‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 46 sur 91 · I, PRÉFACE · texte numérisé non relu

I, PRÉFACE

et où ils vont ; ignorant d'où je viens moi-même, et où je vais. Je ne sais quel hasard nous rapproche, et ne vois d'autre rapport entre nous que de nous trouver dans le même temps au même lieu, comme des voyageurs qui se connaissent quelques heures pour ne plus se revoir. Est-on en droit de demander à des êtres ainsi rapprochés autre chose que cette sympathie superficielle et toute physique, dirai- je cette sensibilité du corps que blesse la vue d'une infirmité présente, et à qui il répugne de verser le sang?

11 est une sympathie plus profonde et plus énergique , capable de résister aux tentations de l'égoïsme, mais elle se puise plus haut; l'amour fraternel, la charité naît d'autres principes, se nourrit d'autres pensées. Que les hommes habitent en eux-mêmes, qu'ils descendent dans leur âme, et l'interrogent consciencieusement, ils y retrouveront leurs titres de famille; là, ils verront clairement qu'ils sont tousenfants d'un même père, qui tous nous aime et nous appelle à lui; et cette communauté d'origine et de destinée , et cette participation égale à un même amour, en même temps qu'elle nous imposera des devoirs réciproques, éveillera en nous un sentiment d'af-

PBÊFACE. tl

fection vigoureuse capable de soulever notre volonté pour les remplir. Ceux que ce sentiment possède sont munis contre les séductions de l'intérêt privé ; lui seul , il crée des sociétés véritables, de véritables citoyens.

Multipliez de pareils hommes dans un État : c'est le secret pour être libres. S'ils ne connaissent pas encore leurs droits, ils les connaîtront vite , car savoir que nous sommes frères , que nous sommes des créatures raisonnables et libres faites pour la perfection , mais à d'inégales distances de ce terme, c'est nécessairement deviner les droits de l'homme et leurs proportions. Or, une fois que ces droits seront découverts, fondés sur notre nature immuable, ils ne périront pas : ils auront à leur service une armée de gardiens vigilants, courageux, incorruptibles; et certes, il n'y a pas de petites conspirations pour étouffer la liberté, qui puissent vaincre cette immense conspiration pour la défendre. Si nous voulons être libres, commençons donc par être moraux; pour réformer les choses réformons les hommes; et pour réformer les hommes, appelons-les à la vie intérieure, source unique de toute dignité.

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