PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE TU
conte, sur cet étroit terrain, dans ce rang subalterne, elle se développe avec harmonie, elle retrouvera sa considération perdue. Quand on ne Joue pas dans un peuple le long âge , Jes vastes possessions, l'indépendance conservée, il peut encore, par la sagesse soutenue de sa conduite, et l'imposante variété de ses actes, forcer. l'admiration de l'observateur. Le spiritualisme Ta senti; il se tait sur les lois, ou, s'il en parle, c'est quand elles sont violées, parce que cette violation atteste l'intervention d'une puissance maîtresse, qui se fait obéir comme il lui plaît. Or, du moment qu'on s'imagine donner à la Providence tout ce qu'on ô te à la nature, il n'est plus possible de s'arrêter en chemin : dans la préoccupation d'un esprit religieux , la Providence devra envahir tout l'univers; les lois uniformes disparaîtront, et la marche de la nature sera un miracle perpétuel.
Enfin, cette dégradation est sans doute à son terme, car le monde n'a plus rien à perdre ? Détrompons-nous, si misérable qu'il soit, il lui reste encore l'existence : il ia perdra, soit qu'on la nie absolument, ou qu'elle ne paraisse plus qu'une manifestation de la substance divine. Non pas que cette négation ou cette interprétation doive devenir populaire ; mais la tradition spiritualiste et religieuse inclinera vers ce dogme, si elle n'a
Zk DU SPIRITUALISME ET DE LA NATURE.
l'audace de le pousser à bout. Voyez, dans les philosophes , la grande école qui , de Pythagore et de Platon, à travers les Alexandrins, se perpétue jusqu'à Malebranche, à Spinosa et à Berkeley ; selon les uns, la nature distincte de Dieu n'est ni un pur rien ni un être véritable : elle est un ensemble d'apparences, et toute la réalité est dans les pensées divines, types substantiels, immobiles et immortels de ce qui apparaît, change et périt; selon les autres, c'est Dieu même se dispersant dans l'espace, jusqu'à ce que l'un d'eux vienne dire avec la naïveté d'une conviction profonde i : « 11 y a des vérités si près de nous, et » si faciles à saisir, qu'il suffit d'ouvrir les yeux » pour les apercevoir ; et , au nombre des plus » importantes, me semble être celle-ci, que la » voûte éclatante des cieux, que la terre et tout » ce qui pare son sein, en un mot, que tous les » corps dont l'assemblage compose ce magni- » fique univers n'existent point hors de nos es- » prits. » Et si l'on passe des philosophies aux religions, que dire de ces doctrines de l'Orient, qui considèrent le monde comme une illusion, et proposent cette croyance comme le plus haut degré de la science et de la perfection humaine? De tels excès appellent la répression ; aussi
1 Berkeley. Principes de la connaissance humaine, 86.
elle arrive, et violente, par malheur, sous la forme de l'athéisme. En face de ceux qui sacrifient le monde à Dieu , d'autres sacrifient Dieu au monde, suivant la loi de l'esprit humain, qui va toujours aux extrémités, incapable de garder la mesure, surtout dans le combat.