PRÉFACE. XXI
Dans nos jugements sur les événements du monde, notre vice n'est pas de nous aveugler sur les imperfections du présent, ni de désespérer qu'elles disparaissent jamais. Non,; à ne consulter que les laits contemporains, il faudrait un singulier entêtement et pour ne pas voir le mal, et pour prétendre que nous sommes au même point où nous étions il y a cent ans ; il est peu de gens assez courageux pour affirmer que dans cent autres années nous n'aurons point avancé d'un pas. Ainsi, l'expérience, l'hisioire et la philosophie ont fait pénétrer chez une foule d'hommes la consolante conviction du progrès de l'humanité.
Le désordre existe donc; mais il sera vaincu, et il faut travailler à le vaincre : voilà le vrai et le bien. Qu'on se tienne ferme dans cette foi et cette pratique , ce sera la perfection. Mais nous corrompons une si excellente doctrine. Si le progrès est infaillible, pensons-nous, il arrivera de toute manière, avec ou sans notre secours; nous pouvons donc, sans remords, laisser aller le monde. En outre, le mal est vivace au delà des prévisions humaines : il faut travailler beaucoup pour ne gagner guère , et celui qui sème ne ré-