XLII PRÉFACE
nie ; il entre dans les partis, s'échauffe pour leurs intérêts, partage leurs espérances et leurs craintes ; il est heureux et malheureux au même instant, heureux du succès de la cause qu'il aime dans un pays, malheureux de son échec dans un autre; il s'indigne contre ce qu'il appelle le mal , applaudit au bien , aspire après le mieux ; les événements se compliquent-ils, son anxiété croît jusqu'au comble : quand donc viendra le dénoûment? il calcule, il se travaille l'esprit. Et comme si ce n'était pas assez des émotions que fournit la vie réelle , les récits d'un monde imaginaire l'agitent de semblables mouvements : ainsi on est entraîné dans le tourbillon.
C'est vivre, si l'on veut, mais vivre au théâtre, et déserter sa maison. Je sais où en est à cette heure l'humanité entière, j'ignore où j'en suis; je compte les pulsations de la vie universelle, j'éprouve si elle est calme ou précipitée, j'ignore si la mienne est régulière, excitée ou languissante ; je déplore les désordres des États, Terreur ou les crimes des hommes , je suis transporté par leur sagesse, par leurs vertus, et je me sais gré de ces bons mouvements : ils me prouvent que ma conscience n'est pas éteinte ,