire.