XXIV PRÉFACE
Les hommes aiment à être du parti vainqueur ; les uns , par calcul ; les autres , parce qu'ils sont mal à l'aise dans le moindre parti ; gens à convictions peu profondes , qui ont besoin pour avoir loi dans leurs idées , de les voir partager par le grand nombre, et qu'elles leur reviennent de tous côtés revêtues de l'approbation générale ; la solitude leur fait peur. La vie qu'on trouve dans les minorités n'est pas si douce qu'on y demeure volontiers. Être perpétuellement sur pied, armé en guerre; se sentir blessé à toute heure par les démarches de ses adversaires, aigri par leur bonheur, par leur sagesse même; rêver un avenir qui n'arrive pas, ou le toucher du doigt et le voir s'échapper ; douter parfois, et, au moment d'agir, être saisi par cette réflexion pleine d'angoisses que peut-être on a fait fausse rdute , qu'on dépense en vain son énergie , qu'on se sacrifie inutilement; voilà l'existence, quand on se place parmi les mécontents.
On est donc porté à abandonner les faibles pour les forts; mais au moment de passer dans le camp ennemi, on hésite : ce brusque passage soulève des scrupules et même des remords. C'est alors que la doctrine proposée a son usage : elle