CONDITIONS OCCASIONNELLES
Les conditions favorables au développement du somnambulisme et capable d’en déterminer quelquefois l’apparition doivent être, au point de vue pratique, divisées en deux catégories, comprenant : l’une un certain nombre d’influences purement psychiques; l’autre, les influences propres à produire artificiellement l’hypnose que nous nous proposons d’étudier dans un autre travail et dont nous donnons seulement ici un tableau synoptique.
A . Conditions psychiques. - — Les conditions psychiques sont de nature émotive et imitative. Nous en dirons seulement quelques mots.
On sait quelle est la part des émotions morales et urtout des émotions pénibles, des impressions psychiques soudaines et inattendues, dans la détermination d’un grand nombre d’accidents nerveux, chez les hystériques surtout : un chagrin, une surprise désagréable, une contrariété, un accès de colère, sont souvent la cause prochaine d’une attaque d’hystérie convulsive, d’un accès de chorée, et peuvent se
comporter de la même manière à l’égard du somnambulisme. C’est également à des conditions psychiques que nous devrions rattacher l’influence hypnogénique de la foi dans la puissance « magnétique » de l’opérateur, de l’attention expectante, de la fatigue de l’attention et de ce que nous appelons le « regard expressif », si la nécessité de conserver, pour le moment du moins, l’ancienne division du somnambulisme en spontané et provoqué, ne nous obligeaient de reléguer l’étude de ces conditions dans un chapitre spécial consacré à l’analyse des procédés d’hypnose artificielle.
L’influence de l’imitation n’est pas moins considérable et cette contagion nerveuse, pour employer l’heureuse expression de M. Bouchut, qui nous porte à reproduire les gestes que l’on exécute devant nous, à imiter les mouvements dont nous sommes témoins et a nous adapter au milieu moral et intellectuel qui nous entoure, étend son empire jusque dans le domaine de la pathologie nerveuse et rend compte des nombreuses épidémies de névroses qui ont dû exister de tout temps, qui ont redoublé de fréquence et d'intensité aux époques de misère et d’ignorance et dont on peut encore retrouver de nos jours les traces mal effacées. De même que les névrophathes s’attirent entre eux, comme le montre la fréquence des unions entre aliénés ou candidats à l’aliénation et jusqu’à ces groupes que forment les hystériques de nos selles d’hôpital, ainsi s’imitent-ils. Une attaque d’hystérie éclatant au milieu d’une réunion d’hystériques est suivie de beaucoup d’autres, et dans un pensionnat la tétanie a été observée par M. Simon à l’état épidémique. Nous avons vu nous-mêmes une hystérique, tombée en léthargie, rendre léthargique plusieurs de ses compagnes et nous avons pu, grâce à une hystérique atteinte de chorée rythmique, étudier cette chorée sur un nombre de cas assez considérable. Ces faits sont d’ailleurs connus depuis longtemps
et n’avaient pas échappé à la perspicacité de M. Briquet : « Imiter, dit-il, dans son traité de l’hystérie est un des privilèges des femmes ; c’est surtout un des privilèges des hystériques. Il suffît qu’une malade ait vu une fois un geste, un acte qui l’aura frappée, pour qu’involontairementelle l’imite; lorsqu’il y a dans une salle plusieurs hystériques avec des attaques, c’estitoujours celle qui a l’attaque la plus forte qui donne le ton aux autres : si elle crie beaucoup, les autres jetteront des cris à effrayer ; si elle exécute des mouvements singuliers, toutes les autres auront des convulsions singulières. J’ai vu, il y a quelque temps, dans une salle, une femme qui poussait des hurlements et des aboiements ; au bout de quelques jours, une femme hystérique, placée à peu de distance d’elle, et qui jusque-là avait eu des attaques non bruyantes, se mit pendant ses attaques à hurler et à aboyer exactement comme sa voisine. »
Il en est absolument de même à Tégard du somnambulisme comme à l’égard des autres manifestations de l’hystérie, et une somnambule'peut faire école et disséminer autour d’elle l’affection dont elle est atteinte. Aussi, l’agglomération des hystériques est-elle à la fois un grand avantage pour la Science, et pour le malade un inconvénient capital et quelquefois comme un brevet d’incurabilité. Réunies sous une même direction, vivant en commun, s’aimant, se haïssant avec excès et se disputant sans cesse, continuellement examinées et excitées, ayant toujours sous les yeux les attaques de leurs compagnes, s’excitant et s’imitant mutuellement, heureuses et fières de l’intérêt qu’elles inspirent et dont elles ne soupçonnent pas la nature purement scientifique, et faisant tout pour l’augmenter, les malades ne jouissent ni du calme, ni du repos, ni de l’isolement qui seraient nécessaire à leur guérison. Un service ainsi organisé est sans doute une galerie pathologique des plus intéressantes, au Ghambard. 4
laboratoire, où les maladies du système nerveux sont entretenues et cultivées pour le plus grand profit de la Science, mais il ne saurait être considéré comme une institution propre à l’amendement ou à la guérison de ces maladies.
B. Conditions expérimentales. — Les conditions qui permettent de provoquer artificiellement l’hypnose sont nombreuses et variées, et peuvent être divisées en deux classes : A la première se rattachent les procédés empiriques employés depuis longtemps par les magnétiseurs. Ils réussissent, sans doute, mais leur complexité même est un obstacle à la détermination exacte de leur mode d’action ; la seconde comprend une série de procédés produisant l’hypnose par des actions plus simples et d’une analyse par conséquent plus facile. Nous désignons les premiers du nom de procédés mixtes ou empiriques, et nous considérons les seconds comme des procédés simples ou analytiques. Sans insister davantage sur leur nature et leur mode d’action qui feront l’objet d’un autre travail, nous donnons ci -contre le tableau de tous ceux qui ont été employés jusqu’ici. Nous ferons cependant remarquer que le somnambulisme se distingue des autres affections névropathiques par la possibilité de sa réalisation artificielle.
Cette particularité et la sensibilité que manifestent beaucoup de sujets, en apparence normaux, à l’action des procédés hypnogéniques, ont porté plusieurs bons esprits à considérer l’hypnose artificielle comme un fait physiologique : nous nous sommes expliqué ici même et ailleurs sur ce point. C’est cependant grâce à la production artificielle du somnambulisme que cette névrose a pu être scientifiquement étudiée.
Conditions occasionnelles expérimentales . — Procédés hypno géniques. Procédés empiriques ou mixtes dits magnétiques.
Procédés analytiques ou simples :
lu Actions psychiques, a. Affectives. Foi. Attente. Expectant attention.
(Carpenter).
Emotions et impressions morales. Regard expressif.
ê. Intellectuelles. Inertie intellectuelle. Fatigue de l’attention.
2° Actions sensorielles, a. Suppression des excitations sensorielles. Occlusion simple des yeux (Lasègue).