‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 11 sur 91 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

de sagesse, peu brillante, est nécessaire au progrès.

Ainsi, malgré les apparences, nous vivons. Mais s'il est bon de vivre, il y a pourtant quelque chose de meilleur encore, c'est de se sentir vivre, et nous ne le sentons pas. Ce vieillard est vivant, ses poumons reçoivent et rendent l'air, le sang circule dans ses veines ; mais il ne sent pas, comme le jeune homme, s'agiter en lui cette force maîtresse qui précipite le sang ; il n'éprouve pas cette plénitude délicieuse de l'être, il ne goûte pas le contentement de se mouvoir et d'agir; il n'a pas la conscience présente de son pouvoir et les chaudes aspirations de l'autre âge, et la confiance, mère des prodiges. Tout de même notre société vit sans le savoir : nulle part nulle passion commune, nulle commune espérance; rien de ce qui donne à un peuple le sentiment de lui-même, rien qui fasse battre son grand cœur.

Du moins les esprits se reposent-ils dans des convictions consolantes sur les grandes questions qu'ils ne peuvent repousser?

D'abord, où en est le peuple? Sans doute il croit à Dieu, car il sait qu'il faut un auteur à ce monde, et le témoignage universel soutient son

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assentiment ; mais ce n'est pas tout de croire en Dieu, il est nécessaire de connaître s'il veille ou non sur son œuvre, et comment sa Providence s'exerce; or, ici les croyances s'énervent et se diversifient. L'action uniforme du Créateur sur le monde physique est si claire, qu'il faudrait fermer obstinément les yeux pour ne la point voir ; il est évidemment le distributeur des saisons, des jours et des nuits, des vents et des pluies, et les ménage à la terre suivant des règles constantes. Le plus simple paysan s'entend sur ce point avec l'Académie des sciences; mais dès qu'on abandonne ces phénomènes grossiers et qu'on s'élève aux événements humains, les interprétations se croisent en tous sens ; plus de doctrine où les intelligences s'unissent.

On entend partout répéter que toutes les religions sont bonnes : maxime honorable et bien précieuse en face des auto-da-fës, mais qui, dans une société plus douce, telle que la nôtre, annonce seulement une profonde indifférence, sinon un égal mépris pour les doctrines qui nous entretiennent du monde de l'âme.

En l'absence de cette règle, qui donc instruit le peuple et lui enseigne la Providence ? Les sa-

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vants peut-être? La Providence, telle que le peuple l'entend , n'est pas celle de Herder et de Vico, cette Providence métaphysique qui n'est sensible que dans une longue suite d'événements; il la veut moins savante, mais plus présente, morale avant tout, telle qu'elle se manifeste dans les tribunaux ou autour de lui , établissant ici-bas la justice, punissant le vice, récompensant la vertu. Or, que lui apprennent ces débats des tribunaux et cette expérience journalière, où il puise la meilleure partie de son éducation ?

Un certain jour un crime considérable est découvert et puni. Ou bien le coupable troublé a perdu le sens et s'est trahi ; ou le remords lui a fait violence , et il s'est lui-même dénoncé; ou bien, pour cacher sa faute, il s'est jeté dans des précautions infinies qui s embarrassent les unes les autres ; ou enfin il a prudemment calculé, il a presque tout prévu; mais il a négligé une toute petite chose, et c'est par là qu'il va périr. Une autre fois, sans que la société intervienne, une justice secrète frappe le coupable : une fortune scandaleuse se dissipe misérablement; le bien mal acquis ne profite point ; l'égoisme, la dureté attirent de terribles représailles, et le vice traîne

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