ÉTIOLOGIE
Les considérations qui précèdent vont nous permettre de jeter un coup d’œil d’ensemble sur l’étiologie du somnambulisme spontané et sur les conditions qui rendent certains individus si sensibles aux actions hypnogéniques que notre intention n’est pas d’étudier dans ce travail et dont nous nous bornerons à donner une classification.
La clef de l’étiologie du somnambulisme est, ainsi que nous avons cherçhé à le démontrer, la diathèse névropathique. Cette diathèse est donc la cause première, la véritable cause prédisposante des phénomènes nerveux de cet ordre, mais son mode d’action varie selon les sujets, et l’observation clinique nous oblige à admettre qu’il peut s’exercer de trois manières différentes.
Dans une première série de faits, la diathèse névropathique ne se manifeste que par une seule affection bien déterminée: le somnambulisme. Elle le produit directement. Nous devons remarquer cependant, que beaucoup de névropathes de cette série présentent des manifestations vagues, fugaces ou trop insignifiantes pour être remarquées, de la prédisposition qui domine et règle leur existence; que, chez d’autres, la névro-
pathïe reste à l’état latent, et qu’enfîn, chez un grand nombre, le somnambulisme n’apparaît que sous l’influence de certaines causes occasionnelles parmi lesquelles les procédés hypnogéniques, occupent le premier rang. Cette série comprend tous les cas de somnambulisme primitif ou idiopathique.
La seconde série concerne les cas de somnambulisme spontané ou artificiel qui se montrent chez les sujets atteints déjà d’affections névropathiques bien déterminées et bien individualisées, telles que l’hystérie et l’épilepsie. Nous verrons bientôt quelle est, dans cette dernière névrose , la fréquence du somnambulisme, qui n'y a été méconnu que parce qu’on l’a décoré d’un autre nom. 'La diathèse nerveuse produit alors le somnambulisme à l’occasion d’une affection névropathique plus générale, telle que l’hystérie. Cette dernière joue, par rapport au somnambulisme, un rôle causal, et ce serait une erreur que de considérer ces deux affections comme soumises à une évolution indépendante et parallèle, car la première suit le plus souvent les variations de marche de la seconde et lorsque l’hvstérie demeure silencieuse, les accès somnambuliques spontanés ou la sensibilité hvpnogénique tendent à diminuer. Pour exprimer notre pensée, nous dirons que si la diathèse névropathique est la mère de l’hystérie, l’hypnose hystérique est la fille de cette dernière.
Les faits de la troisième série sont d’une interprétation un peu plus difficile. Nous y voyons le somnambulisme succéder, tantôt à des affections locales, traumatiques ou inflammatoires des centres nerveux, tantôt à des maladies générales qui agissent certainement en déterminant dans les centres nerveux dont la lésion fonctionnelle amène l’ensemble des symptômes du somnambulisme, des troubles de nature dyscrasique ou mécanique. Ici l’influence de la diathèse névropathique est plus éloignée et plus douteuse, et si nous voulions
nous livrer à une'discussion à ce sujet, ce n’est plus seulement le somnambulisme, mais toute la pathologie du système nerveux qu’il nous faudrait embrasser. La question, ainsi prise en général, se poserait de la manière suivante : « Lorsqu'une « affection qui, se montrant le plus souvent sous la forme « d'une névrose , c'est-à-dire relevant de la diathèse nerveuse « et possédant tous les attributs que nous avons assignés aux « affections névropathiques, est déterminée par une lésion « orgciniqne des centres nerveux ou par des troubles circu- « latoires localisés à ces centres et ayant leur origine dans « une affection ou une maladie entièrement différente, la « localisation de ces lésions ou de ces troubles eirculatoires « aux centres dont les troubles fonctionnels produisent la « névrose similaire peut-elle être considérée comme l'indice « d'une prédisposition névropathique du sujet, et cette pré - (( disposition a-t-elle une action sur la localisation et la systé- « matisation de ce processus pathologique? »
Il serait possible, croyons-nous, en tenant compte des faits déjà connus et des analogies que nous offre la pathologie, de défendre une semblable hypothèse, aussi rangeons-nousdans notre classification, les cas de somnambulisme observés à la suite de lésions cérébrales dans le cours de maladies qui agissent sur la tension et sur la crase du sang et sous l’influence de certaines intoxications, et admettons-nous que la diathèse névropathique peut saisir ces conditions accidentelles pour se manifester par des accès de somnambulisme comme par bien d’autres accidents nerveux. Nous ne nous dissimulons pas, toutefois, que cette question, qui nous semble digne d’une étude spéciale et d’un travail étendu, ne peut être élucidée complètement qu’au moyen d’observations bien prises et prises à un point de vue spécial, et nous nous étonnons qu’elle n’ait pas encore tenté la curiosité des observateurs.
A côté de cet ensemble de causes, ou plutôt de cette cause Chambard 3
unique, efficiente par elle même ou par l’intermédiaire d’affections qui en dépendent également ou qui sont d’une nature différente, mais auxquelles elle imprime son cachet spécifique, nous ne saurions oublier deux ordres de conditions également importantes et sans lesquelles les accès somnambuliques se produiraient moins facilement ou même resteraient à l’état de prédisposition latente : nous voulons parler des conditions occasionnelles qui comprennent toutes les perturbations morales qui agissent si puissamment sur la détermination des accidents nerveux de toute nature, de l’ensemble des procédés hypnogéniques et des conditions adjuventes qui préparent le terrain sur lequel le somnambulisme doit évoluer, l’âge, du sexe et de l’hérédité similaire.
Avant de dire quelques mots de chacune des formes étiologiques du somnambulisme, nous allons en donner un tableau qui résumera et présentera synoptiquement les faits que nous avons exposés et discutés dans le chapitre que l’on vient de lire ; nous donnerons plus loin un tableau raisonné des diverses actions hypnogéniques aujourd’hui connues, qui ne saurait, sans inconvénients, être intércalé dans le premier, et que nous extrayons d’un .autre travail.
Signification nosologique et étiologie du somnambulisme.
A. Cause générale. — Diathèse névropathique. — Agissant :
1° Directement, a. Sans cause occasionnelle. Somnamb. primitif
ou idiopathique.
P- Sous l’influence de causes occasionnelles.
2° Indirectement. 1° Par affection de nature névropa- Somnamb. seconthique. daire ou deu-
téropathique.
Hystérie. . .
Epilepsie . .
2° Par lésions cérébrales accidentelles ou symptomatiques, a. Traumatiques.
P. Inflammatoires.
■y. Régressives.
Circulatoires. Anémie. Congestion.
Lésions dyscrasiques.
Lésions toxiques.
B. Conditions occasionnelles : 1° Psychiques, a. Affectives.
p. Imitatives.
2° Experimentales (V. le tableau de la page 55.)
C. Conditions prédisposantes : 1° Age; 2° 3exe ; 3° hérédité d’accidents
similaires.