PRÉFACE. XLIII
qu'elle a gardé sa pureté et son énergie; plongé dans ce profond contentement de moi-même, je n'entends plus ses reproches, je perds le sentiment du mal qui me mine, et à la fois le désir, la volonté et la force de m'en corriger.
Qu'est devenu ce dix-septième siècle, tout voisin du nôtre? Qu'est devenu ce temps où la grande affaire était le travail sur soi-même, en vue de la perfection , le soin de ses intérêts éternels? Les distractions du monde, le souci de sa fortune, les passions violentes pouvaient l'interrompre, non le faire oublier : au milieu des plus vifs entraînements, on y avait de soudains retours, décisifs quelquefois, jamais stériles; dans une existence dissipée on gardait la conscience qu'on faisait le mal , ou qu'on ne faisait pas le bien; le remords, s'il n'était victorieux, jetait dans les joies coupables ou frivoles une salutaire amertume. Où sontRancé, la Vallière, Pascal, et tant d'autres semblables à eux? Quand on approche de ces personnages, on sent, jusque dans leurs excès, la créature divine, et, sous cette chaleur que la passion répand dans leur vie , se trahit un fond austère de dignité morale, le sentiment d'une noble destinée , le respect de son