XLVI PRÉFACE
qui se livrent, animés, abattus par leurs vicissitudes, incapables de garder la santé de l'âme dans un état si violent, ou bien nous devenons la proie d'une exaltation fiévreuse, nous perdons la prudence et le repos, ou bien nous en venons à prendre notre parti des désordres qui jadis nous irritaient, et, pour conserver notre bienêtre, nous nous interdisons la fatigue des émotions. Les événements passent alors devant nous sans nous toucher : nous sommes renfermés dans l'indifférence, dans ce port assuré de l'égoïsme, contre lequel expirent les tempêtes. Quelquesuns poussent plus loin encore l'art du bonheur; ils se donnent la jouissance que vante Lucrèce : ils contemplent du rivage, avec volupté, les vaisseaux battus par les vents.
Ni le délire , ni l'indifférence plus ou moins brutale, ne peuvent être, dans les desseins de la Providence, le terme de notre activité. Oui, certains hommes garderont une juste mesure : sans tomber dans l'apathie , ils se résigneront à des maux inévitables, confiants dans l'avenir; mais par malheur, pour un de ceux-là, combien d'autres faut-il compter qui ne conserveront pas ce sage tempérament ! Or, ce que nous constatons