II PRÉFACE
fante chez un peuple, les hommes sont au-dessus de leur valeur : ils savent que leur vie a un but, ils le poursuivent ardemment, et ils sont soutenus dans cette poursuite par la certitude qu'ils ne sont pas isolés, que le mouvement qui les emporte emporte avec eux toute une nation ; ils connaissent qu'ils ne s'appartiennent pas, qu'ils sont les instruments nécessaires d'une vaste entreprise; leurs pensées s'élargissent, leurs sentiments s'élèvent, leur volonté s'affermit. Heureux voyage où le but est visible, le courage infatigable. La tolérance établie, on s'unit pour la Hberté ; la liberté obtenue, on aspire au premier rang dans le monde, et on le prend.
11 semblait qu'on n'eût plus qu'à se reposer après de pareils travaux; mais pendant qu'on célébrait ces conquêtes, elles s'évanouissaient, et en quelques jours il fallut se résigner à voir la liberté naissante confisquée par un homme de génie; à la place de la souveraineté nationale, l'antique légitimité reparaissant; la France, précipitée du faîte de son pouvoir, et après s'être démesurément étendue, resserrée dans ses premières limites; la tolérance controversée, dépouillée d'ailleurs de son prestige, incapable de